Chroniques confinées (IV)

Plus rien à gagner et beaucoup à perdre, ne bougeons plus !  (6 mai)

Relisez Germinal de Zola. Les ouvriers se mettent en grève uniquement parce qu’ils n’ont plus rien à perdre. Pensez aux révolutionnaires russes, français ou allemands vers la fin de la première guerre sociale, pardon, mondiale, s’ils prennent le risque de mourir sous les balles du Tsar, du Kaiser ou de Pétain, c’est uniquement parce qu’après quatre ans de boucherie, ils n’ont plus rien à perdre et donc tout à gagner.

Mais nous, confinés dans nos canapés, assignés à résidence, demain peut-être tracés via des télécrans portatifs que nous aurons achetés volontairement (ça, même Orwell n’aurait pas osé l’imaginer), nous perdons beaucoup, mais nous avons encore tellement à perdre. Nos grands-parents allaient aux toilettes au fond du jardin et se lavaient dans une bassine, nous avons l’eau courante. Nos arrières- grands-parents se torchaient avec de la paille ou des journaux, notre PQ est molletonné et parfumé. La ruée dans les magasins sur ce produit est peut-être l’expression psychiatrique de l’angoisse d’une possible régression.

Nous allons travailler plus, on va peut-être supprimer nos retraites, mais nous avons encore tellement à perdre.

Ils sont venus m’empêcher de sortir du territoire et de me déplacer sans une attestation, je n’ai rien dit, j’avais encore l’eau courante. Ils sont venus m’interdire de sortir de chez moi sauf pour aller travailler 60 heures semaine, je n’ai rien dit, j’avais encore du PQ.

 

Les complotistes, idiots utiles ou gardes fous ?

Il y a quelques années, j’ai vu passer sur FB une vidéo où Pierre Desproges se moque de BHL après qu’il ait été entarté pour la première fois. Cette première fois était subversive et drôle, elle avait un côté Tyl l’espiègle typiquement belge. Plus tard, quand les entarteurs se sont mis à le chasser en meute (dans une église à Namur notamment) c’est devenu glauque. Revenons à Desproges, je partage la vidéo sur mon mur FB. Puis deux ou trois jours plus tard, je m’aperçois qu’elle avait été postée initialement par quelqu’un se réclamant de la Quenelle. Du coup je me suis senti obligé de la supprimer. Ce jour-là, j’ai compris que les complotistes sont les idiots utiles des pouvoirs en place. Grâce à eux, toute critique, même nuancée, devient suspecte ou est noyée dans leurs outrances. Je ne peux plus dire que BHL m’insupporte sans être vaguement soupçonné d’être quenelien, donc Soralien donc etc… Grâce à eux, la nuance a disparu. Ils légitiment le simplisme des versions officielles. En effet, plus ils sont grotesques, choquants et obscènes, et moins le discours officiel a besoin d’être argumenté, nuancé, subtile. C’est tout blanc, versus tout noir, le simplisme manichéen.

Qui a commencé ? Les complotistes ont-ils, tels des mauvaises herbes, germé sur le terrain d’un discours officiel de plus en plus pauvre ou le discours officiel s’est-il appauvri progressivement étouffé par la ronce complotiste ? Je n’ai pas la réponse à cette question, seulement une image : la démocratie est un jardin dont nous sommes les jardiniers.

Mais prenons un autre exemple, lié au corona virus. Il est apparu à Wuhan. Cette ville a une particularité, elle est la seule en Chine (et c’est très grand la Chine) à abriter un laboratoire P4 inauguré en 2017 et construit grâce à l’aide et l’expertise des Français. Un laboratoire P4 est dédié à l’étude et l’expérimentation sur les virus les plus dangereux de la planète. Il en existe par exemple un en Allemagne, situé sur une île dont l’accès est interdit. D’après Wikipedia « La classification P4 d’un laboratoire signifie « pathogène de classe 4 » et le rend susceptible d’abriter des micro-organismes très pathogènes (…) Ces agents de classe 4 sont caractérisés par leur haute dangerosité (taux de mortalité très élevé en cas d’infection), l’absence de vaccin protecteur, l’absence de traitement médical efficace, et la transmission possible par aérosols. La protection maximale exigée pour manipuler ces germes est désignée par le sigle NSB4 (niveau de sécurité biologique 4). » [i]


