Auteur: Marie Faivre

Née en 1950, dans le Territoire de Belfort, Marie Faivre vit à Lyon, poétesse, membre de l’Académie Rhodanienne des Lettres, membre de plusieurs sociétés littéraires, avec la conviction que si la poésie ne change pas le monde, elle peut changer notre regard sur lui et nouer de nouvelles liaisons entre les vivants, notamment avec la poésie d’Aimé Césaire et les poésies africaine et portugaise. Animatrice des soirées Culture et humanisme, Marie Faivre est amoureuse de la douce harmonie du mot et de la tendresse des images.

Conversations paysagères (suite)

MEMOIRE ET RAMIFICATIONS (I)

C’était le début du printemps
Hier, ou peut-être l’année dernière
0ui, c’était un mardi.
Il est venu tout chambouler
A cause de lui, dans nos vies
Tout s’est arrêté.

*****

Depuis, je ne sais rien faire d’autre
Que marcher d’une pièce à l’autre
Dans  l’appartement clos.
Etrangement, dans ces lieux limités,
Les chambres sont devenues plus vastes,
De jour en jour, plus habitées
La mémoire plus envahissante

*****

Enfermée malgré moi, avec plusieurs vies parallèles
Train du soleil paralysé

Voyage intérieur
Territoire où la nuit est reine

****

Depuis ce mardi Noir,
Ma sortie préférée s’appelle « Le balcon »
Avec un brin de causette des balcons voisins.
Mes lectures préférées s’appellent « lire et relire »

Mon resto préféré s’appelle « la cuisine »
Table solo entre deux fenêtres
Entre deux anges silencieux
Je mange des pâtes confinées à l’italienne
Avec du vin d’Alsace rescapé à la frontière

****

Les bruits de l’univers
Entrent  à travers  les murs
Je penche de tout mon corps

Appuyé contre les pierres,
Vers cette mélodie venue de si loin
L’esprit hébété, dans un corps qui se souvient.
Non, il n’y a rien à comprendre

****

Samedi,  dimanche, semaine, je cafouille dans les jours
Pour éviter de me perdre dans ma tête
J’essaie d’observer la floraison des plantes
Retrouver le goût de l’enfance.

****

Consulter un agenda ne sert à rien
Tous les rendez-vous sont annulés
Quand je veux te voir,
Toi tu restes dans le noir
Les bistrots sont vides,
Les abris-bus désertés.

****

Mes voyages s’appellent « la mémoire »
Elle m’emporte chez Dali,
avec sa « Femme aux tiroirs »
Quand je ferme les yeux, elle ouvre ses portes

Un courant d’air et tout s’envole dans les airs
Tous les paysages  se mélangent  autour de moi,
Dans la joie, le paysage du bonheur
Vient respirer contre mon cœur.

****

Parfois, le tic-tac cosmique se rapproche
Les bruits de l’univers traversent  les murs,
Je les perçois, les capture
Dans le dernier tiroir, les enferme à double tour.

Etrangement, l’armoire devient géante
Son ventre  n’en finit pas de s’arrondir

L’enfant du rêve bientôt pourra naître.

Envoyez Envoyez