Auteur: Antoine Constantin Caille

Jeunesse à Villefranche-sur-Mer. Maîtrises en philosophie et en anglais à l’Université de Nice. Doctorat en études francophones à Lafayette en Louisiane. Professeur assistant invité dans les départements de langues modernes à Georgia Tech puis à William & Mary. En ce moment, enseignant de philosophie et lettres modernes au Lycée Al Jabr de Casablanca. Malencontreux auteur de quelques articles et poèmes par-ci par-là. https://independent.academia.edu/AntoineConstantinCaille

Poèmes du jour et de la nuit (1)

Période pleurer et rire bricoler sa cabane au bord de la mer voir venir les voiliers sur l’eau et le culot de ce vilain monsieur rien dans les yeux de bien mystérieux au fond tu veux ce que tout le monde espère le printemps les cieux l’univers l’avenir avec ses gros sabots moi qui ai peur de tout ce qui se perd dans ce qui est à venir pour un peu pour beaucoup ou pour peu que tu veuilles me le dire où est ce briquet sur mouline tu veux d’autres viendront plusieurs jours pendant que tu inspectais l’horizon j’attendais qu’il veuille bien sortir le malheureux tu dis tu dis que tu as vu bien pire le radiateur morveux c’est encore un que tu regardes partir et moi qui attendais alors pour un peu pour beaucoup pour peu que tu répares prépare le feu pour les prochains qui vont venir tu as eu tort de le laisser ce forfait par tes grand dieu sans surveillance encore un bien mal léché auquel tu donnes la récompense pour un peu pour beaucoup pour peu j’admire ce qui ont de la chance courir tôt de bonne matinée pourrir jusque sur l’écume blanche et les dernières années veux-tu les ramasser je refuse avec ces grands sourires ces journaux qui sont les tiens de les finir ensemble et auxquels je n’ai jamais su mais de toute évidence ils seront là demain résister

Période changement pour que tu regardes en l’air prière de ne pas toucher j’ai bien vu que tu me regardes mais tout de même c’est indécent de regarder si fixement le ciel comme s’il y a du nouveau à chaque plissement de l’eau je tends quand même l’oreille on dirait qu’ils sont jumeaux c’est fou comme ils se ressemblent et comme ils vont toujours ensemble ça fait presque chaud au cœur de les regarder on pourra dire au moins deux qui se sont trouvés tu veux tromper ton monde moi je le sais ohé on vous fait signe il faut répondre un sourire gentillet il fait mauvaise mine monsieur veut de l’eau chaude monsieur veut du lait frais je ne peux pas répondre la peur de les confondre j’avais pourtant tout bien préparé mon œil je le sais chaque fois qu’un autre arrive tu te laisses surprendre quatre demain cinq à la mi-septembre tiens donc vous les comptez le prochain ressemble déjà au dernier monsieur est fatigué voilà le nouveau jeune premier encore un qui va nous surprendre monsieur veut du muguet mais il ne se donne même pas la peine de descendre depuis des mois que j’attendais

Demain rien à dire encore un qui puisse parler reviens cours et grimpe viens me voir il faut se surveiller venant comme tu m’as habitué le matin de bonne heure quoi de bonne matinée quoi de meilleur que le soir quand on restait je me souviens et quelque part pas loin il y a pas deux trajets il faut appeler au secours soi-même éplucher un à un dans la façon que j’aime ce n’est pas trop demander à sept heures du matin cela peut bien sûr surprendre je l’apprendrai dès que tu passes en ville d’ailleurs tu peux tout reprendre pas la peine pas de désir particulier tu parles c’est à ça que je te reconnais et tout ce cirque dans le petit jardin le moment avant d’y aller deux bonnes heures avec la langue coupée bien pire on peut quand même l’imaginer par contre il ne faut rien dire après tout tout le monde est obligé tu peux attendre cela vaut désormais plus qu’on en aurait donner tu parles ce que j’admire entre toutes qualités si tu peux venir de toi-même

Comme il veut s’en aller comme il veut pas s’asseoir commence par s’en inquiéter commence par là où tu veux commencer se dit-il ce pourrait bien être le mois de mai dix minutes après qu’il parte de ce côté ou de l’autre plutôt de l’autre côté au moins pour ce soir je le crois pas besoin de se catastropher un train un taxi un quai une gare d’ici là peu importe où je descendrai au premier tomber sur le trottoir à jouer des mains et des pieds finit par y croire finit par se moucher dans les rideaux tomber dans l’escalier finit par se mouvoir je dis dans l’à peu près mais aussi de se voir pour s’occuper enfin de se parler bon revient la petite histoire passe pour ce mauvais côté plus rien sinon dans la mémoire je vois le gâchis qu’on s’en fait comme chacun pour tout tu te souviens à l’âge que j’avais dans la nuit du soir où quelque fourre-tout change l’espèce on promet après nous je dis bien jamais où l’espèce de chose il faut s’être trompé

