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Chroniques virales – 13, 14, 15

Chapitre 13

13 mai 1968

le 13 mai 1968, place Edmond Rostand, lors de la manifestation unitaire étudiants, syndicats, travailleurs, entre les places de la République et Denfert-Rochereau à Paris, Caroline de Benderm, jeune top model britannique, brandissant le drapeau du Front National de libération du Sud-Vietnam  est juchée sur les épaules de son ami peintre Jean-Jacques Lebel. Elle tient la pose. C’est un réflexe professionnel quand elle voit un objectif braqué sur elle. En ce jour les photo-reporters l’ont tous remarquée. Un seul la cadrera magnifiquement.

C’est à cet instant précis que le photographe Jean Pierre REY déclenche son Rolleiflex. Il n’a pas idée que ce cliché pris à la volée fera le tour du monde. Le tableau d’Eugène Delacroix «La liberté guidant le peuple» vient aussitôt à l’esprit.  Life magazine publiera la photo dans une double page relatant les événements de mai 68 .

Reprise par les plus grands journaux du monde, elle fera le malheur de Caroline De Benderm, aristocrate, son richissime grand-père la déshéritera après avoir vu cette photo dans Paris Match. Dans la foulée les agences de mannequins refusent de travailler avec elle, figure iconique du gauchisme. Plus tard, elle perdra ses procès pour tenter de récupérer une part du gâteau générée par cette photo.

Christian Borta est lui aussi à Paris ce 13 mai. Un mouvement de foule vient de se créer dans le cortège. Le tissu léger d’un drapeau vietnamien vient lui caresser les cheveux. Quelques secondes plus tard il ressent une violente charge sur son dos et un violent coup sur la tête. Il tend les bras par réflexe et se retrouve à terre enlaçant une jolie blonde aux cheveux courts. Elle se frotte la crâne et dans un éclat de rire lui adresse un « Sorry ».

Il la prend par la main pour la relever, ils éclatent de rire. Les CRS viennent de charger. Elle lui serre encore plus la main, elle tombe presque, il la retient. Elle ressent la puissance de ce bras.  Cette puissance et cette confiance resteront gravées en elle jusqu’à la fin de sa vie.

Ils courent, ils slaloment, pleurent à cause des gaz, rient. Ils ont vingt ans. Les flics se rapprochent, soudain la peur les gagnent, ils sont encerclés. Ils poussent une porte cochère, les casqués semblent suivre. Au fond de la cour il pousse une porte et entre dans une pièce sombre. Les bruits de bottes s’éloignent. Elle est blottie contre lui. Il la serre dans ses bras. L’exaltation poussée à son paroxysme les pousse l’un vers l’autre dans un rapport intime bref, rapide, lumineux. Unique. Sans lendemain. Tout ça n’a pas d’explication. Comment expliquer ? Ressentir suffit.

5 avril 2020 9h56

Mathilde assise derrière la vitre du bar le « Panoramic », face à l’océan gris déchaîné, au ciel gris, en est déjà à sa quatrième bière. Il n’est même pas dix heures.  Elle a 51 ans, un jour pour rire, elle est venue passer un week-end à Zuydcote. Toute sa vie elle a rêvé de découvrir les lieux des titres de films qu’elle aimera. Elle se disait que prendre un taxi à Tobrouk, déguster un café à Bagdad, passer une nuit blanche à Seattle, être Vicky Christina à Barcelone, rencontrer son amour à Hiroshima, et ne pas mourir à Venise, la ferait voyager. Trente et un ans qu’elle est à Zuydcoote à quelques encablures de Dunkerque. Ostende n’est pas si loin. Trente années à servir à l’épicerie bar tabac Keno et autres jeux. Trente années de solitude. Pas trop d’avenir, pas top de passé non plus. Juste ce qu’il faut pour espérer un peu. Pas en cinémascope.

Elle commande une cinquième bière. Elle jette un œil sur son téléphone qui vient de lui indiquer. « Vous avez un message » en surimpression sur l’affiche de Bagdad café.

5 avril 2020 9h51.

