Chroniques confinées (VII)

Hasta la revolucion siempre burguesa ! (9 mai)

Les marxistes et les écolos en sont persuadé, cette crise va marquer la fin du capitalisme. Un autre système va émerger. Les gens ont enfin compris, une révolution est en marche.

Je suis allé voir Renaud en concert le soir de ma confirmation. Le matin, l’évêque me donnait une gifle (j’ai décidément du mal avec la symbolique catholique) le soir je chantais « société tu m’auras pas » place du Boulingrin à Reims. Dans sa chanson « Hexagone » il dit : « Ils se souviennent, au mois de mai, D’un sang qui coula rouge et noir, D’une révolution manquée Qui faillit renverser l’Histoire, J’me souviens surtout d’ces moutons, Effrayés par la Liberté, S’en allant voter par millions Pour l’ordre et la sécurité ».

Je ne crois pas aux révolutions marxistes ni même d’ailleurs aux révolutions nationales ou vertes. Face au désordre, nous voterons pour l’ordre.

A bien y regarder, dans l’histoire moderne, les seules révolutions qui ont réussi dans la durée sont les révolutions libérales bourgeoises.

Oui, les inégalités se creusent. Oui, la classe moyenne disparait. Oui, nos pouvoirs d’achat s’effondrent. Mais pour autant, nous ne sommes pas des prolétaires. Quand bien même je vivrais sous un pont après avoir revendu mon argenterie à un jeune touriste russe, je n’en demeurerais pas moins un bourgeois…par mon éducation, ma culture, ma vision de l’homme et du monde.

Les bourgeois se sont révoltés contre une toute petite minorité : les nobles, leurs privilèges et leur morgue déconnectée du réel : ils n’ont pas de pain ? Qu’ils mangent donc des brioches !  Ils n’ont pas de masque ? Qu’ils mettent donc un foulard Hermès !

Les bourgeois ont inventé les constitutions et les concepts d’égalité devant la loi.

Où est la fausse conscience ? Qui aujourd’hui  dans les 99% n’est pas bourgeois ? Quel que soit son niveau de revenu, qui n’a pas la culture et l’aspiration à la liberté typique du bourgeois ?

Et si nous sortions de la fausse conscience et au lieu de nous disperser dans des fantasmes de révolution marxiste, nous nous pensions comme libéraux bourgeois ? Peut-être alors identifierions-nous les 1% comme l’aristocratie Versaillaise à abattre. Qui est le plus susceptible de fédérer, Trotski ou Diderot ? Quel programme est le plus amène de rassembler, celui de la collectivisation forcée des terres et de la fin de la propriété privée ou celui du (vrai) libéralisme d’Adam Smith ?

Si un bandit vous frappe avec un marteau, il ne faut pas abolir le marteau. Le capitalisme est un formidable outil, nous avons seulement laissé une bande d’escrocs nous le confisquer.

Le bourgeois sait ce qu’il veut, il est sûr de lui et parfois arrogant. Il ne s’en laisse pas compter, sa liberté d’entreprendre, de circuler, d’investir, de créer, de voyager, n’est pas négociable, il est prêt à se battre pour elle.

Le bourgeois est prêt à prendre les armes, pas pour créer l’anarchie, mais l’Etat de droit. La révolution bourgeoise est toujours juridique et constitutionnelle. Le bourgeois ne se perd pas dans des délires complotistes, il reprend calmement les rênes du pouvoir, il sait que tout le reste suivra.  Le bourgeois est toujours un peu constitutionaliste.

Amis marxistes, verts ou rouges et quelles que soient vos finances, sortez de la fausse conscience d’être des prolétaires face à des bourgeois capitalistes qui vous oppriment. Vous êtes des bourgeois et ceux qui vous oppriment sont des aristocrates qui tentent de recréer une société de privilèges.

Amis fortunés, sortez de votre fausse conscience de faire partie des happy few. Les 1% au-dessus de vous sont la nouvelle noblesse dégénérée. Ils ne vous laissent entrer dans le vestibule (en vous demandant par exemple de vous extasier, comme eux, sur un art qu’ils nomment « contemporain », alors que, comme eux, il est juste con) que pour mieux vous mépriser, comme jadis le marquis méprisait le bourgeois qu’il venait de recevoir en son salon.

Faux prolos, vrais bourgeois ! Ne serait-ce que par l’accès à la culture. Faux aristocrates, vrais bourgeois ! Ne serait-ce que parce que tu vois bien que tes enfants et petits-enfants ne vivront pas dans l’opulence, au fond fragile, dont tu te targues.

Sortons de la fausse conscience, nous sommes tous confinés à la même enseigne ! Sauf les 1% et leurs larbins (Macron a-t-il jamais cessé d’être un employé modèle ?) dont les jets privés continuent de voler.


Coronavirus : les jets privés se portent bien, l’environnement beaucoup moins[i]

PUBLIÉ LE 16/03/2020

Depuis le début de la crise liée au coronavirus, il y a un secteur qui se porte à merveille, c’est celui des jets privés et ça c’est une aberration pour l’environnement. Selon CNN, ce secteur connaît une croissance impressionnante. Une compagnie suisse a précisé que les commandes de jets privés en rapport avec les régions à risque ont augmenté de 30%. Malgré le coronavirus, il est important de maintenir un standing pour ces entreprises. Il y a actuellement 4.600 jets privés dans le monde. Et dans la prochaine décennie, ils seront à peu près 8.000. Pour beaucoup de multinationales, c’est un signe de bonne santé. Si on peut transporter encore maintenant les cadres et les clients en jets privés, ça veut dire qu’on a de la ressource. Problème : l’aviation de ligne comme les jets ne figurent pas dans les accords de Paris

Une entreprise californienne a récemment fait parler d’elle avec ce slogan : “Évitez d’attraper le coronavirus, volez privé ! Demandez un devis dès aujourd’hui.” Un brin de cynisme en période trouble, mais le double discours accompagne souvent ce type de transports. Ainsi, lors du dernier sommet de Davos, le thème principal était l’environnement. Pour en discuter, la plupart des participants sont venus… en jet privé. Tout ça, c’est très logique.


Les 1% d’en haut n’ont rien à craindre de quelques excités qui réclament le grand soir ou le vélo pour tous, ils savent qu’au final, les moutons s’en iront voter par millions pour l’ordre et la sécurité.

Les 1% d’en haut ont tout à craindre d’une vaste majorité de bourgeois réclamant une nouvelle nuit du 4 août et la constituante.

 

Epilogue ou requiem pour un con ? (12 mai)

Ma fille avait une institutrice maternelle que tous les enfants adoraient (c’est une chance que tous n’ont pas). Elle était vraiment exceptionnelle et toujours de bonne humeur. Elle savait tout faire, du maquillage à l’invention d’histoires en passant par la guitare et les tours de magie. Naturellement, certaines de ses collègues, médiocres, ne la supportaient pas. Elles ont alors comploté (ça existe) avec la directrice (une dépressive aux cheveux gras) pour la faire changer d’école. L’année suivante, ma fille est d’ailleurs tombée sur une de ces connasses neurasthéniques, qui a tenté (en vain) de casser sa joie de vivre et sa curiosité. J’ai organisé une manifestation devant le conseil communal (pouvoir organisateur) pour que les élus prennent conscience du problème. J’ai donc téléphoné à tous les parents d’élèves. J’ai eu trois types de réaction. Primo, ceux qui m’ont dit « ok je viens » et qui sont venus. La conversation durait quelques secondes, je n’avais pas besoin d’essayer de convaincre, c’était net et déterminé. Le plus souvent, c’étaient des personnes que j’aurais (dans ma tête de Bourgeois Belge Conservateur) cru insensibles à ce type de démarche, des bourrus qui disaient à peine bonjour. Ils n’ont eu besoin que de l’exposition des faits pour en comprendre l’injustice, être indignés et déterminés à agir. Secundo, ceux qui ont dit « oui amen » à tout ce que je leur disais, se sont montrés enthousiastes et ne sont jamais venus, et enfin, ceux qui m’ont mis en garde sur le mode « Il y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes ».

Afin d’éviter une possible déception narcissique, je préfère penser que si je vivais dans une dictature, si on me menaçait, je serais le premier à me coucher par crainte de représailles. Mais je suis toujours sidéré quand je vois des personnes qui ne risquent (encore) absolument rien, sur qui aucune pression extérieure ne s’applique, brimer spontanément leur liberté et s’auto-interdire de questionner la moindre autorité et la moindre version officielle. Quand un Chinois ou un Nord-Coréen ferme sa gueule et pense là où on lui dit de penser, il a une excuse, mais nous ?!

