Auteur: Marie Faivre

Née en 1950, dans le Territoire de Belfort, Marie Faivre vit à Lyon, poétesse, membre de l’Académie Rhodanienne des Lettres, membre de plusieurs sociétés littéraires, avec la conviction que si la poésie ne change pas le monde, elle peut changer notre regard sur lui et nouer de nouvelles liaisons entre les vivants, notamment avec la poésie d’Aimé Césaire et les poésies africaine et portugaise. Animatrice des soirées Culture et humanisme, Marie Faivre est amoureuse de la douce harmonie du mot et de la tendresse des images.

Poèmes (I)

Marie Faivre est la disciple du grand silence qui n’est pas privé de voix.
Sa parole jaillit du silence qui échappe au tombeau,
Qui devient univers.
Dans le silence de la vie, toute vérité apparaît dans la profondeur de sa présence, reconnue par le semblable, au souffle intérieur du poème.

Michel Khalil HELAYEL, écrivain et poète

 

 

… à la chère mémoire d’Aimé Césaire.

 

UNE SAISON AU CONGO (Janvier 2006)

Lire Césaire
C’est vivre la fin d’une guerre
C’est brûler sa rage
Dans la flamme des palimpsestes
Le temps de l’acte II scène 6
1
Lire Césaire
C’est réveiller un fardeau obscur
Sommeillant dans la nuit soumise des songes 
 

Césaire ! C’est la foudre sacrée
La tempête la plus juste
C’est combler une faute de mémoire
C’est retrouver la page mal écrite
Sur la terre la plus folle
Et tout recommencer

 Avec Césaire
Déterrer du sable
Une étoile noire
Illuminée
Vie et mort, dans le même sillon

 Incendie du soir
Lire Césaire
C’est vivre
Ce que l’on a manqué
Et tout recommencer.

 1/Une saison au Congo : il s’agit de la danse d’Hélène et de Lumumba au seuil de sa mort.

 

*****

 

LENTEMENT LE PAYSAGE BRULE (1997)

À FLEUR D’ABÎME

À fleur d’abîme
tu construis ta maison

Dans les attaques du vent
tu entends le chant des étoiles

Avec les brouillards du néant
tu espères un dialogue

À tes yeux,
la lumière est toujours pour demain

Quand les jours si lourds
tournent dans la nuit
des chambres encloses
que deviennent les espoirs ?

Quand le moulin de tes patiences
n’est plus relié
est-ce le renouveau quelque part ?
est-ce

la mort du rêve qui attend ?

 

******

 

TERRE

« Ma vie a retrouvé sa terre
La navette court… »

Sur la trame vivante
du regard qui m’entend

ma vie a retrouvé
le mot resté en souffrance

Dans sa nuit qui tremble,
il court
l’enfant de mes silences

Quand son élan dit oui
et sa mémoire dit non

il se noue quelque part
entre l’ombre et la vie
entre la vie et la mort

le mot qui souffre entre nous
Seul
le regard qui aime
saura l’entendre

 

******

 

CHEMIN DES MOTS

Dans le paysage
les mots se promènent
avec l’autrefois et l’aujourd’hui
liés
dans la même nuit

Quand les mots se rencontrent
la lumière
vendange des trésors
aux fontaines de nos journées

C’est alors
que le fil du paysage
s’est noué entre nous

Par le chemin qui se découvre
il reste parfois de l’obscur
où le cœur trébuche

Les mots sombres s’enchaînent
Sur la trame des malentendus

La lumière nous revient
par la musique de tes gestes

lorsqu’ils sèment
entre nous
des mots attachants
ensoleillent le paysage
que l’hiver avait décousu.

 

******

 

Quel monde
habite ton sang
par tes ancêtres
nomades sur la terre

Quel monde
te porte
donne la confiance à ton pas
dans la tempête

le juste équilibre
quand ton corps tremble
et vacille

Quel monde
habite ton sang
quand tout bouillonne
et te donne la fièvre
du second souffle

 

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LE TEMPS DES ROSES  (janvier 2004)

L’encens des fleurs
fait naître l’encens du corps
Bref moment de jouissance
où seule l’imagination
d’un corps s’étire se donne
dans la nuit de l’espace
le berceau des mots 

la palpitation d’un paradis éphémère
dans l’insatiable univers du rêve

 Ce qui fait de l’homme un poète
est le mystère d’une petite boîte de santal.
Au pays de ses richesses
elle est la capitale
que l’absurdité de la nuit
pourrait dévorer

Sous la veilleuse tardive des étoiles,
ce qui fait vivre son chemin imaginaire
c’est la solitude du poète
lorsqu’il dépose la boîte à légendes
sur le bord de la fenêtre
entre lui et le rivage
entre sa vie
et l’eau serrée
au creux des collines de nostalgie.

Le temps des roses
est resté possible
lorsque la main dessine
l’élan du voyage
pour renoncer à l’acte de possession.
Le poète part comme un amant jaloux
à la rencontre de l’amante
vers l’irréalité de l’amour.

Dans l’effeuillement
le temps d’une rose finit par s’éteindre
sur l’eau du miroir du passé

Le temps d’une boîte de santal
continue à respirer dans l’espace des oiseaux
au rythme de l’arbre dont elle est née
parmi le chant des forêts
dont l’écho
poursuit ses palpitations à travers elle.

 Au temps des voyages,
certains jours de grand désert
la boîte de santal se transforme
Si les rencontres se font rares
Si le paysage referme ses frontières
la petite boîte se rétrécit.

Ce qui fait de l’homme un poète
c’est de se sentir mourir
lorsque la boîte de santal s’étiole
jusqu’à perdre l’horizon de sa parole

Parfois imprévisible,
peut-être éthique
en pays barbare
le manteau du poète
est seul à protéger la boîte de santal.

Pour le silence qu’il transporte avec lui
il connaît le sentier
vers la première page
où le chant d’un jardin prendra naissance
avec la boîte de santal
posée nue entre l’eau et le ciel
 

Devant les fenêtres aux lumières d’artifice
Tu traverses sans t’arrêter les jardins à succès
le territoire des rêves décodés.
Tes pas s’éloignent rapidement
en essuyant des larmes sans paroles
de peur de voir disparaître
les liturgies de l’amour
écrites sur la boîte à santal.

Sans pouvoir trouver l’erreur
qui serait de l’un ou de l’autre
nos routes cheminaient
sans se rencontrer
Avec ce temps mort
Tu as fait un oiseau appelé colibri
Il est midi
Le temps des roses  ne dure que le matin de l’amour.

 

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RYTHME ET PASSAGES (2003) 

À L’HEURE OÙ TU MARCHES 

Contre des barreaux invisibles
je suis ce lieu
de brouillards et d’arbre
emmêlés dans ma chair.

Je t’ai cherché
dans les veines de la pluie
dans le fleuve contre les tourments.
Je t’ai cherché dans le silence de la terre
dans ce pays muet.
Contre les vents assassins
j’ai prononcé ton nom
je t’ai prié d’inventer d’autres légendes.

À l’heure où tu marches vers nous
je suis ce lieu qui n’en finit pas
d’être vivant
d’être mort
Dans ce pays où le ciel a fui
l’espoir refuse de mourir
quelqu’un refuse de se taire

 

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One Response to “Poèmes (I)”

  1. murbach dit :

    Bravo Marie