Période pour s’occuper une fois finie pouvoir dire c’est au moins ça que j’ai pour moi finis ces foutus blabla ces conneries une fois finies allez de nouveau nous en chercher et avec ça et tout ce bruit est-ce que tu peux encore tenter de m’entendre ou tu fuis ou tu n’intéresses personne prends ce baiser et va-t-en nous cueillir des pommes si tu sais retrouver le chemin moi tout ça finit par me désintéresser je crois entendre quelqu’un allons ranger la chambre même si aucun objet ne nous appartient c’est à croquer quelqu’un qui a les joues si tendres je prends sur moi c’est au moins ça au fait je n’ai pas pu me rendre et en voilà une occasion manquée passer la journée à attendre et voilà ce qu’il a ramené fou que tout s’écroule que tout tombe à l’instant ou revenir se coucher gentiment y retourner quand le cœur me reprend tout finira par reprendre le hoquet les matinées dans le jardin la belle lumière de septembre comme ça va retourner

Je viens arracher le sang sous cette peau on entend parler de la contamination voilà qui tombe très bas en dessous de toutes les intensités seulement des enfants à qui s’adresser voilà une toute petite mélodie sois la nuit devant habituer l’âme en brûlant en pénétrant la masse liquide mille dimensions mille tournoiements possibles où traînent les longs filaments pour une pesanteur effondrée aucune considération pour ce qu’ils admettent ce qui meuble la pensée combien de choses superposées toute la peur les yeux ouverts sensibles à la lumière ne cherchant rien qu’ils n’aient trouvé comme la figure du temps tu ne me prendras plus esthétisant la faiblesse me divisant au secours combien de force par simplicité

Tu casses la glace avec tes doigts l’eau ne peut couler que sur la surface dure recrudescent gorgé les yeux sciant sans poids tendant sa fièvre laminant à grands coups de bras dans le calme transparent où la saleté remuée étincelle au dessus de la jungle verte je ne te connais pas je sens la légèreté du ciel peu me reste une croûte nouvelle empreint les muscles tandis qu’ils sursautent au point d’éclater en creusant l’alignement rythmé par le vrombissement du souffle dans l’obscur couloir mourant un par un congelés ou coupés par la tension rétamés sous les coups qui reviennent plus violents dans un parfait relâchement électrisé vous ne me connaissez pas je suis déjà un danger en l’instant je suis sur ma visée loin enchanté de l’éloignement plein d’effroi gagnant petit à petit mordant des yeux du plus vif espoir te dédiant l’expression de cette tendresse extrême

A côté de ses pompes ou pas loin de chez moi parcouru l’horizon avec affection courtoisie humour à cause d’un buisson entre deux rochers de quoi s’asseoir chacun prend ce qui l’intéresse de ce côté du long mur blanc ou de la barrière verte si bien intégrée moi je ne reste de toute façon qu’un instant avec ces méchantes idées qui me traversent vu mes capacités quelle retenue l’épais ronflement des vagues en cas d’incertitude sur le temps je connais des renfoncements dans la roche si tu étais avec moi tu n’aurais qu’à me suivre ces endroits on peut dire que je les connais bien mieux que d’autres qui gagnent du terrain en quelques années on apprend à les connaître à force de tâtonner on apprend quelque chose qui ne vaut pas pour titre de propriété et pourtant serein je ressens encore la liberté de sauter grimper m’arrêter dans ce coin un moment peut-être ai-je regardé cette personne trop violemment ou pour son bien dans un grand bouillonnement de quoi faire sortir un peu de sa promiscuité comme tu n’es pas là qu’est-ce qui sortirait de moi qui suis pris de tremblement et d’émotion si quelqu’un voulait juste un renseignement quand soudain tel est le cas un flot de gentillesse si abondant qu’il passe pour de la naïveté avec ces deux là qui n’attendaient que ça

Tu sais ce qui me traverse l’étroite embolie le soir marchant sous les étoiles un frottement dans les arbres au bord de la route la ville derrière la grille à cet endroit où je ne me suis jamais arrêté du moins à cette heure tardive quelqu’un me voit qui sort ses poubelles avant j’ai profité de l’odeur des figuiers d’autres plantes plus délicieuses encore inattendues me retournant pour voir si j’apercevais la maison d’où Louise m’a arrêté tout plein de vigueur alors pour donner au moins autant de réalité au monde de mon livre qu’à celui où je marchais Louise m’envoie une parole que je prends avec retrait son verre lui fait dire beaucoup de choses elle parle de la terrasse elle cherche à s’amuser et maintenant je pourrais rester au milieu de la route toute la nuit à lui parler

Il est possible que je n’attende rien de toi que ta main posée sur mon front quand j’ai va savoir pourquoi du mal à respirer et que j’émets de faibles sons comme ceux d’un rat essoufflé je maintiens quelquefois la conversation alors que des convulsions saisissent mon visage comme des vomissements désamorcés alors qu’on passe à table il est désagréable de mâcher et difficile d’avaler une feuille de salade et quelle honte ressentie de se voir arrivé là cependant quelques temps après à des gens que je n’aurais pas regardés je suis capable d’adresser des sourires maintenant je peux aussi mettre de l’enchantement dans une parole sentant beaucoup mieux sans avoir à y réfléchir le moment et ce que l’on peut faire de sa tonalité

