Auteur: Károly Pallai

Károly Sándor Pallai est chercheur doctorant à l’Université de Budapest – ELTE. Il consacre ses recherches aux littératures francophones contemporaines de la Caraïbe, de l’océan Indien et du Pacifique. Il est membre de plusieurs sociétés savantes (AIEFCOI: Maurice, ISISA: Hawaii, SICRI: Australie, AILC: Paris). Il est le concepteur, le fondateur et l’éditeur en chef de la revue électronique Vents Alizés, conçue pour assurer une diffusion d’accès libre étendue aux auteurs de l’océan Indien, de la Caraïbe, du Pacifique et d’ailleurs. Il est également le créateur, le fondateur et le directeur de la maison d’édition Edisyon Losean Endyen. Il est membre du comité de lecture de la revue littéraire seychelloise Sipay. Il écrit et publie des poèmes en français, en anglais, en créole seychellois, en hongrois et en espagnol. Son recueil, Soleils invincibles a paru en 2012, sa pièce de théâtre, Mangeurs d’anémones en 2013 (Éditions Arthée). En reconnaissance de son travail théorique, poétique et éditorial, il est choisi et primé dans le concours national « 50 jeunes talents hongrois » du magazine La femme. SITE: http://pallaikaroly.com

Complexités langagières et identités polyphoniques dans Aamu iti māamāa

Résumé : 

L’article cherche à analyser les complexités épistémiques, culturelles de l’aire polynésienne, les paradigmes identitaires liés aux univers langagiers, à la cohabitation, l’inter-fécondation et l’inter-pénétration du français et du tahitien. Cet espace complexe représente une conscience de décentralisation, un réseau de transgressions et de transpositions mentales et physiques, un imaginaire de l’insularité et de l’archipélité.

Dans le roman de Philippe Temauiarii Neuffer, le français est peint et travaillé comme une langue polyphonique reflétant l’imaginaire créatif de la langue tahitienne, la présence de genres musicaux traditionnels (hīmene nota, tārava, hīmene rū’au) et la sonorité de diverses styles, techniques et interprétations des chants (hā’u, perepere). Le mélange des langues influe sur la connaissance de soi, sur l’ipséité et les processus narratifs ainsi que sur la conscience collective.

L’objectif analytique de l’étude consiste à découvrir les structures et les représentations de l’identité personnelle et collective dans l’œuvre de Philippe Neuffer, de les retracer jusqu’au fond des manifestations langagières pour étudier les composantes psycho-philosophiques de la subjectivité et de la collectivité dans la littérature polynésienne contemporaine.

 

 

1. Pluralités géographiques, historiques

La Polynésie française, collectivité d’outre-mer de la République française située dans le Pacifique Sud[1], se compose de cinq archipels, de 118 îles[2]. Les îles parsemées qui forment l’ensemble « pluriarchipélagique »[3] de la Polynésie française sont des atolls ou des îles d’origine volcanique (îles hautes).

Les premières vagues migratoires (austronésiens d’Asie du Sud-Est, des Tonga et Samoa) ont atteint les Marquises au plus tôt au IIe siècle avant Jésus Christ[4]. À l’époque préchrétienne, l’île de Raiatea était déjà un lieu de « rencontres politiques et religieuses internationales »[5]. Magellan passe aux Tuamotu en 1521[6], suivi de Mendaña pour les Marquises en 1595[7] ; Wallis arrive à Tahiti, dans la baie de Matavai en 1767[8], Bougainville y fait escale en 1768. Il est suivi de Cook en 1769 et du capitaine Blight, des mutins du Bounty (1788)[9].

