Le chômage – (II) A-t-on vraiment tout tenté ?

Sculpteur Stéric

Si la fin du travail approche à grands pas, comme nous l’écrivions à la fin de l’article précédent, elle n’est pas aujourd’hui le problème le plus pressant. Ce dernier réside plutôt dans l’installation d’une société duale avec d’un côté ceux qui « possèdent » un emploi et de l’autre ceux qui en sont privés, ou qui gagnent à peine de quoi vivre, ou qui vivent sous la menace du chômage. Face à ce constat, toute politique consistant à augmenter la durée légale du travail (nombre d’heures hebdomadaires et d’années) dans l’espoir que cela accélèrera la croissance et multipliera in fine le nombre de postes est immédiatement contre-productive puisqu’elle conduit à la hausse du chômage. N’oublions pas à cet égard que l’Allemagne – puisqu’elle est présentée comme le modèle à imiter – a réduit le chômage en multipliant les petits boulots à temps partiel et grâce à sa faiblesse démographique. Idem pour la Grande-Bretagne avec les contrats « zéro heure[i] » !

En tout état de cause, ce qui a réussi là ne marchera pas nécessairement ici. Dans une configuration de l’économie mondiale donnée – en l’occurrence la mondialisation – les performances relatives des différentes nations dépendent pour une grande part de particularités que l’on pourrait dire « psychologiques ». Ainsi la Chine tire-t-elle mieux son épingle du jeu que la Russie non seulement parce que le coût de la main d’œuvre y est plus faible qu’en Russie mais encore parce que les dirigeants du parti communiste chinois comprennent mieux les conditions d’une économie de marché que Vladimir Poutine, et encore aussi, sans doute, parce que le maoïsme n’a pas réussi à détruire les habitudes ancestrales (« confucéennes », dirait-on) de discipline au travail, tandis que le stalinisme n’a pas su les implanter (en dépit de quelques stakhanovistes artificiellement fabriqués). De même l’Allemagne s’en sort-elle mieux que la France et, là aussi, il est permis de penser que le comportement par rapport au travail y est pour quelque chose. La France a une longue habitude de la contestation ouvrière depuis les ébénistes du faubourg Saint-Antoine, en 1789, puis la Commune, le Front Populaire, … Rien de tel en Allemagne où les « soviets » de 1917 furent vite noyés dans le sang. Quant à l’épisode nazi, s’il fut bien révolutionnaire et populaire, on ne saurait en aucun cas l’interpréter comme une remise en cause du capitalisme et de la relation salariale.

L’idéologie importe. Les peuples épris plus que les autres d’égalité et de liberté (ou qui, plus simplement, valorisent davantage la débrouillardise individuelle que l’embrigadement) ne sont pas les mieux armés pour la compétition économique.

Alors que faire ? Une politique de formation novatrice ne saurait être une mauvaise chose malgré l’incertitude qui pèse sur les emplois de demain (cf. supra). Quoi d’autre ? Injecter davantage d’argent public (emprunté) dans l’économie dans l’espoir d’une relance keynésienne n’est pas une solution dans la France mondialisée. Sans compter que le montant de la dette est plus que préoccupant[ii]. Une politique protectionniste agressive n’est pas davantage possible tant la France d’aujourd’hui se trouve intégrée dans les réseaux mondiaux. Ou alors il faudrait accepter de longues années de vaches maigres pendant lesquelles on se verrait contraint d’exporter moins (en raison des mesures de rétorsion), tout en continuant de dépendre des importations tant qu’on n’aurait pas reconstitué les filières nationales aujourd’hui disparues. Aujourd’hui, le déficit commercial n’a pas de conséquences financières immédiates grâce à l’euro, mais élever les barrières douanières signifierait le retrait immédiat du marché commun comme de l’euro. Des dévaluations seraient inévitables qui appauvriraient les Français au moins aussi longtemps que l’appareil productif ne serait pas capable de profiter des avantages d’une monnaie sous-évaluée.

Réduire la dette qui pèse comme une épée de Damoclès sur notre tête, serait théoriquement possible, et rapidement, puisque des pays l’ont accompli récemment avec succès (encore le Canada, par exemple). Dans un pays comme le nôtre où le chômage est déjà très élevé, la suppression en nombre de postes de contractuels de l’État, le non remplacement des fonctionnaires partant à la retraite, l’unification des régimes sociaux auraient à nouveau, et quelque rationnels qu’ils puissent paraître, des conséquences désastreuses à court terme non seulement sur le chômage mais encore sur la production nationale, étant donné les troubles sociaux inévitables dès qu’on touche à la fonction publique dans ce pays. Par ailleurs, les exemples de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne ne plaident guère en faveur de ce genre de purge dans les pays qui ont perdu leur souveraineté monétaire. En tout état de cause, si l’objectif principal demeure le chômage, la réduction du poids de l’État ne saurait avoir qu’un effet très indirect et hypothétique via la baisse des prélèvements obligatoires (en % du PIB), lesquels sont censés entraver le dynamisme de l’économie.

Les profits d’hier font les investissements d’aujourd’hui et les emplois de demain, disait, en son temps, le chancelier allemand Helmut Schmidt. Ce n’est pas aussi simple, comme le montre l’exemple des années récentes, en France, où les mesures en faveur des entreprises ont permis de reconstituer les marges sans qu’on voie le chômage se réduire vraiment. D’abord parce que les profits supplémentaires peuvent être simplement distribués aux actionnaires et, ensuite, parce que les grandes firmes qui jouent sur le marché mondial peuvent décider d’investir ailleurs qu’en France, là où la demande est la plus dynamique. Concrètement, en 2016, comme le rapporte Le Monde (24-3-2017), 65% des 144 principaux projets lancés en 2016 par des sociétés françaises sont localisés hors de l’Hexagone, et, chiffre plus significatif, la France ne reçoit que 11% de tous les emplois créés par ces grands projets tricolores… Cela ne serait pas grave si la France continuait à attirer les investissements étrangers. C’est, hélas, de moins en moins le cas[iii].

De fait, à l’heure de la mondialisation, il est logique que les investissements se portent vers les régions du monde où la demande est la plus dynamique. Ainsi, la production industrielle de la Chine a-t-elle été multipliée par 2,5 en dix ans et l’Asie, plus généralement, concentre la moitié des projets industriels mondiaux. Pour attirer les investissements nécessaires et accroître l’emploi en France, il serait utile de relancer la demande mais cela paraît inopportun d’une part à cause de l’état des finances publiques et d’autre part en raison de l’ouverture de l’économie qui fait que toute relance de la demande se disperse en majeure partie vers les fournisseurs étrangers. C’est donc bien la quadrature du cercle. A quoi s’ajoute que les investissements nouveaux, particulièrement ceux des grandes firmes, sont de toute façon de moins en moins riches en emplois en raison de la robotisation. C’est d’ailleurs ce qui explique le mouvement, encore timide, de relocalisation de certaines activités en France.

Est-on totalement impuissant ? Est-­il vraiment impossible de faire au moins aussi bien que l’Allemagne, laquelle, à défaut d’être le modèle idéal, a réduit le chômage, est en train de dégager des excédents budgétaires et affiche par ailleurs un excédent commercial considérable ? De ce qui précède, il ressort que la France a deux handicaps par rapport à l’Allemagne : la difficulté d’atteindre un consensus social et, ceci expliquant cela, le retard qu’elle a pris en matière de réformes. A quoi s’en ajoutent deux autres : l’absence d’un tissu dense de PME-PMI industrielles et un positionnement sur des produits de moyenne gamme facilement concurrençables, contrairement à l’industrie allemande qui continue à conserver une sorte de monopoles sur des produits à très haute technicité (comme les machines à commande numérique les plus sophistiquées). Grâce en particulier à ces deux derniers atouts, l’Allemagne a pu, jusqu’à présent au moins, s’affranchir du cercle vicieux dans lequel la France s’est enfermée. La croissance n’y est pas suspendue au dynamisme du marché intérieur puisque l’industrie est tournée avant tout vers le marché mondial, vers le marché asiatique en particulier, particulièrement dynamique.

A défaut de pouvoir mener la « politique de la demande » prônée par les candidats hors système, et si l’on refuse de courir les risques inhérents à la sortie de l’euro, c’est bien une « politique de l’offre » visant à favoriser la production dans son ensemble et les entreprises exportatrices en particulier qui semble s’imposer mais plus ciblée que celle qui a été menée jusqu’ici. Cela va de la réforme de l’éducation (en développant l’apprentissage, en redonnant à l’enseignement professionnel le lustre perdu depuis le temps des « lycées techniques », etc.) jusqu’à la transformation des conseillers commerciaux à l’étranger en intermédiaires de droit privé rémunérés directement par les entreprises, en passant par la simplification administrative et la modification de certaines dispositions du droit du travail. Le transfert des charges sociales sur la TVA (à prix inchangé pour le consommateur) serait également souhaitable puisqu’il serait favorable aux exportations (qui ne supportent pas cette taxe).