23 février 2017 – Discours du Premier ministre à la cérémonie d’accréditation du laboratoire de haute sécurité biologique P4 – Wuhan (Chine)

Contenu publié sous le Gouvernement Cazeneuve du 06 Décembre 2016 au 14 Mai 2017

Seul le prononcé fait foi
(…) Monsieur le Maire de la ville de Wuhan (M. WAN Yong)
Monsieur le vice-président de l’Académie des Sciences de Chine, (M. ZHANG Yangmin)
Monsieur le Président-Directeur général de l’INSERM, (M. Yves LEVY)

La France est fière et heureuse d’avoir contribué à la construction du premier laboratoire de haute sécurité biologique P4 en Chine. Conçu par des experts français, puis mis en chantier à WUHAN en 2011(…) De même que le nouveau laboratoire P4-Inserm de Lyon, conçu par les mêmes sociétés françaises, celui où nous nous trouvons est un modèle de technologie au plus haut niveau mondial. Parfaitement maitrisées par nos entreprises d’ingénierie et nos équipementiers, ces technologies de laboratoire constituent un atout majeur pour garantir la sécurité des populations tout en développant une capacité nationale de gestion du risque biologique.
Parce que les crises sanitaires portent avec elles des risques considérables de déstabilisation économique, sociale et politique, nous devons agir au niveau international en nous dotant d’une gouvernance solide. Soucieuse au plus haut point de la sécurité sanitaire mondiale, la France a compris la nécessité de renforcer les moyens de la recherche au plus près des lieux d’émergence des épidémies. C’est pourquoi elle a joint ses forces à celles de la Chine pour créer à WUHAN un laboratoire P4. (…) Renforcer la gouvernance internationale en matière de sécurité sanitaire, c’est encore l’objectif que vise notre pays en apportant à l’Organisation mondiale de la santé un appui sans faille. Permettez-moi de rendre ici hommage à Margaret CHAN, directrice générale de l’OMS, pour son action à la tête de cette organisation stratégique : son successeur aura à poursuivre les réformes engagées pour lui permettre d’assumer son rôle de pilier de l’organisation sanitaire mondiale. (…)L’Inserm et l’Académie des sciences de Chine ont en outre signé en juin 2016 un mémorandum d’entente prévoyant que des programmes conjoints associent les laboratoires P4 de Lyon et de WUHAN. (…) Permettez-moi enfin d’adresser mes félicitations à tous les acteurs engagés dans la coopération franco-chinoise qui ont permis la réalisation de ce projet essentiel
Je vous remercie.[ii]


La Chine est certes devenue une grande puissance, mais il y a peu encore, elle était un pays en voie de développement. Parfois, à vouloir grandir trop vite, on provoque des accidents. Il était légitime, raisonnable, nuancé etc. de faire le lien entre le lieu d’origine de la pandémie et le fait que ce lieu abrite le seul laboratoire P4 de Chine ; Bien échu que le nouveau virus apparaisse justement là.  Il eut été légitime que les journalistes ne lâchent pas l’affaire, qu’ils soient insistants sur cette question. Après tout, les accidents, ça arrive, Wuhan était peut-être un Tchernobyl en laboratoire.

Mais non, c’est tout de suite devenu :

BLANC – Une chauvesouris a fait pipi sur un pangolin qui a été mal cuit avant d’être mangé. D’ailleurs, Wuhan est bien connu (ah bon ?) pour son marché. Qui plus est, les virus apparaissent quand l’homme pénètre profondément dans la jungle et rencontre des espèces sauvages nouvelles (oh ! il y a de la jungle encore sauvage en Chine ?). P4 ? Pas vu P4, circulez !

CONTRE

NOIR – Le grand complot Judéo maçonnique illuminati soutenu par les reptiliens a créé exprès un virus pour tuer tous les vieux, instaurer un grand gouvernement mondial qui va tous nous réduire en esclavage, imposer une vaccination obligatoire dans laquelle on aura introduit une puce.

