Auteur: Roger Séguéla

Né d'un père occitan et d'une mère mantovano-véronèse, Roger Séguéla a œuvré dans le privé avant d'exercer des fonctions d'élu local. Eclectique en art, il fut aussi un grand sportif, n°15 (arrière) sur les terrains de rugby. Dans ses textes retraçant ses 20 premières années passées dans le quartier populaire toulousain de Jolimont, entre 1944 et 1964, il porte un regard lucide et factuel sur la vie d'une famille ordinaire dans la France de l'immédiat après-guerre et des Trente Glorieuses.

Les Noëls de mon enfance

Impossible de parler de son enfance sans évoquer Noël, cette fête tant attendue qui s’agrémentait de vacances scolaires, et suscitait les rêves les plus fous.

Impossible d’oublier cette ambiance féérique et magique.

Impossible de ne pas se souvenir de cette belle fête familiale.

Et surtout, impossible d’occulter la plus belle des croyances, celle dans le Père Noël.

Le Père Noël :

J’y croirai jusqu’à la fin de l’année 50.

Je serai affranchi par un grand à mon entrée au Cours Préparatoire à Marengo.

Immense déception, écroulement d’un pilier important du panthéon de mon enfance.

A partir de cette révélation, je me méfierai de toute forme de croyance, y compris religieuse, pour ne pas courir le risque d’être déçu !

Début très jeune d’une certaine forme de scepticisme.

 

L’arbre de Noël 

C’est une tradition respectée dans la famille.

Nous aurons toujours eu un vrai sapin décoré dans notre chambre. L’ambiance de noël est appréciée.

Il y a un repas de noël familial, un peu plus festif que d’ordinaire, mais sans plus.

Dans la tradition familiale laïque, il n’y a pas de messe de minuit, et on se couche de bonne heure, pour se réveiller le plus tôt possible, et découvrir les cadeaux au pied du sapin.

Après m’être endormi plein d’espoir et de rêves merveilleux sur des jouets fabuleux, j’aurai des réveils difficiles empreints de déception.

Et il faut en plus donner l’impression à mes parents que je suis « heureux » des présents reçus, pour leur éviter de culpabiliser….

Très jeune, comme on dit, je prendrai sur moi, pour ne pas compliquer la situation et ménager l’avenir !

Noël en Languedoc

Les cadeaux de Noël

Jusqu’à l’année 1950, j’ai le souvenir, que mes parents peinent à équilibrer leur budget.

Mon frère naît en 49, et je me souviens que pour le noël de cette année-là, je ne trouverai dans mes chaussons, au pied du sapin, que 2 oranges.

J’ai 5 ans et demi, et je ressens une immense déception.

Mes parents, désargentés, se positionnent de facto, contraints et forcés, contre la tradition des jouets en cadeau, et ils m’expliqueront que les cadeaux doivent être « utiles » et non pas ludiques. D’où l’orientation vers les livres et les cadeaux pratiques.

Je ne recevrai jamais de vrais jouets.

J’aurai droit à un discours vertueux, du type : « tu es un garçon sérieux, bon élève, les jouets coûtent chers, c’est réservé aux enfants de bourgeois, tu es l’aîné, tu dois donner l’exemple, tu peux t’en passer, c’est du gaspillage, etc…

Heureusement, dans l’utile on trouve les jeux, comme ce fameux jeu de construction en bois, composé de différentes pièces, et de cubes, permettant de bâtir des palais, des châteaux, des maisons, et qui sera à la base de mon inventivité.

Le meccano sera aussi considéré comme utile, mais je ne recevrai que la boîte modèle zéro, contenant un nombre limité de pièces, ne permettant pas de réaliser des objets élaborés. J’en garderai un sentiment de méfiance et de rejet envers tout ce qui est mécanique….

J’ai droit heureusement aux jeux de hasard, petits chevaux, dames, cartes, Monopoly, Cluedo, qui permettront de passer des heures de bonheur, et développeront mon sens du jeu et mon goût pour la victoire.

Jamais de jouets comme les voitures miniatures. J’aurais adoré les Dinky Toys et les Norev. Né 5 ans plus tard, mon frère en bénéficiera, les règles ayant changé pour lui. Et c’est grâce à lui que je pourrai enfin jouer aux voitures, avec 5 années de retard.

1954 Illustration de la notion de cadeau utile (un vélo pour moi)
et de jouet ludique (une voiture à pédale pour mon petit frère Bernard)

 Mais je recevrai beaucoup de livres de la bibliothèque verte, achetés, ou échangés par mon père contre des cigarettes, chez un brocanteur de la rue du Taur. Ce dernier répondait au magnifique nom de « Quinette ». J’ai encore dans l’oreille les paroles de mon père, disant, « je suis passé chez Quinette ». Je savais alors qu’il m’avait ramené un bouquin d’occasion.

La lecture de ces livres, souvent fort tristes, « Sans Famille », « Les Misérables », les œuvres de Charles Dickens, me démontreront la chance qui était la mienne, d’avoir une famille, un toit, du chauffage, et une nourriture suffisante !

 

L’ambiance de Noël 

C’est l’une des grandes joies de mon enfance :  l’ambiance de Noël. Dans une région où il neige de moins en moins, la décoration à base de montagnes enneigées, sapins, luges, guirlandes, pères noël avec leurs hottes débordant de jouets, traîneaux, rennes, paquets de toutes les couleurs, etc., constitue une féérie.

Noël est magique.

A l’école, les tableaux noirs sont décorés de dessins de saison, des guirlandes ornent la classe.

