Editeur: Jean-Marie Gleize

Jean-Marie Gleize est professeur de littérature moderne et contemporaine et directeur du Centre d'études poétiques de l'École normale supérieure Lettres et Sciences humaines (Lyon). Il est auteur de plus de vingt ouvrages de poésie et de critique.
La crête de la solitude et autres poèmes

La crête de la solitude la tristesse de mes paumes vides fauche les vagues d’herbes alourdies par la pluie, j’hume le levant des matins épiés d’envie, la douceur des lointains dans les feuillages, le brin d’herbe enchante de vert le silence du nid de la solitude et du bec jaune du merle, elle creuse dans […] Lire plus »

Bref annuaire de pensées insolites

Les réflexions contenues dans cet “annuaire” engagent seulement la responsabilité de son auteur (NdR).

Air : n’a jamais été aussi pur dans les pays ayant pris la pollution au sérieux; mais les puristes en veulent plus, toujours, oubliant, d’abord, de s’occuper des transports en commun et du gigantisme des mégapoles, ces impasses progressives (celui du progressisme rigide) si divers circuits ne sont pas repensés : consommation directe, école directe (à distance) santé directe également. Il faut revitaliser les petites villes et les villages en les fibrant en priorité. Par ailleurs il est faux de dire que le diesel serait en soi responsable des “48.000 morts” lié à la pollution alors qu’il devient plus propre que l’essence.

Résultat : il faut arrêter la casse de l’industrie française de l’automobile en continuant dans le diesel amélioré, le “carburant” électrique étant peu opérationnel, surtout en état, surtout en fermant des centrales nucléaires sans parler du retard (volontaire?) des EPR (sabotage?) ce qui implique d’accepter d’entamer un bras de fer avec la Commission européenne qui impose des normes arbitraires sous la pression de divers lobbies alors que l’industrie de l’éolien s’avère ne pas être la panacée envisagée.

 

Angela Merkel : avec elle, l’Allemagne pollue quatre fois plus que la France et refuse toujours d’agir en amont sur les bases arrières de l’Islam dit politique (alors qu’il a toujours été politique soit dit en passant…).

 

Antifa: les nouveaux nervis petits bourgeois issus de la gauche totalitaire néo-léniniste et faisant le sale boulot du néo-ésotérisme (voir infra); déjà vu à Weimar dans les années 20 en allant casser meurtrir du “social-dem”, la liberté étant pour eux une “valeur bourgeoise” (comme les fascistes et nazis) ni homme ni femme désormais (néo-zombies sans (cent) regard(s)) à l’assaut de l’hétéro mâle blanc de plus de cinquante ans ; ils travaillent de plus en plus avec l’islam dit “politique” (marcher séparément, frapper ensemble).

 

Argentmiroir déformant. Plus confortable que le troc. Confondu avec le Capital (infra).

 

Attaque(s) au nom de l’Islam: dans le but d’agir, tout en amont, sur la culpabilité des dirigeants, au-delà des étiquettes des nations et des continents, afin de les punir, leur faire peur, qu’ils plient, surtout ces temps-ci en Asie, en Occident et en Afrique, qu’ils culpabilisent de ne pas en faire assez en aval (pas assez de construction de mosquées, pas assez de voiles en circulation, alors que les églises temples (bouddhistes y compris) et synagogues sont interdites, limitées, harcelées, dans leurs pays ou pourrissent) agir par tous les moyens, même infimes (ne pas serrer les mains des femmes, validé par une Grande Gueule syndiqué à Solidaire(s) en France) le tout au nom de cette croyance si avide de puissance et qui ainsi ronge, ronge, use, fait fléchir et plus du tout réfléchir un néo-tiers-mondisme devenu ségrégationniste.

Leurs idiots utiles de la gauche chic ont alors beau jeu de sortir un attentat ici et là (Nouvelle Zélande, France, USA) une répression en Birmanie, mais ce sont des amalgames qui n’ont rien à voir avec cette systématicité mortifère agissant “au nom de l’islam”; elle reste encore impensée par toute la classe politique et intellectuelle aveuglée par ses poncifs comme l’islam civilisant une Europe barbare et étant payé de retour par les Croisades qui auraient alors cassé son élan ce qui est une absurdité et surtout un mensonge, les musulmans de l’époque par exemple ont plus eu maille à partir avec leurs propres divisions intestines (chute des Omeyyades) et les invasions asiatiques comme les Mongols ayant mis à sac Bagdad (1258) ; quant aux massacres francs (qui n’ont pas touché que les colons musulmans de la terre d’Israël) que dire des massacres musulmans en Inde qui furent sans commune mesure ? (Sans parler de la traite arabo-musulmane dépassant en ampleur la traite transatlantique).

Observons enfin qu’aujourd’hui toutes ces belles âmes restent incapables paradoxalement de manifester devant l’ambassade chinoise pour défendre les Ouïgours ; ne parlons pas des hongkongais passés en pertes et fracas.

 

Bien commun: ne pas le laisser aux hyper-échangistes (voir infra) réduisant la liberté de l’échange à l’affairisme de l’appât du gain capable de vendre père et mère (et aujourd’hui enfant sous cellophane) mais ne pas plus le laisser aux étatistes, surtout modélistes (idéal de la planification pure et parfaite) qui pensent toujours faire bien mieux, techniquement, que “le” (vilain) marché jugé trop irrationnel égoïste alors que celui-ci, lorsqu’il se distingue d’un hyper-échangisme en effet par trop affairiste, est bien plus à même de laisser les acteurs agir de façon autonome ; d’où d’ailleurs les difficultés croissantes en France d’EDF et dans une certaine mesure de la SNCF qui bien que publiques ont pâti du poids bureaucratique de décisions centralistes (technocratiques) mettant aujourd’hui à mal le nucléaire et le chemin de fer de proximité (heureusement pris en charge par les régions désormais).

Ceci permettrait de penser autrement le Service Public en tablant plus sur des délégations et des régulations a posteriori  et ce dans tous les domaines (infra, voir Solidarité); l’erreur de Margaret Thatcher fut bien moins de privatiser les chemins de fer que l’instance de régulation ; et il ne faut pas oublier que lors de la privatisation, les compagnies privées s’aperçurent qu’il manquait trente ans d’investissement public; or, au lieu de le dénoncer et de renoncer dans ce cas à la privatisation ils mirent tout sous le tapis avec comme résultat les accidents et la diabolisation actuelle; sauf que les pourfendeurs actuels de la privatisation (sous conditions) oublient que si le fret français du rail a été aujourd’hui doublé par la route c’est bien parce qu’il ne remplissait pas ses obligations surtout en matière de frais avec les retards et grèves du zèle à répétition ; enfin la privatisation impliquerait que ces entreprises payent des impôts au lieu de voir la puissance publique éponger les dettes en permanence (plusieurs centaines de milliards actuellement si l’on additionne fer, électricité, hôpitaux…) ; aussi l’adage des étatistes dénonçant “la nationalisation des dettes et la privatisation des bénéfices” serait battu en brèche comme il l’est aujourd’hui concernant les autoroutes: les entreprises s’en occupant payant des impôts tout en maintenant un réseau à niveau, surtout si on le compare avec le réseau public.

