Auteur: Dimitri Dimitrievich

Dimitri Dimitrievich, né derrière le rideau de fer du puritanisme, français de hasard, amoureux de la liberté et des femmes, écrit des oeuvres d'imagination pure.

Poursuite

 J descend du métro et se met en marche derrière une jeune femme qui vient de quitter le wagon précédant le sien. J n’est pas détective ; sa filature n’a rien de professionnel. Il n’a d’ailleurs aucune espèce de lien avec la demoiselle (la dame ?) qu’il file au train avec une sorte de détermination aveugle, L n’étant ni sa sœur, ni sa petite amie, ni la femme de son patron. Ils sortent du métro, l’un derrière l’autre, émergent au grand jour d’un quartier animé et bruyant du centre-ville. La jeune femme (ou fille ?) s’élance en avant. L est mue, elle aussi, par une sorte de détermination ; elle sait où elle va. Tandis que J, derrière, se laisse conduire, sans chercher à savoir où elle le mènera, avec pour unique but cette silhouette dont il ne peut détacher le regard.

J ? Blouson de cuir, jeans et santiags, une sacoche en bandoulière, le tout respirant une certaine prospérité. Âge approximatif : vingt-cinq – trente. Grand de taille, large d’épaules, du muscle sans gras, un catogan, des yeux verts, bref un physique qui n’effarouche pas les dames. L ? Nous ne l’avons vue que de dos mais J, sur le quai du métro, avant qu’ils n’embarquent tous les deux dans des voitures différentes, en a eu un aperçu qui l’a convaincu d’engager cette poursuite. Dans la vingtaine ou une petite trentaine,  elle possède tout ce qui, selon lui, rend une femme désirable. Adorable minois, lèvres sensuelles, longs cheveux dénoués tombant en cascade sur un blouson de fourrure suffisamment court pour laisser voir un peu de peau au-dessus d’un pantalon en cuir noir, taille basse, très ajusté pour ne rien cacher de la finesse et du galbe des jambes, enfin des bottes dont le prix, à l’évidence, est au diapason du reste.

Ainsi J marche-t-il dans ce quartier à la mode d’une grande ville cosmopolite. Comme chaque fois, lorsqu’il débute une chasse, les souvenirs affluent. Il ne se rappelle pas toutes les proies qu’il a poursuivies, parmi lesquelles, d’ailleurs, certaines ont eu l’habileté de lui échapper, lui laissant simplement le regret d’une occasion manquée. En tout état de cause, brunes, blondes ou rousses, elles étaient toutes bâties sur le même modèle callipyge que celle qu’il est en train de (pour)suivre : gueule d’amour, poitrine généreuse, taille étroite, postérieur rebondi, jambes gazelléiformes et, naturellement, les fringues qui vont avec. Des filles sur lesquelles on se retourne. J. se sait pourvu des avantages qui plaisent à ces dames. Alors pourquoi se priverait-il des plus belles poulettes ? Ne serait-ce pas gâcher ses dons ?