Bien que ces réformes, préconisées depuis longtemps, semblent peu de choses, elles heurtent des intérêts particuliers, ce qui a empêché jusqu’ici leur application. Il devrait être a priori plus facile de renoncer aux aides indifférenciées aux entreprises sous forme d’allègement des charges et de les remplacer par des crédits d’impôt (ou des subventions) conditionnés par des investissements donnant lieu à des embauches supplémentaires en France (et, à défaut, remboursables). Toutes les aides aux entreprises abritées de la concurrence internationale devraient être supprimées et redirigées vers les entreprises exportatrices. La mise en œuvre de ces dispositions demanderait cependant un certain doigté pour ne pas tomber sous les fourches caudines des règles anti-dumping de l’OMC.

Comme il serait suicidaire de sortir du marché commun, il n’y aucune marge de manœuvre immédiate concernant la politique commerciale de la France, celle-ci étant régie par l’Union Européenne. Il ne reste, dès lors, qu’à user de notre pouvoir pour infléchir la politique de l’UE en injectant davantage de protectionnisme (introduction de clauses sociales ou environnementales, dénonciation accrue du dumping pratiqué à l’étranger, voire, comme le proposent certains, en « impos[ant] un contenu local minimal pour accéder au marché [européen] »[iv]. Jusqu’à présent, face à une Europe nettement « néo-libérale », de telles tentatives ne pouvaient pas aboutir. Cela n’empêche pas que le prochain président qui sortira des urnes reprenne ces propositions, puisque, face à la montée du populisme, le contexte politique apparaît plus favorable pour un changement à Bruxelles. Par contre, la suppression de la concurrence fiscale, tout aussi indispensable, paraît inatteignable dans la mesure où les décisions concernant les impôts sur les sociétés, sur les revenus et sur le patrimoine restent très largement du ressort des États membres.

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Si l’on n’a pas tout tenté, en raison à la fois des incertitudes inhérentes à la science économique et des pesanteurs sociologiques qui sont la marque de notre pays, il faut bien voir que l’efficacité des réformes, quelles qu’elles soient, trouve rapidement sa limite. On aura beau, par exemple, améliorer la formation des Français, des chômeurs en particulier, ou rendre le marché du travail plus flexible, la disproportion entre le nombre des offres d’emploi non satisfaites et le nombre des demandeurs d’emploi est telle qu’il serait illusoire d’en attendre une réduction du chômage à la mesure du problème. De même, dans une économie mondialisée, les politiques de promotion des exportations se heurtent immédiatement, à l’instar de la mise en œuvre d’un protectionnisme même light, aux politiques similaires des pays concurrents.

Il faut pour finir rappeler une évidence, même si elle n’apparaît pas dans les programmes des candidats à la présidentielle. Notre dynamisme démographique est l’obstacle principal au retour au plein-emploi. Il serait temps d’admettre que la politique généreuse à l’égard de la famille n’est plus de saison.

 

[i] Le contrat ne prévoit pas la durée du travail. A la limite, un employé peut être appelé par l’entreprise pour travailler seulement une heure !

[ii] 100% du PIB, alors que la France s’est engagée par le traité de Maastricht à ne pas dépasser 60% ! Pour peu que les taux d’intérêt se tendent, le coût de la dette française deviendra rapidement insupportable.

[iii] Baisse tendancielle de 2008 à 2014 de 46 milliards à 0,2 milliard d’euro. Nette remontée en 2015, laquelle s’explique par la fusion Lafarge-Holcim et le rachat de la branche énergie d’Alstom par General Electric.

[iv] Cf. Pierre-Noël Giraud, « L’Europe a besoin de mercantilisme, pas de protectionnisme », Le Monde, 18 février 2017.

 

La pensée en danger

Les polices de la pensée

De drôles de mœurs se sont installées depuis quelque temps dans le milieu intellectuel (et politique) français. Ainsi, a-t-on vu, l’an dernier, un premier ministre condamner un écrivain, Michel Houellebecq, et son roman Soumission, pour crime d’islamophobie et de racisme, tout en avouant dans le même élan, non sans culot, ne pas l’avoir lu. Ainsi a-t-on vu, il y a deux ans, un « écrivain » , Édouard Louis, et un « sociologue », de gauche, lancer une pétition à l’occasion des Rendez-vous de l’Histoire de Blois pour exiger qu’un des participants, Marcel Gauchet, y soit interdit de parole. Ainsi, vient-on d’assister, tout récemment, à une escouade de « chercheurs » s’en prendre à l’écrivain et journaliste Kamel Daoud, accusé par eux d’avoir, dans un article sur les événements de Cologne survenus lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, « recyclé les clichés orientalistes les plus éculés » et fait preuve d’un condamnable  « paternalisme colonial » (curieux reproche adressé à un intellectuel algérien qui, plus est, se trouve menacé de mort dans son pays). C’est ainsi qu’on a vu, dans une tribune du Monde, ces « spécialistes en sciences humaines », du haut de leur savoir scientifique (comme si la sociologie était un terrain vierge où ne poussaient pas les mauvaises herbes de l’idéologie et de la politique), n’avoir aucune gêne à morigéner ces ignorantins en matière de culture islamique que seraient Kamel Daoud, Rachid Boudjedra et Boualem Sansal. Ces Diafoirus,  bien au chaud dans leur nid universitaire, visaient plus largement les intellectuels d’origine maghrébine, hommes et femmes, qui à partir d’une lecture critique du Coran et d’une connaissance des mœurs dans les pays arabo-musulmans où ils sont nés, ont vécu, et pour certains vivent encore,  dénoncent la condition faite aux femmes (et aux homosexuels) dans ces pays, et mettent en lumière le fondement religieux et étatique sur lequel ils reposent, à savoir l’antisémitisme et, subsidiairement, l’antichristianisme.

La romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, dans Libération daté du 29 février, à propos de ce « collectif » qui a initié la campagne médiatique contre Kamel Daoud, a appelé nos « élites de gauche » bien-pensantes à plus de décence, en leur enjoignant de cesser de dicter aux intellectuels arabes « ce qu’ils doivent dire ou ne pas dire sur leurs sociétés », et de piailler, comme une basse-cour courroucée et effrayée : « Islamophobie ! islamophobie ! », dès que sont mises en cause certaines « graves  maladies » de l’islam » (pour reprendre une expression du regretté Abdelwahab Meddeb). Et que ces va-t-en-guerre contre Daoud, un individu seul, qui parle en son nom propre, et à ses risques et périls, se soient mis courageusement à dix-neuf  pour le faire taire, n’est-ce pas désolant ?

 

« Islamophobie !». Voilà le mot qui est devenu le cri de ralliement à la fois des organisations musulmanes officielles en France, des loups salafistes déguisés en inoffensifs moutons prêcheurs, à l’image d’un Tarik Ramadan, très courtisé par la nébuleuse de nos « idiots utiles » au sein de laquelle on repère, pêle-mêle, laïcards dévoyés, humanistes geignards, prélats chrétiens masochistes, sociologues et psychologues armés de leurs sciences infaillibles, intellectuels en proie à de recuites culpabilités postcoloniales, gauches extrêmes déboussolées prenant les jeunes terroristes du djihad pour les successeurs des « damnés de la terre » héroïsés par le beau chant de l’Internationale… Doté d’une connotation raciste, ce vocable d’« islamophobe », ainsi lesté d’une charge infamante, a tout simplement pour but d’interdire, et aux musulmans en premier, tout examen critique d’une religion et d’une histoire (comme il fut fait, pendant des siècles, pour le judaïsme et le christianisme). S’agirait-il, pour autant, de renouer  avec un hypothétique « islam des Lumières » ? Que recouvre une telle expression ? Y aurait-il eu, aussi, un « christianisme des Lumières » et que faudrait-il entendre par là ? Si l’on fait référence à de lointaines et très brèves périodes de  l’histoire de l’islam au cours desquelles se sont manifestés des courants mystiques, poétiques, philosophiques, force est de constater : 1) qu’ils ont été aussitôt marginalisés, durement réprimés, leurs auteurs criminalisés comme hérétiques ; 2) qu’ils n’émanaient pas du texte coranique  — comme le rappelle le poète syrien Adonis, dans son livre d’entretiens avec la psychanalyste Houria Abdelouaed, Violence et islam —  mais de courants de pensée inspirés de textes pré-islamiques, zoroastriens, juifs, chrétiens, grecs, où se manifestaient, notamment, « la présence du féminin et l’amour de la femme ». Qu’on relise Omar Kayyam, Rûmî, Ibn ‘Arabî ; qu’on se rappelle le destin d’Averroès, exilé et ses livres détruits, celui du grand al-Hallâj, crucifié à Bagdad en 922.  « La mystique et la philosophie, insiste Adonis, ne fait pas partie de la pensée islamique qui n’est que fiqh (jurisprudence) et shar‘ (Loi) ». Quelle signification alors donner à  cet « islam Lumières », invoqué comme un rassurant gris-gris ?