 

Capital : Pour Max Weber il s’agit d’un type d’organisation du travail, un état d’esprit, d’abord; rien à voir avec l’appât du gain ou l’affairisme (l’hyper-échangisme, voir infra) qui ont toujours existé sous d’autres formes (avarice, thésaurisation); aussi l’énoncé de Weber est recevable comme théorie bien plus générale (et donc pouvant se hisser au niveau d’une science selon l’acception d’Aristote) que celle de Marx car celui-ci croyait que la mécanisation allait tout appauvrir (comme certains le croient encore); l’exploitation/aliénation du travail humain étant pour lui la seule source de “valeur”, ce qui s’est avéré erronée: l’invention, la consommation, bien plus que l’impérialisme, ont permis son essor ; le marxisme n’est donc qu’une théorie locale (car ici et là il y a en effet de l’exploitation/aliénation lorsque le rapport de forces est défavorable) elle ne peut donc avoir la prétention de comprendre “le fétichisme de la marchandise”, même si Marx l’a cependant désigné ainsi dans une rare vision objective, comme l’avait indiqué Jean Baudrillard (je tiens un séminaire sur ce sujet en février) partant même de là pour tenter lui aussi une explication….

La preuve ultime qu’il s’agit bien plus d’une technique (au sens de Weber et aussi de Georges Simondon) que d’un système de “domination” ou encore de la seule conséquence de la démocratisation comme le pense Jean Baechler, provient de son utilisation avec succès en Chine et dans les pays islamiques pourtant antidémocratiques par définition; néanmoins il est à observer que le capitalisme ne peut réellement s’optimiser en tant que technique permettant la pleine individuation ou développement épanouissant (Simondon, idem, sur L’individuation) que s’il s’articule à la Civilisation de l’État de Droit (infra) comme le montrent par excellence et sous nos yeux (émus) les Hongkongais, irakiens, libanais, algériens, boliviens, chiliens…

 

Citoyendepuis les Grecs la distinction entre Citoyens (ayant leurs ancêtres enterrés dans l’Acropole) et Métèques, Esclaves a toujours été de mise ; ce qui n’empêchait pas de voir des métèques et des esclaves occuper les plus hautes fonctions (idem à Rome, l’empereur Septime Sévère, berbère, par exemple) ; ce qui était vu était non seulement “l’humain” mais aussi celui qui aura versé son sang pour défendre la Cité (distincte de la notion de Nation, inexistante, chez les Grecs, d’où l’alliance de Spartes avec les Perses contre Athènes lors de la seconde guerre du Péloponnèse); cette notion de citoyenneté a été édulcorée depuis la Révolution française car “qu’un sang impur abreuve les sillons” marque certes l’opposition Noble/Peuple en oubliant que les deux font partie de la même culture et civilisation, donc ce ne sont pas n’importe quels “sillons” mais ceux de la terre France (qui est cependant bien plus qu’un “nomos” car son sol peut s’élever il n’est pas uniquement lié au sang natif mais versé…).

Aujourd’hui la tendance à effacer la citoyenneté au profit du seul supra-humanisme (le global care, voir infra à hyper-échangisme) fait le jeu des absolutismes impérialistes tel celui agissant aujourd’hui “au-nom-de-l’islam” ou de l’anarcho-léninisme (voir infra, à néo-ésotérisme) sans oublier celui du techno-scientisme réduisant non seulement le citoyen mais aussi à l’humain à un “système” de particules modélisables (voir infra à hyper-échangisme).

 

Civilisation de l’État de Droit: depuis cinq cent ans, en Europe, la jonction entre Antiquité et Modernité a fait que l’universalité du judéo-christianisme s’est affinée en Civilisation de l’État de Droit (Chantal Delsol, Les idées politiques au XX°siècle, 2015, p.200) qui (si on le distingue de l’impérialisme) implique la liberté de penser et d’entreprendre, l’équilibre des pouvoirs (médias compris) la hiérarchie des normes (Hans Kelsen) ; tout un ensemble qui permet de bien mieux agir sur les trois principales passions humaines (puissance, richesse, prestige) en conflit permanent et dont l’intensité varie selon les strates sociales en joute ; et qui pousse aussi toutes les autres Civilisations à l’insérer selon leur Culture ou à le combattre comme on le voit sous nos yeux en Turquie, en Chine, en Afrique, en Amérique du Sud, en Europe (Russie comprise…).

Ce qui se passe à Hong Kong, en Irak, au Liban, en Algérie, au Venezuela, au Chili, en Bolivie, en Iran… n’est pas une demande de plus de communisme, ni d’hyper-échangisme (infra), mais de moins de corruption, de plus de Bien Commun fiable (supra) de réels contre-pouvoirs, de bien plus de liberté de pensée et d’entreprendre…Bref, l’État de droit renforçant la singularité nationale (au lieu de l’affaiblir au profit de l’hyper-échangisme ou le confusionnisme anarcho-léniniste, voir infra, à néo-ésotérisme). Il se répand comme technique en ce sens fort que donne Gilbert Simondon à ce dernier terme en tant que prolongement du développement humain (infra) alors que l’acception de Martin Heidegger (le Gestell, l’Arraisonnement, la mise à la raison elle-même réduite à la logique -juive- si l’on lit les Cahiers Noirs analysés par Peter Trawny) la réduit à sa dimension calculatrice prétendument cartésienne, Descartes ayant bien plus en vue la santé humaine que l’instrumentalisation du monde, 6ème partie du Discours de la Méthode (paragraphes 191-193) une Technique à saisir au même titre que l’électricité et aujourd’hui le numérique, même née en Occident…

 

Climat: il a toujours changé disait feu Marcel Leroux (climatologue, lui); et il faisait bien plus chaud à la sortie du Quaternaire ; la preuve étant qu’aujourd’hui en Suisse il est possible de retrouver certains fossiles végétaux lorsque des glaciers se retirent, d’où cette oscillation “permanente”; ne pas  confondre donc avec la nécessaire lutte contre la pollution, les gaspillages, les déchets… Les centaines de milliards alimentant aujourd’hui la propagande catastrophiste (ayant auparavant prévue la fin du monde en…2020!) aujourd’hui reportée en 2025, 2030, 2050, les plus “prudents” parlant de 2100 devraient plutôt servir à aider les Nations en voie de développement à prévenir justement les risques naturels ou provoqués par une urbanisation imprudente.