À l’époque de l’arrivée des Européens, l’organisation en clans caractérisait l’architecture de la société polynésienne. À la fin du XVIIIe siècle, un « double mouvement de centralisation se fait jour »[10] : centralisation religieuse et politique. En 1797, l’arrivée des missionnaires protestants de la Société des missions de Londres (London Missionary Society)[11] marque un tournant décisif dans l’histoire polynésienne[12]. L’ascension des Pomaré « va de pair avec l’expansion du christianisme »[13] : l’alliance royale avec les missionnaires signifiait le début d’un réaménagement politique et religieux[14] ; la déstructuration de l’ordre ancien et le soutien des pasteurs protestants[15] qui institutionnalisent l’assise politique de Tunuieaiteatua et écartent les autres grands chefs traditionnels a permis à Pomare II de devenir le chef absolu de Tahiti et de Moorea en 1815 après la bataille de Fei Pi[16]. À la transformation du système féodal des chefferies s’ajoutait « l’ébranlement irrémédiable de l’édifice religieux traditionnel »[17]. L’État tahitien a connu une histoire assez brève (1815-1880). Cette époque est caractérisée par des vagues de conversion, des conflits entre protestants et chrétiens, Français et Britanniques[18]. Les transformations profondes étaient également marquées par la rédaction du premier code de lois (1819), la « création d’une monarchie constitutionnelle » et le couronnement de Pomare III (1824)[19]. Cette année marque également la réunion de l’assemblée législative : les missionnaires exercent un contrôle sur « la séparation des pouvoirs et sur les débats »[20]. La limitation des pouvoirs du monarque se manifeste dans l’instauration du protectorat français à Tahiti (1842) qui « partageait les compétences entre les deux états »[21] et marque la fin de la période précoloniale.  Entre 1844 et 1847, pendant la guerre franco-tahitienne, la reine Pomare IV s’exile aux îles Sous-le-Vent[22]. Le 29 juin 1880 est la date de l’annexion française de Tahiti[23]. Suite à l’annexion, naissent les Établissements Français d’Océanie (EFO)[24].

2. Mosaïques insulaires

Les singularités insulaires, la multiplicité irréductible du Pacifique font partie de la réalité océanienne aussi bien que les turbulences récentes[25], « les fermentations internes et externes débouchant parfois sur des crises et des violences »[26] (Tuvalu[27], Papouasie Nouvelle-Guinée[28], Fidji[29], îles Salomon[30], Palaos[31], Vanuatu[32], Kiribati, Niue, Tokelau[33]).

L’archipel, à part sa dimension géographique, doit être envisagé comme construction, entité idéelle (qui doit être) redéfinie, élargie et réinscrite dans notre praxis épistémique en tant que « tissu de connectivité, de mobilité et de pluralité »[34], construite et complexifiée par des processus culturels. Il s’agit donc d’une modalité méta-critique qui cherche à déstabiliser la fixité des représentations modéliques de l’identité, de l’insularité, à les étudier dans un pluralisme interprétatif enrichissant et complémentaire sans préséance normative[35], tout en essayant de neutraliser les effets réducteurs des dispositifs notionnels dichotomiques et d’éviter des analyses nourries d’une visée éidétique[36]. Toute herméneutique basée sur des systèmes de pensée définitifs, toute explicitation ayant à l’origine une analytique close forment un obstacle, une interprétation rédhibitoire qui empêchent l’appréhension des complexités du monde océanien au préalable.

La langue, en tant que composante identitaire, est le lieu de la différenciation, l’affirmation de soi[37], c’est aussi un moyen de la transmission du savoir collectif, de la « conservation des racines et des fondements de l’identité collective »[38]. On peut distinguer cinq langues polynésiennes parlées en Polynésie française. Le reo tahiti, le tahitien est une langue « largement majoritaire et joue le rôle de langue véhiculaire »[39]. Le reo mangareva (la langue mangarévienne) est la langue des Gambier, le reo nu’uhiva est parlé aux Marquises, reo tuha’a pae  a cinq variétés linguistiques aux îles Australes, le reo pa’umotu est la langue des Tuamotu comprenant sept groupes linguistiques[40].

 

3. Aamu iti māamāa

Le multilinguisme, la co-présence des langues peuvent être constatés déjà au niveau du titre[41] de l’œuvre de Philippe Neuffer, Aamu iti māamāa[42], Les gens 2 la folie. Cette pluralité montre bien l’univers polyphonique qui « dépasse les identités singulières pour accéder au multiple »[43] et place le code souvent subverti de la langue française dans une situation de dépaysement, d’extra-territorialité[44] et de déhégémonisation (relatifs).

Des vocables tahitiens sont intégrés dans le texte français sans explication, sans glossaire en bas de page ou en annexe ; le rythme et la lisibilité du français sont déstabilisés, sa domination est questionnée, sa normalité est déstructurée.

« Les tō’ère, pahu et faatete se sont tus, les chants et les lumières se sont éteints dans la nuit. »[45]

« Là, des taros plantés en terrasse poussaient au soleil, des tuteurs retenaient les lianes de ufi, des taruā et des plants de manioc déployaient leurs feuilles luisantes sous le regard protecteur de quelques hōrā centenaires. »[46]

L’œuvre se caractérise par l’omniprésence de la musique ; la narrativité de l’identité, l’harmonie de l’espace musical plurilingue poético-identitaire et psycho-philosophique est assurée par une remémoration musicale, par la convocation et présentification de la densité évocative, mémorielle-sentimentale de la musique, par l’échange et la stimulation mutuelle entre l’écrit et le musical[47].