Entre les deux, le doute, l’interrogation légitime et nuancée sur un possible accident (puis sur un possible effet d’aubaine de la crise actuelle pour certains lobbys) sont noyés, et nous sommes sommés de choisir notre camp.

Les complotistes ont rendu de facto (ou de facho) la critique nuancée de tout discours officiel inaudible et suspecte. …Les théories du complot seraient-elles un complot ?

D’un autre côté, nous pourrions aussi plaider qu’après tout, une critique complotiste, c’est déjà une critique. Vaut-il mieux ânonner comme un mouton la version officielle, jusqu’à l’absurde (c’est logique de rouvrir les écoles, véritables clusters à virus, tout en continuant à interdire les restaurants ou les cinémas même aménagés) ou se lancer dans une critique démesurée et paranoïaque ? Une critique, même extrême, peut aussi être vue comme le garde-fou des dérives officielles. Notons aussi que ce n’est pas parce qu’il existe des complotistes qu’il faut supprimer le mot « complot » de nos dictionnaires.

Un complotiste est à l’adolescence de la pensée autonome, critique mais nuancée. Un ado s’oppose souvent à ses « maîtres » (parents, profs etc.) de manière désordonnée et donc excessive. Je frémis en repensant aux conneries que j’ai pu dire quand j’étais ado, et je remercie les adultes que j’ai croisés, qui ont su m’exprimer leur désaccord sans me dire « ta gueule sale complotiste ». Grâce à eux, j’ai pu parfois changer d’avis, évoluer, accepter la nuance. S’ils m’avaient dit « sale complotiste », je me serais sans doute enfermé dans un mode de pensée et ne serais jamais devenu adulte, c’est-à-dire quelqu’un capable de vivre la nuance, la contradiction, l’imparfait, la patience et parfois la déception. D’ailleurs, le processus se répète tout au long de la vie, quelles conneries ne dit-on pas au café du commerce ou avec ses proches ! Puis après, on nuance, on accepte d’écouter l’autre et on change un peu son point de vue. Entre parenthèses, quand vous changez d’avis, c’est une véritable cure de jouvence.

Je fais le pari de croire les complotistes ouverts à la pédagogie. Pas tous évidement, certains sont cristallisés depuis des années, mais la majorité. Il faut sans cesse les nuancer, avec tolérance, les aider à structurer un peu mieux leurs pensées.


Savoir écrire ou savoir changer une roue ?

Certains vont se dire : « mais pour qui se prend-t-il, ce connard condescendant qui veut m’apprendre comment structurer ma pensée ?! ». Je persiste et signe. Il y a deux types d’intelligences, une pratique (manuelle, spatiale, etc.) et une abstraite (conceptuelle, logique etc.). Nous avons tous les deux intelligences mais développées à des degrés divers selon notre éducation et nos affinités. Je sais à peine changer une roue. Mon intelligence pratique est quasi nulle. Si je coupe une branche, je me coupe un doigt, et ne me parlez pas de mécanique. Mais moi j’ai l’humilité de le savoir. Si je dois faire quelque chose dans mon jardin, je demande conseil et je demande de l’aide, je ne me sens pas humilié de devoir le faire, je sais qu’on ne peut pas être (moyennement) bon en tout. Je suis souvent agacé de voir des personnes ayant une forte intelligence pratique, ne pas demander d’aide et foncer tête baissée quand il s’agit d’agir dans un domaine relevant de l’intelligence abstraite. Celui-là va organiser seul son voyage, se faire arnaquer et m’en parler six mois plus tard, pour se plaindre de s’être fait avoir alors qu’il sait que je suis juriste et que j’adore organiser les voyages. Telle autre va vider son compte épargne pour payer les 2000 € de vente forcée de son garagiste qui refuse de lui rendre la voiture après une simple révision, sans même penser à téléphoner à son fils avocat. Et je pourrais multiplier les exemples. Donc messieurs les intelligents pratiques, je vous retourne le compliment : cessez d’être imbus de vous-même et de vous croire bons en tout ! Ceci-dit, le fait de ne pas être un manuel ne m’empêche pas d’être méfiant, quand j’ai un doute, je demande un deuxième avis, je ne fais pas confiance aveuglement. Ami lecteur, sois méfiant vis-à-vis de ma prétendue expertise intellectuelle.