 

Croissance: terme de l’ère quantitativiste, dite aussi techno-scientiste (plutôt que “positiviste” qui est un terme comtien qui n’a jamais exclu l’esprit de qualité, voir infra à hyper-échangisme) aujourd’hui arrivée à saturation (la multiplication de quantité ne fait pas la qualité contrairement à ce que pensaient Marx et Engels qui ont mal lu, là aussi, Hegel, mais elle peut cependant la submerger, du moins un temps) la production quantitative étant souvent de bas de gamme et s’avère toujours insuffisante, surtout dans les pays ravagés par la corruption (l’absence d’État de droit -voir supra, Civilisation) alors qu’il faut viser plutôt et toujours le haut de gamme (voir infra à développement).

 

Culture: ne peut pas être réduit à un folklore car c’est un art de vivre “total” (au sens de Marcel Mauss) englobant tout, souveraine donc, d’où l’absurdité du terme “multi”culturalisme ce racisme métaphysique car cela voudrait dire qu’au sein d’une même Nation pourrait “vivre ensemble” plusieurs souverainetés ; par contre le terme “pluri” serait mieux approprié que le “multi” pour souligner la pluralité, sauf que l’insertion (au lieu de l’intégration et de l’assimilation) doit rester première afin de mieux tisser les différents fils de la Nation.

 

Démocratie: comme son nom l’indique, le “pouvoir du Peuple”; si et seulement si celui-ci se dépasse pour dénicher en son sein les meilleurs (aristos) ayant prouvé leur compétence, leur ardeur, afin de veiller sur le Bien Commun ou État de droit (supra et infra : Solidarité) telle était  du moins la définition de Platon dans le Politique, repris dans La République, aujourd’hui tarte à la crème: même les nations sans État de droit le revendiquent en ajoutant “populaire” et “république” : “République démocratique et populaire” disent leurs dirigeants en faisant tout le contraire: il ne suffit donc pas de se proclamer “nation” pour être réellement du côté du peuple…

 

Développement: La qualité prime sur la quantité (mais doit empêcher sa submersion par cette dernière) d’où le rayonnement de la France dans l’industrie du luxe et des jeux vidéo dont l’esprit devrait se répandre afin de viser systématiquement désormais le haut de gamme (aucune raison de le laisser aux autres) Françoise Sagan avait eu ce mot terrible: il y a deux sortes de gauche, celle qui veut que tout le monde se déplace à pied ou en vélo (nous y sommes…) et celle qui veut que tout le monde se déplace en Rolls, Sagan préférait bien sûr celle-ci…Quitte à ce que la Rolls devienne moins polluante… Ou comment passer de l’émancipation brute de décoffrage à l’affinement distingué.  Lire à ce propos le dernier livre Pierre-André Taguieff sur l’émancipationnisme“…

 

Empire : ne tient qu’un temps, car tout se concentre à la tête (la capitale, le bureau ovale, la Présidence des C.A…) malgré la puissance de feu de toute “Vieille Garde” (ici les Traditions de pensée et d’action) laissant les flancs (l’enfer des détails) non plus aux “hussards” (de “la” République) mais aux moins compétents des démagogues (n’est pas Desmothène qui veut) d’où l’impossibilité à force de résister aux coups de boutoirs incessants des assujettis et des puissances envieuses ; l’Empire de type nouveau, s’il vient, doit redevenir d’abord oikos ou comment tisser une toile internationale auto-régénérante (voir France, infra).

 

Europe : C’est le lieu de naissance (récente) de l’Universel raisonné au sens de dépasser la logique, cet outil, vers la raison ou sens des conséquences visant le mieux-être (le plus “utile”) pour le plus grand nombre comme le disait Bentham cet inventeur de la déontologie. Mais les passions humaines sont telles que l’ivresse de puissance de richesses et de prestige cherche plutôt à croître quantitativement que se développer qualitativement par l’affinement de soi ; d’où les effroyables guerres qui ont vu par plus d’une fois l’Europe trahir l’idéal de paix perpétuelle tant rêvé en effet par Kant; s’ensuit-il pour autant qu’il faille renoncer, surtout en position de force (la suprématie militaire et technologique) alors que les Peuples de plus en plus exigent comme en 1848 (au temps du Printemps des Peuples guère compris par Marx) plus de liberté pour leur propre génie ?…

Aussi autant l’Union Européenne que la Russie (et bientôt de nouveau l’Angleterre) se doivent de préserver cette lumière de raison vacillant aujourd’hui au milieu de vents totalitaires ivres de leur force grâce à leur abandon au “côté obscur”; seront-elles capables de le faire alors que des minorités actives prétendent imposer leur vision soit hyper-échangiste (le citoyen réduit à une particule sans commencement ni fin et reconditionnée en cas où par le Global Care, voir infra) soit néo-ésotérique (le citoyen réduit à être la pièce d’un “Tout” et agencé en son sein selon son aptitude à connaître le Code).

 

France : Fille aînée de l’Église, elle est aussi la Mère des Printemps des Peuples (Marianne) aussi a-t-elle la responsabilité de mener à bien l’éclosion universelle de la Civilisation de l’État de Droit (supra) déjà en se toilettant, se restructurant sur ses fondamentaux, ce qui veut dire asseoir un nouveau compromis historique affinant celui du Conseil National de la Résistance en considérant que la Solidarité (infra) n’est pas contradictoire avec la Liberté de penser et d’entreprendre; ce qui implique de viser bien plus la stimulation que l’assistance (d’où l’idée dite du “salaire complet“).
Et il s’agit aussi  de viser bien plus l’insertion non seulement sociale mais culturelle, celle des diverses ethnies qui ne peuvent se penser “chez elles”, comme les nouveaux racistes dits décoloniaux le clament, mais participant pleinement à plus grand qu’elles; c’est le message de Jeanne d’Arc semble-t-il, même si plus de souplesse doit prévaloir en n’opposant pas nécessaire centralisation de l’action et impérative décentralisation de son application ; ce n’est qu’en restaurant ses comptes et en redevenant elle-même (en réconciliant son esprit pré et post 1789) que la France peut redonner de l’élan à l’Europe et au monde (infra) ; maintenant que l’Allemagne fait du surplace et implose, l’Angleterre idem les USA en suspens, mais tentent un sursaut, la Russie se reconstruit suite aux conséquences du 1792 français mal compris (voir infra, Visegrad).