Parmi toutes les superbes créatures qui ont peuplé son petit univers, J se remémore avec un plaisir particulier la première, bien que les choses en soient restées avec celle-là aux préliminaires. Il s’en souvient comme si c’était hier. Lui, seize ans, dans un bar miteux de Palavas-les-Flots où il faisait semblant de s’amuser avec quelques copains qui trainaient comme lui de fastidieuses vacances. Et soudain l’illumination, cette fille à l’allure de top model, sortie d’on ne sait où, une sirène dans le marigot de Palavas, qui a traversé la salle du bar puis la terrasse, sans jeter le moindre coup d’œil à qui que ce soit et qui disparaîtrait pour toujours si J ne faisait pas tout de suite quelque chose. Choix apparemment anodin, qui, néanmoins, déterminera le reste de sa vie : laisser courir ou courir après ? Jeune et fougueux, moins boutonneux que la plupart des autres gars de la bande de désœuvrés, il se lance, il s’élance, il accoste, il aborde, il sourit de toutes ses dents bien alignées grâce au traitement d’orthodontie généreusement offert par la sécu et ses parents réunis, il balbutie quelque compliment maladroitement tourné mais empreint d’une totale sincérité. Il n’est pas repoussé, on lui répond par un sourire, un merveilleux sourire de madone. Cette femme jeune encore mais plus mûre que lui le regarde avec bienveillance, elle accepte de l’écouter, il est mignon, son audace l’amuse, enfin il lui plaît. Quand elle s’est mise à rire en le fixant dans les yeux, du bleu dans le vert, J a compris que c’était gagné ; certitude qui ne l’a plus quitté, qui lui a permis de conquérir tant de femmes désirables entre toutes. C’est elle qui le pousse aujourd’hui encore à la poursuite d’une nouvelle proie. Que cette première conquête ne l’ait pas conduit bien loin est sans importance. Juste un baiser dans l’entrée d’un immeuble providentiellement déserte dans laquelle elle l’a poussé mais quel baiser, son premier et avec une femme pareille ! Leurs langues s’emmêlaient, leurs lèvres soudées l’une à l’autre. Ignorant ce qui était permis, J a laissé parler son instinct, il l’a bousculée un peu, ses mains ont dégrafé le corsage, se sont emparé des seins, d’abord à travers le soutien-gorge, puis, l’ayant soulevé, carrément sur la peau, la peau si douce des deux merveilleux globes. Pour la première fois J était heureux. Et quand la sirène a refusé de le laisser soulever sa jupe minuscule et fouiller dans son trésor, quand elle lui a annoncé dans un dernier baiser passionné qu’elle devait le quitter et qu’ils ne se reverraient pas parce que son mari était très jaloux, il n’a rien objecté. Il l’a laissée s’en aller ; il n’est pas retourné au bar où croupissaient des camarades qui, désormais, n’étaient plus dignes de lui. Il s’est mis à marcher le long du canal vers la mer ; il a suivi la plage, perdu dans un rêve de gloire, le visage rayonnant, jusqu’à ce que tombe la nuit.

L’innocence est le paradis de l’enfance. A seize ans J était à un âge où la première se perd facilement. De fait, il apprit très vite que lorsqu’une femme, ou une fille, s’offre comme le fit la sirène avec lui, elle est déjà prête à aller jusqu’au bout, qu’elle est, en tout cas, plus qu’à demi consentante, et qu’il est toujours possible de l’avoir, quitte à la forcer un peu. A condition, évidemment, de l’avoir conduite au préalable dans un lieu suffisamment isolé pour que ses protestations, le cas échéant, ne soient entendues par personne.

Au fil du temps, J a développé sa technique. Il se trompe de moins en moins souvent. Il est capable, à quelques détails indéfinissables, de repérer presque à coup sûr celles qui se laisseront embarquer sans faire d’histoire. Surtout, il a découvert le plaisir de la poursuite. Pour la faire durer plus longtemps, il retarde volontairement le moment de l’accostage. Il a perdu ainsi plusieurs occasions (la fille qui monte dans un taxi ou qui rejoint un ami, etc.) mais cela ne l’empêche pas d’étirer de plus en plus le temps pendant lequel il vagabonde derrière sa proie, tel le farouche montagnard pourchassant l’ours.

Une poursuite en deux temps, tous les deux chargés d’adrénaline. D’abord rester à couvert afin de voir sans être vu, admirer à loisir la silhouette qui devant se dandine. Puis se montrer pour faire savoir à la proie qu’on est là, derrière elle, qu’on la veut, la contraindre ainsi à prendre un parti : s’enfuir ou feindre l’indifférence. Si elle préfère jouer les filles de l’air, J la laissera faire : agir autrement ne le mènerait à rien et il lui restera le plaisir de l’avoir suivie. Si par contre elle le laisse approcher, il reste à son niveau jusqu’à ce qu’elle se tourne vers lui et lui jette un regard inquisiteur. C’est à ce moment-là seulement, parfois, qu’il découvre son visage. Si ce dernier s’avère décevant – c’est rarement le cas : pourquoi un laideron se donnerait-il autant de mal pour s’attifer ? – il passe son chemin. Si par contre la demoiselle ou dame s’avère bien sous tous rapports, il lui adresse son sourire charmeur et engage immédiatement la conversation. Quand on sait y faire, comme J, le reste n’est en principe que de la routine. Il sait qu’il ne conclura peut-être pas le premier jour, qu’il lui faudra se montrer plus ou moins persuasif mais, sauf extraordinaire, le résultat est assuré.