En France, nous avons accepté les codes couleurs : si le département est rouge, tu peux moins bouger que s’il est vert. En Chine, les habitants reçoivent tous les jours sur leur smartphone un code couleur : vert, ils peuvent aller partout, orange, ils doivent limiter leurs déplacements, rouge, ils sont assignés à résidence. Qui détermine la couleur ?  Mystère. Acceptera-t-on, au nom de la santé, l’extension individuelle du code couleur départemental ? La Chine a mis en place un système de notation de ses citoyens via les réseaux sociaux. Ceux qui ont une bonne note peuvent obtenir des visas de voyage, inscrire leurs enfants dans de bonnes écoles, accéder à la propriété dans de bons quartiers. Un peu comme à l’école, les bons élèves disciplinés reçoivent des images et les mauvais restent au coin. Dans ce système, si votre ami est mal noté, il tire votre note vers le bas, vous incitant donc à vous éloigner de lui. Dans un reportage diffusé sur Arte[ii]en avril 2020, on peut y voir l’inventeur espérer que le président Macron l’adoptera vite. Il dit avec un grand sourire, « si vous aviez notre système en France, vous n’auriez jamais eu la crise des gilets jaunes ». Ne serait-il pas temps d’être aussi agressivement critique vis-à-vis de Xi Jinping que vis-à-vis de Trump ? Où est la pire menace pour nos libertés ?

Si quand nous ne risquons rien, nous nous comportons comme des petits enfants qui se mettent sagement en rang à la première sonnerie venue, ne soumettons-nous pas nos représentants à la tentation de se comporter comme nos maîtres ?

Quand nous fustigeons ou moquons, au nom de la défense de la liberté, toute personne qui ose ne pas psalmodier en chœur le dogme médiatique, n’envoyons-nous pas le message que nous préférons l’ordre au débat et la vérité imposée à la recherche conflictuelle de celle-ci ?


Déconfinement prudent ou dissonance cognitive ?

Le concept de dissonance cognitive désigne une personne en état de mal être parce que le réel est en dissonance avec ses valeurs.

Les psys expliquent que comme il est extrêmement difficile d’admettre qu’on a eu tort, la tentation est de partir dans une course en avant de négation du réel : « si ! J’ai raison, il faut continuer ». Cet état peut parfois engendrer une psychose. Le Déconfinement hyper progressif et bourré de contradictions (ré ouvrons les cantines mais pas les terrasses) n’est-il pas symptomatique d’un tel état ?

Plus cyniquement, devons-nous exclure complètement des motivations qui ne soient pas que sanitaires mais également « marketing » ? Dire « c’est bon, c’est fini » d’un seul coup, n’est-ce pas prendre le risque de susciter dans l’opinion publique une réaction du type « tout ça pour ça ?! ». En étalant le Déconfinement dans le temps, en maintenant la pression (la nouvelle vague), le but n’est-il pas également d’aplatir la courbe des questionnements sur les responsabilités des uns et des autres ? « Regardez comme c’était grave et comme nous avons bien agi ! La preuve ? Regardez comme ça a duré ! ».


Si une fois la crise passée, nous n’avons pas le courage d’engager les responsabilités politiques, scientifiques et médiatiques, cela ne reviendra-t-il pas à laisser les clefs de nos grandes libertés constitutionnelles entre des mains irresponsables ?

On se plaint qu’il n’y a pas assez de tests. Et si  le test, c’était nous ?

Nous sommes confinés. Serons-nous, in fine, cons ?

 

[i] https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/coronavirus-les-jets-prives-se-portent-bien-l-environnement-beaucoup-moins-7800261899/amp

[ii] https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/04/21/sur-arte-quand-la-folie-securitaire-rencontre-les-nouvelles-technologies_6037335_3246.html

Par Yvan Falis, , publié le 14/02/2021 | Comments (0)
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Chroniques confinées (VI)

Easing money (8 mai)

En 2008, la Banque Suisse UBS était au bord de la faillite. Le gouvernement suisse est alors intervenu pour la sauver. Dans un précédent texte[i], je faisais remarquer que dans une économie libérale, si une entreprise faisait faillite à cause de mauvaises décisions (de la spéculation sur le marché américain par exemple) elle disparaissait du marché pour laisser la place à un acteur plus vertueux. Les actionnaires d’une telle société perdent alors leur mise. Après tout, leur responsabilité était limitée à leurs apports, ils ont joué, ils ont perdu, ils perdent leur apport. Mais UBS n’a pas fait faillite, le gouvernement suisse est intervenu à hauteur de 54 milliards de dollars pour la sauver[ii]. Une belle somme tout de même, près de 6 300 dollars par suisse, pour une seule banque. Il y en a eu d’autres, en Suisse et partout ailleurs. Si j’ai choisi l’exemple d’UBS c’est parce qu’en pleine crise du corona cette banque (qui annonce un bénéfice de 1.5 milliards de dollars au premier trimestre 2020)[iii] a fait parler d’elle en s’apprêtant à payer un dividende. Elle s’est finalement résolue à ne payer que la moitié de celui-ci et paiera l’autre moitié en novembre. On peut s’étonner qu’un Etat qui, via sa banque centrale, sauve une entreprise de la faillite n’ait aucun droit de regard sur celle-ci, au point de ne pas pouvoir lui imposer de mettre en réserve son dividende au cas où la situation économique viendrait à se dégrader. La justification donnée par le directeur de la banque nationale suisse (BNS) de l’époque mérite d’être relevée : « A la BNS, nous avons le temps, pas UBS. Elle est sous pression constante, chaque trimestre, elle doit produire des résultats. La BNS est ici pour l’éternité »[iv]. La Banque nationale suisse a effectivement les moyens, c’est elle qui imprime les billets elle est donc éternelle. Elle n’a donc pas prêté de l’argent à UBS (ça se serait vu dans son taux d’endettement et donc ses résultats auraient été moins bons), elle a racheté à UBS des actifs, UBS a eu de l’argent frais qu’il ne devait pas rembourser.

La banque centrale européenne fait un peu pareil avec le quantitative easing : Elle rachète aux banques privées leurs actifs les moins sûrs ou les plus pourris. En caricaturant à peine, c’est un peu comme si on vous rachetait au prix du neuf votre vieille voiture. Entre 2015 et 2018, la BCE a, par le biais du QE, racheté pour 2 600 milliards d’actifs aux banques soit environ 7 647€ par habitant de la zone euro (2600 milliards d’euros divisés par 340 millions d’habitants). Sans aucun contrôle quant à l’utilisation de cet argent. Tout comme la banque nationale suisse, la BCE est éternelle. On pourrait objecter que ça fait +- 23 000€ par ménage de trois personnes (2 parents et un enfant) …de quoi s’équiper de panneaux solaires ou de pompes à chaleurs et donc de créer des milliers d’emplois dans la transition énergétique…mais j’ai appris à l’école à ne pas me mêler des affaires des grands (il m’arrive parfois de me demander si j’y ai appris autre chose), il faut arrêter les simplismes, la santé bilantaire des banques est surement plus importante que l’écologie.

Si l’état intervient pour sauver des banques, des compagnies aériennes (Sept milliards annoncés pour air France, plus de 100 € par Français) et des grands groupes, s’il ne leur accorde pas des prêts (qui risqueraient alors de ternir leurs résultats) mais injecte des aides, pourquoi ne le fait-il pas, dans les mêmes proportions, pour les petits indépendants et les PME ? Les banques centrales sont éternelles, les petits indépendants pas. Pourquoi aux uns (banques) on achète des actifs (donc on leur donne de l’argent) et aux autres (petits indépendants et PME) les mesures se limitent à des reports ou suppressions de charges ? Les banques sont peut-être comme les vidéoclubs et disparaitront d’ici dix ou quinze ans, remplacées par le big data, le blockchain ou Facebook, mais en attendant, qu’est-ce qu’on y aura injecté de l’argent ! Les PME ont besoin de trésorerie ici et maintenant. Le paradoxe est que pour trouver cette trésorerie, beaucoup d’indépendants vont devoir mendier et s’endetter auprès de banques qui auront-elles même été aidées par l’Etat via le quantitative easing. Les banques centrales ont compris que ce dont les banques ou grandes entreprises au bord de la faillite avaient besoin, c’était du chiffre d’affaire ou en tous cas du cash-flow (sous forme de rachats d’actifs ou d’aides), pourquoi ne sont-elles pas capables de le comprendre pour les PME ? Dire à un indépendant à qui on a interdit de travailler (et donc de générer du chiffre d’affaire) qu’on va l’aider en reportant ou supprimant ses charges, c’est comme dire à un Biafra qu’on va l’aider en reportant le marathon qu’il devait courir. Quand on crève de faim, qu’on soit UBS ou l’épicier du coin, on a besoin de nourriture. Donner à manger aux gros et des miettes aux petits, c’est accepter la mort des uns (ou leur mise en esclavage pour dette) au profit des autres.

