Chroniques Mondes nord-américains

Comme un Parfait Inconnu – Comme une Pierre qui Roule – Like a complete Unknown – Like a Rolling Stone

              Comme un Parfait Inconnu, comme une Pierre qui Roule,

Like a Complete Unknown, like a Rolling Stone.

Dans ces deux vers du refrain de la chanson éponyme de Bob Dylan, vous aurez reconnu le titre du dernier biopic consacré au chanteur, et couvrant les années 61 à 65, « Un Parfait Inconnu ».
« Like a rolling stone » fait partie de ses chansons les plus célèbres, avec « Rainy Day Woman », » Blowin’the wind », « The times are a changing », « Mr Tambourin Man », etc.
Mais ce nom n’évoque pas seulement cette chanson.
Le prestigieux groupe de rock connu sous le nom des Rolling Stones est tout aussi célèbre.
Se pose alors la question de savoir d’où vient ce nom et quelle est son histoire.
Pour ce faire, il faut remonter le temps.
Bob Dylan a écrit son texte poétique en 1965.
Le groupe des Rolling Stones existait déjà, mais il ne s’est appelé ainsi qu’en 1962. Les circonstances de cette création méritent d’être rapportées.

Le créateur du groupe, Brian Jones, accompagné de Tony Chapman, a recruté Mike Jagger, Mick Taylor et Keith Richards. Selon Richards, Jones a inventé le nom lors d’un appel téléphonique à Jazz News. Un journaliste lui ayant demandé le nom de son groupe, pris au dépourvu, il vit un vinyle de Muddy Waters posé sur le sol. L’un des morceaux s’appelait « Rollin’ Stone ». Brian Jones en fit illico le nom du groupe. Il économisa ainsi un gros budget de recherche marketing pour inventer sa marque !
La première apparition de ce nouveau groupe sous le nom des Rolling Stones eut lieu le 12 juillet 1962 au Marquee Club de Londres. Charlie Watts à la batterie viendra s’ajouter à la formation en mars 63.
Continuons à remonter le temps. Nous venons de découvrir que cette expression était un titre employé par Muddy Waters.

La chanson initiale fut composée par Muddy Waters en 1950. Grand maître du Blues, il sortit en 45 tours « Rollin’Stone », une nouvelle version de « Catfish Blues » (le blues du poisson-chat), en y ajoutant une strophe originale :
« Et bien ma mère a dit à mon père / juste avant ma naissance/ J’ai un garçon qui arrive/ Il sera une pierre qui roule ».
Cette expression « Rolling Stone », est parfois traduite par « bourlingueur », ce qui collerait mieux avec les paroles de Muddy Waters.
La lumière étant faite sur ses origines, il convient pour boucler la boucle de revenir à la chanson de Bob Dylan.
Très longue, d’une durée de plus de 6 minutes, elle contient des paroles sibyllines et ésotériques, qui ont longtemps laissé perplexes les lecteurs, les critiques et les auditeurs.
On s’est perdu en conjectures sur l’identité de Miss Lonely, cette femme riche qui a tout perdu pour se retrouver SDF :
How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like a rolling stone
Qu’est-ce que ça fait ?
Qu’est-ce que ça fait ?
D’être seule au monde
Sans foyer où revenir
Comme une parfaite inconnue
Comme une pierre qui roule
D’autres évocations sont tout aussi intrigantes, et l’une d’elles, enfin élucidée, nous ramène à la source originale. Grand admirateur du Blues, Bob Dylan fait référence à Muddy Waters, que l’on retrouve « en diplomate » portant à l’épaule sa guitare (« le chat siamois »), dans le train (« le cheval de chrome »), qui l’amena à Chicago en 1943, là où il transforma le blues de son enfance en un blues urbain qui fit sa renommée.
D’autres bluesmen légendaires apparaissent dans la chanson, vraisemblablement Blind Lemon Jefferson, en vagabond mystérieux, et Robert Johnson, Napoléon en haillon.
Interrogé sur l’interprétation à donner à ses vers, Bob Dylan est toujours resté évasif et discret. Il avait l’art de manier le secret, notamment sur son enfance, racontant souvent qu’il avait vécu dans un cirque.
Étant ainsi revenus au point de départ de cette chronique transversale, nous terminerons en évoquant le dernier film de James Mangold, « Un Parfait Inconnu *», avec Timothée Chalamet dans le rôle de Bob Dylan jeune.

Allez voir ce film, vous passerez un agréable moment et écouterez de la bonne musique, qui rappellera à certains leur jeunesse.

Certes, ce n’est pas la voix de Bob Dylan, mais Chalamet, qui a beaucoup travaillé, fait rapidement oublier que c’est lui le chanteur. Conférant un peu plus de douceur aux chansons, gommant la raucité de Dylan, il est crédible dans son rôle et incarne parfaitement la star du rock.
Je n’en dirai pas autant de Monica Barbaro, qui interprète Joan Baez : elle n’a, ni le physique, ni la voix.
Une mention spéciale à Edward Norton, qui incarne un magnifique Pete Seeger, l’ami du héros.
A noter également la belle prestation de Elle Faning, remarquable dans le rôle de la petite amie, Sylvie Russo, (sur la photo accolée au titre, elle est derrière Timothée Chalamet).
Ajoutons une note plus française, en rappelant que Dylan admirait Brigitte Bardot et fut amoureux de Françoise Hardy.
Et pour être exhaustif avec l’expression « Rolling Stone », il faut mentionner l’existence du magazine de ce nom, créé en 1967, qui comporte une édition française toujours en vente en 2025.

*A Complete Unknown
Sources : -le film « Un Parfait Inconnu »
-Wikipedia