Auteur: Marie Faivre

Née en 1950, dans le Territoire de Belfort, Marie Faivre vit à Lyon, poétesse, membre de l’Académie Rhodanienne des Lettres, membre de plusieurs sociétés littéraires, avec la conviction que si la poésie ne change pas le monde, elle peut changer notre regard sur lui et nouer de nouvelles liaisons entre les vivants, notamment avec la poésie d’Aimé Césaire et les poésies africaine et portugaise. Animatrice des soirées Culture et humanisme, Marie Faivre est amoureuse de la douce harmonie du mot et de la tendresse des images.

Poèmes (II)

                                                À Marie FAIVRE – Mon regard s’élève en toi bleu
C’est un lien qui me fait veiller
au long de la vie
pour libérer les énergies
le Vrai
l’acte de Dieu que tout homme espère
qui me fait une place dans ta chaude prière
qui agrandit la flamme de mes paupières.
Michel Khalil Helayel

           

L’ESPACE DU REGARD

Au pays où lèvent les lendemains
entre les murs de pierres
la flamme invisible coule son chant
qui veille au fond du Temple
jusqu’au ciel de tes paupières.

Dans ces lieux de pierres et de nuages
deux parcours dissemblables
ont retrouvé la force des mots
avec leur pauvreté
brûlante, fragile
avec tout l’or qui demeure
dans l’intime des voûtes
et les replis de l’espoir.

Dans ces lieux
rythmés au souffle des nuages
dont nos accords
sont la clé
ton regard
irrigue le silence de ma prière.

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NE RETENEZ PAS L’OMBRE

Ne retenez pas l’ombre
ses images et ses clôtures

Ne retenez pas les jours de départs
la disparition des rêves
le poème qui meurt

mais  gardez grand ouvert
l’espace
le geste du temps
sur nous, voiliers du silence
sur l’eau de nos jours inaccomplis.

Laissez le geste du temps
Sur le visage de la rencontre
la totalité du grand arbre
d’où furent mis au monde
le ciel
et la terre.

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QUELQU’UN

Avec des mots
uniquement à vous
des mots de votre terre d’autrefois
aux arbres disparus

des mots rivières
qui ont caché vos plaies,

des mots de sable
qui pardonnent les longs silences,

Avec des mots de pierre ou de glace,

Avec le couteau des mots
pour répondre à ceux
dont vous n’êtes pas esclave,

Avec des mots de l’attente
et d’autres sans retour,

Sans justifier vos refus
Sans rechercher d’alliés,

Avec des mots uniquement à vous,
quelqu’un continue
à vous connaître.

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ENFANT DE POUSSIÈRE

Un jour d’été ou d’hiver
peut-être demain
suspendue sur l’air, à la merci du vent
je serai devenue poussière
de retour à l’inconnu, à la nuit première.
Invisible, sans matière et sans poids
enfant de poussière,
taillé dans le vide et le rien
mais resté poussière de désir.

Irradiées de force
mes paupières s’ouvriront
mes yeux face au soleil
le vertige rejoindra la flamme paisible de ton regard
car le vent
t’aura posé sur la pupille de la lumière.

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SUR LA PIERRE DE L’OUBLI

 Sur la ligne aux mille points restés suspendus
si la mémoire n’est plus
que poussière envolée
sur la pierre de l’oubli
je m’endormirai

Poussière de nuit
je boirai la rosée
à l’approche de l’aurore
car ta voix
sera devenue un lac.

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LE SILENCE DES ENCRIERS

ENFANT DE L’HIVER

 Dans la ville en désolation
contre la mélancolie du jour
tes pas craquent sur le gel
La lumière à naître balbutie.

Les mots lentement s’épellent
par les lèvres de tes poupées rebelles

Enfant de l’hiver
Que l’exil dépayse
Ville, visages, chagrins de tous lieux
à la rencontre d’autres voix
Au rendez-vous de la mémoire
les heures claires
des tendresses se souviennent
dénouent la détresse
aux cheveux de printemps à venir.

Enfant de l’hiver
au regard d’éternité
le sang de ta révolte
brisera le silence des encriers.

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QUAND NOUS SERONS EN AVRIL

« Écoute ; apprendras-tu à m’écouter de loin.
Il s’agit de pencher le cœur plus que l’oreille.
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
pour venir jusqu’à moi qui regarde et qui veille. »
Le forçat innocent, Jules Supervielle

JE NE T’ÉCRIS PAS

Je ne t’écris pas
mais les oiseaux du regard
que tu aimais autrefois
se lèvent à nouveau
sur le sang blessé du soleil.
Je ne t’écris pas
mais tu entendras le silence de ma soif
à la rencontre du silence de te

Oui, tu ne m’écris pas
mais je sais la naissance de l’eau
le chant, la prairie, l’encens, les lilas
le creux de ta main
où nous dormons ensemble toutes les nuits.
Tu nous tiens hors du temps et des vents
qui jouent à tricher autour de nous
avec les brumes, les songes et les signes
Tu ne m’écris pas, mais la vitre du ciel
effeuille ton visage de mémoire
enjoué de l’enfance
l’éternelle enracinée
sous les paupières du rêve à poursuivre
à mourir à nous poursuivre
Le temps d’être ensemble
Avait préparé le temps d’être seul.
Dans la sève des collines
l’appel de la terre revient
irréversible, dans les yeux verts de l’aube.

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