Le psychanalyste Daniel Sibony, ayant eu l’expérience de la vie d’un juif dans un pays arabo-musulman, le Maroc, lisant et parlant couramment l’arabe, et donc grand connaisseur du Coran, confirme, à sa façon, le diagnostic d’Adonis.  Il titre ainsi un des derniers chapitres de son livre, le Grand malentendu(2),  récemment paru : Ne pas quitter les Lumières par le bas, allant jusqu’à émettre le doute que nos catégories héritées des Lumières ne semblent guère plus adaptées à la compréhension des tragiques événements que connaissent aujourd’hui l’Occident, l’Europe, et la France en particulier. La violence initiale du texte fondateur de l’islam (un de ses bons tiers, dans les sourates dites médinoises), il la voit inspirée et nourrie par la haine des juifs et des chrétiens. Quant à la partie pacifique, noyau du message biblique (charité, amour du prochain, partie élaborée pendant le séjour de Mahomet à la Mecque), il nous met en garde contre une de ses lectures qui consisterait à l’opposer purement et simplement aux versets violents en laissant entendre, comme le font les musulmans dits modérés, qu’on doit les oublier, qu’ils ne feraient pas partie du corpus coranique. Or, souligne Sibony, les deux types de versets se complètent tout à fait, et l’ennui c’est que les islamistes, sont parfaitement fondés, pour justifier la pratique de la charia, le recours au djihad, à faire référence aux appels à combattre à mort les juifs, les chrétiens et les mécréants, appels font partie intégrante du Coran. L’islamisme n’aurait rien à voir avec l’islam ? C’est un peu, suggérait un humoriste,  comme si on affirmait que l’alcoolisme n’a rien à voir avec l’alcool.

 

C’est à ces questions que tente de répondre, de son côté, la psychanalyste franco-marocaine Houria Abdelouaed, dans son nouvel essai qui paraît au Seuil ces jours-ci, ;;;;(À lire dans les pages qui suivent son entretien avec Jacqueline Caux).

Pierre Jourde, cet “écrivain-boxeur”

Des mots et des poings

 

Pierre Jourde

Géographie intérieure

Grasset

 

De Pierre Jourde, je ne connaissais qu’un livre et une photo. Le livre : son pamphlet, la Littérature sans estomac, paru en 2002, écrit en collaboration avec Éric Naulleau. La photo : son portrait, toujours le même, publié dans la presse et qui continue d’ouvrir son blog de l’Obs. Une tête de boxeur, que je m’étais dit, du coup pas autrement surpris qu’il frappât dur contre quelques-uns et unes de ses pairs. C’était plutôt bien vu de ma part, puisque j’apprends en lisant les textes qu’il a réunis sous le titre Géographie intérieure, notamment son autoportrait, que boxeur il l’a été, et pas seulement boxeur, mais rugbyman, footballeur, pratiquant également l’aviron, la voile, le trekking, la course de fond, le ski, le tennis et les sports de combat. De quoi impressionner ses contradicteurs, sportifs en chambre de la plume et de l’ordinateur. S’il lui prenait soudain l’envie de laisser les mots au vestiaire pour enfiler les gants… Vaine crainte, la seule fois où il eut recours à sa pratique de pugiliste, c’est lorsque des paysans de son village d’Auvergne, peu au parfum des lois de l’hospitalité, l’accueillirent à coups de pierres, à cause d’un  livre de lui où ils crurent se reconnaître sous un jour peu amène. Ce ne sont pas mots qui lui sauvèrent alors la mise, à lui et à sa famille, mais probablement un savant enchaînement de crochets, de directs et d’uppercuts. Ayant donc l’occasion, par la récente publication en volume de certains de ses écrits de circonstances, de faire plus ample connaissance, je me rends compte que ce bagarreur, même avec les mots, s’il est un pugnace n’est pas un vrai méchant. Il est vrai que dans Littérature sans estomac, ils y allaient parfois un peu fort, lui et copain Naulleau (un petit hargneux médiatique celui-ci). Fort mais pas toujours à mauvais escient, même si dans son plutôt ludique jeu de massacres, il choisissait des adversaires qui, décidément, ne boxaient pas dans la même catégorie.

Que peut le roman ?

De Pierre Jourde, après la Littérature sans estomac, je n’ai plus rien lu. Pas de services de presse de ses livres. Sans doute l’idée que son éditeur et lui-même se faisaient de nos goûts littéraires, des miens en particulier ? J’en veux pour possible preuve le texte que Jourde donna à une revue où il mettait en cause, de façon très courtoise, gants de boxe accrochés au vestiaire, nos refus, à Philippe Forest et moi, du roman traditionnel et notre supposée addiction à « l’autofiction » alors à la mode et à l’autobiographie. Occasion pour moi pour de lui signaler, l’existence, entre autres, de deux de mes livres qui pourraient corriger ses a priori : un roman paru au Seuil en pleine époque Tel Quel (1980), Carrousels, où, s’il est vrai que sa forme n’obéissait pas au canon du roman dix-neuviémiste, il ne faisait pas pour autant fi du réel (l’histoire y est constamment présente : Terreur révolutionnaire, guerre 14-18, Auschwitz, Katyn, guerre des paysans en Allemagne…) ;  quant au second livre, un essai publié en 1990 chez Grasset, le Roman et le sacré, il était une défense et illustration du roman s’attachant à prouver la supériorité de ce genre littéraire sur les écrits à caractère autobiographique. Si mon point de vue a évolué  — sans en appeler aux arguments des auteurs qui ont pris leur distance à l’endroit du roman, comme Breton ou Leiris, ou à ceux qui  l’abandonnèrent faute de ne plus y réussir, ainsi Sartre et Aragon, ou à ceux qui auraient bien voulu s’y adonner mais y échouèrent, Barthes ou Muray —  c’est que le roman, au contraire du cinéma,  ne me semble plus à la hauteur du réel et des enjeux de pensée d’aujourd’hui.

 Une manière de ring

Je n’ai donc pas eu l’opportunité de lire les romans de Pierre Jourde, en revanche je lis régulièrement son blog de l’Obs et je pourrais dire, comme tel écrivain, dont j’ai oublié le nom, sur un de ses contemporains : « il est d’une grande intelligence,  vu que je suis d’accord avec lui sur tout ». Avec Pierre Jourde, je ne suis pas d’accord sur tout (je ne partage pas l’ensemble de ses détestations ni de ses admirations), mais disons que suis d’accord sur presque tout, ce presque tout n’étant pas loin d’être l’essentiel à mes yeux. Ainsi, je signerais volontiers des deux mains  ses points de vue sur la critique littéraire, les détestations d’Israël, l’islamophobie, l’usage du mot « racisme » employé à toutes les sauces, la situation de l’enseignement et de l’université , les manifestations de servitude volontaire et de soumissions (bonjour Houellebecq !) dont nos démocraties nous donnent quotidiennement le spectacle, et sur ce qu’il pointe comme étant à l’origine de tous  ces maux : le refus du négatif dans les différentes sphères de l’activité humaine (accord sur ce point avec Muray, Baudrillard, et inévitablement avec Bataille).

Exit l’andouille !

Cette chronique ayant principalement pour objet la littérature, il me faut signaler deux entrées de cet abécédaire. À la lettre A : Andouille ; à la lettre S : Style. De la remarque que dans certains livres (de Villepin, Rouart ou Haënel, par exemple) on ne rencontrera jamais le mot « andouille », ou « paupiette », ou « caleçon », Jourde en tire une leçon sur le lien qu’une certaine « littérature » entretient avec le réel. Il est des livres, en effet, pour lesquels les auteurs après s’être auto-promotionnés écrivains et bien admirés comme tels dans leur miroir seraient bien marris d’avoir à écrire tout simplement « il pleut », quand  il pleut. Il leur faut alors avoir recours à des flopées de métaphores, toutes plus improbables et ridicules les unes que les autres. Pas question pour eux d’écrire, ils surécrivent, en un mot, il font du « style ». Grandiloquence et lyrisme de bazar sont aussitôt au rendez-vous et là ni Rabelais, ni Swift, ni Shakespeare, ni Molière, ni Joyce, ni Céline, ni l’andouille, ni les paupiettes, ni le caleçon ne sont les bienvenus. « La littérature, écrit Jourde, commence peut-être au moment où l’écrivain refuse de faire de la littérature, c’est-à-dire un usage esthétique de la langue ». Exemple proposé : l’écriture de Houellebecq qui ne se veut pas un style, et qui pourtant en est un,  pas « voyant » mais immédiatement « identifiable », caractérisé par « une sorte de voix blanche ironique et désabusée ».

Il est un combat sur un ring où les mots et les poings d’un écrivain-boxeur ne font pas le poids quand l’adversaire face à lui est la mort. La mort, elle, qui frappe hors règles, à poings nus. À la lettre K : Kid Atlas. Cinq pages d’un père, Pierre Jourde, sur la mort de son fils. Le petit « Gazou » devenu le musicien Kid Atlas, meurt à vingt ans. Pour dire sans pathos et au plus juste la douleur d’une telle disparition, la fiction n’est sans doute plus de mise.