 

Hyper-échangisme: les hyper-échangistes peuvent être de gauche (l’égalité, le prestige, la puissance) ou de droite (les “affaires”, l’appât du gain) ils se retrouvent pour effacer de fait les notions dites “enracinées” qu’ils accusent “d’essentialisme” y compris celles de sexe et de citoyenneté (qui est pourtant la première Solidarité, infra) car pour eux leur offre de relation doit être obligatoirement acceptée par l’élément demandé, même s’il ne la désire pas y compris sexuellement; ce qui nécessite pour celui-ci d’évacuer ou modifier profondément son “essence” au prétexte de devoir “bouger” ne pas se “fixer” car autrement elle se fermerait se rigidifierait aliénerait son “auto-mouvement” comme “Idée” (deviendrait  réactionnaire, traditionaliste, d’extrême-droite, raciste etc…) alors que l’on peut à la fois perpétuer son soi idiosyncrasique et modifier ses modes d’apparition, ses habitudes selon les “moments” et ce de telle sorte que son “essence” (sa quiddité dit Aristote ou “ce qui ne peut pas ne pas être” traduit Ravaisson rappelle Tricot) puisse se “poser” (Hegel) selon les nécessités historiquement situées.

Ces gens déploient en fait un techno-scientisme (ils parlent de plus en plus “au nom” de “la” Science) soit cette vision physique/logique de “l’échange” séparée du “méta”, du sens, de la raison (des conséquences); aussi modélisent-ils uniquement le monde matériel et humain en flux qu’ils habillent idéologiquement du papier cadeau “care”; celui-ci se voulant aujourd’hui “global”, “humanitaire”, le global care visant l’individu/particule comme corps ou matrice infiniment codable interchangeable les prouesses d’aujourd’hui permettant de produire des corps comme il faut (fashionable).

Ce terme d’hyper-échangisme est préférable à celui de “néo-libéralisme” qui, comme “l’islamophobie”, vient plutôt de ceux qui ont en horreur autant la liberté que la critique; alors que l’idée d’accoler financiarisation et production est une vieille antienne au moins depuis Crésus puisqu’il faut bien d’abord accumuler du capital avant de s’en servir dans le circuit, y compris pour produire des biens financiers ; il n’en reste pas moins que la globalisation numérique permet de “jouer” bien plus sur les taux que naguère, sauf lorsqu’ils deviennent négatifs, aussi ce sont les actions qui décollent plutôt aujourd’hui ; d’où l’idée à reprendre de la taxe Tobin visant à taxer les échanges uniquement spéculatifs ce qui pourrait être un flux non négligeable par ailleurs pour l’action internationale, du moins si ce projet n’apparait pas punitif (comme chez Piketty and co) mais volontaire à l’instar de l’action des grandes fondations, par l’instauration d’un donnant donnant : le capital spéculatif reverse volontairement une part aux fondations et voit sa taxation diminuée à l’instar de ce qui se passe pour le secteur associatif à but non lucratif.

 

Immigration: c’est au départ le “droit des gens” à aller et venir sur Terre (Hugo Grotius) mais il est aujourd’hui devenue le cheval de bataille des hyper-échangistes de toutes obédiences, les unes, plus contemporaines, pour aller à l’assaut de l’hétérosexuel blanc, les autres, plus anciennes, parce qu’il faut brasser tout azimut afin de lever, malaxer, une nouvelle matière sociale plus malléable moins coûteuse (pour les affairistes de l’hyper-échangisme, à distinguer des capitalistes, voir supra) matière manipulable à merci en préférant la payer moins plutôt que réorganiser les coûts sociaux(voir infraSolidarité); les unes et les autres obédiences pour masquer que leur tiers-mondisme d’antan à échoué, laissant des pays exsangues non pas des “États faillis” comme il est prétendu rue St Guillaume (Paris) mais des pans de tribus pouvant avoir vécu des monarchies et des empires mais n’ayant jamais connu le stade si singulier de la Nation (voir infra et supra- civilisation de l’État de droit).

 

Johnson (Boris): sursaut non pas de réactionnaires invétérés ou de déclassés perdants de la mondialisation mais de forces sociales plutôt des campagnes et des villes moyennes ayant cependant la Nation cheville au corps au même titre que les poilus (incompréhension de Lénine semblable à celle de Marx en 1848) plutôt que leur seule strate sociale; ce sont les mêmes qui avec de simples coquilles de noix allèrent sur la Mer du Nord sauver leurs “boys” à Dunkerque; pourrait-on parler là aussi de déclassés refusant d’accepter ce “progrès” qu’était le nazisme triomphant de l’époque y compris pour ses admirateurs anglais ou américains (Charles Lindbergh par exemple) ?

Aujourd’hui l’Angleterre (plutôt que le Royaume Uni) et le Pays de Galles (quoique plutôt travailliste, mais ayant voté le Brexit dans sa majorité) réagissent bien plus devant la modification “multiculturaliste” (voir supra) imposée par les élites techno-scientistes et hyper-échangistes que par les difficultés économiques liées à la mondialisation/globalisation, même si celles-ci jouent négativement.

 

LGBTQ+: ne pas confondre avec le droit de minorités sexuelles à être acceptées et protégées mais courants transformistes dans lesquels dominent les “queer” et les “Butchs-Fem” (avec Butler et Wittig s’inspirant de Foucault) à intégrer plutôt dans la matrice du néo-ésotérisme (voir infra) ayant absorbé postmodernisme et déconstructionnisme ; par exemple Daniel Bensaïd de l’ex LCR ou encore François Cusset fondateur des Blacks Blocs, sans parler de London et autres Nuit Debout ayant chassé Finkielkraut de leur sitting place de la République.

Ces courants ont réussi à faire croire qu’ils défendent l’homosexualité alors qu’ils visent à la détruire au même titre que l’hétérosexualité d’où l’idée de les classer plutôt parmi les totalitaires du néo-ésotérisme (infra).

 

ONU: une structure en réelle “mort cérébrale”, elle aussi, acceptant en son sein des entités antidémocratiques bien loin de l’État de droit tant vanté pourtant dans le Préambule de la Charte (son article 2 surtout) alors qu’elles le foulent aux pieds en particulier au sein des commissions sur les droits de L’Homme ou de la Femme ces parangons d’ hypocrisies; ne parlons pas de l’UNESCO qui nie la présence juive ancestrale en Israël, de la Banque Mondiale, du FMI qui ne voient toujours pas que l’instauration de réels États de droit (ne se limitant pas à des processus électoraux et un “pluralisme” politique) restent la priorité des priorités ; d’où l’idée de sommer tous les membres de respecter réellement le Préambule ou de s’en aller, ou encore et de façon plus réaliste de fonder une nouvelle société internationale à l’instar de l’ONU supplantant la SDN.

