Auteur: Marie Faivre

Née en 1950, dans le Territoire de Belfort, Marie Faivre vit à Lyon, poétesse, membre de l’Académie Rhodanienne des Lettres, membre de plusieurs sociétés littéraires, avec la conviction que si la poésie ne change pas le monde, elle peut changer notre regard sur lui et nouer de nouvelles liaisons entre les vivants, notamment avec la poésie d’Aimé Césaire et les poésies africaine et portugaise. Animatrice des soirées Culture et humanisme, Marie Faivre est amoureuse de la douce harmonie du mot et de la tendresse des images.

L’Atelier du fil

FRAGILITES

Etrange  bouleversement
Certains  mots se sont perdus
D’autres  ne savent que se répéter.

Le vent sème le doute
Chacun fait sa route
Dans plusieurs sens.

La  réalité la plus simple devient la plus dure.

Entre nous, l’espace règlementé
enlève le plaisir de se voir, d’être libre.

La fragilité est partout,
Dans les corps, dans les têtes,
dans  les maisons, les pensées.

Le jour, la nuit,  nous sommes dans le vague

Inquiétude insaisissable.

Quand l’atelier du fil ouvre ses portes
Les mains des couturières retrouvent les gestes.

Dessiner, couper, épingler, ajuster, piquer
L’ordre ancien rassure.

Le ronronnement des machines à coudre
Efface le doute.
Les regards se croisent, se réinventent
En fin de journée, les masques sont alignés,
Cousus, pliés, repassés.

Chacune a défroissé les chagrins de la veille.
La musique des fils renoués  est revenue

Le contact refleurit, la tendresse des corps
donne  du soleil aux fenêtres.

Dans les brouillards du doute,
Certains fils nous ont échappé, ils ont rejoint l’horizon.

La vie ne tient qu’à un fil

Avec un petit caillou blanc
pour tenir serré  le fil de vie au creux de la main

Nous inventerons des jours différents
Des jours de toutes les couleurs.
De la terre, des rivières, et du ciel.

A l’atelier du fil,
Les petites mains tireront l’épingle du jeu des nuits sans fin.

Un geste minuscule qui nous rapproche.

Demain dans la rue,
Dans la foule des masques, on se reconnaîtra.

Longtemps plus tard, un jour viendra.
Au bout du labyrinthe, on se reconnaîtra.

 

LE TEMPS d’APRES

Après une éternité en quarantaine
Chacun franchit le seuil
en semi-liberté, gestes réglementés.
Sur les trottoirs, les files d’attente s’allongent.
On se faufile avec prudence.
Les bruits de la ville recouvrent  une sourde inquiétude

Après les murs de nos prisons.
Le corps en souffrance se jette dehors.
je marche de travers.
vers toi qui trébuche à ma rencontre.
Ayant dormi trop longtemps.
Le corps se jette vers toi les yeux fermés.
Dans l’éblouissement retrouvé

A nouveau on se rencontre, après la cruauté de l’absence.
Le monde peut vaciller, je ne le vois plus.
Nos maladresses, on les oublie.
Nos imperfections, on les aime, elles nous unissent.

Une complicité d’amour retrouvé

Un nuage de papillons se lève autour de nous.
Nous  soulève de terre.
nous  emporte au fil des vents.

 

TU NE ME VOIS PAS

Je suis l’air.
Tu ne me vois pas quand le souffle de l’air te porte.
La poussière s’envole, toi tu restes.
Le souffle te donne la force,
le rêve, la beauté, la vie.

Tu ne me connais pas.
Le plus souvent, tu m’oublies.
Je suis l’air, je suis là
Pour aller bien, j’ai le désir de toi.
J’ai besoin des arbres pour te parler.
Dans leurs feuillages, tu peux entendre.
Si tu te penches suffisamment vers le cœur de la forêt.

Grâce au vent,
Je peux faire le tour de la terre.

Grâce à toi,
un jour
Je ferai le tour de ta vie.

 

REVE ENTRE PARENTHESES

Le long des rues ébranlées,
Sur le quai 2020
Le train des jours  s’est arrêté.

La locomotive et ses wagons alignés
Les wagons oubliés hier, et les autres.

Ils sont venus, ils sont tous là.
Celui de nord,
Celui du sud,
Et même le maudit.

Il est 20 heures sur le quai 2020.
Ils sont tous réunis.
Elle va mourir la Mamma.

Pour un grain de sable invisible.
L’horloge  s’est arrêtée.
Le monde et sa course aveugle vacille.
Le rêve entre parenthèses est né.

Coco Nana, trauma universel.
Sur la marelle, l’enfant pousse la pierre.
Sur la margelle,  la pierre pousse la liberté.
Partout autour de la terre.
Une force terrible

Se réveille.

Elle vivait en nos mémoires,
Du lointain de nos ancêtres.
L’Invisible gestation.
Chaque humain l’a portée
sans le savoir
Sans connaître son nom.

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One Response to “L’Atelier du fil”

  1. Sonia Elvireanu dit :

    Tres beaux poemes !