Les contrats sous condition : En droit, quand on fait un contrat, on peut assortir celui-ci d’une condition suspensive ou résolutoire. Quand la condition est SUSPENSIVE, le contrat est en suspend (donc n’existe pas encore) tant que la condition n’est pas réalisée. Par exemple, j’achète une voiture d’occasion, à condition suspensive qu’elle passe avec succès le contrôle technique (dans un délai raisonnable). Si la voiture brûle avant qu’elle ait pu passer le contrôle technique, la condition n’ayant pas été réalisée, je n’étais pas encore propriétaire (puisque le contrat en suspend n’existait pas encore) et c’est donc le vendeur qui supporte la perte.

Quand la condition est RESOLUTOIRE, alors le contrat existe à la signature (ou au « top-là ! ») mais il cessera d’exister si/quand la condition se réalise. J’achète une voiture d’occasion sous condition résolutoire qu’elle ne passe pas avec succès le contrôle technique. Si la voiture brûle avant le passage au contrôle technique, le contrat existait déjà (certes avec une épée de Damoclès) et c’est moi, acheteur (qui étais déjà propriétaire) qui supporte la perte. En Belgique, quand on achète une maison, c’est sous condition suspensive d’obtention du prêt à la banque (d’ailleurs quand la banque nous octroie le prêt, elle nous fait simultanément signer une assurance pour que nous soyons couverts si la maison, dont nous sommes devenus propriétaires, brûle). Une fois le prêt accordé, nous avons six mois pour nous enregistrer auprès d’un notaire, sous condition résolutoire si nous ne le faisons pas.

Pourquoi je vous parle de ça ? Pour étaler ma culture juridique de BBC (Bourgeois Belge Conservateur) ?  Pas uniquement.

Pourquoi quand la BCE ou la BNS (ou la FED) ou un gouvernement injecte des milliards dans une banque ou une grande entreprise, ne le fait-il pas SOUS CONDITION RESOLUTOIRE ? Banque, je vous aide (je vous sauve de la faillite), sous condition résolutoire que les milliards que je vous donne réapparaissent dans l’économie réelle sous forme de prêts aux entreprises et aux ménages (au lieu de disparaître dans le monde enchanté de la spéculation). Compagnies aériennes ou automobiles, je vous aide sous condition résolutoire que vous garantissiez un taux d’emploi de x pendant un nombre d’années n, ou sous condition résolutoire que vous investissiez dans la recherche pour développer une offre de produits moins polluants.

En 2009, Général Motors (GM) était en faillite, le gouvernement américain (donc le contribuable américain) est venu à son secours (mais pas à celui des petits sous-traitants créanciers de GM qui ont dû mettre la clef sous la porte et à qui   GM n’a jamais dû payer ses dettes) à hauteur de 50 milliards de dollars (150 dollars par Américain)[v]. En 2020 le président Trump a dû utiliser ses pouvoirs spéciaux de temps de guerre pour contraindre GM à fabriquer des ventilateurs pour les salles de réanimation[vi]. Cherchez l’erreur.

Le petit indépendant qui après cette crise devra mendier à son banquier de quoi survivre, obtiendra un prêt, sous condition résolutoire qu’il paie en temps et en heure ses mensualités. La banque aura parfois les moyens de lui octroyer ce prêt parce qu’elle aura reçu de l’argent de l’état (et donc des impôts du petit indépendant) … sous sans condition !  Les Banques qui ont bénéficié des aides d’Etat étaient responsables de leur mauvaise situation bilantaire, elle était le résultat de leurs mauvaises décisions. En 2020 le petit indépendant au bord du gouffre est victime d’une situation dont il n’est absolument pas responsable.

Ça ne vous pose pas un problème d’équité vous ?

Comme disait mon grand-père : « c’est toudi les p’ti qu’on spotche ! »[vii]

Au lieu de passer par la case banque, ne serait-il pas plus efficace pour la relance économique de prêter ou aider directement les indépendants et les PME ?

Si la BCE est capable d’injecter des milliers de milliards d’euros dans les banques, elle devrait pouvoir aussi le faire dans l’économie réelle.

Avez-vous remarqué qu’au-delà d’un certain montant, les chiffres semblent sortir du réel et prendre une dimension magique ? Il est impossible de vous donner une augmentation de 10 euros, ça ne serait pas raisonnable, il faut être rigoureux voyons ! Mais si on parle de milliers de milliards d’euro, alors ça va, ce n’est plus pareil, ça devient gazeux, ce n’est plus du vrai argent, seulement un montage financier. C’est un peu pareil avec la mort. Tuez une personne, vous êtes un criminel, envoyez à la boucherie des millions de soldats, vous aurez votre statue (et pour pouvoir honorer leur mémoire, on ramènera les milliers de morts à UN soldat inconnu). Un mort, c’est une personne dont on connait le nom et le visage, des milliers c’est un nombre abstrait dans un manuel d’histoire.  Un sou est un sou ! Des milliers de milliards de sous c’est une ligne dans un ordinateur à Francfort[viii]. (Pardon aux morts pour l’analogie avec l’argent).

Boules et bile

Je suis un peu dyslexique, il était tard, j’étais fatigué, confiné, je voulais regarder sur YouTube une conférence sur le Kayak, j’ai mal écrit l’adresse et me suis retrouvé sur Youporn. Un bon intellectuel se doit d’être curieux, je suis donc allé voir. J’ai d’abord été très flatté, j’ai découvert qu’il existait une catégorie BBC à ma gloire, j’ai vite été frustré. Mais j’ai surtout été frappé par le degré de violence : Crétins se croyant obligés d’agripper le cou de leur partenaire et de leur cracher dessus, femmes se masturbant frénétiquement avec des yeux de folles et j’en passe. Je me suis dit qu’au fond, si le sexe était de plus en plus toléré et banalisé, c’est parce qu’il se confondait de plus en plus avec la violence.

Je me souviens du temps où il y avait encore des vidéoclubs, les films pornos y étaient cachés derrière un rideau de la honte. Par-contre, les jaquettes des films d’horreurs étaient exposées normalement. Une fois où j’étais allé chercher un Disney avec ma fille de 6 ans, nous sommes tombés sur la couverture d’un film présentant une jeune femme tenant à bout de moignons ses mains tranchées à la tronçonneuse[ix]….cachez ce sein que je ne saurais voir !

Je croyais que le sexe était joyeux, libre et subversif. Je crains qu’il ne soit devenu compulsif, masturbatoire, violent et glauque.

D’ailleurs, à bien y regarder, entre les séries policières sordides en boucle à la TV, les films anxiogènes sur les plateformes et les animateurs décérébrés, on nous gave comme des oies à l’angoisse, la violence et la bêtise.

On a colonisé la Chine en les rendant addicts à l’opium. Qui a intérêt à nous rendre addicts au porno, la violence et la bêtise ?

Je croyais mater un petit film de boules, je me suis fait de la bile.

L’excès de Grèce est dangereux pour la santé

Il paraît que les personnes les plus à risque de développer des complications sont, après les vieux, les personnes en surpoids. Le Corona peut tuer ceux qui ont laissé s’accumuler trop de graisse. Tuera-t-il l’euro et l’Union Européenne si celle-ci accumule trop de Grèce ? En 2008, suite-à la crise des subprimes, ce pays était au bord du gouffre. L’UE a tardé à intervenir, du coup les taux d’intérêts que devait payer l’Etat grec à ses prêteurs a explosé (il est passé de 12 à 30%). La situation s’est tellement aggravée que la Grèce a été condamnée à des années d’austérités draconiennes, dont l’efficacité est discutable. Si l’UE avait agi tout de suite, un tel scénario d’envolée des taux aurait pu être évité. La Grèce a failli provoquer la fin de l’euro. La Banque centrale européenne (BCE) a dû annoncer en 2012 qu’elle était prête à faire tourner la planche à billets, pour stopper la spéculation sur l’euro (que n’a-t-elle fait cette annonce au tout début de la crise grecque !). Des partis populistes ont émergé en Grèce, l’euro scepticisme y a atteint des sommets. Beaucoup de Grecs voulaient retrouver leur Drachme (leur monnaie) dévaluée. L’idée est critiquable, la dévaluation est utile pour retrouver de la compétitivité industrielle, pas pour résoudre un problème de finances publiques, surtout dans un pays champion de la fraude fiscale (à quoi sert d’exporter plus si c’est pour que l’argent file dans des paradis fiscaux ?). N’empêche, si un tel scénario s’était concrétisé, la Grèce serait peut-être partie dans une fuite en avant qui l’aurait fait quitter l’UE et tourner ses regards vers la Russie, orthodoxe comme elle.

La crise grecque a commencé quand une agence de notation a dégradé la note de sa dette. Comment réagira l’UE si demain les notes des dettes italiennes, espagnoles, belges ou françaises sont dégradées (c’est déjà le cas pour la dette italienne) ?  L’Italie n’est pas la Grèce, l’Espagne non plus. Ces deux pays ont vu leurs industries affaiblies par l’euro. La tentation d’un retour à une monnaie plus adaptée à leur économie y est plus défendable et donc séduisante qu’en Grèce, puisque qu’ils ne font pas uniquement face à un problème de finances publiques, mais également de désindustrialisation.