Il pourrait s’agir par exemple de la SNED : Solidarité des Nations à État de Droit (voir infra à Solidarité) Mais pour y arriver il faudrait que les Nations acquises à cette idée puisse s’affranchir de tout mercantilisme et donc rompre avec tout État comme la Chine, l’Arabie, le Qatar… Ce qui n’est pas demain la veille ; d’où l’accentuation de la crise multiforme actuelle jusqu’aux points de rupture, ceux des tremblements historiques qu’un Henri Heine avait si bien décrit à la fin du XIXème siècle s’agissant de l’Allemagne…

 

OTAN: une “Alliance” qui sert tout de même encore à quelque chose en Afghanistan, mais guère en Afrique sahélienne; la Turquie devrait en être au moins suspendue (d’autant que sa présence à Chypre reste inexplicable) ; de plus, un modus vivendi peut être trouvé avec la Russie qui accepte d’ailleurs ces temps-ci de freiner ses ambitions en Ukraine ; la Crimée lui appartenant par ailleurs historiquement ; ce qui permettrait aussi à la Russie de ne pas être ligotée par une Chine heureusement de plus en plus touchée à son talon hongkongais (sans parler de la Chine intérieure) et de se rapprocher d’une UE réformée (les courants anti-humanistes anti-démocrates et anti-républicains comme les néo-léninistes et les hyper-échangistes étant écartés par exemple).

L’idéal aussi serait que l’Union Européenne, libérée du double carcan hyper-échangiste (supra) et néo-ésotérique (infra), surtout de type catastrophiste, n’ait plus besoin de l’Otan et donc des USA sachant que le passif de ces derniers nourrit encore les courants tiers-mondistes et djihadistes au sens où par exemple les USA (au sein de l’OTAN) lors de la guerre froide ont confondu les luttes nationalistes anti-colonialistes et les luttes pro-communistes (alors que les USA étaient plutôt anti-colonialistes); jusqu’à supprimer certains réformateurs en Iran (Mossadegh) en Afrique (au Congo:Tshombé…) etc ; il est vrai que celles-ci ont financé celles-là grâce aux actions soviétiques maoïstes et nassériennes (par exemple en Algérie en 1954) tout en éliminant les nationalistes (au sens non chauvin du terme) au profit d’éléments inféodés à ces puissances anti-démocratiques donneuses d’argent d’où la confusion (dont Cuba est aussi un exemple type) ; même au Chili tout n’est pas encore très clair tant Allende fut fragilisé par l’extrême gauche du MIR lui-même tiraillé entre réforme et révolution à l’instar du POUM espagnol qui avait été évincé par les staliniens (sans que les anarchistes et les trotskistes ne bougent en réalité) ce qui a renforcé “les” franquistes effrayés par ce que les staliniens pourraient faire comme massacres de type bolchevik (c’est aussi la thèse de Nolte concernant le lien entre nazisme et communisme, thèse que conteste Furet… (à suivre…).

En fait cette confusion entre lutte pour la préservation de sa singularité et lutte en soi pour l’hégémonie existe toujours lorsque l’on réduit actuellement la première à un nationalisme raciste ou à un populisme démagogue, bref, à ladite “extrême droite”, ce qui rappelle la réduction naguère des luttes d’indépendance à la seule volonté communiste qui dans ce cas a su habilement se draper de nationalisme pour se maintenir au pouvoir, on le voit en Chine, en Corée du Nord.

Cela s’observe également et sur un autre plan en Turquie lorsque le PKK Kurde persiste à propager l’idéologie communiste au lieu de s’en éloigner, mais aussi au Mali lorsque certaines tribus Touaregs font alliance avec les wahhabites lorsque ces derniers leur promettent une autonomie dans un futur califat.

En tout cas tant que l’OTAN reste trop inféodée à ces diverses confusions il est préférable pour la France de s’en écarter à nouveau.

 

Macron: son élection, “surprise” (Fillon étant malicieusement affaibli) soulignait semble-t-il, du moins sur le papier, une volonté de “réformer” la France sans en passer par des mesures radicales étatistes (FI et RN) ou seulement économiste/monétariste (Fillon) une sorte de consensus centriste pensant qu’il suffirait de refaire redémarrer l’économie des grands groupes, de redonner un peu de pouvoir d’achat (suppression de la taxe d’habitation, baisse des impôts), d’ “harmoniser” enfin les systèmes sociaux en évitant leur réelle mise à plat par les rustines de l’accroissement et du renchérissement de la redistribution spoliatrice (les plus “riches” -à partir de 2500€ nets- payant pour les moins aisés sans que ceux-ci ne soient réellement pris en charge sinon par une formation plus accessible mais limitée) tout en saisissant un volume financier non négligeable (équivalent au déficit global) du fait de la substitution étatique de l’effacement du paritarisme, exit les “partenaires sociaux”, ce qui permet avec cet argent accaparé de continuer à faire de la cavalerie, d’autant que les taux d’intérêts son nuls voire négatifs.

Ce sont en fait les impératifs de l’État Moloch (dont Emmanuel Macron apparaît être la proue la plus aboutie) mais en déficit croissant depuis la fin des Grandes Glorieuses, reprenant par exemple d’une main ce qu’il concède de l’autre comme les encouragements aux start-up, mais les freins sont mis de fait aux établissements de taille intermédiaire, ETI) pis, l’État leur casse bras et jambes par les impôts de production devant être payés avant tout bénéfice, et aussi par la recentralisation du financement des collectivités locales; le tout s’insère dans une vaste crise globale antérieure, bien sûr à son élection, allant de l’effondrement des petites villes liées à la désindustrialisation imposée par l’hyper-échangisme, aux coûts sociaux faramineux imposés par la bureaucratie du néo-ésotérisme (infra) issue du Conseil National de la Résistance alors qu’il serait possible d’être solidaire moins cher (voir infra à Solidarité) du moins sans ces gaspillages grandissants (rapports de la Cour des Comptes) liés également au gigantisme et au centralisme, de plus en plus inutiles à l’heure de la fibre optique et au souhait du plus grand nombre de vivre plus horizontalement, directement, les décisions.

On ne voit également guère le nouveau Président réagir de manière “révolutionnaire” (promise pourtant dans son livre du même nom) à l’encontre de la déstructuration culturelle morale et sociétale produite conjointement par la crise de la société patriarcale, la prolifération des systèmes de référence, le travail de sape des propagandes libertines utilisées par les anarcho-léninistes (Bataille, Sollers…) prônant la supériorité hyper-individualiste et hyper-échangiste du “désir” sacralisé au détriment de la solidarité familiale et surtout de cette promesse de respecter autrui (de ne pas lui faire de peine en le trompant, en le “jetant” parfois (au détour d’un texto façon François Hollande) alors que l’on combat soit disant “les licenciements du néo-libéralisme”;

Or cet abandon moral (qui fait la joie des sectes des groupes extrémistes religieux et des catastrophistes nouveau genre) laisse en plan beaucoup de femmes victimes d’une monoparentalité imposée, victimes aussi (quoique séculaires) de leur beauté physique plus fragile ou pas assez plastifiée façon gravures de mode et autres “corps de rêve”, les enfants (au nombre de plus en plus réduit) trinquent en passant, la majorité subissant l’égoïsme de certains pères confondant vie réelle et série TV prônant ce relativisme tout azimut des moeurs allant jusqu’à prôner l’importation de millions d’immigrés en Europe pour compenser une politique anti-familiale (surtout blanche et hétérosexuelle) ; comme si la “famille recomposée” ou “multiple” tant vantée allait de soi voire devenait obligatoire pour être dans le “coup” (du couple binôme au “tri-couple” ++) ; ce qui touche d’ailleurs également de plein fouet les “quartiers” dits ” difficiles” avec l’industrie du porno en épée de Damoclès ; d’où le retour d’un bâton religieux croyant par ailleurs qu’il suffirait de voiler les femmes pour qu’elles se tiennent désormais ou de nouveau “bien”, comme si elles étaient l’origine de tout ce dérèglement multiforme qui s’accentue, également mondialement.