Caroline de Benderm qui n’est plus top modèle, ne s’est jamais trop écoutée tout au long de ces années. Aujourd’hui, à 75 ans, avec cette épidémie qui lui prend la tête, elle s’est décidée à appeler le 15. Le médecin régulateur l’a aussitôt dirigée vers les urgences de l’hôpital de campagne installé sur le Champs de Mars. Vu du Trocadéro, on dirait un village de playmobiles. Immense terrain de camping où les soignants sont justes, précis, admirables. Une humanité transpire derrière ces masques, la gentillesse est de mise. Après avoir été testée positive, on la fait entrer sous une tente où quatre personnes sont installées. Hommes et femmes sont mélangés. L’urgence fait tomber les tabous, femmes et hommes ne sont plus que des humains, et Caroline malgré la situation pense que cela n’est pas si mal. N’être plus « genré », s’en remettre à ce collectif, faire confiance et se dire que l’on est rien de plus que son voisin. Ces voisins de lit qui quelques semaines plus tôt avaient, sans doute, un petit ou grand pouvoir. Certains en jouaient, en jouissaient. Ici tu n’es plus qu’un nom, un prénom et un code barre sur un tube de prélèvement nasal. Tu fais confiance. Point.

Caroline, masque à oxygène sur le nez essaie de méditer en fermant les yeux. C’est son truc pour calmer l’angoisse. Un médecin entre sous la tente et dit d’une voix calme.

-Monsieur Christian Borta c’est vous ? On va vous laisser sortir. C’est tout bon pour vous.

Caroline ouvre les yeux, immensément. Le signal sonore de son cardio s’accélère inquiétant rapidement les infirmières qui l’interpellent vivement. Caroline dans un cri, hurle.

-Christian !

Christian fait un bond dans le temps, 52 ans plus tôt. La puissance de cet appel lui remémore ce hurlement d’extase jamais retrouvé pendant tant d’années.

Son cerveau se remplit d’ocytocine, cette hormone de l’attachement. Il respire tout à coup à pleins poumons, ses muscles, qu’il croyait avachis, retrouvent un tonus disparu.

Il se précipite comme un fou vers elle.

-Caroline oui, oui c’est moi, comment est-ce possible ? Je t’ai tant attendue.

-Pourquoi ne m’as­-tu pas retrouvée, ma photo était dans tous les journaux.

-J’ai été blessé par les CRS, le lendemain, dans une autre manifestation. Trois mois d’hôpital et de convalescence et à ma sortie je pensais que tu m’avais oublié. En 68 nous étions dans cette période où nous aimions sans entrave et sans lendemain. J’ai toujours dans mon portefeuille, ta photo publiée dans Paris Match.

Les mains s’effleurent puis se serrent. Elle sent la même puissance. Tout est là. Conservé. Intact.

9h56  Zuydcote

Mathilde ouvre le message. C’est sa mère. Elles se voient de loin en loin. Elles s’aiment, ne se le disent pas. Il y a un secret entre elles. Pas un mensonge, non, plutôt un fantôme. Le manque est omniprésent dans sa vie. Les bières n’y font rien.

Elle lit le message.

« J’ai retrouvé ton père, il est à côté de moi»

Le soleil se fait plus légitime à cette heure. Elle plisse ses yeux comme enfant devant le tableau « impression soleil levant », la main droite dans celle de sa mère, la gauche ressent enfin un effleurement. En sortant du musée Marmottant, ils iront tous trois boire un chocolat chaud et papa m’offrira un tour de poney au parc Ranelagh.

La mer se calme, un soleil gris vert pointe comme un espoir. Une larme transperce la mousse fine de la blonde Duvel. Imbuvable comme toujours.

 

Chapitre 14

Aujourd’hui

Pour être tout de suite clair sur la date, et pour vous éviter de faire de l’humour à deux balles, je vous annonce la fin du confinement pour demain. C’est fait.

Plus sérieusement. J’ai le cerveau en surchauffe. Que de questionnements sans réponse. Vous avez des réponses ? Gardez-les !

Alors cette chloroquine ? Je pense que comme il n’y a plus de match de foot, on est tous passés de sélectionneur à épidémiologiste.

Et les masques. Putain les masques ! Ça va être du grand spectacle cet été sur les plages. Les strings aux chevilles, cause qu’on a pris les élastiques pour les masques.

Et ces Héros. De partout, il y en a de partout. De l’urgentiste à la manipulatrice radio en passant par l’infirmière, que des héros je vous dis. Et même Kadidja qui nettoie les chariots de supermarchés. Une hérote. Oui j’invente un féminin car vous avez déjà oublié Me Too. Normalement on dit héroïne, mais c’est toujours héroïne d’un mec, vous avez le choix entre Flaubert et Balzac. Alors mon hérote Kadidja je te dis…  profite. Un jour, tu comprendras Andy Wharol avant de retomber dans l’oubli.