Nous sommes aujourd’hui le 8 mai 2020, il y a 75 ans l’Allemagne capitulait. Elle tient aujourd’hui le destin de l’Europe entre ses mains. Si elle persiste dans sa volonté de se concentrer uniquement sur la gestion rigoureuse et l’accumulation égoïste d’excédents budgétaires, elle voudra imposer aux Italiens et aux Espagnols la même austérité qu’aux Grecs. L’euroscepticisme pourrait alors grandir et se transformer en sentiment de résistance face à ce qui serait perçu comme une occupation économique. A propos de perception, quelqu’un a vu l’UE dans cette crise ? Elle aussi est à la croisée des chemins. Le paradoxe dangereux est qu’elle est de plus en plus critiquée et que les attentes envers elle sont immenses. Les déficits abyssaux qui vont se creuser (surtout dans les pays qui ont confiné) vont rendre l’UE et sa banque francfortoise indispensable. Si elle rate le rendez-vous (historique) de la solidarité et impose l’austérité vexatoire et l’arrogance envers « l’Europe du sud », alors elle deviendra pour beaucoup un oppresseur à combattre pour retrouver l’indépendance et la liberté.

Karlsruhe ou Luxembourg ?  

La cour de justice de l’Union européenne (CJUE) est la gardienne des traités fondateurs de l’UE. Le droit européen doit être appliqué partout de la même manière. Il ne servirait à rien d’avoir une loi européenne (règlement ou directive) si le juge français en donnait une interprétation différente de son collègue slovaque, italien ou allemand. En cas de doute sur l’interprétation à donner à une loi de l’UE, un juge national stoppe la procédure et pose une question préjudicielle à la CJUE située à Luxembourg-ville. La CJUE est un peu l’expert du droit européen, donc quand elle donne sa réponse, le juge national est tenu de suivre son interprétation.

Depuis 2015, la BCE rachète des actifs pourris aux banques, mais elle rachète également quelques obligations souveraines. Une obligation souveraine, c’est une reconnaissance de dette d’un Etat. Quand il a besoin d’emprunter, il vend ces obligations qu’il remboursera avec un taux d’intérêt (emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent). Si le pays qui emprunte est stable économiquement, le taux est faible puisque le risque de non-remboursement l’est également. Par- contre, s’il est en difficulté économique, le risque de non-remboursement augmente et donc le taux d’intérêt également (on ne prête qu’aux riches).  Pour éviter la spéculation et aider un peu les Etat membres de la zone euro, la BCE rachète donc un peu de leurs dettes souveraines. Pour un Etat, il vaut mieux avoir la BCE comme créancier qu’un fonds de pension.  Depuis le début de la crise du Corona, la BCE a accentué fortement cette politique pour envoyer un message clair aux spéculateurs qui rôdent autour des dettes italiennes (et espagnoles).

Des citoyens allemands ont demandé à la cour constitutionnelle allemande située à Karlsruhe si ce programme de la BCE ne violait pas les traités européens qui interdisent le financement monétaire des Etats. Dans le doute, la cour de Karlsruhe a mis la procédure en pause pour poser une question préjudicielle (avant jugement) aux juges de la CJUE au Luxembourg. Ceux-ci ont répondu que la BCE pouvait continuer. Les juges de Karlsruhe avaient l’obligation de suivre cette interprétation. Le 5 mai, ils ont préféré dire qu’ils jugeaient l’avis de la CJUE « incompréhensible » et que la politique de la BCE était contraire au droit européen. C’est un peu comme si un prêtre refusait un avis du Pape, qu’il jugerait contraire à la bible. Du coup les marchés financiers se sont affolés et les taux d’intérêt des dettes des pays du sud pourraient bien s’envoler si la Bundesbank allemande venait à suivre l’arrêt de ses juges de Karlsruhe. On voit mal en effet comment la BCE pourrait continuer sans l’accord de l’Allemagne. L’épisode est symptomatique de la crise que traverse l’UE. Entre l’Allemagne et la Hollande (paradis fiscal mal placé pour donner des leçons de morale financière) qui refusent de « payer pour les autres » et les pays du sud de l’Europe qui réclament une mutualisation européenne des dettes souveraines, le torchon brûle plus vite qu’une bulle du Pape sur le parvis d’une église.

[x]

L’Allemagne et ses satellites devraient se méfier. La guerre économique est une guerre mondiale, et des forces immenses n’ont pas encore donné, comme disait l’autre. Allez savoir, les USA, le Commonwealth et la Russie, ne sont peut-être pas aussi excités que les élites françaises ou chinoises, à l’idée d’une Allemagne, maitresse autoritaire de l’Europe…

 

 

 

[i] Lettre à un jeune qui rêve d’être (anti)capitaliste. Ed. Jouvence-Questions de Société-2020

[ii] https://www.swissinfo.ch/fre/economie/crise-financi%C3%A8re-de-2008_le-jour-o%C3%B9-la-plus-grande-banque-suisse-a-%C3%A9t%C3%A9-sauv%C3%A9e/44475120

[iii] https://www.capital.fr/entreprises-marches/correctif-ubs-reporte-le-versement-de-la-moitie-de-son-dividende-1367156

[iv]https://www.swissinfo.ch/fre/economie/crise-financi%C3%A8re-de-2008_le-jour-o%C3%B9-la-plus-grande-banque-suisse-a-%C3%A9t%C3%A9-sauv%C3%A9e/44475120

[v] https://trends.levif.be/economie/qui-paie-ses-dettes-s-enrichit-un-proverbe-imbecile/article-opinion-186915.html?cookie_check=1588668624

[vi] https://eu.usatoday.com/story/news/politics/2020/04/08/trump-uses-wartime-powers-order-coronavirus-ventilators-gm/2970411001/

[vii] C’est toujours les petits qu’on écrase en Wallon

[viii] Siège de la BCE (Banque Centrale Européenne, la casa de papel de l’Union Européenne)

[ix] Elle avait mauvaise mine

[x]  https://curia.europa.eu/jcms/upload/docs/application/pdf/2020-05/cp200058fr.pdf

Par Yvan Falis, , publié le 19/01/2021 | Comments (0)
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Chroniques confinées (V)

La liberté le confinement ou la mort ! (7 mai)

Le cri de guerre des révolutionnaires français était : « la liberté ou la mort ». Quand la Marseillaise dit « qu’un sang impur abreuve nos sillons » elle parle du sang de ceux tombés pour la liberté et considérés comme impurs par les nobles au sang bleu.

La conscience d’une liberté individuelle, les droits de l’homme, la démocratie, sont nés en Angleterre, aux USA et en France. L’habeas corpus, la déclaration d’indépendance et la déclaration universelle des droits de l’homme forment le canevas des démocraties occidentales. Comme nous baignons dedans, nous croyons que c’est naturel.  Or ça ne l’est pas, la notion même d’un individu pouvant se penser comme sujet autonome et pouvant décider seul de son destin n’est pas évidente. Je vous invite à revoir le film « Tanguy ». Le héros fait une thèse sur « l’émergence du concept de subjectivité en Chine ancienne », son directeur de thèse lui dit (vers la 15° minute) « quand vous parlez du concept de subjectivité, on pourrait penser que vous occidentalisez la pensée chinoise ». La notion de sujet pouvant s’auto déterminer est culturelle. Dans les sociétés claniques africaines, dans l’Inde des castes, dans la Chine ancienne, l’individu n’existe pas en soi mais uniquement en tant que partie d’un clan, d’une caste ou d’une famille.


L’autonomie de la volonté et le droit des contrats.

L’article 1101 du code civil français définit le contrat comme suit :

Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose.

Pour faire un contrat, il faut donc exprimer, en toute autonomie une volonté personnelle de s’engager juridiquement. S’il fallait demander une quelconque autorisation avant d’agir, ce ne serait plus un contrat au sens du code civil.

Le code civil français est issu de la philosophie des lumières et de la révolution française. Les hommes naissent libres et égaux en droit.  C’est la liberté individuelle qui permet à chaque individu de faire un contrat, de librement s’engager, de s’obliger. Au Moyen Age, un serf (paysan soumis au bon vouloir du seigneur du village) ne pouvait pas faire de contrat, idem pour l’esclave de la Grèce antique.  Le droit des contrats est le bras armé de la philosophie des lumières qui prône une vision de l’homme comme individu libre et maître de son destin.  Dans d’autres cultures, l’individu est « gommé » au profit du groupe, du clan, de la famille, de la cité etc….  Difficile dans ces conditions de passer un contrat au sens du code civil de 1804 (entre individus libres et égaux).

Prenez par exemple ce texte qui explique le confucianisme chinois tel qu’il était encore appliqué il y a un siècle.

(Edouard Chavannes 1903) :

« L’homme est un être social et le bien en soi n’est autre que le bien social.