Nous pouvons aussi voir les complotistes comme les fous du roi de notre paresse conformiste. Quand ils nous choquent, ils nous incitent à réagir. Que ce soit contre eux, ou contre ce que nous pensions avant, réagissons avec nuance.


Les chars russes sont à 12 heures du Havre !

J’ai passé toute mon enfance dans la peur du rouge. Mes parents, ma famille, mes amis, mon milieu (de Bourgeois Belge Conservateur) me répétaient que les chars russes, massés en Allemagne de l’Est, étaient prêts à foncer sur nos belles démocraties pour nous enfermer tous dans des goulags. Il ne leur faudrait pas douze heures (sans compter les embouteillages aux péages) pour atteindre le Havre !

Ma famille, mes amis, mon milieu (de BBC) m’expliquaient aussi que l’URSS était une dictature tellement féroce, qui modelait tellement les esprits, qu’elle durerait malheureusement probablement encore au moins un siècle.

Ma famille, mes amis, mon milieu (de BBC) m’expliquaient enfin que toute leur culture, leur cinéma notamment, était de la propagande qui déformait la réalité.

Depuis j’ai grandi, le mur est tombé, les chars russes sont en Russie, mais les F16 de l’OTAN sont à Talin (350 Km de St Pétersbourg). L’URSS est déjà un lointain souvenir. Pour la propagande, je vous conseille la vision du film « Afonia », un blockbuster soviétique de 1975 qui raconte l’histoire d’un alcoolique qui vit dans un petit appart minable, fait du marché noir et se fait emmerder par le chef local du parti communiste…Qui était complotiste ?


Taxer quelqu’un de « complotiste » c’est lui dire « tais-toi ! », ce qui est assez limité comme argument.  Il faut au contraire faire de la pédagogie tout le temps, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, trouver la bonne contradiction, celle qui ne va pas donner une leçon pour le plaisir d’avoir raison ou d’insulter, mais celle qui va amener à évoluer, à se nuancer. C’est un travail sans fin, un équilibre toujours instable, mais la survie du débat et donc de la démocratie est à ce prix.

 

Big Pharma, Raoult et Kiabi

Quand je vais rendre visite à ma maman près de Reims, j’en profite souvent pour aller chez Kiabi, les vêtements y sont sympas et vraiment pas chers. Oui je sais, ils sont faits au Bangladesh par des enfants dans des conditions déplorables. J’y pense et puis j’oublie, c’est la vie, c’est la vie. Une fois dans le magasin, la misère du monde, les implications écologiques et sociales de mes actions me passent au-dessus du ciboulot. La seule chose qui compte, c’est de trouver des vêtements qui me plaisent et faire une bonne affaire. Après il sera toujours temps de signer une pétition contre le travail des enfants. Sur le moment, seul mon profit personnel compte.

Certains pensent que la chloroquine associée à un banal antibiotique traite le Coronavirus ; le fameux protocole du professeur Raoult (qui consiste également à dépister, isoler et traiter les malades).  Ils ajoutent qu’une fois que l’état des patients s’est dégradé et qu’ils sont à l’hôpital, alors il est souvent trop tard, que le problème n’est plus la charge virale (que la chloroquine permet de faire baisser) mais la réaction inflammatoire de l’organisme. Ils s’étonnent dès lors que ce médicament, prescrit librement des milliards de fois dans le monde depuis près de 80 ans (le deuxième médicament le plus banal après l’aspirine disent-ils) soit soudainement décrié et ne puisse plus être prescrit que sur ordonnance et uniquement en milieu hospitalier. Ils s’indignent enfin du fait que les tests européens sur l’efficacité du protocole Raoult se font sur des patients en réanimation pour lesquels le professeur Raoult répète depuis des mois que ça ne sert plus à rien.

Ils en concluent assez naturellement que derrière cette cabale anti Raoult, il doit y avoir des questions de gros sous. Les brevets ne durent que 20 ans, donc pendant 20 ans, une industrie pharmaceutique qui a découvert un médicament a un monopole rentable sur celui-ci. Après 20 ans, ça tombe dans le domaine public et les génériques viennent faire concurrence. Un peu comme dans la mode ou l’édition, pour garder le même niveau de profits, il faut en permanence sortir des nouvelles collections, trouver de nouveaux auteurs. Or là, pour le coronavirus, un emmerdeur vient prétendre qu’un traitement aussi connu et peu cher que l’aspirine existe déjà.