J a suivi L dans plusieurs magasins de prêt à porter de luxe de la rive gauche, un quartier qu’il aime bien et dont il fréquente lui aussi les enseignes. Elle n’a pas acheté partout mais elle est encombrée de quatre sacs dont la sophistication atteste à elle seule que les articles qu’ils contiennent ont la faveur des amoureux de la mode. J estime qu’il est temps maintenant de passer en phase deux. Il se rapproche de L et la suit à quelques pas de distance. Plutôt que de se retourner vers lui, L jette un coup d’œil rapide dans une vitrine qui renvoie leur image à tous les deux. Elle l’a donc vu, mais n’a pas réagi. J sait qu’il peut foncer. S’étant porté à sa hauteur, il commence par vanter son élégance et sa beauté, puis propose de l’aider à porter ses paquets. « Pourquoi vous accorderais-je une telle faveur, donnez-moi au moins une raison ? », minaude-t-elle ? « J’en ai au moins deux, répond-il, vous être utile tout en vous offrant la chance de m’avoir pour compagnon ». « Une seule raison suffira, répond-elle, montrez-vous utile ». Et de lui coller d’autorité les quatre paquets dans les mains.

J n’est pas vraiment décontenancé. Ce n’est pas la première fois qu’il a affaire à une fille pourvue d’une forte personnalité. Ce sera sans doute un peu plus sportif que d’habitude, ce qui ne le dérange aucunement. En attendant, ils sont tous les deux au plaisir de la rencontre avec une personne du sexe opposé pourvue d’indéniables attraits. Maintenant qu’il peut la dévisager à loisir, J se rend compte qu’elle est vraiment superbe (comme un ostensoir, dirait le poète), encore plus jolie que ce qu’il aurait cru après l’avoir aperçue rapidement dans le métro ou à la sortie d’un magasin. L aussi trouve J tout à fait à son goût. Jeune et beau, élégant et viril, pas trop idiot, semble-t-il : qui dit mieux ? Aussi sont-ils déjà comme deux complices ; ils sont en tout cas, sans avoir besoin de se le dire, sur la même longueur d’ondes en ce qui concerne la satisfaction de leurs éros respectifs. Chacun voit dans l’autre le partenaire idéal, même s’ils diffèrent totalement sur les moyens. L serait prête à inviter J à monter dans une chambre du premier hôtel en vue mais elle préfère respecter les convenances et attendre qu’il s’y décide lui-même. Comme elle n’est pas avare des messages subliminaux et qu’il les reçoit cinq sur cinq, il ne se passe pas beaucoup de temps avant qu’ils se retrouvent dans une chambre d’un hôtel du quartier. Comme toujours dans ces cas-là, J a payé cash et montré une fausse carte d’identité, une carte polonaise en l’occurrence, sur laquelle L a jeté un coup d’œil inquisiteur, sans faire de commentaire. Dans l’ascenseur qui les montait au quatrième étage, elle lui a susurré, tout en échangeant avec lui un baiser quelque peu mutin, qu’elle paierait la chambre la fois suivante s’il se montrait « suffisant ». Histoire de l’encourager à bien faire, a-t-elle ajouté.

Dès qu’ils sont rentrés dans la chambre, alors que J a déjà collé une main sur le postérieur proéminent de L, celle-ci se dégage prestement et lui demande de se déshabiller en premier. Elle veut, dit-elle, voir exactement à quoi il ressemble avant de décider s’il vaut vraiment le coup. Malgré sa grande expérience des femmes, J est pris au dépourvu ; il n’a pas l’habitude d’être mené comme un petit chien. Il décide néanmoins de poursuivre l’expérience. Que risque-t-il, après tout ? Il se déshabille gentiment, balançant ses vêtements à la manière d’une stripteaseuse. Quand il est nu comme un ver, L lui jette un regard appréciateur et lui annonce qu’elle va se déshabiller à son tour pour lui. Ce qu’elle fait, en prenant tout son temps. D’abord le blouson, les bottes et le pantalon qui exigent quelques contorsions, les mi-bas. Quand elle ne porte plus qu’un string et un chemisier déjà largement déboutonné, elle s’incline légèrement, offrant ainsi à J une vue plongeante sur une poitrine pigeonnante à souhait, posée sur un soutien gorge qui dégage les pointes des seins. Ils sont tous les deux à peu près de la même taille, L peut-être un peu plus grande que J.