L’individu est un membre de l’humanité, il n’a pas le droit d’agir comme s’il était seul au monde. La famille est comme un organisme indissoluble. L’individu n’est rien, sa famille est tout. Le père commandant à ses enfants et les aînés à leurs cadets. Au-dessus de la famille s’étage toute une série d’associations de plus en plus vastes, coulées dans le même moule, et aboutissant à un dernier terme qui est l’État. L’État est une famille infiniment agrandie. »

Difficile dans ces conditions de faire un contrat au sens du code civil.


Attention, je ne dis pas que notre système est meilleur, après tout, se fondre dans un ensemble dont il faut respecter l’harmonie est peut-être plus écologique que de rechercher son petit bonheur égocentrique. Je dis juste que ce n’est pas notre vision de l’homme telle qu’elle s’est développée en occident depuis le Christianisme.


Emile Durkheim 1858-1917 (France) un des fondateurs de la sociologie moderne explique :

(Emile Durkheim « L’individualisme et les intellectuels ». 28 mai 2002)

Ignore-t-on que l’originalité du christianisme a justement consisté dans un remarquable développement de l’esprit individualiste ? Le premier, il a enseigné que seul l’individu peut apprécier la valeur morale de ses actes indépendamment de tout jugement extérieur. L’individu a donc été érigé en juge souverain de sa propre conduite, sans avoir d’autres comptes à rendre qu’à lui-même et à son Dieu.

Philippe Van Meerbeck « ainsi soient-ils à l’école de l’adolescence » ajoute : « Le christianisme est à l’origine des droits de l’homme. Les concepts d’universalité, de démocratie, de fraternité, ont permis la sortie de l’hétéronomie où l’homme était défini par rapport à sa place précise dans un ensemble (fratrie, patriarcat, clan, tribu, communauté etc.)  Pour entrer dans un monde de l’autonomie où l’homme est responsable de son destin et où le divin est au cœur de lui-même (« le royaume de dieu est en vous »).


Certains pensent que la crise actuelle a été causée par le capitalisme, ce qui est paradoxal pour un virus venant (naturellement ou pas) de Chine. Ce pays porte le masque du capitalisme pour mieux exporter, mais en interne, toutes ses usines, ses banques, ses bourses, sont étroitement contrôlées par le parti communiste chinois. La Chine est peut-être un modèle d’efficacité, mais clairement pas de liberté individuelle, de transparence et d’initiative privée.

Les écologistes qui à l’instar de l’astrophysicien Aurélien Barrau en septembre 2018 plaidaient pour qu’on ose prendre des « mesures politiques concrètes coercitives impopulaires, s’opposant à nos libertés individuelles[i] » sont heureux aujourd’hui. Ils partagent d’ailleurs massivement des informations sur les réseaux sociaux à propos du retour des dauphins à Venise et autres bonnes nouvelles pour l’environnement.

Ils ont peut-être raison, l’avenir nous le dira. Ce qui est déjà certain, c’est qu’en se réjouissant du confinement et autres mesures coercitives, ils développent une pensée aux antipodes de la philosophie des lumières. Je ne juge pas (après avoir été censuré par Facebook, je n’oserais plus), je dis juste que Confucius n’est pas Montesquieu.

La Chine a exporté ses marchandises hier, son virus aujourd’hui…demain sa vision de l’homme ?

 

Le stéthoscope, la fausse conscience et la bêtise

J’ai travaillé onze ans dans une maison d’édition qui faisait partie d’un grand groupe lui-même subdivisé en sous-groupes. Un jour, le big boss français d’un de ces sous-groupes auquel nous venions d’être rattachés, a débarqué dans notre petit village wallon. Il voulait nous expliquer que notre entreprise était malade et que nous allions devoir fournir des efforts (afin de pouvoir maintenir un taux de remise de plus de 70% au sous-groupe de diffusion/distribution). Pour être sûr que nous arriverions à le comprendre, il s’est mis à notre niveau : il est arrivé avec un stéthoscope autour du cou et nous a parlé avec des métaphores qui auraient fait rire un enfant de cinq ans. Nous étions sidérés, il nous parlait comme si nous étions des semi-débiles.

Quelques temps plus tard, nous avons fêté les cinquante ans de la maison d’édition à la foire du livre pour enfants de Bologne. Nous y avions invité tous les éditeurs étrangers à qui nous vendions ou achetions des livres. Nous y étions les seuls francophones (les autres éditeurs francophones étaient nos concurrents, pas nos clients). Mon patron a accueilli les invités par un petit mot en anglais et en néerlandais, deux de mes collègues ont fait des petits mots d’accueil en espagnol, italien et portugais et j’ai également dit quelques mots en allemand et en russe.

Puis le big boss du groupe, pas du sous-groupe, du grand groupe, dans le top-trois mondial, a fait un discours …en français. Il aurait été intellectuellement incapable de lire un discours dans une autre langue. Même en français, c’était un filet d’eau tiède insipide, aucun charisme.

Quand je vois des intellectuels s’étonner de la bêtise de nos gouvernants, je me dis qu’ils n’ont jamais travaillé dans le privé. Bien sûr, pris la main dans le sac, Fillon se défend plus stupidement qu’un délinquant ne sachant que répéter : « tin, j’ai rien à voir avec st’histoire moi ! ». Bien entendu Macron ne sait que hurler   parce que c’est notre projet ! avec dans le regard la bêtise joyeuse du cancre persuadé d’avoir trouvé la bonne réponse parce qu’il répète la question. Evidement Marine Le Pen n’a pas les nerfs de tenir le bluff d’une sortie de l’euro et fait tapis à la moindre contradiction, comme une enfant s’emmêlant les pinceaux dans ses mensonges. Mais ça n’a rien d’étonnant ! Il faut n’avoir jamais eu de grand patron dans le privé pour être surpris. Attention, je dis Grand patron, pas chef d’entreprise. Il y a une différence entre celui qui a créé son affaire, qui hypothèque sa fortune personnelle, et le grand patron qui ne risque rien et est payé un pont d’or. Il y a aussi une différence avec le petit patron de filiale devant rendre des comptes régulièrement. Mais dès que vous rencontrez un de ces « patrons » hors sol, vous vous apercevez très vite qu’à part être imbus d’eux-mêmes et transpirer le mépris, ils sont vides.

La crise des gilets jaunes est toujours décrite comme un ras le bol fiscal couplé à un désir de démocratie directe. Je me demande si elle ne marque pas la sortie de la fausse conscience de la supériorité intellectuelle des élites. Depuis l’école, on nous apprend à respecter la hiérarchie et les institutions. Nous vivons dans la fausse conscience que ceux qui sont au-dessus de nous le méritent, que les grandes écoles qu’ils ont fréquentées leur donnent une compétence que nous n’avons pas et donc une légitimité. Puis un matin on se réveille et on se dit « mais ils sont vraiment trop cons ! ». Ce jour-là, on décide d’arrêter d’être un élève docile, on se rencontre sur les ronds-points, on discute, et plus on réfléchit, et plus la bêtise d’en haut ressort avec contraste. C’est cela aussi la révolte des gilets jaunes, une sortie de la fausse conscience d’être moins intelligents que ceux qui nous dirigent. La réaction de répression bête et méchante du pouvoir n’a pu qu’accentuer cette prise de conscience.

La crise actuelle pourrait bien faire sortir de la fausse conscience d’autres pans de la population. Dès que nous sortons, la police nous contrôle et nous verbalise. Nous sommes des suspects et devons toujours pouvoir présenter notre attestation, version moderne des passeports jaunes des anciens forçats du 19° siècle (relisez les misérables).

En 1968 nous étions tous des juifs allemands, en 2020 nous sommes tous des gilets jaunes ou des arabes de banlieue. Ça va peut-être créer des liens…

Aux urnes citoyens le dimanche, restez chez vous nous sommes en guerre le lundi. La chloroquine est utile pour faire baisser la charge virale et éviter les complications dites-vous ? Testons-la donc quand il n’y a plus de charge virale et qu’il y a des complications. Les masques sont inutiles puis ils seront obligatoires. Il faut rouvrir les écoles, mais pas les cinémas. Les cantines mais pas les restaurants. Interdiction de vous promener sur les plages et dans les alpages, mais nous allons rétablir le métro boulot dodo masqué. Attention, les enfants sont des porteurs fantômes, mais ils ne sont pas contagieux et peuvent donc retourner à l’école, mais surtout pas aller voir leurs grands-parents. Il faut à tout prix éviter d’attraper le virus, mais il faut que 70% d’entre nous l’attrapent.

Un tel niveau de bêtise, malgré tous les conditionnements et médias serviles du monde, ça finit par se voir.