A leur raisonnement on répond : complotistes ! Comment osez-vous penser que des gens seraient assez sordides et cupides que pour sciemment planifier la mort de centaines de milliers de personnes, juste pour avoir un monopole de quelques années sur un vaccin (qui sera probablement rendu obligatoire) ?!

Pourquoi complotistes ? Moi avant d’aller chez Kiabi, je ne me réunis pas en secret dans un club pour comploter sur le travail des enfants Bangladeshi, je saucissonne très opportunément ma pensée, seul compte mon petit profit personnel immédiat, j’occulte naturellement et complètement les conséquences possibles de mes actes, elles sont d’ailleurs si lointaines. De toute façon, si ce n’est pas moi qui en profite, ce sera un autre.

Pourquoi si moi j’arrive, sans devoir comploter, à dissocier ma morale pour un achat de vêtements low-cost, le responsable d’une entreprise pharmaceutique n’y arriverait-il pas, sans avoir pour cela besoin de fréquenter un club secret planifiant l’asservissement du monde ?

Attaquer la chloroquine parce que des centaines de millions sont en jeux pour un vaccin futur ne nécessite pas plus de dissociation mentale que d’acheter des vêtements faits au Bangladesh pour économiser sur notre budget de consommation courante…ou que d’acheter un smart phone dont les matériaux sont issus de l’esclavage des enfants. Vous pensez aux conséquences humaines, sociales, environnementales de vos actes quand vous faites vos courses vous ? Ou vous regardez les prix, les promos ? Pourquoi le gestionnaire pharmaceutique ne regarderait-il pas la dernière ligne de son budget prévisionnel comme vous regardez votre ticket de caisse ? N’est-il pas fait de sang, de chair et d’avidité comme vous et moi ?  Nul besoin de complot pour ça. Juste de la bonne grosse bêtise humaine de recherche du profit personnel. Moi je cloisonne ma conscience : quand je fais les courses, je ne fais que les courses, et quand je signe une pétition contre le travail des enfants, je signe une pétition contre le travail des enfants. Le patron du 19° siècle, quand il faisait travailler des enfants dans sa mine, il faisait uniquement des affaires et quand il allait à la messe, il priait pour que les hommes soient tous frères et répétait avec une sincère émotion que « ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ».

Quand big-pharma attaque Raoult, il ne fait que contrer un concurrent, c’est du business, pas du complot.

[i] https://fr.wikipedia.org/wiki/Laboratoire_P4

[ii] https://www.gouvernement.fr/partage/8936-discours-du-premier-ministre-a-la-ceremonie-d-accreditation-du-laboratoire-de-haute-securite

Par Yvan Falis, , publié le 24/11/2020 | Comments (0)
Dans: Chroniques | Format:

Chroniques confinées (II)

Avoir 20 ans en 2020 (19 avril)

Pardon pour les vieux, ce qui leur arrive, dans les EHPAD français ou les homes belges est un scandale. Ce ne sont plus des mouroirs mais des centres d’extermination. Confiner dans des clusters des personnes fragiles, sans protection digne, ce n’est pas de la non-assistance à personnes en danger, ce des coups et blessures viraux entrainant la mort avec plus que probablement l’intention de la donner.

Pardon pour les vieux, mais là je vais parler des jeunes : Foutez-leur la paix ! Je viens de recevoir un mail de notre direction envoyé à tous les profs. Il y est rappelé que nous ne pouvons pas donner de nouvelle matière, que nous faisons de la remédiation, que le but est surtout de garder un lien avec les élèves de manière bienveillante. Nous ne sommes pas en France où l’obsession est de ne surtout pas foutre la paix aux enfants, en plus du stress, ils doivent travailler huit heures par jour plus les devoirs. En Belgique, les consignes sont beaucoup plus cool et empathiques. Et voilà que des profs se sont plaints du manque de retour des élèves, obligeant la direction à rappeler que nous et donc eux aussi, vivons une situation particulière.