Les morceaux musicaux fonctionnent comme des « référents culturels qui relèvent de processus identitaires différents »[48] : à l’arrière-plan de cette affirmation identitaire se trouve l’occidentalisation musicale, l’appropriation des éléments culturels étrangers ainsi qu’une imprégnation profonde de la culture polynésienne ; c’est une appartenance culturelle et linguistique plurielle. Il ne s’agit pas d’une altérité radicale, mais d’une diversité et multiplicité plus ou moins apprivoisées et incorporées. L’auteur mentionne plusieurs genres polynésiens. Le hīmene[49] est un genre musical polyphonique qui a subit l’influence des missionnaires mais qui a, néanmoins, gardé sa valeur traditionnelle également : le hīmene est une synthèse de cultures[50]. Hīmene nota est un chant de style européen ayant une partition musicale[51]. Le hīmene tarava est chanté a capella par une chorale et relève de la culture traditionnelle orale[52]. Le hīmene rū’au est caractérisé par un rythme lent « aux architectures polyphoniques importées par les missionnaires »[53]. L’auteur cite quelques lignes du hīmene « I haere mai nei oe e letu » et le caractérise comme « l’expression de culpabilité inculquée par les missionnaires »[54]. Dix pages plus tard, nous trouvons une citation du texte du requiem allemand de Brahms qui nous ramène dans l’univers biblique.

Fusionné avec ces formes traditionnelles, le narrateur mentionne d’autres styles également qui ont influé sur sa jeunesse et sa vision du monde ; on peut ainsi retracer l’histoire musicale (reggae, disco, heavy metal). Parmi les pièces musicales qui ont marqué la « période douloureuse de mélancolie pubère »[55], on retrouve Mozart[56] et Brahms aussi bien que des chanteurs pop-rock[57] du XXe siècle et des musiciens polynésiens[58] également. Il s’agit non seulement d’un voyage diachronique translinguistique[59], mais d’un parcours interinsulaire, intra-archipélique aussi.

 

4. Un terrain d’expérimentation

Dans Aamu iti māamāa, Philippe Neuffer nous offre un laboratoire, un terrain d’expérimentation de l’entrelacement, de l’interpénétration du réel, du vécu avec le mythique et le mystique pour porter un regard neuf sur l’identité et la société polynésiennes, pour déstabiliser les « schémas comportementaux largement répandus »[60]. Dans les nouvelles analysées, on peut trouver un vaste échantillon de comportements inhabituels : le clochard sans nom[61], ce « fantôme de la rue »[62] vit en « retrait des convenances et des contingences matérielles »[63]. Il est une ombre errante qui passe son temps à regarder les gens passer, à mendier, à sillonner la ville et à faire le tour du parc Bougainville[64], du bassin de la Reine[65], de la plage de Taunoa[66], du marché de Papeete, la plage Sigogne[67]. La mise en scène des phobies, l’expression des pathologies du comportement relèvent de la volonté déconstructrice des rituels sociaux codifiés, d’une mise à jour de l’étude méticuleuse des obsessions, des dépassements et transgressions normatifs, de l’identification de l’ailleurs nécessaire du point de vue critique dans le monde intérieur, dans la déréalisation[68] du monde intérieur.

L’évangélisation, les idéologies d’origine occidentale ne pouvaient s’implanter en Polynésie qu’en tenant compte de la « configuration socioculturelle », donc par une réinterprétation et réactualisation géographique, linguistique, identitaire, culturelle et religieuse.

L’analyse de l’image du « Rastafari » donne lieu à des réflexions concernant le syncrétisme religieux polynésien, le mouvement mystique mamaia.

La nouvelle intitulée « Heiva » est le tissu textuel de la déconstruction et de la réintégration de soi. Le cadre temporel et culturel est la fête annuelle du Heiva[69], la préparation pour les courses de pirogues. La première personne domine le récit ; ce solipsisme, cette affirmation subjective cache l’angoisse de l’absence de l’autre qui conditionne la position du sujet, « l’assomption tranquille des différents moi éclatés »[70], l’installation de soi-même vis-à-vis du non-sujet de l’autre. Le texte se caractérise également par une duplicité, une distanciation et « une désaffectivation »[71] : le narrateur est à la fois extérieur à l’histoire relatée et intimement impliqué. La « résurgence de la part psychotisante du soi »[72] est moins dominante dans cette nouvelle que dans les autres textes du livre, une dépersonnalisation, une neutralisation conscientielle accompagnent le développement du récit. La présence d’autrui et de l’amour fonctionnent comme un axe de détachement de la perspective d’auto-gravitation. L’enjeu psychique est en fait l’affrontement du le sentiment de deuil et de l’effroi de la perte de l’être aimé. L’intensité privative de l’angoisse existentielle est transformée par la résurgence régulière de la musique : la description de la vie d’un groupe de danseurs et de la fête annuelle du Heiva diminuent la densité tragique de l’historicisation de soi et de l’autre, le processus de remémoration et d’unification des images diffractées, kaléidoscopiques des souvenirs partagés. Cet arrière-plan culturel rythme la conjugaison de l’histoire personnelle ; le déploiement de l’histoire s’associe à la gestualité et à la sonorité.