Et ces flics ! Ils ne sont pas en reste. Il y a longtemps, on les haïssait au métro Charonne, après les attentats du Bataclan on les embrassait, pendant les gilets jaunes, on ne les voyait pas, enfin on les devinait derrière leur masque, à cause des lacrymo, et maintenant voilà t’il pas que eux aussi sont au Parthénon de la république, vous contrôlant sans masque, sans matraque. Et parfois pour distraire les enfants des cités ils donnent dans l’encadrement éducatif avec distance de sécurité, of course. Les gamins sont à 20 mètres et soignent le retour de service grâce aux flashs balls devenus inutiles en ces temps de concorde nationale.

Et ces routiers obligés de faire leurs besoins en roulant, les stations services n’ouvrent plus les toilettes. Oui monsieur, en roulant, portière ouverte, les deux pieds sur la marche, une main sur le volant. Oui monsieur, parfaitement, y a déjà des photos de radars fixes qui circulent. La bête humaine je te dis.

Et autrement les journaux télévisés c’est cool. Tous les soirs t’attends le rapporteur de la santé qui t’annonce les chiffres. Sur TF1 ils avaient pensé (sic) mettre Foucault, pas Michel, Jean Pierre, l’autre c’est sur ARTE et faire une sorte de tirage du loto. Merde, j’avais misé sur mamie.

Ceci dit, un seul sujet à la fois c’est pas mal. Tu me diras il ne se passe plus rien sur la planète. A si heureusement qu’il y a les Coréens du nord qui lancent 4 pétards par jour en mer du Japon. Et quelquefois il y a un reportage sur les réfugiés syriens qui arrivent peu nombreux à Lampedusa. Vachement instructif, ils ne demandent plus des papiers ; De toute façon, même pour nous, le papier c’est introuvable. Dès qu’ils ont du réseau, ils prennent rendez-vous sur Doctolib avec le Professeur Raoult.

Avant on disait à propos des gens des quartiers.

– Regardez comme ils veulent s’isoler.

Maintenant c’est :

– Oui ils ne veulent pas s’isoler.

Faudrait savoir.

Sur TF1 au début c’était corona, corona on dirait du Carlos dans le texte. Et puis maintenant, doucement, le midi le père Pernault il arrive à nous refourguer le bon vieux reportage sur les lavoirs de nos anciens dans le Haut-Querçy.

Tu exagères, me direz vous, le patrimoine c’est important en ces temps troublés. Bon vous l’aurez cherché.

Les lavoirs lotois, ont prospéré entre 1800 et 1950, comme dans le reste de la France. Aujourd’hui, les cancans des lavandières et l’eau savonneuse ont laissé place aux bruits d’une eau limpide. Dans le Lot, ces témoins du passé sont encore bien présents et ont été préservés. Certains lavoirs du Lot ont même leur propre spécificité avec leur dalle de pierre en forme de «V», et qui répondent au doux nom de «Lavoirs papillons»

Ca y est, vous dormez!

Le soir sur la 2, Delahousse n’écoutant… que ses questions, nous fait profiter de chanteurs que l’on croyait morts. Ils viennent avec une guitare mal accordée, un mauvais son, un gros plan sur leur pif nous chanter un arrangement de leur tube sur le mode covid. Généralement ils ne font qu’un couplet. Delahousse fait un oui de la tête comme s’il allait rentrer en transe et remettre un prix Nobel de littérature acoustique, alors qu’il fait juste oui, oui,… oui ne sachant pas comment faire pour exécuter l’ordre de son réalisateur qui lui crie dans l’oreillette  « Mais tu vas me couper cette merde oui !!!!! »

Il enchaîne, optimiste, en disant les dates des prochains concerts, et le chanteur dit que les dates sont juste un petit peu reportées et ils conseillent aux enfants de bien faire les poches des parents disparus, on ne sait jamais, il peut y avoir des billets valides pour le prochain spectacle. Ils les retrouveront avec plaisir. Et surtout qu’ils n’oublient pas d’apporter leur briquet et leur masque, on fera une soirée souvenir.

