Auteur: Raphaël Mizrahi

Raphaël Mizrahi est né au Caire en 1938. De famille francophone, il émigre en France à quatorze ans pour poursuivre ses études secondaires. Il pratique, en général avec passion, un bon nombre de métiers, la plupart d’entre eux relevant de l’animation socioculturelle ou de l’éducation. Il a été aussi éleveur de chèvres et producteur de fromages, aubergiste, etc. La retraite a été pour lui l’occasion de se consacrer à un désir lancinant depuis fort longtemps, celui d’écrire. Consulter son site : http://sites.google.com/site/raphmizrahi/home

Partir : Année sabbatique

« Année sabbatique » est le premier volet de la série de nouvelles intitulée Partir.

Sommaire

 

          Je suis arrivé épuisé à la fin de mon année de maîtrise. Mon parcours d’étudiant n’avait pas posé de problème majeur, mes résultats ont été assez bons tout au long des quatre années de fac, mais les multiples activités extra universitaires, de travaux divers pour gagner ma vie, militantes et festives, avaient contribué à cet état semi-dépressif dans lequel je me retrouvais. Il ne m’a pas été malaisé de décider cette rupture, ce « break » d’un an, afin de pouvoir redémarrer dans une meilleure forme.

          Je dois avouer aussi que la relation avec mon amie était arrivée à un point assez inattendu, du moins en ce qui me concerne. J’avais l’impression que nous nous étions enfermés dans une vie de vieux couple, où l’on vit ensemble par habitude, sans avoir encore beaucoup de choses à se dire. Le silence, qui était devenu fréquent entre nous, contribuait à cette déprime qui commençait à m’étouffer. Il me fallait prendre de la distance, afin de pouvoir choisir à tête reposée si je tenais à prolonger cette relation, ou si je préférais y mettre un terme. J’ai abordé la question avec Denise, qui a compris mes interrogations, et ma décision.

          Je ne peux pas prétendre avoir vraiment préparé mon voyage. Si je me suis soucié des formalités nécessaires, si je me suis fait faire les rappels des vaccins indispensables, je partais avec assez peu de réserves financières. Je voulais garder par sécurité l’argent me permettant de rentrer, en cas de besoin, par avion, de la plus lointaine destination que je pouvais imaginer. Je pensais compléter le reste en travaillant, à l’occasion, ici ou là : d’autres voyageurs avaient réussi à le faire, pourquoi n’y arriverais-je pas ?

          C’est vers l’est que j’ai choisi de partir, sac au dos et en stop. J’ai choisi de partir vers l’est, persuadé que c’est dans cette direction que je vivrais, à bon compte, les plus grands dépaysements. Traversant rapidement certains pays, flânant en d’autres contrées, suivant mon humeur et parfois les impératifs administratifs imposés par la durée d’obtention des visas, je pensais aller jusqu’au Népal. Pourquoi le Népal ? me direz-vous. Et pourquoi pas ? En fait, je me suis arrêté bien avant…

          Je ne vous conterai pas les mille et une péripéties de cette année, qui s’est révélée fort riche en événements. D’autres, ayant choisi à peu près les mêmes itinéraires, ont relaté leurs périples mieux que je ne saurais le faire. Non, je pense vous conter quelques rencontres, parmi celles qui m’ont le plus surpris. Vous faire partager quelques réflexions de voyage aussi, peut-être. Si vous êtes bien sages…

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