Auteur: Marie Faivre

Née en 1950, dans le Territoire de Belfort, Marie Faivre vit à Lyon, poétesse, membre de l’Académie Rhodanienne des Lettres, membre de plusieurs sociétés littéraires, avec la conviction que si la poésie ne change pas le monde, elle peut changer notre regard sur lui et nouer de nouvelles liaisons entre les vivants, notamment avec la poésie d’Aimé Césaire et les poésies africaine et portugaise. Animatrice des soirées Culture et humanisme, Marie Faivre est amoureuse de la douce harmonie du mot et de la tendresse des images.

« Le sablier de l’absence » – extraits

L’INSTANT DU THE

Avec l’eau et le feu,
la lenteur des gestes
on peut fondre
en quelques secondes
à ressentir dans ses mains,
la chaleur du bol en terre
où se cache le soleil.

*****

La pluie frappe aux carreaux
L’orage tourne autour de la maison
Feuilles froissées
La danse du thé noir
Exorcise la nuit blanche.

*****

L’eau des poèmes infusés
voyage à petites gorgées
avec les saveurs de jasmin
baisers cueillis
au jardin sous la pluie.

*****

Presque rien
Quelques larmes de thé oubliées
au fond de la tasse bleue
Sous les braises
les dernières confidences
se taisent.

*****

Le vieux bol en porcelaine
aux décors de motifs anciens
garde en lui
nos mémoires  croisées
le feu éphémère et le froid désert
Joie et  danger
Soif de vivre.

****

Sur la table du refuge
Nos bols fumants
Un mot oublié pourrait se perdre
Mais quand il se boit, il prend corps
naïf et primaire
devient le miel éphémère
sur nos blessures invisibles

*****

LE SABLIER DE L’ABSENCE

à Christel

Sur le sentier du soir, vers le jardin les fleurs
si souvent je m’en vais, au pays de l’absence.
 

Dans le tissu des habitudes, ta voix reste infiltrée
Entre les mots de ta vie,
un grain de silence s’est accroché

Dans la main d’une mère
un grain de silence
fait jaillir des milliers de mots
au grenier de l’enfance.

Sur le sentier de l’absence, à force de t’attendre,
le corps de ma lettre pour toi
a fini par s’endormir
dans le lit de la mémoire.

Ici, la nuit parle un langage inconnu.
J’entends sans voir ce qui continue à balbutier,
tes mots chrysalides
qui ne sont pas encore nés.

Au cœur du sablier
les grains de confiance seront si forts
qu’ils pourront bientôt porter la naissance
des silences réconciliés.

*****

D’AUTRES SOLEILS

Chacun dans sa bulle,
sous le voile de brume
Etranges villes fantômes

Tu me dis, toi aussi
Et comment va ta peine ?
Je lance des S.O.S.

C’est alors que tu viens
par chemins de mémoire
faire tourner d’autres soleils
par le vitrail de tes poèmes

Rêves rivières–rêves nuages
Le réel et l’imaginaire
se nourrissent l’un l’autre.

Tu es l’amie qui donne confiance
pour nos pas en équilibre.

Tu es la force du rêve,
pour avancer sur le fil
qui va au-delà de soi-même,

Le fil qui unit
la vie
et la mort
dans la même énigme.

Et comment va ta peine ?
Je lance des S.O.S.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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