L’entretien se termine en affichant la pochette du disque qui est toujours dans les bacs. Les jeunes se demandent ce qu’est un bac. Le Deezer des vieux peut être.

Un petit passage obligé par la séquence « On pense à la planète ». Si vous avez les mains irritées par les gels alcooliques, pensez à vous les oindre simplement de beurre, bio de préférence. Et le blond de dire « Et la margarine? »

Surtout pas, surtout pas, surtout pas. Il y a de l’huile de palme et ce n’est pas bon pour nos forêts. J’ai cru qu’on allait terminer sur le dernier tango à Paris.

Voilà ,voilà, on a tout fait. Bonsoir. Météo. Sans présentatrice. C’est normal.

Ensuite les chaînes télé de pauvres ont mis un film chaque après-midi. C’est leur effort de guerre à eux. Merci, pour la Grande Vadrouille. On a bien ri. Surtout mon chat, c’était la première fois.

Le soir, j’étais dans la salle de bain, et comme je n’ai plus de pile pour mes appareils auditifs, ma femme télécommande en main, me dit :

-Je mets l’abbé Pierre.

-J’ai entendu la guêpière.

Ma femme me fixa, sourcil gauche en l’air, index en travers sur les lèvres, j’ai compris qu’elle s’interrogeait sur mon avenir et que, ce virus faisant pas mal de place en EHPAD, s’il n’était pas temps qu’elle me fasse remplir le formulaire d’entrée. Oui, ma femme est assez lisible. J’ai quelques talents d’iridologue.

Mais c’est normal. A Paris quand tu dis hiver 54 tu penses pauvres, Emmaüs, sandales.

Mais en  Provence c’est 56:

-Putain les oliviers, en 56, ils ont tous gelé. »

Chacun ses références.

 

Chapitre 15

24 avril 2020

Stéphanie, derrière son casque en plexiglass, protégée par un masque, a pris son service ce matin. Elle a ouvert sa caisse du Carrefour contact, où elle travaille 28 heures par semaine, un peu plus tôt qu’a l’habitude. A 7 heures exactement, pour accueillir les personnes de plus de 70 ans. Ne pas les mélanger est le but. Elles sont inquiètes. Toute la matinée elle a eu l’esprit occupé par son chat. Ce chat est libre comme l’air, c’est son unique compagnon, il rentre et sort sans arrêt, fait un tour dans la rue, rentre, un tour aux croquettes, ressort, inspecte le quartier, revient, canapé, toilette. Une vie de chat on ne peut plus normale. Mais depuis l’épidémie la peur qu’il disparaisse emporté par ce virus la tourmente. Elle a décidé de l’enfermer quand elle travaille. Les jours où elle est présente, il peut sortir, vagabonder comme bon lui semble. Par contre chaque fois qu’il entre, elle lui nettoie les coussinets au gel hydro-alcoolique. Un travail incessant. Mais quand on aime un animal on fait son maximum. Un jour n’ayant plus de gel, dans l’affolement elle en fabriqua avec un vieux rhum, ramené d’un voyage aux Antilles.

Dix ans après, la bouteille était presque pleine.  Les choses que tu ramènes de voyage n’ont jamais plus le même goût. En plus ce voyage avait été le dernier avec Jean-Pierre.  Elle délaya huit feuilles de gélatine et y incorpora le breuvage, doucement, pour obtenir la consistance parfaite, celle qui ne boucherait pas la buse du pschisst-pschistt. C’était parfait. Dans le quartier tout le monde a pensé que c’était la chandeleur et que les gens arrosaient copieusement leurs crêpes.

Au bout de trois jours, son minou tomba en léthargie. Son vétérinaire diagnostiqua un coma éthylique inexpliqué. Elle ne dit jamais que JP, c’est le nom de son chat, passait des heures à se lécher les pattes, consciencieusement.

A 13h15, c’était un grand moment d’accalmie, elle repensa à ce qu’elle avait entendu sur France Inter.

Le journaliste économique disait :

-La banque centrale va injecter 750 milliards dans le système financier. Il faut se souvenir que la BCE a déjà mis dans les rouages de l’économie européenne 2600 milliards de mai 2015 à décembre 2018.

Elle resta bouche bée. Sa biscotte beurrée n’arriva jamais jusqu’à sa bouche. Elle se coupa en deux et fit un plongeon matinal dans sa tasse de thé.