Par Jacques Henric, , publié le 02/06/2016 | Comments (0)
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La dette publique et la croissance – le cas de la France

Au-delà du cas grec, qui est en quelque sorte caricatural, l’exemple français mérite réflexions. En 2013, dernière année pour laquelle on dispose de chiffres quasi-définitifs, les dépenses de l’État se sont élevées à 373 milliard d’euros et les recettes (hors emprunt) à 302 milliards. Plutôt que de présenter le déficit de 70 milliards environ en pourcentage du PIB, chiffre passablement abstrait, il est plus parlant de le rapporter aux dépenses de l’État. Le calcul est vite fait : l’État français s’avère incapable – et ce de manière récurrente – de financer un cinquième de ses dépenses, parfois davantage, autrement qu’en recourant à l’emprunt. Quelle entreprise, quel ménage, pourrait vivre indéfiniment sur un tel pied ? Autre chiffre à retenir : en 2013, toujours, alors que les prélèvements obligatoires atteignaient 46% du PIB, les dépenses publiques s’élevaient, elles, à 57% du PIB.

Paris - Palais de l'Elysée

Paris – Palais de l’Elysée

Même un keynésien doit reconnaître que ce dernier chiffre est excessif. Il est difficile de ne pas voir une relation entre l’apparition des déficits commerciaux, désormais récurrents, la faiblesse des investissements privés et le poids du secteur public. Car tout un chacun, « usager » des services publics, est bien placé pour observer l’inefficacité des administrations. Il y a certes toujours des exceptions mais, en règle générale, la productivité des fonctionnaires – centraux et a fortiori locaux – laisse à désirer. Or la fonction publique pléthorique a un coût qui pèse d’autant plus sur le secteur privé que celui-ci se trouve déjà en difficulté. Force est de le constater, face à une croissance quasi nulle depuis plusieurs années, le mécanisme vertueux keynésien (déficit public →augmentation des dépenses publiques →augmentation de la demande globale → augmentation de la production du secteur privé → augmentation des impôts et remboursement des emprunts publics) s’est enrayé. Plusieurs raisons expliquent le « changement de paradigme », au premier rang desquelles la mondialisation, non seulement parce que nos entreprises sont concurrencées par celles des pays à bas coûts mais encore, en tout état de cause, parce que, dans une économie « ouverte », l’effet d’une relance par la demande dans un pays, au lieu de rester confiné au pays qui l’entreprend, se dilue dans tous les pays qui lui fournissent ses importations. Si l’on attend aujourd’hui, en France, que l’Allemagne, dont les finances sont saines, pratique une politique de relance vigoureuse, c’est parce qu’on espère, dans ce cas, exporter davantage vers elle.

Augmenter la dette et les dépenses publiques étant devenu contreproductif, les pays comme la Grèce et la France sont amenés à opérer un renversement « copernicien » auquel, de toute évidence, ils ne sont pas prêts… Avant l’euro, ces pays ont longtemps disposé d’un moyen commode de réduire leur dette : l’inflation. En profitaient non seulement les gouvernements mais l’ensemble des débiteurs. C’est l’un des facteurs qui explique pourquoi, par exemple, les ménages français sont plus nombreux en proportion à être propriétaires de leur logement que les ménages allemands : contrairement à la France, l’Allemagne de l’après deuxième guerre mondiale n’était pas abonnée à l’inflation. Aujourd’hui, l’inflation n’est pas à l’horizon de la zone euro ; on redoute plutôt le risque de déflation. En France, toujours en 2013, la croissance a été nulle et l’inflation inférieure à 1%. Depuis 2008 le taux de croissance n’a jamais dépassé 2%, ce qui – en l’absence de mesure radicale pour le partage du travail – explique que le chômage ne cesse de croître. Quant à la Grèce, en déflation depuis 2013, son taux de croissance est resté négatif entre 2009 et 2013. La situation de la France, a fortiori celle de la Grèce, ne plaident pas vraiment pour une baisse des dépenses publiques et/ou une augmentation des impôts dans ces pays dont les finances publiques sont pourtant en fort déséquilibre.

Tous les experts s’accordent sur un point : bâtir l’union monétaire sans l’union politique – c’est-à-dire sans une authentique fédération avec des institutions fédérales pesant suffisamment pour que des « stabilisateurs automatiques » aident à réduire les écarts conjoncturels à l’intérieur de la zone – a été une erreur dont nous payons aujourd’hui les conséquences. Les chefs d’Etat qui ont conçu l’union monétaire ont voulu à la fois le beurre (la monnaie européenne) et l’argent du beurre (préserver l’essentiel de leurs souverainetés respectives) : on voit à quoi cela nous a conduits.

Les analystes lucides savent tout cela mais ils ne vont pas, en général, jusqu’à en tirer la conclusion qui s’impose. De deux choses l’une : ou bien le saut qualitatif de l’UE à la fédération européenne est possible ou il ne l’est pas. Puisqu’il ne l’est pas, il est de l’intérêt des pays qui ne peuvent pas supporter les contraintes de l’union monétaire d’en sortir et de regagner ainsi deux instruments de leur politique économique qui leur font actuellement défaut, l’inflation et le taux de change. Ils se retrouveraient alors dans la situation de la Grande-Bretagne, par exemple.

On lit souvent que le retrait d’une partie des pays membres de l’euro serait pire pour eux que le mal dont ils souffrent. Encore faudrait-il le démontrer ! Sortir de la zone euro serait l’équivalent d’une dévaluation. Que l’on sache, si les pays qui éprouvent de graves difficultés économiques dévaluent leur monnaie c’est parce que les avantages à long terme l’emportent pour eux sur le coût à court terme. Il n’en irait pas autrement en cas de « Grexit » ou autre. Il est vrai que le problème de la dette libellée en euro se poserait à ces pays avec encore plus d’acuité et qu’un défaut massif serait alors inévitable, ce qui n’est évidemment pas dans l’intérêt des pays créanciers. Mais, en tout état de cause, la décision de quitter ou non l’euro demeure du ressort des pays surendettés.

 

 

 

 

 

La France dans le discours de sortie de crise postélectorale en Côte d’Ivoire : le pouvoir de Ouattara à l’épreuve des intérêts étrangers

 Résumé

Cet article s’intéresse aux variations de la représentation discursive de la France dans le discours de sortie de crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Son objectif est d’évaluer le rapport entre la mise en discours de ce pays et la légitimation d’Alassane D. Ouattara comme le chef d’un État souverain. Une analyse critique de ses « messages à la nation » de mars à mai 2011 à partir d’une perspective postcoloniale montre une tentative d’effacement de la France dans les quatre premiers messages et sa réhabilitation dans le dernier. Ce constat s’explique d’emblée par le souci d’apaiser les tensions car une partie d’Ivoiriens accusait la France de soutenir un camp contre l’autre. Mais, du fait du poids de ce pays dans le dénouement de la crise, Alassane D. Ouattara a fini par le citer abondamment au moment où les tensions commençaient à s’estomper. Cette variation, à l’image de l’ambiguïté des relations Afrique – France, est une tactique que l’on croit a priori bénéfique dans le jeu politique. Elle peut cependant s’interpréter comme un déficit de sincérité dans le discours; ce qui n’est pas de nature à capitaliser la confiance dont Alassane D. Ouattara a besoin pour gouverner efficacement.

 Introduction

La France a joué un rôle décisif dans le dénouement de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. A l’issue des affrontements, Alassane D. Ouattara qui en est sorti vainqueur n’a cependant pas manifesté sa reconnaissance à ce pays dans ses premiers « messages à la nation ». C’est à son investiture comme chef de l’État le 21 mai 2011 que la France et son président sont apparus dans son allocution. La tentative d’effacement du pays de Nicolas Sarkozy dans certains « messages à la nation » et sa réhabilitation dans d’autres suggère une interrogation sur les variations de la présence française dans le discours de sortie de crise en Côte d’Ivoire. Les enjeux de cette variation sont liés au principal dessein de ce discours: persuader de ce que Laurent K. Gbagbo a perdu l’élection, convaincre de ce qu’Alassane D. Ouattara est le seul président élu, amener les Ivoiriens à se soumettre à son autorité et à lui apporter le soutien dont il a besoin pour gouverner efficacement le pays. C’est pourquoi la question au cœur de cet article est celle de savoir si la manière dont la France est mise en discours par Alassane D. Ouattara est susceptible de faciliter son acceptation comme chef de l’État et la soumission à son autorité.