J apprécie le jeu de L mais il aimerait avoir une part plus active. Bandant déjà en pensant à tout le plaisir qu’il va prendre à s’occuper de cette belle poulette, il fait un mouvement vers elle. C’est pour s’entendre dire plutôt rudement qu’il ne doit pas bouger, que le moment n’est pas encore venu. Comme il a l’air de vouloir protester, elle sort de son sac un petit revolver à la crosse nacrée et le brandit vers lui. « On joue à mes règles, dit-elle. Tiens-toi tranquille et tout ira bien. Sinon, je me ferai une joie de mettre une fin définitive à tes tourments. OK ? » J ne répond même pas. Il ne connaît que trop bien ce jeu-là ; il ne fait que commencer. En attendant, vu les circonstances, sa queue s’est ramollie, ce qui ne manque pas d’entraîner une réaction désapprobatrice de la pistoléro (ou ra). « Ça y est, dit-elle sur un ton volontairement vulgaire, va encore falloir que j’m’y mette. Tu vas écarter les jambes et rester bien tranquille. Tu vois ce pistolet ? Je vais te l’enfoncer dans le cul. Allez, écarte. Là, comme ça. Maintenant, je passe devant toi, je me mets à genoux et je te suce. Si tu essayes quoi que ce soit, je tire. Tu imagines le grabuge ? Allez réponds ! Tu as compris ? Bien. A moi la gentille queue. Voyons si elle peut reprendre une dimension convenable ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Tenant toujours fermement d’une main le pistolet dont le canon est rentré dans l’anus de J, elle agrippe avec son autre main une cuisse de ce dernier et entame, comme annoncé, une fellation. Comme elle sait vraiment y faire, elle parvient rapidement à ses fins. J, derechef, exhibe une magnifique érection.

« A toi maintenant ! » Elle s’écarte de J, lui fait signe de s’agenouiller, lui met le pistolet sur la tête, écarte les cuisses, pousse son string  et lui intime l’ordre de la sucer à son tour. J n’est pas vraiment un adepte du cunnilingus ; il n’a pas l’habitude de servir les femmes, plutôt de les forcer à le servir. Néanmoins, il fait contre mauvaise fortune bon cœur, constatant au passage que l’on peut prendre plaisir à effectuer un acte qu’il a toujours jugé humiliant, y compris sous la contrainte. Le sado serait-il maso s’interroge-t-il ? Le doute ne l’effleure qu’un instant. Il n’est pas là pour servir de jouet à cette nana. Il importe de remettre les pendules à l’heure. Reste à savoir comment…

Comment la désarmer sans qu’elle ait la possibilité de tirer ? Car il ne doute pas qu’elle en soit capable. Elle est certainement assez maligne pour s’éclipser avant que l’alerte ne soit donnée ; elle n’est d’ailleurs qu’à moitié déshabillée. Heureusement pour J, on n’en est pas là pour l’instant. L jouit, très fort, avec des cris qu’elle ne cherche pas à étouffer, tout en caressant avec le canon du pistolet le sommet du crane de l’homme qui  est en train de la servir. Quand elle s’estime satisfaite, elle s’écarte, le pistolet toujours braqué sur J, et se paye le luxe de le remercier ; il n’est pas si maladroit que ça, après tout. Peut-être fera-t-elle appel à nouveau à ses services. Encore que, à la réflexion, elle ne voit pas très bien comment il pourrait y avoir une autre fois.

J se le tient pour dit. Chasseur devenu proie bien malgré lui, il doit retrouver le rôle qui lui revient de droit. Le couteau à cran d’arrêt qui lui sert d’ordinaire à dessiner de jolies décorations sur la peau de ses nouvelles amies est resté dans son blouson. Encore heureux qu’elle ne lui ait pas fait les poches !  Mais comment s’approcher du blouson ? Ne peut-il pas tout simplement étrangler cette pute, avant de la violer post mortem, comme il en a l’habitude ? L’essentiel est de lui enlever son foutu pistolet. Et en vitesse, car si J se fie à nouveau à sa propre expérience, elle ne tardera pas à l’attacher, et là tout deviendra bien plus compliqué.

