Auteur: Bénédicte Holley

Psychologue, spécialiste de l’enfance, poétesse, auteure notamment de la monographie, Conte Indécent, édit. J.André Lyon, 2008, illustrations André Holley.

C’est le silence et autres poèmes

C’EST LE SILENCE…

C’est le silence
qui a suivi
le gémissement
de l’aubier qu’on entaille
après l’envoi des ramiers
dans le ciel suspendu
c’est le silence qui fit entendre
le cri des pierres
torturées par le gel…

sur les chemins glacés
l’homme que j’ai croisé
aveuglé par la muette
blancheur des espaces
enneigés
ne m’a pas reconnue…

le regard de celui
qui s’est retourné
à l’orée des grands déserts
de glace
était si triste
que je me suis offerte
pour recueillir
sa misère et sa peine…

je l’ai vu s’éloigner
allégé, vers la lumière
des étoiles
tandis que je restais
sur le bord du chemin
happée
par le silence sidéral
au milieu des ténèbres…

 

DANS LA NUIT

Les mains aveugles
se cherchent dans la nuit …
les corps frissonnent
se frôlent
et se dérobent
aux lueurs vacillantes
de la lune et des lampes…

Les visages inconstants
un instant entrevus
désertent les mémoires

s’évanouissent
les corps absents
dans l’inconnu des routes
éprises de néant…

Les mains aveugles
se taisent
dans le silence
des grandes chambres
les ténèbres
comme des taies épaisses
stagnent sur les plaies
ouvertes
des veuves…

Les yeux fatigués
des souvenirs
stériles
et nonchalants, clouent
leurs paupières écarlates
comme un couvercle
sur un cercueil…

******

RÊVES ET IMAGES

L’homme aux cheveux
de lichens et de flammes
vêtu de hardes alanguies
chevauchait la cabale,

Se frayant un passage
dans le cœur attendri
du jardin des délices…

Sa cravache dressée
brisa, aiguë
comme une lame

Le silence susurré
des hétaïres craintives
voilées et assoupies…

Sous les branche ombrageuses
des grands micocouliers
les belles vaporeuses
un instant apeurées

S’évanouirent,
lascives et ravies
aux portes interdites
d’un lointain gynécée

 

ÉPAVE

Du plus haut de la dune
dans le vent endurci
un homme vêtu de lune
attend, impassible
le lent cheminement
des eaux bleues sur la lande

Sur la plage blonde
ouverte aux autans
contraires et menaçants
couché sur un lit de varech
un corps abandonné
se livre lascif
aux désirs glauques des éléments

Sous les ombres auspices
de dieux ladres et inquiétants
les mèches sablonneuses
des cheveux exaltés
se mêlent aux algues brunes
et aux filaments
laiteux et impalpables
des méduses effarées
multiples et éclatées…

Les embruns incessants
et les pluies tracassières
lissent les seins de pierre
les ables obstinés
rongent acides
les rondeurs oubliées
des hanches brisées
et du ventre infesté…

Le corps alourdi
des anciennes tendresses
bercé par les plaintes psalmodiques et vibrantes
de la mer et du large
creuse sa tombe oblongue

Comme la barque sur l’Achéron
dans la froide épaisseur
des ables qui s’émeuvent …

L’air chargé de larmes
de la bruine océane
gave de mousse blanche
la bouche ouverte
comblant de lave épaisse
l’horreur cireuse
des yeux cernés
creusés par le milan …

Aux pieds fatigués
des falaises crayeuses
jaunies par les humeurs
pléthoriques de l’infante
un homme se penche
sur le corps mutilé
cassé par les ressacs.

Défait, assujetti / le vainqueur des étreintes
fulgurantes
s’épanche, livrant
aux caprices glacés de l’absente
ses rêves exacerbés
féconds et vagabonds,

Pleurant anéanti
sur le corps pétrifié
des cadavres exquis
ses amours virginales
mortes et ensevelies…

 

FATIGUE DU SOUVENIR

De chacun de mes souvenirs
jaillit l’oubli
comme me viennent
fatigue et soucis…

Je voudrais te tenir
loin de mon amnésie
dans la chaleur de ma mémoire…
Le temps indifférent
pose un linge blanc
sur ton essence…

Ton visage se fige,
tes traits s’estompent
ta voix ne me vient plus
qu’en un écho
lointain et distordu…

Tu n’es plus que fragments épars
de ton image broyée
dans le noir
de mes pensées

Tu n’es plus ce soir/ toi qui sus être là
dans l’absence,
que l’ombre fugitive
de ton souvenir
ténu et confondu

 

L’ABSENCE DU MOT

Le mot oublié
que je cherchais
depuis longtemps
celui qui me brûlait la langue et qui venait mourir
tout au bout de ma plume

Le mot caché, mystérieux
qui obsédait mes jours
et hantait ma mémoire
m’est apparu lumineux et fragile
lorsqu’il fut murmuré…

Sans me lasser
je l’ai répété
ressassé, chanté
et conjugué
à tous les temps
par tous les temps
qu’il pleuve, qu’il vente…
désireuse de ne plus l’oublier…

La neige nonchalante
n’a pu étouffer sa candeur
sous sa blancheur trompeuse
et les vents acides
des hivers caverneux
n’ont su dissoudre
ses résonances
dans l’anthracite
de leurs tourments…

Seule la mort tapageuse
a su le réduire
au silence glacé
de la tombe ventée
et neigeuse
où ce soir tu t’endors…

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