Le corpus analysé est formé des « messages à la nation » prononcés par ce dernier entre mars et mai 2011 pour annoncer la sortie de crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Mars est le mois où il s’est solennellement adressé pour la première fois aux Ivoiriens après l’élection présidentielle d’octobre-novembre 2010. Mai est celui de son adoubement comme chef de l’État ivoirien. Au total cinq « messages à la nation» recensés dans cet intervalle de temps constituent le discours examiné. Le premier a été diffusé le 15 mars alors qu’Alassane D. Ouattara vivait encore reclus au Golf Hôtel avec son état major, le deuxième le 07 avril lorsque ses forces armées sont entrées à Abidjan, le troisième le 11 avril quand Laurent K. Gbagbo est arrêté, le quatrième le 06 mai lors de sa prestation de serment, le cinquième le 21 mai à l’occasion de son investiture.

Le continuum discursif ainsi présenté est étudié dans la perspective de la Critical Discourse Analysis (CDA) qui sonde, entre autres, les enjeux de pouvoir dans le discours. Cet article en adopte principalement l’approche historique [Discourse-Historical Approach (DHA)] de Reisigl & Wodak (2009) et, subsidiairement, l’approche sociocognitive [Sociocognitive Approach (SCA)] de van Dijk (2009). Selon la DHA, le discours présent est la suite d’un discours passé et une prémisse d’un discours qui vient. Pour explorer des ruptures ou des permanences dans un discours, la DHA examine les contextes intratextuel, intertextuel, interdiscursif et sociopolitique dans un espace donné. C’est pourquoi d’autres discours, notamment médiatiques, sont sollicités pour mieux comprendre les « messages à la nation» d’Alassane D. Ouattara. La SCA qui complète la DHA inscrit l’analyse dans le triangle « Discours – Cognition – Société ».  Pour van Dijk en effet, toute production discursive s’appuie sur des processus cognitifs pour adapter le discours au contexte afin qu’il soit socialement correct. Les deux approches de la CDA privilégiées ici permettent d’évaluer la pertinence des enjeux de la représentation discursive de la France dans les « messages à la nation » d’Alassane D. Ouattara,  en rapport avec le capital de confiance dont ce dernier a besoin pour gouverner efficacement.

Dans cette analyse, la lecture du positionnement de la France dans le discours ouattariste est prioritairement adossée sur une posture postcoloniale. L’on peut reprocher à cette posture son manichéisme et le fait de rejeter facilement sur l’ex-puissance coloniale la responsabilité des malheurs des peuples jadis colonisés (Njoh-Mouellé 2006, Bayart 2010, Mbele 2010, Chatué 2012). Elle offre, malgré tout, des grilles particulières de compréhension des rapports entre les ex-métropoles dont certains jouissent d’un poids considérable au sein de la « communauté internationale » et les ex-colonies dont beaucoup se retrouvent en Afrique noire. Mbembe (2008) propose de saisir ces rapports à travers le paradigme de la condescendance qui est le pendant de la logique de la race. Ainsi, les dirigeants des puissances qui parlent de l’Afrique noire montrent un mépris pour les Africains (Makhily Gassama 2008, Tobner 2008), tandis que les leaders africains qui parlent de ces puissances leur font allégeance et les magnifient dans la majorité des cas. L’enjeu de ce rapport de domination/subordination à travers des actes de langage est de conforter des positions de pouvoir acquises à travers l’histoire.

Fort de ces orientations méthodologique et théorique, cet article explore d’une part les significations de l’absence explicite de la France dans un premier temps et de sa mise en relief dans un second temps dans le continuum discursif analysé (1). D’autre part, il examine les enjeux de la mise en discours de la France dans les messages de sortie de crise postélectorale en Côte d’Ivoire en les mettant en cohérence avec le contexte global de la présence française en Afrique (2).

 

1. L’absence/présence de la France dans le discours de Ouattara

Pour analyser des enjeux de la représentation de la France dans le discours de sortie de crise postélectorale en Côte d’Ivoire, il faut commencer par montrer comment cette représentation est concrètement opérationnalisée. Aussi cette section décline-t-elle la mise en discours de ce pays comme une réalité dichotomique dans le continuum des « messages à la nation » d’Alassane D. Ouattara. Cette absence/présence se manifeste d’une part par une tentative d’effacement de la France jusqu’à la prestation de serment le 06 mai 2011 et, d’autre part, par des remerciements infinis à l’endroit de ce pays et de ses dirigeants à partir de l’investiture le 21 mai 2011.

 

1.1. Une tentative d’effacement de la France

 Alors que les États-Unis sont évoqués dans son « message à la nation » du 16 mars 2011, Alassane D. Ouattara n’a pas prononcé le nom de la France ou de son président. Dans ceux  du 07 et du 11 avril ainsi que du 06 mai 2011, l’implication française dans la crise ivoirienne a aussi été éludée. L’attention prêtée à ce pays se résume aux expressions telles que « communauté internationale », « amis de la Côte d’Ivoire », « forces impartiales ». Dans l’allocution du 07 avril par exemple, il remercie la « communauté internationale » parce qu’elle « s’est tenue [aux côtés de la Côte d’Ivoire] durant tout le processus de retour à la démocratie dans notre pays et depuis le déclenchement de la crise postélectorale » [Alassane D. Ouattara (ADO), 07/04/2011]. Rien n’est expressément dit de la France.

D’emblée, l’on peut penser que l’impact de ce pays sur le dénouement de la crise postélectorale ivoirienne n’a pas été décisif. Cette impression a été entretenue par des officiels français et onusiens après l’arrestation de Laurent K. Gbagbo. C’est ainsi que François Baroin, porte-parole du gouvernement français, a indiqué que son pays n’était pas immédiatement impliqué dans la « capture » du président déchu (France 24, 12/04/2011). Alain Leroy, directeur du Département des opérations de maintien de la paix à l’ONU, soutenait aussi cette idée. Pour lui, la France avait agi dans le cadre strict de la résolution 1975 qui l’invitait, entre autres, à renforcer les moyens et l’action de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) pour protéger les civils (France 24, 12/04/2011). Dans ses premières interviews à la presse après sa victoire militaire, Alassane D. Ouattara lui-même a semblé conforter cette position. A Jeune Afrique (n°2629, p. 33), il a notamment affirmé : « Je ne dois rien à personne, sauf aux Ivoiriens, qui m’ont élu ».

Lorsqu’on fait pourtant un retour sur les événements, l’on constate que la France a joué un rôle capital dans le dénouement de la crise. Si les forces « impartiales » ont balisé la voie pour l’arrestation de Laurent K. Gbagbo, les dirigeants français ont davantage soutenu les stratégies d’accession au pouvoir d’Alassane D. Ouattara (ici.tf1.fr, 12/04/2011). Les titres de quelques quotidiens français confirment cette implication décisive. Le lendemain de l’assaut final des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) à Abidjan, Libération (liberation.fr, 12/04/2011) avait à sa une « La France sort Gbagbo » alors que Le Figaro (lefigaro.fr, 12/04/2011) se préoccupait d’un « Gbagbo déchu : une victoire » non pas pour Alassane D. Ouattara, mais pour «la France et l’Onu ».

La déterminante influence de la France sur l’issue de la crise postélectorale ivoirienne tient sur deux piliers principaux : militaire et diplomatique. Au plan militaire, la force Licorne avait pour objectif de « faire en sorte que M. Alassane Ouattara, dont nous considérons qu’il est le président légalement élu,  puisse s’installer au pouvoir […] », a révélé le ministre français des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé, devant le Sénat français le 07 avril 2011 (cf. France24, 11/04/2011). L’enquête de Varenne (2012) a davantage montré comment la France a aidé Alassane D. Ouattara à constituer une armée et à la former.  Par la suite, soutient l’enquêteuse dans une interview à Notre Afrik  (n°21, p. 56), « c’est la France et l’ONU qui fournissaient toute la logistique de ‘l’État du Golf’. C’est la France et l’ONU qui assuraient la sécurité de Ouattara, lui permettant de sortir et de revenir à l’hôtel du Golf ». Du point de vue de Varenne, Licorne qui apportait l’essentiel des ressources de l’ONUCI a ainsi tenu les FRCI par la main jusqu’à ce qu’elles accèdent à la résidence présidentielle où elles ont délogé l’ancien chef d’État.

Au plan diplomatique, pendant qu’Abidjan était à feu et à sang entre le 1er et le 11 avril 2011, l’Élysée et le Quai d’Orsay ont usé de tous les moyens pour que celui qui avait les faveurs de la France triomphe. Selon Campens [cf. Jeune Afrique Économie (JAE), n°383, pp. 158 – 159], c’est Nicolas Sarkozy qui a convaincu Barack Obama, le président des États-Unis d’Amérique, de soutenir Alassane D. Ouattara, en rejetant la décision du Conseil Constitutionnel désignant Laurent K. Gbagbo comme chef de l’État.