Elle qui en 20 ans de service dans divers supermarchés n’avait eu droit qu’à une formation de 2 jours sur  les nouvelles machines à imprimer les billets de réduction à venir sur les prochains articles, comme  les boites de thon au piment d’Espelette, dont personne ne voulait. Et que si par hasard ce thon piquant te plaisait il fallait faire 40 euros d’achat dans le magasin avant la fin du mois. Les clients, dégoûtés, les laissaient sur la caisse, dédaigneusement. Au début elle s’était dit qu’elle pouvait les récupérer pour elle, mais une fille dans un autre magasin s’était fait virer pour ça. Apparemment, c’était considéré comme du vol.

Les quatre derniers présidents lui avaient pourtant dit que la gestion d’un Etat c’était comme la gestion du budget familial. Son budget familial, elle voyait bien : quand il y avait des imprévus, elle retirait sur son livret A ou bien elle demandait à Jeanine qui était son amie de toujours et qui surtout, comme elle était à la banque, elle savait mieux qu’elle.

Mais Jeanine ne lui avait jamais dit:

– Tu veux du cash ma poulette? Combien 100 euros? 1 milliard, 2600 milliards ?

Non, Jeanine elle n’avait jamais dit ça, même quand elle fumait un pétard sous le tilleul de son jardin les soirs d’été pendant que ses frères parlaient foot tout en comparant les parfums de genépi.

Elle essuya la table inondée de thé vert et se posa cette question que tout le monde s’est posé une fois en ces termes.

– Mais d’où il sort ce pognon?

De dingue ajoute-t-on aujourd’hui.

Personne ne lui avait expliqué comment se fabrique la monnaie. Bon elle n’était pas conne. Il suffisait d’une imprimerie. Mais apparemment, en allant voir sur internet la monnaie papier n’était presque rien.

Elle apprit un mot : scripturale.

La monnaie scripturale représentait 90%. Celle qui est écrite.

Elle se dit que peut-être les 38 euros qu’elle avait dans la poche avaient une valeur. Le reste ?

Prise d’effroi elle se dit que peut-être Jeanine la banquière avait oublié de lui dire que son argent sur le livret A ce n’était qu’une écriture. Un peu comme la reconnaissance de dette qu’elle avait faite à tonton Guy.

Elle eut un doute effroyable. Et si elle voulait retirer du livret A ses 5238 euros, et si tout le monde voulait faire pareil, parce que les gens n’avait pas confiance, peut-être que Jeanine lui dirait que la banque était fermée exceptionnellement et qu’elle ne savait pas quand elle ouvrirait.

Quelqu’un tapa au plexiglass. Elle sursauta et revint dans sa vraie vie. Mais comment pouvait elle s’imaginer des trucs pareils ? Comme quoi il faut pas trop réfléchir, autrement on ne vit plus.

Mais bon, le truc de la BCE ce matin elle l’avait bien entendu. 2600 milliards. Peut-être que c’était des lignes d’écritures et qu’à la fin le Président il nous dirait qu’on s’était endetté pour la guerre contre le virus et il nous présenterait la note. 1464 euros pour chacun des européens sauf les infirmières. Là je re-rêve.

Le gars qui voulait payer ses courses avait une bonne tête et elle lui fit part de ses questionnements.

Il était brillant, il devait être chef de guichets à la banque. Il lui dit qu’en fait la BCE elle donnait pas aux Etats, elle donnait aux banques qui remettaient l’argent dans les circuits de l’économie réelle.

Il lui expliqua que ce n’était pas tout à fait vrai et que les banques mettaient une grosse partie de cette argent dans la spéculation, dans les marchés financiers à haut rendement et forcément à haut risque mais quand la méthode rapportait gros, pour échapper à l’impôt ils transféraient le tout dans des paradis fiscaux.

-Vous bossez. Ils jouent murmura t-il dans un sublime sourire qui finit par la mettre sous le charme.

Le visage de Stéphanie s’éclaira. Ben voilà, quand on lui explique, elle comprend. Cet homme était beau, lumineux, une barbe de 3 jours qui lui rappelait quelqu’un.

Il lui présenta 3 tickets restaurant et un bon d’achat du secours populaire.

Elle se ravisa. Il avait dû se faire virer de la banque.

Tout charmant qu’il était, elle lui demanda une pièce d’identité.

Son nom lui disait quelque chose : Jérome Kerviel.