Il y avait soudain un peu d’air des grappes de lilas débordaient des jardins les rues n’étaient pas encombrées des pigeons par terre devant la place orangée les stores des magasins à côté d’un banc en bois peint en vert regardant au loin prit de la monnaie dans le tiroir chuchota à l’oreille de son voisin enleva son bras rentra deux rues plus loin là une entrée sous un store en plastique ondulé bleu rouge vert il poussa la porte entra aux toilettes alla acheter des céréales et des tomates dans l’arrière-cours immense il y avait un petit tabouret et une chaise longue quelqu’un a demandé à te voir

Pourquoi tu retires la vigne elle est morte non mais certaines parties oui c’est du bois mort j’enlève les branches mortes ah on met la table ou la pliante non ah tu veux que j’t’aide non pour la petite table pliante j’ai pas besoin on la met où dans l’herbe non passe pas par là ah on est bien là non toi t’as mal au dos et tu portes deux chaises à la fois j’fais réchauffer le poulet quoi le poulet d’hier et les pâtes aussi bon ben voilà faut appeler l’autre il fait froid dans cette cuisine y a du courant d’air à table pourquoi les chaises sont là pour pas faire ce que t’étais en train de faire les belles chaises que j’avais patinées tu viens pas comme ça t’apportes ce qui reste dans la cuisine y a déjà le pain bon Antoine tu déjeunes là tu déjeunes avec nous ou pas

Avec ses roseaux couverts de brume emprunté au plus pauvre de mes amis sans plus de trouble qu’un papillon qui navigue à mon secours au dessus du ruisseau on sent passer son ombre au moment où j’arrive tout ruisselant et où les pierres se délivrent c’est encore cet ami pour lequel je m’arrête quelque chose qui n’attend pas comme les blés sauvages au bord de l’eau

Dans ce qui se perd que tu as consacré le vent tourne à la vitesse de ce qui détruit le bruit vivant de la forêt et le tourment s’assoupit soudain sur les berges d’un ruisseau trop ténu pour respirer il faudrait partir toucher les choses à la vitesse d’une main sortie à la fenêtre d’une voiture garder la mémoire des choses dures et de la buée du soleil qui tape sur la route noire de la vie qui est cerclée de la forme dessinée par la multitude de feuilles la tête inclinée si ta conscience te demande de partir là où personne ne t’attend c’est quelque chose dans le creux de mes souvenirs qui donne à tes pieds leur élan

L’été comme une largeur où rien ne se décide comme un moment arrêté sur lui-même où une fleur fatiguée se défait porte une tristesse lente à montrer toute son envergure et si je frotte ma tempe avec mon doigt si ma jambe pliée sur l’autre donne à mon pied trop de poids ce sont des choses que je ne remarque pas peut-être mon attention serait de nouveau en éveil si quelqu’un me remarquait l’été dans sa générosité oublieuse est une perte d’électricité

Sans présence sans parole sans enfance sans étoiles sans sourire sans pesanteur sans toucher sans respiration sans désir sans parfum sans histoire sans regard sans entente sans perspicacité sans souplesse sans musculature sans loisir d’aller ou de venir sans musique sans nuages sans soleil sans pluie sans lignes pour dessiner les paysages les maisons les villes les gens avec leur visage leur silhouette leurs expressions sans nouveaux jeux qui créent l’espace et l’air ces choses singulières qui vous tombent dessus comme de grands traits ou font d’infimes coupures dans les recoins du cœur sans plantes avec leurs épines leurs fleurs leurs fruits sans les récits des enfants sans les moments où un peu de poésie se pose sur la terre sans espoir d’en préserver quelques traces morceaux répertoires ou coffrets il se peut qu’encore je désespère

Vous n’aurez pas ça gratuitement pas plus que l’eau posée sur vos yeux ou les reflets bleus sur l’eau dans le couchant il n’y a pas de pause sans quelqu’un qui sourit comme les rayons du soleil sur les feuilles d’arbre il n’y a pas de secret bien gardé sans une présence généreuse qui vous le renvoie

Porte un coup sur ma tête cogne le poing sur mon visage un coup puis un autre fait couler le sang de ma bouche de mon nez et à l’intérieur du crâne tout se fissure et se craquèle tape encore avec les pieds quand je suis par terre tape avec de lourds objets des bouts de métal contondants fait jaillir les larmes et les dents coupe les doigts rentre une lame doucement à l’intérieur de mon ventre et remonte lentement pour que petit à petit s’échappent les organes avec mes derniers cris mon âme n’ira se réfugier nulle part personne ne me verra plus ne m’entendra encore personne ne me rejoindra quelque part pour me réconforter au-delà de la mort

Je suis souvent là je lis je regarde ce qu’il y a j’attends je grignote et j’écris quelquefois j’écris indifféremment pour l’école ou pour moi quelquefois ce doit être pour l’école uniquement je prends souvent des restes dans mon sac pour donner aux écureuils et aux poissons aux tortues aux écureuils et aux poissons quelquefois les écureuils grimpent sur mon pantalon pour venir manger dans ma main il y a souvent des familles qui viennent pour montrer aux enfants la vie qui remue dans le lac

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