« Les muscles saillants, le regard brillant, ils montent à l’assaut du tahua et dansent comme s’ils se battaient, pour une cause qui remue les tripes qu’on l’appelle pays ou “culture. Ils se battent pour ne pas oublier, et là, ce sont de vrais guerriers. »[73]

« Ce soir-là, on avait improvisé un aparima vāvā, sur fond de vivo. Inspiré, tu as commencé à faire des pas étranges. […] J’étais impressionné par ton courage. Tu étais si concentré et détaché de la réalité, si lointain que tu paraissais irréel. Toute la scène était anachronique. »[74]

5. Transitivité

Cette écriture représente une zone de transition entre langues, cultures, identités, continents et imaginaires qui s’interpénètrent, se complètent, se modifient, se confrontent et se réconcilient. Il s’agit d’une illustration et d’une mise en valeur des différents degrés de cohabitation des divergences dont le texte est le miroir linguistique. Philippe Neuffer cherche à analyser, à sonder la conscience collective, à renouveler les rapports à l’espace, à l’héritage, à inventorier, méditer et recomposer les différents aspects de l’appartenance culturelle[75], identitaire. L’approche neufferienne consiste donc partiellement en la présentation indirecte d’enjeux culturels et identitaires, de dynamismes archipéliques endogènes réorganisés et retravaillés dans une perspective humaine plus globale, dans le cadre d’un réaménagement psychique et philosophique dissimulé par le motif de la folie qui devient dans le texte le topos de la renégociation.

 



[1] De nombreux auteurs et théoriciens attirent l’attention sur l’obsolescence, voire le caractère arbitraire des appellations et dénominations géographiques. Voir à titre d’exemple MALLATRAIT, Clémence, La France, puissance inattendue : Au XXIe siècle dans le Pacifique Sud, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 17-21.

[2] Notamment les Marquises, les Tuamotu, les Gambier, les Australes et la Société. ORLIAC, Catherine, Fare et habitat à Tahiti, Marseille, Parenthèses, 2000, p. 11-12.

[3] BLONDY, Caroline, « Le tourisme en Polynésie française », Cahiers d’Outre-Mer, n° 230, juin 2005, p. 153-170.

[4] Les dates respectives pour les autres archipels sont le IVe siècle de notre ère pour les îles de la Société, le VIIIe siècle pour les Australes et les Tuamotu, les XIe-XIIe siècles pour les Gambier.. CERVEAU, Marie-Pierre, Les îles Marquises : insularité et développement, Bordeaux, CRET, 2001, p. 18-25. (ici p. 19.)

[5] BAUER, Olivier, Les rites protestants en Polynésie française, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 35-44.

[6] BONVALLOT, Jacques et al., Les atolls des Tuamotu, Paris, Orstom, 1994, p. 87-96.

[7] Il est peu connu et souvent oublié que suite à la signature du traité de Hatutira en 1775, Tahiti et ses dépendances appartenaient officiellement à la Couronne espagnole, à Carlos III. Concernant les voyages et les découvertes espagnols conférez BAERT, Annie, Le Paradis Terrestre, un mythe espagnol en Océanie, Paris, L’Harmattan, 1999. (ici p. 1-16.)

[8] LECA, Antoine et GILLE, Bernard, Histoire des institutions de l’Océanie française, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 7-15.

[9] GANDIN, Éliane, Le voyage dans le Pacifique de Bougainville à Giraudoux, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 69-77.

[10] BAUER, Olivier, op. cit., p. 40.

[11] Les premiers missionnaires arrivent à Tahiti, aux Tonga et aux Marquises en 1797. L’installation permanente de missions est assez tardive : 1826 aux Tonga, 1844 aux Fidji, 1830 aux Samoa, aux îles Solomon et 1881 à la Papouasie Nouvelle-Guinée. Cf. ANGLEVIEL, Frédéric, Religion et sacré en Océanie, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 14-21. et LAL, Brij V. et FORTUNE, Kate (éds.), The Pacific Islands : An Encyclopedia, Honolulu, University of Hawai’i Press, 2000, p. 178-181.