La ville de Toulouse change d’aspect, avec la nuit qui tombe vite, les éclairages, les arbres de noël illuminés, les vitrines décorées créent une atmosphère irréelle.

Les grands magasins décorent leurs vitrines, et nous allons « bader » devant les animations féériques, qui y sont présentées.

J’adore particulièrement les magasins de jouet, qui proposent des merveilles à l’œil des enfants. J’y passerai des heures à rêver devant tous ces jouets, que je n’aurai pas.

Je me souviens de « La Boîte à Jouets », un magasin situé dans un passage couvert entre le boulevard de Strasbourg et la rue d’Austerlitz. Il avait 2 vitrines, une pour les jouets de garçons, et une pour les filles.

Malheureusement, je ne franchirai jamais la porte de ces cavernes aux trésors.

Mais cette frustration fut positive, j’y puiserai une forte motivation pour pouvoir offrir tous ces jouets interdits à mes enfants, sans tomber dans l’exagération.

Par contre je me méfiais des faux Père Noël, qui vous sourient bêtement, et dont je ressentais le comportement mercantile. D’ailleurs ils me paraissent sales, leur fausse barbe est trop visible, et de plus je trouve qu’ils sentent mauvais, tout cela à la période où j’y crois encore. Je suis déjà factuel, il ne peut y avoir qu’un seul Père Noël, et ils sont trop nombreux pour que ce soit crédible.

 

Noël en Musique

Dans les années cinquante, la radio d’état, la TSF, diffuse une musique de circonstance, et les chants et chansons de Noël inondent les ondes.

Il y a les chants traditionnels, que nous apprenons aussi à l’école :

« Mon Beau Sapin,

 Roi des Forêts… »

Et dont j’apprendrai plus tard la version allemande :

« Oh Tannenbaum, oh Tannenbaum,

Wie treu sind deine Blätter… »

Moi, qui ai horreur de chanter, je n’ai aucune appréhension à chanter cette chanson !

Si on avait su y faire, j’aurais peut-être pu apprécier et pratiquer le chant !

Il y a aussi les ritournelles populaires et les chansons enfantines.

Mais il y a surtout Tino Rossi, qui fait un immense succès tous les ans avec son tube :

« Petit Papa Noël,

Quand tu descendras du ciel,

Avec des Jouets par milliers,

N’oublie pas mes petits souliers ! »

Cette chanson est devenue le véritable hymne laïc de Noël, face aux chants religieux.

 

Des Vacances à Jolimont 

Jusqu’à l’âge de 18 ans, je passerai ces vacances de Noël dans notre maison du 27 bis rue dessalles.

Pas de voyages, pas de sorties, c’est l’hiver, l’idée de se déplacer est étrangère au mode de pensée familial.

Je passe donc Noël dans mon domaine, ma chambre, partagée avec mon petit frère.

Nous y avons suffisamment de place pour jouer sur un grand tapis, lire dans nos lits/cosy,

accompagnés des chats, qui recherchent notre chaleur.

Nous passons les fêtes dans une bulle, un cocon, coupés de l’extérieur, repliés sur notre petit monde, et nous n’y sommes pas malheureux.

Nos premières vacances d’hiver, hors de Jolimont, se passeront à Hambourg en 1962, où nous passerons le Nouvel An. Mais c’est une autre histoire ! 

Je n’ai retrouvé aucune photo de Noël prise à la maison.

Réflexion faite, c’est tout à fait normal. Il n’y avait pas encore de flashes à des prix abordables sur le marché, et les photos étaient alors prises à l’extérieur. Il faudra attendre les « flash cubes » Kodak pour pouvoir travailler à l’intérieur.

 1958 La fenêtre de notre chambre « cocon »
En bas à droite, ma mère, moi, et mon père

La Symbolique de Noël

Toutes ces manifestations exceptionnelles contribuent à faire du temps de noël une parenthèse dans la vie courante.

D’abord il y a les vacances, qui viennent apporter un répit dans la vie scolaire.

Pendant 2 semaines on va pouvoir vaquer à des occupations ludiques, lire, jouer avec les copains et les cousins, ou « buller », comme je sais si bien le faire.

C’est aussi la trêve des confiseurs, avec un arrêt des conflits divers et variés, que nous suivons à la radio.

Les gens sont plus calmes, plus détendus,

« Vive les Vacances »

« Vive les Noëls de mon enfance »

 


 

Souvenirs, souvenirs comme chantait Johnny …

J’ai moi aussi passé de nombreuses heures à jouer au Meccano mais rarement en suivant les plans du catalogue. Toutes mes pièces étaient dans une belle boîte en bois fabriquée par mon grand-père. Je les ai gardées longtemps, même après mon mariage, et certaines ont été bien utiles pour des bricolages domestiques.

😁

Jackson

——————–

Bonjour,

Merci pour ces souvenirs de ton enfance si modeste.

J’ai mieux compris tes parents qui me considéraient comme bourgeois.

Mes parents à l’époque étaient « modestes » aussi mais consacraient pour la culture et les loisirs une part importante de leur budget.

Ce budget qui me semblait « modeste » leur permettait quand même une semaine au ski avec nous dans une petite auberge à Barèges à Noël !

Je mesure mieux la différence maintenant.

Tu as eu une mobylette et moi un vélo, je te considérais mieux loti et plus indépendant.

Amitiés,

Jean-Jacques

———————-

Bonjour

Ton goût pour la victoire, ta créativité, ton ingéniosité sont avérés. Ton attirance pour le chant allemand est plus surprenante!

O Tannenbaum, o Tannenbaum

Prosit Neujahr!

Bon dimanche

Martine

Envoyez Envoyez