Sur un autre plan, plus géo-urbain, au lieu de reprendre à bras le corps certains “territoires perdus” via par exemple des jeux de franchise (libre de taxes et d’impôts) afin de se battre réellement contre la ghettoïsation et la mainmise de la drogue c’est-à-dire en se donnant les moyens également politiques et pas seulement financiers (exit le plan Borloo) de les insérer vraiment, le gouvernement actuel se contente de saupoudrer, avec comme cosmétique les classes dédoublées, oubliant que dans les pays totalitaires l’école avait aussi de très bons résultats ; enfin l’indulgence envers les milices antifa (et leurs alliés se réclamant de l’islam) en costume ou en barre de fer et qui empêchent de plus en plus la vie intellectuelle, tout cela fait que les grands espoirs se sont ternis et que l’on risque d’accoucher d’une situation sans direction avec à la tête des groupes politiques et idéologiquement historiquement dépassés ou désuets en tout cas incapables de se hisser à hauteur de jeu.

 

Néo-ésotérisme: il regroupe au moins deux tendances principales, l’une issue de l’effondrement monarchiste de 1789 (pas encore réellement pensé pour certains sinon en accusant “l’autre” : francs-maçons, juifs…) s’étant retirée dans la nostalgie christique (Chateaubriand, De Bonald, Maistre…) puis dans le nationalisme exalté (Péguy) le retrait mystique (Bernanos, Claudel) gnoséologique (Maritain, De Chardin, Von Balthazar) l’aristocratisme puriste (Maurras) aujourd’hui cherchant à refleurir sur les décombres de la non société hyper-échangiste mitée de toutes parts ; mais en refaisant, pour les plus en vue, les mêmes erreurs que dans les années 30 (restauration sectaire et purisme imaginaire).

L’autre tendance issue de 1792 réfugiée un temps dans un césarisme anachronique (Robespierre) mâtiné de christique volontariste sur le tard car il faut bien une eschatologie (Culte de l’Être Suprême) et simultanément d’utopisme (Baboeuf) aboutissant à l’imitation du triumvirat romain et à la désuétude d’une Idée surannée de l’Empire (voir supra) d’où sa double défaite face à l’Anglais et au Germain par deux fois (71 et 40) malgré le sursaut de 14 porté plutôt par la première tendance d’ailleurs, d’où le (noble) sacrifice d’un Péguy contrebalançant la couardise d’un Céline et la lâcheté d’un Drieu celui-ci allant se réfugier dans les jupes de Staline…

Ce dernier contrôlait également les remugles hypocrites du post-aristocratisme marxien (Aragon ayant volé dans un geste se voulant “surréaliste” le chapeau d’Anatole France récupéré ensuite par Mitterrand) avec sa colonne vertébrale, petite bourgeoise, du Lénine (“à Zurich”) caricature aigrie de “gnome” avide d’imiter St Just (sans y arriver) dans une sorte de délire (non platonicien) que Trotski Staline et Hitler poussèrent à son paroxysme, suivi ensuite par Mao, adoubé envers et contre tout par un Sartre sans mains, Althusser l’étrangleur et ses Suivantes (Tel quel) tout un courant multiforme ayant produit les zombies antifa d’aujourd’hui, non hostiles à leur version islamique considérée désormais comme outil nécessaire (mais non suffisant) l’écologisme devenant comme leur support cosmétique en guise de cosmologie (le matérialisme dialectique ayant été jeté sans façon dans le puits sans fond heideggerien – ce”Water Closet grec” d’Ulysse made in James Joyce– ou de la marxologie martyrisée se vengeant dans le ni-ni et le sans (cent).

 

Poutine : Nouveau Tsar peut-être mais fin joueur d’échecs ayant damé le pion à Obama et depuis a réussi malgré les immenses difficultés et périls liés à l’ère mafieuse du communisme puis de l’hyper-échangisme affairiste à se hisser à hauteur de jeu jusqu’à se perdre cependant dans la nostalgie impériale (lui aussi…) ayant fermé les archives soviétiques, refusant d’organiser un Tribunal du genre Nuremberg pour éponger réellement les crimes communistes que d’aucuns encore tentent de justifier en France et ailleurs, ce qui ne fait qu’alimenter le néo-ésotérisme djihadiste comme en Afghanistan naguère aujourd’hui en Europe; aussi la discussion avec Poutine devrait s’effectuer à plusieurs niveaux, de telle sorte en tout cas qu’il se distancie de la Chine (mais hélas cela n’en prend pas le chemin) nous perdons du temps, surtout avec une Allemagne devenue un boulet, en état de décomposition, d’effondrement au même titre que le Royaume Uni la Belgique la Suède d’ailleurs, seuls la Hollande le Danemark et le groupe de Visigrad (infra) résistent encore…

 

Solidarité : au niveau international une SNED (Solidarité des Nations à État de Droit) suite à la paralysie persistante de l’ONU pourrait créer une synergie y compris financière (par une contribution commune à l’instar de celle existant au FMI mais sur des bases moins monétaristes et plus qualitatives) “aidant” les autres nations des divers continents à se hisser elles aussi à hauteur de jeu si et seulement si cependant elles admettent qu’il faille décréter d’abord un réel nettoyage des écuries d’Augias dans leurs structures avant de s’en prendre au “Nord” ; même si celui-ci n’est toujours pas exempt de paternalisme et de volonté hégémonique à imposer un modèle hyper-échangiste et postmoderne (relativismes divers) soutenu tout autant par la bureaucratie techno-scientiste et centraliste modéliste du global care (voir supra) que par le néo-ésotérisme post-léniniste recyclé dans l’affairisme néo-eugéniste (PMA/GPA de l’enfant à la carte et certaines formes messianiques du transhumanisme militant.