L’argumentation développée confidentiellement par Paris pour impressionner l’administration américaine est l’idée selon laquelle l’accession au pouvoir en Côte d’Ivoire d’Alassane D. Ouattara, un musulman « moderne » (traduisez : occidentalisé) du nord du pays dont les relations personnelles sont fortes avec divers groupes siocio-culturels à travers le sahel, aiderait à combattre l’intégrisme religieux et le fondamentalisme islamique qui est de plus en plus présent dans le nord du Nigeria et au Sénégal. Et qu’en revanche, accepter la réélection de Laurent Gbagbo serait un motif de colère et un prétexte idéal pour les islamistes qui sont [prêts] à prendre racine et à déstabiliser l’Afrique de l’Ouest (JAE, n°383, p. 159).

Par ailleurs, Alain Juppé a expliqué que c’est la France qui propose au Conseil de sécurité de l’ONU des résolutions concernant la Côte d’Ivoire. Au cours de son audition au Sénat, il n’a pas fait mystère de ce que la France a « essayé de faire pression en permanence pour que l’ONUCI s’engage […] au maximum» (France24, 08/04/2011). Le patron du Quai d’Orsay qui a le premier annoncé la chute « inéluctable » de Laurent K. Gbagbo, a indiqué dès le 07 avril que la reddition de ce dernier était imminente. A l’en croire, la négociation des conditions de la sortie de l’ancien chef d’État devait déboucher sur la signature d’un document reconnaissant qu’Alassane D. Ouattara est le seul président élu de la Côte d’Ivoire. Au cours de la même intervention, il a asserté : « Nous sommes en liaison très étroite avec [M. Ouattara]. Il fera d’ailleurs, je pense, des déclarations en ce sens et nous sommes déjà en train de travailler. » Quelques heures après ces déclarations, Alassane D. Ouattara s’est exprimé et les différents thèmes évoqués par Alain Juppé sont apparus dans son message du 07 avril 2011.

Le fait pour Alassane D. Ouattara de ne pas parler explicitement de la France dans ses quatre premiers messages de sortie de crise alors même que les déclarations des autorités françaises magnifient leur rôle dans son arrivée au pouvoir est une curiosité. Cette mise en arrière-plan trouve une justification dans les rapports entre la France officielle et les Ivoiriens. Alassane D. Ouattara savait en effet que durant tout le « règne » de Laurent K. Gbagbo [2000 – 2010], les Français n’étaient pas véritablement les bienvenus en Côte d’Ivoire. Lors de différentes émeutes, les biens de Français étaient les plus visés parmi ceux des communautés européennes présentes en Côte d’Ivoire (Kouamouo 2005). Les émeutiers prenaient à chaque fois leur revanche sur une puissance que certains médias tendaient à présenter comme étant la source de la guerre en Côte d’Ivoire. Le sentiment de haine s’est renforcé suite au bombardement de l’aviation ivoirienne par l’armée française en 2004 (cf. Africa International n°433, p.11). Cette action avait davantage divisé l’opinion ivoirienne sur l’appréciation du rôle de la France dans la crise.

Évoquer ce pays dans les messages de sortie de crise n’aurait donc probablement pas apaisé les cœurs. Bien plus, le remercier immédiatement à l’issue des combats armés aurait possiblement radicalisé certaines positions dans les rangs de ceux qui ne souhaitaient pas qu’Alassane D. Ouattara soit président. Vraisemblablement, ce dernier voulait ménager les susceptibilités des Ivoiriens, notamment en évitant de réveiller la revanche de certains d’entre eux contre les Français ou d’apparaître comme un président aux ordres de la France. L’orateur a ainsi ajusté son message à la circonstance. La tactique discursive a consisté, sur le vif, à user d’un langage consensuel dans le dessein de pacifier et stabiliser la situation. L’effet généralement recherché à travers ce genre de tactique discursive c’est la sympathie du public et le renforcement du capital de confiance de ces derniers à l’égard de l’orateur. Mais au regard du rôle joué par la France, sa marginalisation discursive ne pouvait longtemps durer. C’est ainsi que dans la suite du discours de sortie de crise postélectorale, l’ex-métropole a retrouvé une place centrale.

 

1.2. Une France forte dans la suite du discours

Dans le « message à la nation » du 21 mai 2011, le positionnement de la France apparaît clairement. Le jour de son investiture comme chef d’État, la France officielle a été portée aux nues, Nicolas Sarkozy étant aux premières loges lors de la cérémonie de Yamoussoukro. Le principal orateur du jour a alors déclaré :

[…] Honorables invités, Excellences, Mesdames et Messieurs, Je voudrais à présent saluer l’ensemble des Chefs d’État et de Gouvernement […] Vous me permettrez de citer tout particulièrement la France avec laquelle la Côte d’Ivoire a des liens historiques et une vision commune de l’avenir. Monsieur le Président Sarkozy, le peuple ivoirien vous dit un grand merci pour votre engagement dans la résolution de la crise ivoirienne sous mandat des Nations Unies, qui a permis de sauver de nombreuses vies ; nous vous serons toujours reconnaissants. Nous vous encourageons pour tous les efforts que vous faites pour les pays du continent africain dans le cadre du G8 et du G20 […]. (ADO, 21/05/2011)

Cette exposition discursive de la France peut se justifier à la fois par la solennité de la circonstance et le fait que l’accession d’Alassane D. Ouattara à la magistrature suprême était déjà acquise. Il eut en effet été ingrat de sa part de réunir autant de monde et de ne pas faire cas des soutiens obtenus pour être là où il est. Au milieu de tous ces bienfaiteurs, émerge en effet une France qui, mieux que n’importe quel autre « ami de la Côte d’Ivoire », a œuvré de toutes ses forces pour que l’on arrive à l’aboutissement ainsi célébré. L’adverbe « particulièrement » montre une emphase et le privilège qu’a la France parmi les États intervenus dans la crise. Son emploi traduit une reconnaissance appuyée et une gratitude à l’endroit de la France plus importante que celle témoignée aux autres membres de la « communauté internationale ».

L’orateur ne s’est pas contenté de citer la France. Il a aussi cité son président, Nicolas Sarkozy. Pour remercier le président français, Alassane D. Ouattara s’est auto-investi d’un pouvoir que lui aurait donné tout le peuple ivoirien. Il manifestait peut-être un sentiment personnel qu’il espérait être celui de l’ensemble des Ivoiriens. Les remerciements en question sont précédés du qualificatif « grand ». Il en est probablement ainsi du fait de l’immensité du service que Nicolas Sarkozy aurait rendu à la Côte d’Ivoire. Alassane D. Ouattara termine en indiquant que la reconnaissance de la Côte d’Ivoire à la France et à son président est infinie. L’adverbe de fréquence « toujours » exprime cette infinitude car il est lié à une certaine permanence dans le temps. L’on peut donc croire qu’aux yeux du chef de l’État, la Côte d’Ivoire devra ainsi payer une dette éternelle à la France qui, selon lui, a sauvé des vies menacées par Laurent K. Gbagbo. Alassane D. Ouattara n’a-t-il pas déclaré plus tard que « la majorité des Ivoiriens est reconnaissante à la France de les avoir libérés du joug meurtrier de l’ancien pouvoir » ? [Jeune Afrique (JA) n°2629, p. 35].

La reconnaissance enthousiaste d’Alassane D. Ouattara à la France et au président Français le 21 mai 2011 se comprend d’autant plus qu’il n’avait plus peur que le pouvoir lui échappe. La pression qu’il avait au début semblait baisser, son serment ayant été reçu quelques semaines avant, le 06 mai notamment. L’homme était déjà président de la République et pouvait alors remercier un peu plus librement ceux qui ont facilité son accession au pouvoir. Depuis ce jour, le chef de l’État ivoirien n’a jamais cessé de le faire chaque fois qu’une occasion idoine se présente. En visite d’État en France quelques mois après son installation, il a une fois de plus magnifié l’implication de la France dans sa prise de pouvoir en Côte d’Ivoire. Dans son interview à Radio France Internationale (26/01/2012), il a affirmé être « venu remercier » la France parce que si elle n’était pas intervenue, « il y aurait eu en Côte d’Ivoire un génocide pire qu’au Rwanda ». Lors d’une autre visite d’État à Paris deux ans après la première, Alassane D. Ouattara a confié à NewAfrican-Le Magazine de l’Afrique [(AM-LMA) n°32, p. 60] : « Je suis venu aujourd’hui pour une visite de travail, une visite d’amitié. Je viens faire le point de temps en temps avec le président Hollande sur la Côte d’Ivoire mais aussi sur le Mali, l’Afrique de l’Ouest, sur les questions internationales… ».

« Faire le point » est une expression apparemment neutre, dans la mesure où la France se présente comme un partenaire privilégié de la Côte d’Ivoire. Le contexte linguistique et sociopolitique dans lequel l’expression est prononcée suscite toutefois une réinterprétation. Celui qui reçoit (François Hollande) et le lieu où il le fait (Paris) sont des indices exprimant l’idée d’une prééminence. Généralement, celui qui se déplace est en position de demandeur dans le sens où, traditionnellement, un sous-chef vient à la chefferie supérieure de laquelle il tient son pouvoir pour prendre des conseils et recevoir éventuellement des instructions. Il y a dans l’attitude d’Alassane D. Ouattara une sorte de subordination qui s’inscrit dans la durée. Nicolas Sarkozy à qui François Hollande a succédé avait en effet eu le même privilège. L’on peut ainsi penser que la France, particulièrement les présidents français ont, au moins symboliquement, un pouvoir sur la Côte d’Ivoire et les présidents ivoiriens.