Mais attention, ce n’est pas parce qu’ils sont bêtes qu’ils ne sont pas dangereux. Ils sont capables de prendre des décisions contradictoires en moins de 24 heures puis de se moquer des simples citoyens qui, sur les réseaux sociaux, cherchent, par le débat, une vérité crédible. Là où le plouc va se bouffer le foie de culpabilité pour une mauvaise décision, eux ne vont jamais douter ni se remettre en question, c’est leur force, ils osent tout (y compris la violence policière et judiciaire), c’est même à ça qu’on les reconnait …

 

Starlink

Dans la nuit du 24 au 25 avril, j’ai vu un spectacle étrange dans le ciel, une sorte d’échelle lumineuse se déplaçant à grande vitesse. Le lendemain j’ai appris par la presse que ce n’était pas un OVNI mais un train de 60 satellites lancés par le milliardaire Elon Musk, me voilà rassuré…Le projet starlink est de quadriller notre planète avec 42 000 satellites en basse orbite afin d’assurer l’accès à internet à haut débit…[ii]

C’était joli comme spectacle, on aurait dit le traineau du père noël.

Je me pose tout de même une petite question : Notre régime n’est-il pas celui du pouvoir du peuple pour le peuple par le peuple ?

Quand ai-je donné mon accord pour qu’un opérateur privé puisse mailler la planète de milliers de satellites ? Quand un parti politique pour lequel j’aurais voté m’a-t-il fait savoir, même implicitement, qu’il était pour un système où des opérateurs privés auraient des pouvoirs d’action digne d’un gouvernement (du peuple par le peuple pour le peuple) ? D’ailleurs, maintenant que j’y pense, quand m’a-t-on demandé mon avis avant d’installer la 5 G ou d’ouvrir des labos P4 et de faire des expériences sur des coronas virus ? Mais que je suis bête, ça n’a rien à voir, c’est un pangolin qu’a fait pipi.

 

Le pouvoir de qui par qui pour qui déjà ?

[i] https://www.youtube.com/watch?v=R7sMZiSKmqg

[ii] https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/spacex-elon-musk-satellites-starlink-ne-sont-pas-probleme-astronomes-78095/

 

Par Yvan Falis, , publié le 15/12/2020 | Comments (0)
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Chroniques confinées (IV)

Plus rien à gagner et beaucoup à perdre, ne bougeons plus !  (6 mai)

Relisez Germinal de Zola. Les ouvriers se mettent en grève uniquement parce qu’ils n’ont plus rien à perdre. Pensez aux révolutionnaires russes, français ou allemands vers la fin de la première guerre sociale, pardon, mondiale, s’ils prennent le risque de mourir sous les balles du Tsar, du Kaiser ou de Pétain, c’est uniquement parce qu’après quatre ans de boucherie, ils n’ont plus rien à perdre et donc tout à gagner.

Mais nous, confinés dans nos canapés, assignés à résidence, demain peut-être tracés via des télécrans portatifs que nous aurons achetés volontairement (ça, même Orwell n’aurait pas osé l’imaginer), nous perdons beaucoup, mais nous avons encore tellement à perdre. Nos grands-parents allaient aux toilettes au fond du jardin et se lavaient dans une bassine, nous avons l’eau courante. Nos arrières- grands-parents se torchaient avec de la paille ou des journaux, notre PQ est molletonné et parfumé. La ruée dans les magasins sur ce produit est peut-être l’expression psychiatrique de l’angoisse d’une possible régression.

Nous allons travailler plus, on va peut-être supprimer nos retraites, mais nous avons encore tellement à perdre.

Ils sont venus m’empêcher de sortir du territoire et de me déplacer sans une attestation, je n’ai rien dit, j’avais encore l’eau courante. Ils sont venus m’interdire de sortir de chez moi sauf pour aller travailler 60 heures semaine, je n’ai rien dit, j’avais encore du PQ.

 

Les complotistes, idiots utiles ou gardes fous ?

Il y a quelques années, j’ai vu passer sur FB une vidéo où Pierre Desproges se moque de BHL après qu’il ait été entarté pour la première fois. Cette première fois était subversive et drôle, elle avait un côté Tyl l’espiègle typiquement belge. Plus tard, quand les entarteurs se sont mis à le chasser en meute (dans une église à Namur notamment) c’est devenu glauque. Revenons à Desproges, je partage la vidéo sur mon mur FB. Puis deux ou trois jours plus tard, je m’aperçois qu’elle avait été postée initialement par quelqu’un se réclamant de la Quenelle. Du coup je me suis senti obligé de la supprimer. Ce jour-là, j’ai compris que les complotistes sont les idiots utiles des pouvoirs en place. Grâce à eux, toute critique, même nuancée, devient suspecte ou est noyée dans leurs outrances. Je ne peux plus dire que BHL m’insupporte sans être vaguement soupçonné d’être quenelien, donc Soralien donc etc… Grâce à eux, la nuance a disparu. Ils légitiment le simplisme des versions officielles. En effet, plus ils sont grotesques, choquants et obscènes, et moins le discours officiel a besoin d’être argumenté, nuancé, subtile. C’est tout blanc, versus tout noir, le simplisme manichéen.

Qui a commencé ? Les complotistes ont-ils, tels des mauvaises herbes, germé sur le terrain d’un discours officiel de plus en plus pauvre ou le discours officiel s’est-il appauvri progressivement étouffé par la ronce complotiste ? Je n’ai pas la réponse à cette question, seulement une image : la démocratie est un jardin dont nous sommes les jardiniers.

Mais prenons un autre exemple, lié au corona virus. Il est apparu à Wuhan. Cette ville a une particularité, elle est la seule en Chine (et c’est très grand la Chine) à abriter un laboratoire P4 inauguré en 2017 et construit grâce à l’aide et l’expertise des Français. Un laboratoire P4 est dédié à l’étude et l’expérimentation sur les virus les plus dangereux de la planète. Il en existe par exemple un en Allemagne, situé sur une île dont l’accès est interdit. D’après Wikipedia « La classification P4 d’un laboratoire signifie « pathogène de classe 4 » et le rend susceptible d’abriter des micro-organismes très pathogènes (…) Ces agents de classe 4 sont caractérisés par leur haute dangerosité (taux de mortalité très élevé en cas d’infection), l’absence de vaccin protecteur, l’absence de traitement médical efficace, et la transmission possible par aérosols. La protection maximale exigée pour manipuler ces germes est désignée par le sigle NSB4 (niveau de sécurité biologique 4). » [i]


23 février 2017 – Discours du Premier ministre à la cérémonie d’accréditation du laboratoire de haute sécurité biologique P4 – Wuhan (Chine)

Contenu publié sous le Gouvernement Cazeneuve du 06 Décembre 2016 au 14 Mai 2017

Seul le prononcé fait foi
(…) Monsieur le Maire de la ville de Wuhan (M. WAN Yong)
Monsieur le vice-président de l’Académie des Sciences de Chine, (M. ZHANG Yangmin)
Monsieur le Président-Directeur général de l’INSERM, (M. Yves LEVY)

La France est fière et heureuse d’avoir contribué à la construction du premier laboratoire de haute sécurité biologique P4 en Chine. Conçu par des experts français, puis mis en chantier à WUHAN en 2011(…) De même que le nouveau laboratoire P4-Inserm de Lyon, conçu par les mêmes sociétés françaises, celui où nous nous trouvons est un modèle de technologie au plus haut niveau mondial. Parfaitement maitrisées par nos entreprises d’ingénierie et nos équipementiers, ces technologies de laboratoire constituent un atout majeur pour garantir la sécurité des populations tout en développant une capacité nationale de gestion du risque biologique.
Parce que les crises sanitaires portent avec elles des risques considérables de déstabilisation économique, sociale et politique, nous devons agir au niveau international en nous dotant d’une gouvernance solide. Soucieuse au plus haut point de la sécurité sanitaire mondiale, la France a compris la nécessité de renforcer les moyens de la recherche au plus près des lieux d’émergence des épidémies. C’est pourquoi elle a joint ses forces à celles de la Chine pour créer à WUHAN un laboratoire P4. (…) Renforcer la gouvernance internationale en matière de sécurité sanitaire, c’est encore l’objectif que vise notre pays en apportant à l’Organisation mondiale de la santé un appui sans faille. Permettez-moi de rendre ici hommage à Margaret CHAN, directrice générale de l’OMS, pour son action à la tête de cette organisation stratégique : son successeur aura à poursuivre les réformes engagées pour lui permettre d’assumer son rôle de pilier de l’organisation sanitaire mondiale. (…)L’Inserm et l’Académie des sciences de Chine ont en outre signé en juin 2016 un mémorandum d’entente prévoyant que des programmes conjoints associent les laboratoires P4 de Lyon et de WUHAN. (…) Permettez-moi enfin d’adresser mes félicitations à tous les acteurs engagés dans la coopération franco-chinoise qui ont permis la réalisation de ce projet essentiel
Je vous remercie.[ii]


La Chine est certes devenue une grande puissance, mais il y a peu encore, elle était un pays en voie de développement. Parfois, à vouloir grandir trop vite, on provoque des accidents. Il était légitime, raisonnable, nuancé etc. de faire le lien entre le lieu d’origine de la pandémie et le fait que ce lieu abrite le seul laboratoire P4 de Chine ; Bien échu que le nouveau virus apparaisse justement là.  Il eut été légitime que les journalistes ne lâchent pas l’affaire, qu’ils soient insistants sur cette question. Après tout, les accidents, ça arrive, Wuhan était peut-être un Tchernobyl en laboratoire.

