Auteur: Alexander Benett

Sa mère est une artiste peintre normande, son père écossais. A. Benett a occupé la fonction éphémère de bassiste dans un groupe de rock’n’roll oxfordien, avant de se tourner vers une activité de song-writer. Il écrit les Chroniques du bar de la plage au fil de ses humeurs et du temps, comme les titres d’un endless album, sentimental, un peu bordélique, quelques fois magique.

Le bar de la plage – épisodes 87, 88 et 89 

Episode 87

Une sorte de malédiction cosmique peut-être …

Toutes les journées de la plupart des représentants du genre humain actuellement en exercice sur la planète commencent par le matin. Sauf pour les noctambules romantiques, les barmaids, les stripteaseuses et ceux qui ont une occupation sérieuse de nuit comme conduire un métro ou soigner les accidentés.

Dans les temps nettement plus anciens on pouvait comprendre le phénomène : il était plus facile de baguenauder à la lumière du jour que de chercher son chemin dans les ténèbres de la nuit. Mais depuis, un dénommé Edison a inventé l’électricité ; on aurait pu imaginer un rééquilibrage de l’activité des hommes entre les partisans du nocturne et les adeptes du diurne. Il n’en n’est rien. Il y a toujours plus d’usines de jour que de boites de nuit, même s’il est infiniment plus agréable de fréquenter ces dernières. On y entend de la musique (attention quand même à la playlist de l’endroit), on y rencontre des jolies filles qui sont là exactement pour les mêmes raisons que les garçons.

Et on continue à pendre, ou à fusiller, selon les coutumes locales, aux premières heures du jour.

Sur la terrasse, une brise limpide d’ouest balaie cette tirade.

J’imagine un monde avec cette pancarte à l’entrée : « Ouvert de minuit à l’aube ; (heures d’ouverture ajustable selon la latitude) »

Il est 7 heures du matin, j’en ai assez vu pour aujourd’hui, je vais me coucher.

 

Episode 88

Fautes d’accord

Pour écrire, Michel Houellebecq, romancier français du début du XXIème siècle dont il raconte les tares et les sinistres, propose la méthode suivante : « il suffit de s’asseoir à une table, de s’ennuyer assez longtemps et d’attendre que quelque chose vous passe par la tête ».

J’étais bien assis à une table, je m’ennuyais depuis un certain temps sans que la plus petite idée au gout de piment ne soit venue titiller mon cerveau. Et Leslie vint briser cette douce solitude oisive.

–  Alexander, Gram Parsons, ce nom te dit quelque chose ?

J’en avais une vague idée. Il y a quelque temps j’avais écrit quelques méditations inspirées sur le séjour des Rolling Stones à la villa Nellcote sur la Côte d’Azur et la naissance de l’album Exile on Main Street. Ils y vivaient, disais-je, entourés de filles inouïes aux noms flamboyants et exotiques d’Anita Pallenberg, Gram Parsons, Gretchen Burrel.

– Alex, si Anita et Gretchen, surtout Anita, étaient bien les bombes atomiques à fragmentation bionique que tu dis, ta Gram Parsons était tout simplement le meilleur chanteur-guitariste-compositeur country des USA, le complice de Keith Richards, et en privé le pote de Gretchen.

(D’où Leslie tenait-elle tout ça ? Elle avait dû potasser Life, la vie et œuvres de Keith Richards par Keith en personne. Et venait de m’en mettre plein la vue)

Pardon, Gram… Pour la paix de mon âme, j’écouterai tous tes disques.

Je commence toute de suite : (YouTube) Streets of Baltimore, Gram Parsons / Emmylou Harris.

A peine deux ans après son séjour à la villa Nellcote, Gram Parsons mourut d’une overdose, il fut enterré dans le désert quelque part dans le Nevada ou dans un autre désert, il avait 26 ans. Le For Ever 27 Club accueillait un nouveau membre.

Pourquoi Dieu continue-t-il à tuer les guitaristes surdoués ?

– Georges, un triple dry-martini sans martini…

 

Episode 89

La guerre de Troie, one more time

Météo : une brise légère du soir venant du large ventile le rivage.

Au bar de la plage : Caro, érudite beauté à boucles brunes et teint mate. Line, sensible beauté à boucles blondes dorées, tendance au chagrin d’amour. Leslie, beauté anglaise incertaine et multiple, croisement réussi entre Chrissie Schrimpton et Lady Guiness, généralement déshabillée par Mary Quant.

C’est à peu près par la même situation que sur le Mont Ida commença il y a quelques siècles la guerre de Troie. Là, elles étaient trois déesses et se nommaient Hera, Aphrodite et Athena. Le prince troyen Paris, fils de roi et assez beau gosse, est appelé à élire la plus belle. Aphrodite le submergea de promesses électorales, il céda, elle l’emporta. Dans le programme d’Aphrodite, il y avait Hélène, la belle Hélène, l’amour d’Hélène promis à Paris en récompense de son vote. Enfin presque : Hélène était une femme mariée et Paris devait commencer par l’enlever à son mari, Ménélas, roi de Sparte. Evidemment, celui-ci fut furieux – on le comprend un peu – il rameuta ses amis rois et guerriers et partit récupérer sa femme retenue, plus ou moins contre son gré d’ailleurs. La guerre de Troie était lancée.

Les concours de Miss ont parfois des effets désastreux. Les classements et hit-parades ne valent guère mieux. Quel est le meilleur guitariste du monde ? Le n°2, le n°5 ? Et le vingtième ? Le blues et le rock’n’roll ne sont pas des courses de chevaux. La beauté des filles non plus.

Louise de V très au-dessus de ses contingences par ses origines versaillaises, semblait au bord du bonheur absolu. La raison de cet état :

– j’ai trouvé dans un magazine la liste des dix meilleurs partis de la planète. Je n’ai plus qu’à choisir.

Si les mouettes colportent l’histoire, on est parti pour une guerre mondiale.

Pourvu que Jean-Do ait la bonne idée de l’inviter à danser les slows, cela retarderait au moins l’échéance.

Je jure que ce soir je ferai danser toutes les filles. Enfin, celles qui le voudront bien…

 

 

 

 

 

 

 

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