Certains analystes à l’instar de Georges Kozolias ont en effet vu derrière l’intervention française dans la crise postélectorale une reprise du contrôle de la Côte d’Ivoire comme à l’époque de l’Afrique occidentale française (France24, 21/05/2011). L’on pourrait ainsi croire a priori qu’Alassane D. Ouattara est un chef d’État sous-tutelle. Mais l’on peut penser aussi à une mise à l’épreuve de l’interdépendance stratégique des forces politiques dans la mesure où aucun candidat à la présidence de la République ne saurait réussir ses conquêtes sans l’aide de partenaires nationaux et étrangers. Quoi qu’il en soit, l’un des discours répandus par les médias c’est qu’Alassane D. Ouattara est un « chef d’État en quête de légitimité » (liberation.fr, 12/04/2011). L’Humanité est d’ailleurs allé un peu plus loin en affirmant qu’« Alassane Ouattara est un instrument de Sarkozy» (humanite.fr, 12/04/2012).

La tentative de cacher le rôle de la France dans les premiers messages d’Alassane D. Ouattara alors même que son intervention est décisive dans le dénouement de la crise peut être perçu comme un déficit de sincérité dans le discours. Ce qui pourrait suggérer ou renforcer l’idée que celui qui venait de renverser Laurent K. Gbagbo est fourbe. En politique, cette perception provoque généralement une crise de confiance entre le leader et le peuple. Au-delà de préoccupations relatives à la soumission ou au boycott de l’autorité du président de la République, qu’est-ce qui pourrait expliquer la persistance de l’opinion selon laquelle Alassane D. Ouattara et la Côte d’Ivoire sont fortement influencés par les présidents français et la France ? Une manière d’envisager une réponse à cette interrogation serait d’analyser les enjeux de l’intervention française en Côte d’Ivoire et, plus généralement, dans les crises en Afrique.

 

2. Les enjeux d’une mise en discours de la France

Derrière tout discours politique, se cachent des enjeux de pouvoir (Blommaert 2005). Ces enjeux, compris comme ce que l’on risque de perdre ou de gagner, guident donc à la construction/perception du discours. Ceux qui structurent l’apparition ou l’effacement de la France dans les « messages à la nation » s’appuient sur l’histoire de l’implication de ce pays dans les crimes en Afrique. Les stratégies et tactiques discursives déployées par Alassane D. Ouattara, en référence aux rapports entre l’ex-métropole et les ex-colonies, sont ainsi liées aux motivations de l’intervention française dans les conflits en Côte d’Ivoire et, plus généralement, en Afrique noire.

 

2.1. Les raisons d’une présence française dans le discours

Selon les discours d’Alassane D. Ouattara et de Nicolas Sarkozy, l’intervention de la France dans la crise ivoirienne est une contribution au développement de la démocratie, condition pour l’épanouissement des peuples. Quelques heures après la cérémonie d’investiture d’Alassane D. Ouattara le 21 mai 2011 à Yamoussoukro, Nicolas Sarkozy, s’adressant à l’armée française et aux Français de Côte d’Ivoire à Port-Bouët, a indiqué que c’aurait été un grand recul démocratique pour l’Afrique de laisser Laurent K. Gbagbo continuer d’occuper le fauteuil présidentiel après avoir perdu l’élection (France24, 21/05/2011). Que l’on soit d’accord ou pas avec cette position, la question de savoir ce qui autorise la France à intervenir pour sauver la démocratie ivoirienne reste lancinante.

Pour Norodom Kiari, historien, la France ne se sent pas en territoire étranger lorsqu’elle intervient en Côte d’Ivoire. Selon lui, l’establishment français considère toute l’Afrique francophone comme un « prolongement de la France» (conférence AFC Dschang, 17/04/2011). Ce qui justifie le fait qu’elle y intervienne comme elle veut, notamment pour préserver ses intérêts, ceux-là mêmes qui font la grandeur de son économie et son rayonnement politique à travers le monde. Selon les données de l’Agence ecofin (agenceecofin.com, 2012), l’on peut résumer les intérêts français en Côte d’Ivoire en trois points-clés : plus de 13 000 ressortissants, 600 entreprises qui génèrent 50% des recettes fiscales du pays, 25% des investissements directs étrangers, au moins quatre sociétés qui détiennent une position monopolistique : Bouygues, Bolloré, Total, PNB Paribas. Aujourd’hui encore, la Côte d’Ivoire continue d’être vue par certains comme une vitrine de la présence française en Afrique.

Jean-François Bayart conteste tout de même le motif économique comme raison suprême des interventions françaises dans les crises africaines. Au sujet de la Côte d’Ivoire, il indique que « les intérêts économiques français prospéraient en Côte d’Ivoire sous la présidence de Laurent Gbagbo alors que les relations diplomatiques entre les deux pays étaient difficiles, et qu’ils avaient été  assez maltraités sous celle de Henri Konan Bédié, en dépit de l’excellence de ses rapports avec Jacques Chirac » (NA-LMA n°32, p. 26). Ailleurs en Afrique de l’Ouest, au Mali en l’occurrence, il affirme que « […] la France est intervenue parce que sa sécurité nationale était directement mise en jeu par l’offensive des djihadistes sur le sud et par leurs intentions hostiles » (NA-LMA n°32, p. 26). Il privilégie ainsi l’explication de la lutte contre le terrorisme international comme motif essentiel des interventions militaires françaises en Afrique aujourd’hui.

Même s’ils ne sont pas uniquement économiques, la France a des intérêts divers à défendre lorsqu’elle intervient dans les conflits africains. Alassane D. Ouattara a ouvert une brèche sur ces intérêts multiformes en affirmant que les deux pays ont « des liens historiques et une vision commune de l’avenir » (ADO, 21/05/2011). L’on peut ainsi facilement comprendre que dans le discours politique d’un leader ivoirien, ce dernier puisse parler de la France au même titre que la Côte d’Ivoire. Cette possibilité s’accroît à des moments de crise ou de transition au cours desquels l’armée française intervient naturellement. Ainsi, c’est l’absence de la France dans les premiers « messages à la nation » qui est une surprise, pas sa présence dans les suivants. La remercier semble donc normal. La logique des discours politiques de leaders de pays où l’ancienne puissance coloniale continue d’avoir prise sur les affaires intérieures de l’ex-colonie est ainsi structurée autour des espoirs d’un public national et des attentes de partenaires que l’on croit a priori externes. Le sens de l’histoire qui confère à l’ancienne puissance colonisatrice une place sinon impérative, du moins dominatrice dans le discours politique de sortie de crise, mérite toutefois d’être réinterrogé.

Si l’on emprunte à Bayart (2008), l’on peut dire que la place de la France dans le discours de sortie de crise postélectorale est historiquement justifiée en partie par la Traite négrière et la colonisation qui ont institué un type particulier de relations entre les ex-métropoles et les ex-colonies tel que les premières se considèrent toujours comme des sauveuses des seconds. Ainsi, Tobner (2008) constate que les 06 présidents de la Ve République française n’ont jamais véritablement traité les pays africains sous un autre rapport que celui de la domination, de la condescendance voire de l’arrogance. Après la décolonisation, il s’est instauré « une politique de vassalisation » (Tobner 2008 : 455) qui se manifeste, par exemple, par le fait que ces jeunes États continuent d’être défendus par l’armée française et que la métropole continue de faire main basse sur leur économie, notamment en gérant souverainement leur monnaie. Cette vassalisation s’est par la suite doublée d’une « satellisation souterraine des États africains » avec « la mise en place d’une cellule africaine de l’Élysée, instrument occulte de gestion des satellites sous la férule de Jacques Foccart » (Tobner 2008 : 455). C’est le travail de cette cellule africaine de l’Élysée qui renvoie à la représentation mentale de la françafrique chez de nombreux Africains. L’on comprend pourquoi dès que Laurent K. Gbagbo a été arrêté, L’Humanité a titré à sa une, « La Françafrique tient Abidjan » (humanite.fr, 12/04/2011).