Mais non, c’est tout de suite devenu :

BLANC – Une chauvesouris a fait pipi sur un pangolin qui a été mal cuit avant d’être mangé. D’ailleurs, Wuhan est bien connu (ah bon ?) pour son marché. Qui plus est, les virus apparaissent quand l’homme pénètre profondément dans la jungle et rencontre des espèces sauvages nouvelles (oh ! il y a de la jungle encore sauvage en Chine ?). P4 ? Pas vu P4, circulez !

CONTRE

NOIR – Le grand complot Judéo maçonnique illuminati soutenu par les reptiliens a créé exprès un virus pour tuer tous les vieux, instaurer un grand gouvernement mondial qui va tous nous réduire en esclavage, imposer une vaccination obligatoire dans laquelle on aura introduit une puce.

Entre les deux, le doute, l’interrogation légitime et nuancée sur un possible accident (puis sur un possible effet d’aubaine de la crise actuelle pour certains lobbys) sont noyés, et nous sommes sommés de choisir notre camp.

Les complotistes ont rendu de facto (ou de facho) la critique nuancée de tout discours officiel inaudible et suspecte. …Les théories du complot seraient-elles un complot ?

D’un autre côté, nous pourrions aussi plaider qu’après tout, une critique complotiste, c’est déjà une critique. Vaut-il mieux ânonner comme un mouton la version officielle, jusqu’à l’absurde (c’est logique de rouvrir les écoles, véritables clusters à virus, tout en continuant à interdire les restaurants ou les cinémas même aménagés) ou se lancer dans une critique démesurée et paranoïaque ? Une critique, même extrême, peut aussi être vue comme le garde-fou des dérives officielles. Notons aussi que ce n’est pas parce qu’il existe des complotistes qu’il faut supprimer le mot « complot » de nos dictionnaires.

Un complotiste est à l’adolescence de la pensée autonome, critique mais nuancée. Un ado s’oppose souvent à ses « maîtres » (parents, profs etc.) de manière désordonnée et donc excessive. Je frémis en repensant aux conneries que j’ai pu dire quand j’étais ado, et je remercie les adultes que j’ai croisés, qui ont su m’exprimer leur désaccord sans me dire « ta gueule sale complotiste ». Grâce à eux, j’ai pu parfois changer d’avis, évoluer, accepter la nuance. S’ils m’avaient dit « sale complotiste », je me serais sans doute enfermé dans un mode de pensée et ne serais jamais devenu adulte, c’est-à-dire quelqu’un capable de vivre la nuance, la contradiction, l’imparfait, la patience et parfois la déception. D’ailleurs, le processus se répète tout au long de la vie, quelles conneries ne dit-on pas au café du commerce ou avec ses proches ! Puis après, on nuance, on accepte d’écouter l’autre et on change un peu son point de vue. Entre parenthèses, quand vous changez d’avis, c’est une véritable cure de jouvence.

Je fais le pari de croire les complotistes ouverts à la pédagogie. Pas tous évidement, certains sont cristallisés depuis des années, mais la majorité. Il faut sans cesse les nuancer, avec tolérance, les aider à structurer un peu mieux leurs pensées.


Savoir écrire ou savoir changer une roue ?

Certains vont se dire : « mais pour qui se prend-t-il, ce connard condescendant qui veut m’apprendre comment structurer ma pensée ?! ». Je persiste et signe. Il y a deux types d’intelligences, une pratique (manuelle, spatiale, etc.) et une abstraite (conceptuelle, logique etc.). Nous avons tous les deux intelligences mais développées à des degrés divers selon notre éducation et nos affinités. Je sais à peine changer une roue. Mon intelligence pratique est quasi nulle. Si je coupe une branche, je me coupe un doigt, et ne me parlez pas de mécanique. Mais moi j’ai l’humilité de le savoir. Si je dois faire quelque chose dans mon jardin, je demande conseil et je demande de l’aide, je ne me sens pas humilié de devoir le faire, je sais qu’on ne peut pas être (moyennement) bon en tout. Je suis souvent agacé de voir des personnes ayant une forte intelligence pratique, ne pas demander d’aide et foncer tête baissée quand il s’agit d’agir dans un domaine relevant de l’intelligence abstraite. Celui-là va organiser seul son voyage, se faire arnaquer et m’en parler six mois plus tard, pour se plaindre de s’être fait avoir alors qu’il sait que je suis juriste et que j’adore organiser les voyages. Telle autre va vider son compte épargne pour payer les 2000 € de vente forcée de son garagiste qui refuse de lui rendre la voiture après une simple révision, sans même penser à téléphoner à son fils avocat. Et je pourrais multiplier les exemples. Donc messieurs les intelligents pratiques, je vous retourne le compliment : cessez d’être imbus de vous-même et de vous croire bons en tout ! Ceci-dit, le fait de ne pas être un manuel ne m’empêche pas d’être méfiant, quand j’ai un doute, je demande un deuxième avis, je ne fais pas confiance aveuglement. Ami lecteur, sois méfiant vis-à-vis de ma prétendue expertise intellectuelle.


Nous pouvons aussi voir les complotistes comme les fous du roi de notre paresse conformiste. Quand ils nous choquent, ils nous incitent à réagir. Que ce soit contre eux, ou contre ce que nous pensions avant, réagissons avec nuance.


Les chars russes sont à 12 heures du Havre !

J’ai passé toute mon enfance dans la peur du rouge. Mes parents, ma famille, mes amis, mon milieu (de Bourgeois Belge Conservateur) me répétaient que les chars russes, massés en Allemagne de l’Est, étaient prêts à foncer sur nos belles démocraties pour nous enfermer tous dans des goulags. Il ne leur faudrait pas douze heures (sans compter les embouteillages aux péages) pour atteindre le Havre !

Ma famille, mes amis, mon milieu (de BBC) m’expliquaient aussi que l’URSS était une dictature tellement féroce, qui modelait tellement les esprits, qu’elle durerait malheureusement probablement encore au moins un siècle.

Ma famille, mes amis, mon milieu (de BBC) m’expliquaient enfin que toute leur culture, leur cinéma notamment, était de la propagande qui déformait la réalité.

Depuis j’ai grandi, le mur est tombé, les chars russes sont en Russie, mais les F16 de l’OTAN sont à Talin (350 Km de St Pétersbourg). L’URSS est déjà un lointain souvenir. Pour la propagande, je vous conseille la vision du film « Afonia », un blockbuster soviétique de 1975 qui raconte l’histoire d’un alcoolique qui vit dans un petit appart minable, fait du marché noir et se fait emmerder par le chef local du parti communiste…Qui était complotiste ?


Taxer quelqu’un de « complotiste » c’est lui dire « tais-toi ! », ce qui est assez limité comme argument.  Il faut au contraire faire de la pédagogie tout le temps, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, trouver la bonne contradiction, celle qui ne va pas donner une leçon pour le plaisir d’avoir raison ou d’insulter, mais celle qui va amener à évoluer, à se nuancer. C’est un travail sans fin, un équilibre toujours instable, mais la survie du débat et donc de la démocratie est à ce prix.

 

Big Pharma, Raoult et mon magasin de vêtement

Quand je vais rendre visite à ma maman près de Reims, j’en profite souvent pour aller chez ****, les vêtements y sont sympas et vraiment pas chers. Oui je sais, ils sont faits au Bangladesh par des enfants dans des conditions déplorables. J’y pense et puis j’oublie, c’est la vie, c’est la vie. Une fois dans le magasin, la misère du monde, les implications écologiques et sociales de mes actions me passent au-dessus du ciboulot. La seule chose qui compte, c’est de trouver des vêtements qui me plaisent et faire une bonne affaire. Après il sera toujours temps de signer une pétition contre le travail des enfants. Sur le moment, seul mon profit personnel compte.

Certains pensent que la chloroquine associée à un banal antibiotique traite le Coronavirus ; le fameux protocole du professeur Raoult (qui consiste également à dépister, isoler et traiter les malades).  Ils ajoutent qu’une fois que l’état des patients s’est dégradé et qu’ils sont à l’hôpital, alors il est souvent trop tard, que le problème n’est plus la charge virale (que la chloroquine permet de faire baisser) mais la réaction inflammatoire de l’organisme. Ils s’étonnent dès lors que ce médicament, prescrit librement des milliards de fois dans le monde depuis près de 80 ans (le deuxième médicament le plus banal après l’aspirine disent-ils) soit soudainement décrié et ne puisse plus être prescrit que sur ordonnance et uniquement en milieu hospitalier. Ils s’indignent enfin du fait que les tests européens sur l’efficacité du protocole Raoult se font sur des patients en réanimation pour lesquels le professeur Raoult répète depuis des mois que ça ne sert plus à rien.

