Auteur: Marie Faivre

Née en 1950, dans le Territoire de Belfort, Marie Faivre vit à Lyon, poétesse, membre de l’Académie Rhodanienne des Lettres, membre de plusieurs sociétés littéraires, avec la conviction que si la poésie ne change pas le monde, elle peut changer notre regard sur lui et nouer de nouvelles liaisons entre les vivants, notamment avec la poésie d’Aimé Césaire et les poésies africaine et portugaise. Animatrice des soirées Culture et humanisme, Marie Faivre est amoureuse de la douce harmonie du mot et de la tendresse des images.

Conversations paysagères – suite

« Les murs de ma prison 
Etaient devenus mes amis
»
Nelson MANDELA *
(après 27 années d’emprisonnemen)

LES MURS DE MA PRISON

Couvre-feu sur la ville
Chacun dans son logis clos
Coronavirus vrille les alvéoles de nos cellules
torpille le corps de nos habitudes
Virus d’un burn-out  mondial annoncé.

*****

Dans la rue désertée
le seul passant à peine visible
s’éloigne sur le trottoir entre les brumes
Brumes qui s’ajoutent à d’autres brumes,
on ne voit que paysages immobiles à l’infini. « Désert des Tarares »
Quelque part, il est là, le gardien des ombres
Contre le délire, Sentinelle de Buzzati.

*****

Sur la vitre, fenêtre fermée
Une  goutte de pluie
Devient  goutte de lumière

Les paysages du bonheur reviennent à la surface
Mémoire de l’eau, clapotis du rivage  à l’oreille
Des traces de pas sur le sable . Miroir
Sables chauds et Grains de soleil sur la peau

*****

Sur le bord de la fenêtre, un merle s’est posé
Couleurs de feu, sorti d’un paysage de Chagall
A nos yeux assoiffés
Soleil qui voyage d’une fenêtre à l’autre.

*****

Couvre-feu, logis clos
les murs ouvrent la porte à des amis invisibles
ceux que l’on ne perd jamais.
Des êtres lointains sont proches
Entourent nos épaules de leur tendresse

Le « Joueur d’échecs » dans sa prison
saisit le hasard, le « Je ne sais quoi et le presque rien »
l’évangile de son évasion.
Confidence pour confidence. Zweig et  Jankélévitch.
Deux visionnaires affrontent les champs vides.
Chacun plante un arbre nouveau, dont nous ne comprenons pas toutes les feuilles.

*****

Murs des prisons

Murs et murs
Silence et silence
Deux amis se racontent et s’épaulent
Dans l’épaisseur de l’Etre
Traces d’infimes parcelles d’univers

Etre, grain de sable, étoile de passage.

 *****

Logis clos
Seul à seul
Le temps suspendu du couvre-feu

Nous apprendra-t-il ce qui nous manque ?

l’Humilité, racine de l’humain
Un regard vers nos illusions

Nos liens fragiles
avec tant de mondes inconnus.

* NELSON MANDELA « Madiba »  ( 18 /07/1918  – 05/12/2013) Après 27 années d’emprisonnement, il est libéré en février 1990. S’inspirant alors de la pensée ubuntu dans laquelle il a été élevé, il soutient    la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frédéric de Klerk. En 1993, il reçoit avec ce dernier, le Prix Nobel  de la Paix pour avoir conjointement et pacifiquement mis fin au régime de l’apartheid, et jeté les bases d’une nouvelle Afrique du Sud démocratique.

 

« Pour faire effeuiller les feuilles des arbres sur les blessures,
On n’a pas besoin de temps, mais d’amour »
Sonia Elvireanu, Le Souffle du ciel


L’ILE AUX POEMES

Entre la terre et les étoiles,
Sa robe de mémoire
S’envole dans un battement d’ailes
A la recherche d’invisibles traces
Laissées par l’ange étrange
attaché

au cercle blanc
qui entoure l’île de ses poèmes

 *****

Terre contre ciel
Front contre front
Cheveux flottant ensemble avec les nuages

Le feu coule dans ses mains
Le silence entre ses doigts
Chant sacré
né de l’abîme entre deux mondes

*****

Avec l’immensité bleue du ciel
Portée toute entière dans ses bras
Elle respir chacune des nuances
Le chant  s’éveille en arc-en-ciel
Sa voix se partage en deux

Deux univers en concert
Elle chante le rêve d’un nuage qui s’éloigne
Elle chante la pluie à sa fenêtre
Contre la vitre son front s’appuie,
Son front et tout son être

dont la douleur muette ruisselle en prière.

 *****

Sa voix devient berceuse
Pour les silences
Pour les douleurs du monde

Pour celui qui va naître
Et celui qui va mourir.

*****

Avec les couleurs du soir
Champs de coquelicots en feux
sa robe de mémoire

par delà les horizons
tourbillonne dans l’espace

Seuls les yeux de l’âme peuvent la voir

Quand l’espace tourbillonne avec elle
le jour et la nuit s’envolent ensemble

l’hiver et le printemps
La parole et le silence

Dans l’île aux poèmes
un seul mot pourrait contenir tous les autres
celui qui cherche en nous un seul écho
un ciel d’amour

qui ne peut pas mourir.

 

CONCERT DES BALCONS SUR LES RAILS DU REVE

 

Le long des rues désertées, le ciel s’attriste
Le train des jours sur terre semble arrêté

*****

Lumignons aux fenêtres
D’un balcon à l’autre
On entend la clameur des applaudissements
Pour nos « Anges » gardiens au chevet des patients
Au combat en première ligne, ils montent au front
Ils sauvent des vies, ils risquent la leur

En concert, en silence ou en prière, personne ne les oublie

*****

Si le train des jours s’est arrêté
Le train des balcons
Continue à voyager

Par-delà les frontières, les océans
Le train des balcons
Voyage sur le rail du rêve

*****

Chaque soir
Ils sont innombrables à célébrer le rituel
Pour nos « Anges gardiens » au chevet de l’avenir des humains

Pour les enfants du monde

Partout autour de la terre
Une force terrible se réveille

 

Mars 2020

 

 

 

 

 

Envoyez Envoyez