La françafrique, terme employé au départ dans les années 1970 pour magnifier l’excellence des relations entre la France et l’Afrique (Joly 2003), est aujourd’hui assise sur une conception particulière des Africains et de la démocratie en Afrique. L’on peut singulièrement retrouver cette conception chez Jacques Chirac. Lors d’une interview en 1990 sur Europe1, il affirmait :

Les pays d’Afrique ont une caractéristique, c’est d’être divisés, non pas par l’idéologie. Il n’y a pas d’affrontement idéologique entre Africains dans tel ou tel pays, mais des divisions ethniques. Il y a dans ces pays un très grand nombre de tribus qui ont leurs traditions, qui ont leur culture, qui ont leur histoire et qui se sont toujours battues. Le grand effort des dirigeants modernes de ces pays depuis les indépendances, c’est de rassembler ces gens, de les faire s’entendre et de réaliser l’unité nationale et l’effort de redressement […] Dès que vous envisagez la création […] d’un certain nombre de partis […] vous avez immédiatement un parti par tribu et, au lieu d’avoir la démocratie, vous avez l’affrontement et un risque d’anarchie […](Cité par Tobner 2008)

Le discours de Chirac a une fonction de justification des actes que l’État français pose à l’égard des pays africains. Que cette justification soit honnête ou malhonnête, elle participe à la construction d’une certaine attitude des Français vis-à-vis de la politique en Afrique. Dans une logique françafricaine, les dirigeants français trouveraient toujours plus intéressant pour la France d’avoir à la tête de ses anciennes colonies des hommes acquis à sa cause, des hommes avec qui les dirigeants français entretiendraient des relations privilégiées.

Aujourd’hui, de nombreux Africains sont contre cette vision françafricaine puisqu’ils considèrent que l’action de l’Occident a été négative pour le développement de l’Afrique. En conséquence, ils récusent par exemple le rôle de la France dans la provocation des guerres, l’alimentation des conflits ou la résolution des problèmes sur le continent noir (Makhily Gassama 2008). Dans le cas particulier de la Côte d’Ivoire, une conscience anti-française s’est densifiée depuis l’accession de Laurent K. Gbagbo au pouvoir. Les jeunes étaient notamment formés par le discours politique dans les médias et, surtout, dans les espaces de discussion de rue (N’Tchabétien Silué 2012). Les Ivoiriens qui récusent la francafrique accorderaient difficilement leur confiance à un président qui arrive au pouvoir avec l’aide de dirigeants français, même si ce dernier tente de cacher l’intervention française dans son discours. De même, ils ne se soumettraient pas de bon cœur à son autorité. La France et ses dirigeants ne sont pas les seuls à tirer les bénéfices de cette situation. Des dirigeants africains y ont aussi intérêt.

 

2.2. Le discours et l’ambiguïté des relations Afrique-France

Si la France intervient dans les crises en Afrique pour préserver ses intérêts, l’actualité montre que ce sont les dirigeants africains eux-mêmes qui invitent souvent dans leurs discours la « mère patrie » à la moindre étincelle. Lorsque la Côte d’Ivoire a été attaquée en 2002, Laurent K. Gbagbo a sollicité en premier lieu la France pour l’aider à repousser la rébellion en vertu d’accords de défense avec l’ancienne métropole. Le pays de Jacques Chirac a d’abord refusé d’intervenir, arguant qu’il s’agissait d’une affaire entre Ivoiriens (Gbagbo 2006). Quand Alassane D. Ouattara a eu le sentiment que c’est lui qui avait remporté l’élection, il a appelé la France à défendre avec lui sa victoire. Face aux sollicitations des chefs d’Etats ivoiriens, la France a un comportement trouble : elle fait semblant de ne plus s’ingérer alors même qu’elle est visible sur les théâtres d’opérations. Le discours de sortie de crise postélectorale en Côte d’Ivoire suit cette logique : il feint de ne pas trop s’intéresser à l’action de la France en même temps qu’il lui offre une place remarquable dans le cénacle des « amis de la Côte d’Ivoire ».

En conséquence, les Ivoiriens sont à la fois contre la France et pour elle. Contre elle, ils l’accusent d’ingérence dans leurs affaires intérieures. C’est le cas des citoyens qui croient que Laurent K. Gbagbo avait remporté l’élection présidentielle d’octobre-novembre 2010. Afin de contenter ceux-là, Alassane D. Ouattara a presque « anonymé » l’action de la France dans ses quatre premiers « messages à la nation ». Pour elle, ceux que Provenzano (2011) appellerait les « francodoxes » la félicitent pour la lutte contre le terrorisme, la défense des libertés et la promotion de la démocratie. C’est le cas des partisans d’Alassane D. Ouattara pour qui Laurent K. Gbagbo avait perdu et voulait s’accrocher indûment au pouvoir. C’est probablement pour satisfaire ces derniers que le « message à la nation » du 21 mai 2011 porte les marques d’une présence française forte.

En tout état de cause, l’on observe que sans la France, les chefs d’États ivoiriens se sentent faibles. Avec elle, par contre, ils se croient forts. Ainsi, c’est lorsque la France s’est véritablement engagée avec l’ONUCI aux côtés des FRCI qu’Alassane D. Ouattara a pu se convaincre qu’il allait réellement prendre le pouvoir. Il n’a pu parler de manière décisive qu’après l’intervention d’Alain Juppé qui semblait le mettre en confiance. L’on peut ainsi penser que quand bien même la France voudrait ne pas s’occuper de la Côte d’Ivoire, celle-ci continuera à la solliciter. Selon cette dialectique, la France n’aurait rien fait et ses dirigeants n’auraient pas spécialement voulu être cités dans les « messages à la nation » d’Alasane D. Ouattara, que ce dernier aurait forcé leur mise en discours. L’un des problèmes de la Côte d’Ivoire, semble-t-il, c’est le déficit de moyens d’action, notamment militaire. Les organisations sous-régionales ou continentales à l’instar de la Communauté économique pour le développement de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union Africaine (UA) sont incapables de se mettre ensemble pour libérer une force commune qui puisse garantir la paix dans les pays où elle est menacée. Ainsi que le remarque Mamadou Koulibaly, les interventions françaises montrent aux États africains que leurs « armées nationales africaines ne servent pratiquement à rien » (www.rfi.fr, 30/05/2013).

Or, comme on le voit à travers l’histoire, tant que les pays africains n’ont pas les moyens de stabiliser leur gouvernance et de se défendre, ils restent sous tutelle. Cette tutelle principalement assurée par l’ancienne métropole affecte le discours de leaders qu’elle protège. L’homme qu’elle parraine lui est redevable; il en paie le prix d’une manière ou d’une autre. Qu’elle soit forte ou faible, cette redevabilité se négocie. Pour le cas spécifique de la Côte d’Ivoire, elle semble bien forte au regard de ce qui peut apparaître comme des salamalecs discursifs d’Alassane D. Ouattara vis-à-vis des dirigeants français chaque fois qu’une belle occasion se présente. Ces salamalecs lui sont profitables parce qu’ils pourraient servir à perpétuer la considération des dirigeants français à son égard. Il n’est cependant pas sûr que son comportement discursif fédère tous les Ivoiriens pour une soumission à son autorité de président de la République.

 

 

Conclusion

Au total, le rapport de la France à l’Afrique est considérablement ambigu. Sa participation dans la provocation comme dans la résolution de la crise postélectorale ivoirienne illustre cette ambiguïté. Celle-ci n’est pas seulement visible dans les actes (discursifs ou non) que les dirigeants français posent. Elle l’est aussi dans les discours que les leaders africains prononcent. Les « messages à la nation » d’Alassane D. Ouattara en sont une illustration. Ils expriment l’idée d’une France à la fois absente et présente, haïe et aimée, vilipendée et félicitée.

Parallèlement, le discours officiel des dirigeants français depuis Nicolas Sarkozy contribue à diluer une perception de la France tutrice de pays africains. Mais les actions de ce pays sur les théâtres africains, même si celles-ci revêtent un cachet international du fait de leur validation par l’Union Européenne ou l’ONU, semblent conforter l’opinion selon laquelle une France sans l’Afrique perd de son aura international : elle se trouve alors motivée à intervenir en Afrique. Son action étant perçue comme profitant d’abord à elle-même puisque ses dirigeants chercheraient à assouvir un désir de puissance de leur patrie et de rayonnement personnel, celle-ci revêt chez les peuples qui ont subi la colonisation un caractère négatif. D’où la propension à dénier ou à douter de la légitimité de tout président qui arriverait au pouvoir en Afrique avec l’aide de la France, que ce dernier ait effectivement remporté l’élection présidentielle ou non.

L’on assiste-là, in fine, à un tango discursif autant dans le discours de sortie de crise postélectorale en Côte d’Ivoire que dans les discours de dirigeants français au sujet des interventions militaires en Afrique. Dans le premier cas, le discours ouattariste a fait d’abord croire que la France n’a pas joué un rôle important dans le dénouement de la crise. Puis, dans le même continuum discursif, l’on a noté les marques explicites d’une intervention salvatrice de la France.  Dans le second cas, les dirigeants français (Nicolas Sarkozy et François Hollande) ont indiqué qu’ils laissaient les problèmes de l’Afrique aux Africains. Puis, ils ont pris la parole pour justifier des actions contraires sur le terrain. Le discours semble avancer d’un pas pour reculer de deux. Il s’agit là d’un indice probable de manipulation qui, dans le champ politique, discrédite les acteurs qui y sont engagés.

 

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