[12] LECA, Antoine et GILLE, Bernard, op. cit., p. 7.

[13] Ibid., p. 13.

[14] La première communauté chrétienne du Pacifique se forme aux îles Mariannes à la fin du XVIIe siècle. Voir ANGLEVIEL, Frédéric, op. cit., p. 9-24. (ici p. 13.)

[15] CHEUNG, Francis, Tahiti et ses îles (1919-1945), Paris, L’Harmattan, 1998, p. 27-46.

[16] DE DECKKER, Paul et KUNIZ, Laurence, La bataille de la coutume et ses enjeux pour le Pacifique Sud, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 35-40.

[17] Idem.

[18] ANGLEVIEL, Frédéric, op. cit., p. 18-20.

[19] GILLE, Bernard, « L’État tahitien de 1815 à 1880 », DE DECKKER, Paul (dir.), Figures de l’état dans le Pacifique, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 29-48. (ici p. 29-31.)

[20] Ibid., p. 35.

[21] Ibid., p. 38.

[22] DULUCQ, Sophie et al., Les mots de la colonisation, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2008, p. 83-84.

[23] POUIRA-LOMBARDINI, Annick, Une politique pour Dieu : Influence de l’Église protestante du Tahiti colonial à la Polynésie autonome, Paris, L’Harmattan, 2013, p. 40-46.

[24] TOULLELAN, Pierre-Yves, « Les Polynésiens et l’agriculture spéculative », SAUSSOL, Alain et ZITOMERSKY, Joseph (dir.), Colonies, territoires, sociétés : L’enjeu français, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 243-252. (ici p. 247.)

[25] Les années 1970 marquent l’époque d’affrontements entre la République Populaire de Chine et Taiwan ; l’Union soviétique cherche également de « nouveaux appuis diplomatiques » (Fidji, Tonga, Papouasie Nouvelle-Guinée, Samoa). Les tensions en Nouvelle-Calédonie atteignent leur paroxysme entre 1984-1988, l’insurrection culmine en violences. Cf. SPENCER, Michael, « Tout n’est pas noir ou blanc : Compte rendu de la crise de 1984-1985 en Nouvelle-Calédonie par la presse française », SPENCER, Michael et al. (éds.), Nouvelle-Calédonie : Essais sur le nationalisme et la dépendance, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 219-244. Pour une analyse détaillée et pour une présentation du facteur asiatique (travailleurs indochinois, japonais) du conflit, voir  MOHAMED-GAILLARD, Sarah, « La Nouvelle-Calédonie durant la guerre froide : d’où le danger peut-il venir ? », BOUBIN-BOYER, Sylvette (dir.), Révoltes, conflits et guerres mondiales en Nouvelle-Calédonie et dans sa région, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 131-146.

[26] Christian Huetz de Lemps souligne que ses facteurs peuvent également « remettre en cause […] l’existence même de certaines entités territoriales ». Voir LEMPS, Christian Huetz de, « Quelques réflexions sur les sociétés insulaires du Pacifique », EchoGéo, 2008/5, [En ligne], p. 3.

[27] L’érosion côtière, l’élevation du niveau de la mer ont réduit la surface des îles du micro-état polynésien de Tuvalu pendant la dernière décennie. Comme le point le plus élevé des îles est de 5 mètres au-dessus du niveau de la mer, lors de violentes tempêtes, une évacuation momentanée était déjà nécessaire à plusieurs reprises. Les remontées aquatiques et la salinisation rendent la culture des légumes traditionnels très difficile. À cause de cette crise environnementale et l’explosion démographique récente, une partie considérable de la population a déjà fui le pays. Voir GLOBAL HUMANITARIAN FORUM, The Anatomy of A Silent Crisis, GHM, Genève, 2009, p. 51-55., HORNER, Christopher, The Disappearing of Tuvalu : Trouble in paradise, documentaire, Watertown, Documentary Educational Resources, 2005, 5:57 minutes [extrait en ligne].

[28] La Papouasie Nouvelle-Guinée est caractérisée par une diversité culturelle et linguistique remarquable (plus de 800 langues parlées). La province de « Southern Highlands » est ravagée par des conflits intergroupes, des conflits armés, à cause du partage des revenus des ressources naturelles. Voir HALEY, Nicole, « The Southern Highlands of Papua New Guinea : Conflicts Ignored », ASPINALL, Edward et al. (éds.), Diminishing Conflicts in Asia and the Pacific, New York, Routledge, 2013, p. 253-264. En Papouasie occidentale (province d’Indonésie), on peut parler d’un regain des mouvements séparatistes. Cf. BRACONNIER, Gérard, L’Asie en fiches, Paris, Bréal, 2006, p. 19-21. Concernant l’analyse des formes de violence, de l’arrière-plan culturel et psychologique des conflits en Papouasie Nouvelle-Guinée cf. STRATHERN, Andrew J. et STEWART, Pamela J., « Anthropology of Violence and Conflict », FINK, George (éds.), Stress of War, Conflict and Disaster, San Diego, Elsevier, 2010, p. 28-39. Il faut également mentionner la guerre civile de l’île de Bougainville (1988-1998). DENOON, Donald et al. The Cambridge History of the Pacific Islanders, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 419-424.