Et s’il appelait au  secours ? Impossible, il sait d’avance qu’elle l’empêchera de crier, sans craindre d’employer les grands moyens. Alors que faire ? Elle est sacrément jolie, tout de même, la salope, se dit-il, en la contemplant, tandis qu’elle se remet des orgasmes à répétition qu’il a lui-même, docilement, provoqué. Avec sa crinière de cheveux aux reflets dorés, son string toujours en bataille, le chemisier désormais complètement déboutonné, elle est on ne peut plus tentante. Et s’il essayait plutôt la carte de la séduction ?  Après tout pourquoi pas, se dit-il ? Pour la première fois depuis qu’ils ont pénétré dans cette chambre maudite, il s’adresse à elle. « Tu es une très belle garce, lui dit-il, une amazone comme on n’en fait plus et comme je les aime. Tu n’as vraiment pas  besoin de sortir ton arsenal pour te faire aimer, tu sais. Regarde, je suis tout nu, sous la menace de ton flingue, complètement à ta merci et cela ne m’empêche pas de bander pour toi. Si tu arrêtais ton cirque une minute, je pourrais te montrer ce qu’un étalon fougueux peut faire avec une jolie écuyère. Nous sommes faits pour nous entendre, toi et moi ; davantage que ce que tu peux croire. Alors laisse-toi un peu aller, pose ce flingue et donnons-nous vraiment du plaisir. Comment tu t’appelles, d’abord ? Il me semble qu’il serait temps de nous présenter, non ? Moi c’est Julien. Et toi ? ». « Tu crois vraiment, répond-elle, que c’est une information intéressante pour toi ? Oui ? Si c’est comme ça, disons que je suis Lou. Tu aimes ? » « Lou : la louve ?  Parfait pour moi. J’adore les gentilles petites carnassières. Pardon, tu n’es ni petite ni gentille mais cela tombe à pic, figure-toi, car je n’aime que les grandes méchantes louves comme toi ».

L écoute ce discours avec un sourire mais sans l’expression de mépris qui l’accompagne habituellement quand elle « s’amuse » avec un homme. Celui-là n’est pas comme les autres qui s’effondrent en pleurant et implorent sa pitié dès qu’elle sort son arme. Non qu’elle ait quoi que ce soit contre ces pleurs ; au contraire elle aime bien sentir leurs larmes couler sur ses cuisses pendant qu’ils la sucent. Ce Julien ne pleure pas et il tient une érection plus qu’honorable. Une queue vraiment bandante, ma foi. L s’interroge : doit-elle continuer à lui faire peur jusqu’à ce qu’il demande grâce comme les autres, ou faut-il permettre qu’il lui fasse l’amour comme il le propose ? Il y a bien longtemps qu’elle ne s’est pas fait baiser par un homme et elle n’en garde pas un bon souvenir, mais, avec celui-là, cela vaut peut-être un nouvel essai. Qui sait ?

J a cessé de parler et la regarde droit dans les yeux, en essayant de faire passer dans son regard tout ce qu’il peut contenir de séduction. Très progressivement, pour qu’elle ne se rende pas compte de sa manœuvre, il rentre le ventre, bombe le thorax afin de faire saillir ses pectoraux, plie légèrement les bras et fléchit un peu les jambes pour grossir ses biceps et ses ischios ; il est vital pour lui d’apparaître aux yeux de L comme un objet sexuel désirable et pas comme une faible victime qu’on peut manipuler à sa guise.

Sans en avoir totalement conscience, L est fascinée par ce type qui pourrait facilement faire la couverture d’un magazine gay. Elle est hypnotisée par les yeux verts, le regard perçant, elle a envie de toucher cette peau luisante, de caresser ces muscles, plonger ses doigts dans les cheveux pour l’heure impeccablement tenus dans le catogan. Elle lui commande de le dénouer. Comme ça le change ! On le croirait maintenant sorti du Moyen Âge ou d’un temps plus ancien, un gladiateur de l’Antiquité par exemple. Cela doit être bon, en effet, se dit-elle, de se faire baiser par un type pareil. Sa décision est prise. Elle n’a jamais de préservatif dans son sac ; elle n’en a pas besoin, vu la manière dont elle use des hommes, d’habitude. Mais un dragueur comme lui a certainement ce qu’il faut. Ce qu’il confirme immédiatement.  

Elle lui explique la manœuvre : il se retourne, elle met le pistolet sur sa nuque, ils marchent tous les deux jusqu’au blouson, il enfile le préservatif, ils se dirigent ensuite vers le lit sur lequel elle s’allonge sans cesser de le tenir en vue, il se couche à son tour sur elle, les bras en extension afin qu’elle puisse enfoncer le canon du pistolet dans son ventre, et il la baise. S’il réussit à la faire jouir correctement, il partira sain et sauf. Sinon… il verra bien.

Le début du plan s’exécute comme prévu, à ceci près que, arrivé à son blouson, au lieu du préservatif, J sort son couteau dont il libère la lame d’un clic tout en se retournant pour l’enfoncer dans le cœur de L. Il baisse la tête mais pas assez promptement. Dans un dernier réflexe, L appuie sur la gâchette. La balle transperce un œil de J et traverse son crâne avant de s’enfoncer dans le plancher.

Alerté par le coup de feu, le personnel de l’hôtel découvrira deux agonisants dans la chambre 407.

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