Tout doit être mis sur la Table (médiatique) par ailleurs : ainsi les oppositions, conflits, l’universalité ou non desdits “droits humains” tout peut être discuté non plus dans les salons feutrés des colloques mais à ciel ouvert, retransmis en direct, sans attendre démentis et lavage de cerveau, comme par exemple l’actuelle méconnaissance de ce qui s’est réellement passé entre 1947 et 1948 lorsque les États dits “arabes” ont refusé de reconnaître Israël. Il faut savoir ce qui s’est passé, pourquoi des centaines de milliers de…juifs ont été expulsés d’Égypte, de Syrie, d’Irak, pourquoi Israël est encore diabolisé en…Tunisie, pourquoi Erdogan parade-t-il autant alors que le génocide arménien reste encore incandescent ? Il faut confronter les discours, tous (y compris quand cela fait mal pour l’Occident) et cette fois à visage découvert, pas en catimini comme à l’UNESCO qui a été jusqu’à faire douter des racines juives d’Israël… Ou lorsque l’esclavage arabo-musulman est caché aux enfants issus de l’immigration alors que cet effacement suscite une aigreur alimentée par les prosélytes islamiques et gauchistes.

Au niveau national, par exemple français et européen, si l’on s’en tient principalement aux systèmes sociaux d’enseignement et de formation, ils pourraient affiner leur double base : individuelle et collective ; le tout non pas pour asseoir une “société à deux vitesses” (qui existe déjà) mais faire en sorte d’améliorer le pouvoir d’achat de tous; déjà par le salaire dit complet au sens de recevoir le salaire brut (supra, voir France) ensuite en incitant les assurés à choisir avec leur “brut” la médecine qui leur sied pour l’opération adéquate : médecine physiologiste, médecines douces, chinoise, africaine, psychologie (s)… ; tout doit être ouvert, et l’idée par exemple que l’homéopathie, sur longue durée, ne servirait à rien n’est pas démontrée (je viens d’en faire l’expérience strictement inverse), idem pour les hôpitaux qui peuvent travailler en synergie avec toutes ces branches, se spécialisant dans la chirurgie et la radiologie, louant aux thérapeutes des premières les espaces dédiés afin de tisser en amont et en aval tout un système transversal de soins articulé à la formation et l’enseignement.

Concernant le système généraliste propre à ces derniers, comme celui des lycées et collèges minés pour certains par la dite “mort de l’autorité” (liée en réalité et pour une part aux effets pervers de l’hyper-médiatisation qui fait de l’animateur du sportif et du chanteur le réel totem de référence bien plus que le pédagogue) et, d’autre part, par la ghettoïsation, multiforme, il serait enfin indispensable de faire confiance au corps enseignant non encore décérébré en autonomisant les pédagogies et les systèmes d’encadrement, en multipliant les concours transversaux inter-établissements retransmis sur Internet.

Quant aux Universités de plus en plus à l’abandon (dans lesquelles les Antifa prolifèrent, voir supra) et aux dites Grandes Écoles sinon en implosion du moins décalées déclassées (à peine visibles dans les classements internationaux) il s’agirait de les régénérer par leur mise en synergie avec bon nombre d’écoles parallèles avides de locaux, de véritables pépinières qui permettraient à la France de parfaire ses avancées “ingénieuriales” dans les techniques de pointe, également en synergie avec diverses nations européennes.

 

Trump: un cowboy texan se prenant toujours pour James Dean (à l’intérieur) et plutôt le Robert Mitchum Love and Hate de La nuit du chasseur que John Wayne ou Clint Eastwood à l’extérieur un peu plus sophistiqués peut-être dans la fine cruauté…. De là à en faire une marionnette de téléréalité en fuite (à l’instar de John Carrey dans The Truman show) il y a un pas que l’on peut franchir si simultanément était admis qu’il serait aussi une blonde qui aurait réussi au sens de jouer les apparences contre l’idéologie sachant que c’est bien la première impression qui reste la seule réalité palpable, ce qui est également vrai “cathodiquement” parlant. Si vous avez compris c’est que je me suis mal expliqué… Non, et en un mot, il s’agit moins de “la revanche d’une blonde” (très bon film au demeurant) ou du fameux “nul n’est parfait” dans ” Les hommes préfèrent les blondes” que de ce désir de “continuité historique” donc culturelle civilisationnelle refusant de réduire la terre US (ou française) à un terrain vague comme le prônent en choeur hyper-échangisme et néo-ésotérisme néo-léniniste.

 

Visigrad (le groupe de): ou refus là aussi de devenir un terrain vague, surtout si l’alliance objective (et subjective par certains biais) de l’hyper-échangisme et du néo-ésotérisme néo-léniniste imposent en sus d’un quota de réfugiés le fait que non seulement ils puissent se regrouper familialement mais aussi qu’ils puissent imposer leurs moeurs comme le prétend dans certains arrêtés la Cour Européenne de Justice, ce qui n’est pas possible, or, c’est bien là le fond et le fait de la question non seulement sociale mais spirituelle civilisationnelle ; on peut toujours évacuer cela par le vocable d’extrême-droite, ce nominalisme ne peut rien comme la réalité, sauf à jouer comme dans les années 30 le pire comme l’ont fait les néo-ésotériques communistes en épaulant de fait la montée d’Hitler. Mais il n’est pas sûr que cela soit le cas aujourd’hui les sbires de ce dernier étant bien minoritaires.

 

Xi Jinping : il faudrait le convier à venir expliquer sur l’un des canaux de l’ONU (encore présente) devant des milliards d’humains et de citoyens que la démocratie à état de droit n’est qu’un concept occidental ayant lavé le cerveau des hongkongais ; mais pour ne pas lui faire perdre la face il serait bon de lui parler des thèses de Rosa Luxembourg non plus sur l’impérialisme (que lui-même déploie) mais sur la pérennité des droits de pensée et d’entreprendre librement car ce sont des acquis dépassant leur origine sociale historiquement située, du moins ce serait là une approche typiquement marxienne (et non pas marxiste…) qui lui permettrait d’admettre que la conception “sociale” du “marché” subsume la liberté de penser et d’entreprendre si et seulement si elle permet à l’émancipation de s’affiner vers un mieux être que le seul bien être matériel, insatiable par définition.

Vision utopique, peut-être, qui ne remplace pas la préparation à la confrontation y compris armée, sans doute, mais convient-il d’admettre que Hongkong devient son talon d’Achille et qu’il est de bonne guerre non pas de manipuler les (si)jeunes hongkongais (bien valeureux) mais précisément de ne pas les laisser tomber :

 

” L’oeil était dans la tombe et regardait Cain “.

 

Par Lucien-Samir Oulahbib, publié le 07/12/2019 | Comments (0)
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Le Bar de la plage – 6, 7 et 8

Episode 6

C’était un temps à bonimenter

Les mouettes en profitaient pour tenir une sorte d’assemblée générale militante, chacune piaillait dans son coin de ciel comme si les autres étaient sourdes.