[29] La première constitutiton était acceptée en 1970, année de la déclaration de l’indépendance. La première crise constitutionnelle se date de 1977. Le 14 mai et le 25 septembre 1987 marquent les deux premiers coups d’état. Le gouvernement était renversé par un troisième coup d’état en mai 2000. Le 6 décembre 2006, l’armée renverse le gouvernement (quatrième coup d’état). CRETTON, Viviane, Négocier le conflit à Fidji, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 7-20.

[30] Dans le cas des Salomon, on constate une diversité culturelle et ethnique très considérable. Environ 900 îles et atolls, plusieurs dizaines de langues, une société stratifiée (Mélanésiens, Polynésiens, Micronésiens, Chinois, Européens), une « fractionnalisation ethnique » forte peut être observée. Entre 1870 et 1910, environ 30000 Salomonais étaient recrutés ou transportés avec force aux Fidji et en Queensland pour travailler dans les plantations. Les tensions dues au sous-développement et à l’exploitation culminait en conflits armés depuis 1998. Dans cette société apparaissent des phénomènes de désintégration, de violence inter-communautaire. Comme l’indépendance était accordée aux Salomon en 1978, l’identité nationale unie est encore en train de se forger. Des conflits inter-ethniques existent aussi (entre les habitants de l’île de Guadalcanal et les migrants et leurs descendants venus de l’île de Malaita). Le conflit entre 1998 et 2003 a fait une centaine de morts (ou plus selon les différentes sources). Voir BRAITHWAITE, John, Pillars and Shadows :Statebuilding as Peacebuilding in Solomon Islands, Canberra, Australia National University Press, 2010, p. 13-22.

[31] L’état micronésien des Palaos se compose de plusieurs centaines d’îles. Après une revendication britannique à la fin du XVIIIe siècle, les Palaos appartenaient à l’Espagne, puis à l’Allemagne, au Japon et finalement aux États-Unis avant de devenir indépendants en 1994 (date de l’entrée en vigueur de la constitution et le début de l’indépendance effective). Plusieurs langues sont parlées : le paluan, l’anglais, le japonais et des langues micronésiennes comme le sonsorolais et le tobi. En 1985, le premier président, Haruo Remeliik, d’origine japonaise-paluane est assassiné. LEIBOWITZ, Arnold H., Embattled Island : Palau’s Struggle for Independence, Westport, Praeger, 1996, xi-xxiv. et BELLAMY, Paul, « Australian and New Zealand Policy-Making and Practical Implications for Internal Conflicts in Asia Pacific », BERCOVITCH, Jacob et DEROUEN, Karl (éds.), Unraveling Internal Conflicts in East Asia and the Pacific, Plymouth, Lexington Books, 2011, p. 293-298.

[32] Rébellion de Santo et un autre conflit armé en 1996. Cf. TABANI, Marc Kurt, Les pouvoirs de la coutume à Vanuatu, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 177-183.

[33] Les Kiribatis sont indépendants depuis 1979. La langue la plus importante est le gilbertain parlée par plus de 100 000 locuteurs. Le pays insulaire de Niue est en libre association avec la Nouvelle-Zélande depuis 1974. Tokelau est sous souveraineté néo-zélandaise. Sur l’isolement et la pénurie des ressources naturelles voir respectivement RIDGELL, Reilly (éd.), Pacific Nations and Territories, Hong Kong, Bess Press, 1995, p. 95-98., 137-138 et 139-140,

[34] STRATFORD, Elaine et al., op. cit., p. 114.

[35] LAROCHELLE, Gilbert, « La fonction symbolique de l’expertise dans la modernité », TACUSSEL, Patrick (dir.), Le réenchantement du monde : La métamorphose contemporaine des systèmes symboliques, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 101-116.

[36] Qui viserait à tout faire remonter aux essences et risquerait de cette manière d’aboutir à des substantifications réductrices concernant certains aspects sociaux et psycho-philosophiques. Un tel horizon analytique s’avèrerait indubitablement privatif.