Ils en concluent assez naturellement que derrière cette cabale anti Raoult, il doit y avoir des questions de gros sous. Les brevets ne durent que 20 ans, donc pendant 20 ans, une industrie pharmaceutique qui a découvert un médicament a un monopole rentable sur celui-ci. Après 20 ans, ça tombe dans le domaine public et les génériques viennent faire concurrence. Un peu comme dans la mode ou l’édition, pour garder le même niveau de profits, il faut en permanence sortir des nouvelles collections, trouver de nouveaux auteurs. Or là, pour le coronavirus, un emmerdeur vient prétendre qu’un traitement aussi connu et peu cher que l’aspirine existe déjà.

A leur raisonnement on répond : complotistes ! Comment osez-vous penser que des gens seraient assez sordides et cupides que pour sciemment planifier la mort de centaines de milliers de personnes, juste pour avoir un monopole de quelques années sur un vaccin (qui sera probablement rendu obligatoire) ?!

Pourquoi complotistes ? Moi avant d’aller chez ****, je ne me réunis pas en secret dans un club pour comploter sur le travail des enfants Bangladeshi, je saucissonne très opportunément ma pensée, seul compte mon petit profit personnel immédiat, j’occulte naturellement et complètement les conséquences possibles de mes actes, elles sont d’ailleurs si lointaines. De toute façon, si ce n’est pas moi qui en profite, ce sera un autre.

Pourquoi si moi j’arrive, sans devoir comploter, à dissocier ma morale pour un achat de vêtements low-cost, le responsable d’une entreprise pharmaceutique n’y arriverait-il pas, sans avoir pour cela besoin de fréquenter un club secret planifiant l’asservissement du monde ?

Attaquer la chloroquine parce que des centaines de millions sont en jeux pour un vaccin futur ne nécessite pas plus de dissociation mentale que d’acheter des vêtements faits au Bangladesh pour économiser sur notre budget de consommation courante…ou que d’acheter un smart phone dont les matériaux sont issus de l’esclavage des enfants. Vous pensez aux conséquences humaines, sociales, environnementales de vos actes quand vous faites vos courses vous ? Ou vous regardez les prix, les promos ? Pourquoi le gestionnaire pharmaceutique ne regarderait-il pas la dernière ligne de son budget prévisionnel comme vous regardez votre ticket de caisse ? N’est-il pas fait de sang, de chair et d’avidité comme vous et moi ?  Nul besoin de complot pour ça. Juste de la bonne grosse bêtise humaine de recherche du profit personnel. Moi je cloisonne ma conscience : quand je fais les courses, je ne fais que les courses, et quand je signe une pétition contre le travail des enfants, je signe une pétition contre le travail des enfants. Le patron du 19° siècle, quand il faisait travailler des enfants dans sa mine, il faisait uniquement des affaires et quand il allait à la messe, il priait pour que les hommes soient tous frères et répétait avec une sincère émotion que « ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ».

Quand big-pharma attaque Raoult, il ne fait que contrer un concurrent, c’est du business, pas du complot.

[i] https://fr.wikipedia.org/wiki/Laboratoire_P4

[ii] https://www.gouvernement.fr/partage/8936-discours-du-premier-ministre-a-la-ceremonie-d-accreditation-du-laboratoire-de-haute-securite

Par Yvan Falis, , publié le 24/11/2020 | Comments (0)
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Chroniques confinées (II)

Avoir 20 ans en 2020 (19 avril)

Pardon pour les vieux, ce qui leur arrive, dans les EHPAD français ou les homes belges est un scandale. Ce ne sont plus des mouroirs mais des centres d’extermination. Confiner dans des clusters des personnes fragiles, sans protection digne, ce n’est pas de la non-assistance à personnes en danger, ce des coups et blessures viraux entrainant la mort avec plus que probablement l’intention de la donner.

Pardon pour les vieux, mais là je vais parler des jeunes : Foutez-leur la paix ! Je viens de recevoir un mail de notre direction envoyé à tous les profs. Il y est rappelé que nous ne pouvons pas donner de nouvelle matière, que nous faisons de la remédiation, que le but est surtout de garder un lien avec les élèves de manière bienveillante. Nous ne sommes pas en France où l’obsession est de ne surtout pas foutre la paix aux enfants, en plus du stress, ils doivent travailler huit heures par jour plus les devoirs. En Belgique, les consignes sont beaucoup plus cool et empathiques. Et voilà que des profs se sont plaints du manque de retour des élèves, obligeant la direction à rappeler que nous et donc eux aussi, vivons une situation particulière.

Vous ne croyez pas que ce doit être déjà assez dur comme ça pour eux ?!

Moi j’ai eu 20 ans en 1989, du bon côté. Je suis allé à Berlin pour casser des bouts de mur et prendre quelques jolies photos. Quelques temps plus tard, j’ai visité Moscou, Zagorsk (Sergueï posad) et St Pétersbourg. Au Bolchoï, je me suis gavé de caviar à l’entracte, ça ne coûtait rien…avoir 20 ans en 1989. A Leningrad j’ai acheté un service en argent à un vieux monsieur qui le vendait dans la rue, j’ai bien marchandé, je l’ai eu pour vraiment rien. D’ailleurs je ne sais plus où je l’ai mis, j’ai un autre service en argent, de ma liste de mariage, plus à mon goût…la roue tourne, qui me garantit que je ne le vendrai pas dans la rue ou sur eBay d’ici peu ? Que le mur semble loin ! Qu’est-ce qu’il nous protégeait au fond !

J’avais 20 ans en 1989, j’étais un jeune con occidental (pléonasme). J’étais un vainqueur d’une histoire destinée à se finir et à se figer dans un capitalisme heureux et triomphant. Les perspectives étaient joyeuses, la vie allait devenir meilleure, la vie allait devenir plus belle !

Avoir 20 ans en 2020, confiné, emmuré chez ses parents, montrés du doigt comme potentiel criminel si on ne respecte pas le confinement, montré du doigt par tous les autres, tous ceux qui ont plus de 45 ans…lutte des classes d’âge.

A l’âge où on a le cœur plus gros que les yeux, il faut se confiner, à l’âge où on n’est pas sérieux, il faut prendre soin des autres. A l’âge de l’insouciance joyeuse et égoïste, de l’enivrante liberté, à l’âge où il faut quitter le nid, voler de ses propres ailes il faut partager les angoisses de parents devenus des vieillards en puissance face au virus qui rode.

A l’âge de l’envol, on fait tout (devoirs, cours à distance par power point chronophage etc.) pour les enchainer à leur PC et mettre en cage leurs rêves.

Qui comptabilisera les victimes de ces envols arrêtés ?

 

Le principe de précaution et le Haïku

Nos sociétés occidentales modernes sont-elles confinées ou confites ? Confites de conformisme, de confort et de peur de la mort. La crise actuelle, l’effacement du politique au profit des experts scientifiques, la volonté contreproductive de protéger tout le monde, ne marquent-ils pas la limite du principe de précaution ?

Un haïku est une intuition poétique japonaise. En voici un :

Ta vie te tuera
Par principe de précaution
Evite de naître

 

Tout est nombre (22 avril).

Il paraît qu’un philosophe grec aurait dit ça[i]. La philosophe Ana Arendt a écrit : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez ».

Nous y sommes, nous ne croyons plus à rien, le n’importe quoi atteint même les nombres. Nous sommes tous comme Winston face à O’Brien dans le roman « 1984 ». Nous voyons danser les doigts de la mort devant nos yeux et ne sommes plus si sûrs que 2+2=4.

Plus 700 morts en une journée, mais la courbe se tasse, c’est un pic, que dis-je c’est un pic ? C’est un plateau, c’est une deuxième vague ! Le nombre de morts augmente, mais moins vite. Ici on ne compte que les hospitalisés, là on teste à tour de bras, là encore on tend vers zéro, on ne teste personne. Nous sommes tous devenus des algébros-géomètres, nous jonglons avec le zéro et l’infini, relativisons les chiffres.  J’ai mille morts ici, oui mais j’ai un enfant de cinq ans là !  Poker indécent.

On ne sait plus que penser, qui croire, tout est mouvant, comme un mur de Facebook en feed perpétuel.

On essaie pourtant, on choisit son camp comme on s’accroche aux branches, Dr Raoult versus version officielle. Mais la chute est à peine ralentie.

Le problème n’est plus que nous sommes désormais prêts à croire n’importe qui, mais que la moindre certitude glisse comme du sable entre nos poings crispés.

 

 

 

 

[i] Pythagore

Par Yvan Falis, , publié le 20/10/2020 | Comments (0)
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