Vous ne croyez pas que ce doit être déjà assez dur comme ça pour eux ?!

Moi j’ai eu 20 ans en 1989, du bon côté. Je suis allé à Berlin pour casser des bouts de mur et prendre quelques jolies photos. Quelques temps plus tard, j’ai visité Moscou, Zagorsk (Sergueï posad) et St Pétersbourg. Au Bolchoï, je me suis gavé de caviar à l’entracte, ça ne coûtait rien…avoir 20 ans en 1989. A Leningrad j’ai acheté un service en argent à un vieux monsieur qui le vendait dans la rue, j’ai bien marchandé, je l’ai eu pour vraiment rien. D’ailleurs je ne sais plus où je l’ai mis, j’ai un autre service en argent, de ma liste de mariage, plus à mon goût…la roue tourne, qui me garantit que je ne le vendrai pas dans la rue ou sur eBay d’ici peu ? Que le mur semble loin ! Qu’est-ce qu’il nous protégeait au fond !

J’avais 20 ans en 1989, j’étais un jeune con occidental (pléonasme). J’étais un vainqueur d’une histoire destinée à se finir et à se figer dans un capitalisme heureux et triomphant. Les perspectives étaient joyeuses, la vie allait devenir meilleure, la vie allait devenir plus belle !

Avoir 20 ans en 2020, confiné, emmuré chez ses parents, montrés du doigt comme potentiel criminel si on ne respecte pas le confinement, montré du doigt par tous les autres, tous ceux qui ont plus de 45 ans…lutte des classes d’âge.

A l’âge où on a le cœur plus gros que les yeux, il faut se confiner, à l’âge où on n’est pas sérieux, il faut prendre soin des autres. A l’âge de l’insouciance joyeuse et égoïste, de l’enivrante liberté, à l’âge où il faut quitter le nid, voler de ses propres ailes il faut partager les angoisses de parents devenus des vieillards en puissance face au virus qui rode.

A l’âge de l’envol, on fait tout (devoirs, cours à distance par power point chronophage etc.) pour les enchainer à leur PC et mettre en cage leurs rêves.

Qui comptabilisera les victimes de ces envols arrêtés ?

 

Le principe de précaution et le Haïku

Nos sociétés occidentales modernes sont-elles confinées ou confites ? Confites de conformisme, de confort et de peur de la mort. La crise actuelle, l’effacement du politique au profit des experts scientifiques, la volonté contreproductive de protéger tout le monde, ne marquent-ils pas la limite du principe de précaution ?

Un haïku est une intuition poétique japonaise. En voici un :

Ta vie te tuera
Par principe de précaution
Evite de naître

 

Tout est nombre (22 avril).

Il paraît qu’un philosophe grec aurait dit ça[i]. La philosophe Ana Arendt a écrit : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez ».

Nous y sommes, nous ne croyons plus à rien, le n’importe quoi atteint même les nombres. Nous sommes tous comme Winston face à O’Brien dans le roman « 1984 ». Nous voyons danser les doigts de la mort devant nos yeux et ne sommes plus si sûrs que 2+2=4.

Plus 700 morts en une journée, mais la courbe se tasse, c’est un pic, que dis-je c’est un pic ? C’est un plateau, c’est une deuxième vague ! Le nombre de morts augmente, mais moins vite. Ici on ne compte que les hospitalisés, là on teste à tour de bras, là encore on tend vers zéro, on ne teste personne. Nous sommes tous devenus des algébros-géomètres, nous jonglons avec le zéro et l’infini, relativisons les chiffres.  J’ai mille morts ici, oui mais j’ai un enfant de cinq ans là !  Poker indécent.

On ne sait plus que penser, qui croire, tout est mouvant, comme un mur de Facebook en feed perpétuel.

On essaie pourtant, on choisit son camp comme on s’accroche aux branches, Dr Raoult versus version officielle. Mais la chute est à peine ralentie.

Le problème n’est plus que nous sommes désormais prêts à croire n’importe qui, mais que la moindre certitude glisse comme du sable entre nos poings crispés.

 

 

 

 

[i] Pythagore

Par Yvan Falis, , publié le 20/10/2020 | Comments (2)
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