[37] RIOUX, Marcel, « Se différencier, se définir et s’affirmer », CORBETT, Noël (dir.), Langue et identité, Québec, Presses de l’Université Laval, 1990, p. 7-10.

[38] PAMBRUN, Jean-Marc Tera’ituatini, Les voies de la tradition, Paris, Le Manuscrit, 2008, p. 33.

[39] Le tahitien est enseigné dans les écoles primaires, les établissements secondaires et à l’Université française du Pacifique. Le CAPES de tahitien existe depuis 1997. LAZARD, Gilbert et PELTZER, Louise, Structure de la langue tahitienne, Louvain-Paris, Peeters Press, 2000, p. 7-11. (ici p. 7.)

[40] MEAR, Florence Ferment, Pour la défense de la langue tahitienne, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 13-23. (ici p. 13.)

[41] Une duplicité français-tahitien peut être observée au niveau des titres des parties, des nouvelles : Prologue, Clochard !, Heiva, Pōùra, Taetaevao, Tahitian psycho, La piste, Chère Maman, J’y suis j’y reste, « Siki zoo frère », Animara – Épilogue.

[42] ‘Ā’AMU : Récit, conte, sornettes, légende (faits réels ou imaginaires). Source : Dictionnaire de l’Académie Tahitienne (Fare Vāna’a), désormais DictFV, [En ligne], www.farevaana.pf/dictionnaire.php

ITI : adj. petit. Idem.

MA’AMA’A (pa’umotu : MAGAMAGA) : Fou, idiot, stupide, insensé. Idem.

[43] SULTAN, Patrick, La scène littéraire postcoloniale, Paris, Le Manuscrit, 2011, p. 55-67. (ici p. 66.)

[44] Ibid., p. 59.

[45] AIM, p. 31. : TŌ’ERE (hawaiien : KO’ERE) Morceau de bois évidé, utilisé comme instrument à percussion. DictFV. L’instrument est originaire des îles Cook et il était certainement introduit par les travailleurs agricoles venant des Cook pour travailler sur les plantations polynésiennes. Cf. STANLEY, David, South Pacific, Emeryville, Avalon, 2004, p. 328.

PAHU (proto-polynésien : PASU) tambour traditionnel utilisé dans les cérémonies religieuses. DictFV

FA’ATETE : tambour qui donne un son métallique. Idem.

[46] TARO : tubercule alimentaire des régions tropicales, espèce comestible de Caladium (Collocasia esculenta). Idem.

UFI : tubercule alimentaire des régions tropicales, igname (Dioscorea alata). Idem.

TARUĀ : plante comestible, variété de Caladium (Xanthosoma sagittifolium). Idem.

HORA : plante toxique utilisé pour empoisonner le poisson (Tephrosia piscatoria). Idem.

[47] HAUER, Christian, « De la tonalité à la “série miraculeuse” : espaces musicaux ou de l’identité narrative de Schönberg », CHOUVEL, Jean-Marc et SOLOMOS, Makis, L’espace : Musique/Philosophie, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 253.264.

[48] MALLET, Julien, « Musique urbaine et construction politique de l’identité en Angola », L’Homme et la Société, n° 126, 1997/4, p. 37-48. (ici p. 45.)

[49] HĪMENE (anglais : HYMN) : chant, cantique. DictFV

[50] DURBAN, Jean-François, Les acteurs de la tradition en Polynésie française, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 156.

[51] MCLEAN, Mervyn, Weavers of Song : Polynesian Music and Dance, Honolulu, University of Hawai’i Press, 1999, p. 403-416.

[52] DURBAN, Jean-François, Les acteurs de la tradition en Polynésie française, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 157.

[53] Ibid., p. 158.

[54] AIM, p. 9.

[55] NEUFFER, Philippe Temauiarii, op. cit., p. 8.

[56] Le narrateur admire notamment la beauté de l’opéra de Mozart, la Flûte enchantée et de l’opus Ein Deutsches Requiem de Brahms « Parce qu’ils sont sacrés et beaux comme les hīmene de mon enfance, ces chants m’ont ramené vers ces rivages désertés par l’adolescent, que je regardais désormais avec curiosité », AIM, p. 8.

[57] Iron Maiden, Malmsteen, Metallica, Golden Gate Quartet, Big Bill Brounzy, John Travolta, Bee Gee’s, Boney M., Allan Parson, Paul Young, Pink Floyd, Black, Foreigners, Seal

[58] Bimbo (Moreterauri Tetua), les Tahiti Cool (Michel Poroi, Yves Roche), Angelo (Angelo Aritaii Neuffer), Barthélémy (Barthélémy Tugarue), Coco Hotahota

[59] Le narrateur cite les paroles des chansons en anglais et il localise également ses réminiscences et remémorations qui créent un véritable réseau géographique et temporel : place Vaiate (Papeete), Tarahoi (place Tarahoi, cœur politique de la ville qui, pendant longtemps, servait de lieu pour des concours de chant et de danse), l’île de Raiatea, la baie d’Apooiti (Raiatea), les Touamotu. Voir KAHN, Miriam, Tahiti Beyond the Postcard : Power, Place and Everyday Life, Seattle, University of Washington Press, 2011, p. 30-31.

[60] DURBAN, Jean-François, Le substrat de la tradition en Polynésie française, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 111-113.

[61] Malgré les affirmations de ne pas avoir de nom, il affirme à la fin de la nouvelle que son vrai nom est Maui.

MAUI : adj. gauche (par opposition à droit) ; vieux cocotier qui a cessé de produire.

[62] AIM, p. 30.

[63] BRENOT, Philippe, Le génie et la folie, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 70.

[64] Place Albert Ier, autrefois lieu de rencontres et de cérémonies qui est appelé après l’installation du buste en bronze de Bougainville place Bougainville par les habitants. C’était également le lieu de la cérémonie lors de laquelle le roi Pomare V a consacré la cessation de Tahiti à la France (29 juin 1880).  FAESSEL, Sonia, Visions des îles : Tahiti et l’imaginaire européen, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 25-34. (ici p. 30.)

[65] Le bassin abrite les vestiges du palais royal (construit pour Pomare IV) longés par la rivière Papeete. STANLEY, David, Tahiti, Berkeley, Emeryville, 2011, p. 260.

[66] Les plages et baies avaient toujours en Polynésie une histoire de significations, une véritable syntaxe et hiérarchie en tant que lieux de rencontres et de transferts, mais aussi en tant que symboles de l’opposition : « The beach at Tahiti had a grammar. Its meaning came out of the paradoxes of violence and quiet, sea and land, stranger and native, politics and cosmology ». La plage de Taunoa a servi d’escale temporaire à la Bounty. DENING, Greg, Mr Blight’s Bad Language : Passion, Power and Theatre on the Bounty, Cambridge, Cambridge University Press, 1992, p. 175-188. (ici p. 187.)

[67] Nommé d’après Lucien Sigogne, maire de Papeete entre 1917 et 1920. Voir CHEUNG, Francis, op. cit., p. 281.

[68] BOLLUT, Stéphane, Autorité et Démocratie, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 159-168. (ici p. 167.)

[69] Heiva i Tahiti : manifestation pour la mise en scène et la célébration de la diversité culturelle. Les festivités, les concours de chants et de danses réunissent des dizaines de milliers de spectateurs au mois de juillet à Papeete. C’est aussi à cette occasion qu’ont lieu les événements d’umu ti (marche sur le feu), des concours de sports traditionnels (courses de va’a, pirogue traditionnelle), des expositions d’artisanat. MALOGNE-FER, Gwendoline, Les femmes dans l’Église protestante mā’ohi : Religion, genre et pouvoir en Polynésie française, Paris, Karthala, 2007, p. 147-151.

[70] CHOUVIER, Bernard, « Borges à l’épreuve de Borges », Résistances au sujet – Résistances du sujet. Actes du colloque de Cerisy, Namur, Presses Universitaires de Namur, 2004, p. 586-600. (ici p. 586.)

[71] Ibid., p. 587.

[72] Idem.

[73] AIM, p. 34. : TAHUA : sol, plancher de la maison, terrain de réunion, place publique. DictFV

[74] Idem. : ‘APARIMA : danse polynésienne dans laquelle les bras et les mains esquissent des figures correspondant au chant. Idem.

VĀVĀ : muet. Idem.

‘APARIMA VĀVĀ : version uniquemen dansée, instrumentale du récit légendaire, de la danse de groupe ‘APARIMA. Cf. MCLEAN, Mervyn, op. cit., p. 51.

VIVO : flûte nasale, instrument de musique traditionnel. DictFV

[75] P-M. Decoudras & K. Soye : ‘Médiation spatiale : mise en place de la réserve de biosphère des Tuamotu à Fakarava’, in : J-M. Lebigre & P-M. Decoudras (dir.) : Les aires protégées insulaires et littorales tropicales, Bordeaux : CRET, 2003 : 149−164.

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One Response to “Complexités langagières et identités polyphoniques dans Aamu iti māamāa”

  1. J. Dupé dit :

    Intéressant, mais je ne vois ce qu’il y a de tout à fait francophone là-dedans… Quelque chose m’échappe !