Fin de matinée, la mer moutonnait en demi-teinte ; l’atmosphère fluide, aux limites du cotonneux, absorbait les élancements ponctuels d’inquiétude. Cela ressemblait à ce qu’on imagine être le Paradis quand, au cours d’une session d’euphorie passagère, on se laisse aller au pire. Enfin, on l’a bien vu, Dieu a raté le Paradis. D’ailleurs il a à peu près tout raté. Bâclé. Le diabolo menthe et le dry-martini ne se sont pas faits en un jour, ni en six. Le Diable a beaucoup mieux réussi ses entreprises : normal, il ne s’est pas embarqué dans des scénarios injouables pour la plupart des humains. Il est resté dans le possible ordinaire ; à quelques exceptions près qui lui ont échappé comme Françoise Hardy, Françoise Sagan, David Bowie, Ray Charles, Calypso Rose, les Eagles quand ils ont composé Hôtel California et Ava Gardner dans la Comtesse aux pieds nus et les bars de Rome.

Line passait par là, avec ses yeux gris-vert et ses boucles dorées. Line ne bonimente pas, elle est beaucoup trop mélancolique pour ça. Toutes les filles devraient un peu ressembler à Line.

– Alexander Benett, sais-tu la différence entre un menteur et un bonimenteur ? Le menteur sait la vérité qu’il travestit à des fins personnelles, le bonimenteur se fiche complètement de la réalité… pas mal, non ? C’est raconté par un certain Harry G. Frankfurt, éminent professeur à Princeton, dans « l’art de dire des conneries », un traité tout ce qu’il y a de savant…

On ne pouvait pas dire si, en ce moment, Line était amoureuse ou pas, elle n’était pas profondément triste, c’est tout.

– Alex, … Ne le répète pas, hein… Je mens tout le temps  et c’est épatant, tu sais. Très pratique.

Ce matin, les filles romantiques aussi se mettaient à mentir…

Georges, à l’aide !

 

Episode 7

Les larmes de la côte

C’était une situation nouvelle.

Line ne parlait plus, ne se moquait plus, ne riait plus : Line avait du chagrin. De quoi cela venait-il ou plutôt de qui ? On avait bien notre petite idée sur la réponse mais on allait quand même pas faire les  malins – je-sais-tout avec une fille qui a de la peine. Y compris Jules et Jim dont, en temps ordinaires, la délicatesse n’était pas le trait de caractère dominant.

Georges, le barman, tout en retenue, ordonna :

– Line, tu vas laisser tomber tes boissons sucrées de veilles filles, essaie le dry-martini, je te fais le meilleur que tu ne boiras jamais dans ta vie.

(Evidemment)

Et Line inaugura une longue série de dry-martini.

La vie se résume parfois à une seule chose : l’amour. Trois mille ans de littérature, autant d’expériences diverses, et le mystère reste entier. Einstein en personne s’est fait coller à l’oral sur la question, Madame du Châtelet, pourtant la grande amie de Voltaire, également.

Line n’avait plus d’amour dans sa vie, Line ne vivait plus, Line pleurait. Et une fille avec des cheveux bouclés et un petit nez retroussé qui pleure est la chose la plus désolante qui puisse arriver au bord de la mer, en été, ailleurs aussi, et à d’autres saisons aussi. Personne ne peut y résister, les plus égoïstes s’ouvrent, les plus cyniques se fendillent.

Les mouettes avaient baissé d’un ton leurs habituels jacassages, la marée hésitait à remonter, les éléments étaient à l’unisson du chagrin de Line. C’est peut-être ça, oui – la perspective d’une catastrophe climatique surnaturelle – qui ramena un peu de raison dans le cœur de Line. Phénomène extrêmement rare – le cœur a ses raisons que la raison, etc, tu connais ce que ce rusé de Pascal Blaise balançait à ses maîtresses en guise d’excuses au moment même où il les larguait.

N’empêche que, prenant tout le monde par surprise, Line abattit brutalement son poing sur le bar, faisant trembler la rangée de dry-martini et énonça le jugement dernier :

– Ce type n’est qu’un trou de balle !

Georges le barman enchaîna Julien Clerc sur la sono, paroles d’Etienne Roda Gil :

«  Hey, Niagara,

Je t’en prie sèche tes joues

Ne pleure pas

Hey, Hey, Hey,

Tu vas faire monter la Seine »

Line a ri et nous a embrassés, y compris Jule et Jim qui, revenus à leur état d’origine, étaient bien d’accord avec elle.

 

Episode 8

Entre-deux

Un après-midi de mauvais temps ; l’horizon inaccessible. On a envie de rester à l’intérieur de soi, peut-être rêvasser à quelques improbables fortunes. Les obsessions supra-ordinaires se calment, attendant sans impatience leur inévitable retour. Je baignais dans cet état d’esprit de ph neutre comme dans un liquide amniotique impénétrable où la mauvaise conscience de l’oisiveté n’est pas admise. Ça repose dit-on. Faux. C’est tout simplement une autre forme de vie, clandestine et voluptueuse, hors la loi dans les sociétés en ébullition. Un volcan qui n’éclabousse pas dans tous les sens, n’est pas éteint comme on le dit bêtement ; il est occupé ailleurs. Et tout le monde s’y laisse prendre… Jusqu’à ce qu’il remonte sur la scène. Forcément, ça surprend.

L’atmosphère du bar de la plage s’accordait aux tonalités étouffées du moment.  Leslie, pour une fois mélancolique, traînait en pull-chaussette noir qui s’harmonisait à la perfection avec ses couleurs naturelles d’Anglaise blonde aux yeux bleus. Elle dit :

– Alex Alexander, je me sens dépaysée.

(Sublime comme une héroïne de Bergman, énigmatique comme une phrase de Duras)

Le vieil homme était là ; la brume d’aujourd’hui lui allait mieux que les lumières trop aigües des jours de plein soleil : il avait relevé le col de sa veste et s’était enroulé dans une longue écharpe. Une de ses façons de se cacher du regard des autres… Pour ne pas les déranger ?  A la longue on s’était familiarisé avec ses apparitions épisodiques ; on se doutait bien qu’il venait ici à la rencontre de fantômes complices qui l’avaient sans doute accompagné autrefois. Peut-être Georges les avait-il connus lui aussi ?  Leurs conversations les ressuscitaient. Personne ne les aurait interrompues : les fantômes sont des personnes fragiles.

Do not disturb…

 

Par Alexander Benett, publié le 04/02/2019 | Comments (0)
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Quelques réflexions sur la nouvelle mondialisation

Réfléchir sur la relation entre l’homme et la mondialisation c’est nous inviter à situer l’homme dans le processus de globalisation de ses activités tant matérielles qu’immatérielles. Car la mondialisation concerne avant tout l’homme. Aussi doit-on s’interroger sur l’avenir des hommes soumis à leurs constructions idéologiques, insérés dans un réseau de contraintes et dépourvus d’espérance. Comment ces hommes vivent-ils la mondialisation ? Et que deviendront les différences culturelles dans un monde déjà « mondialisé » ?

En reprenant ZAKI LAIDI (1994), nous dirons que la mondialisation est un vieux mot. Il est vieux comme le monde. S’il fallait à tout prix trouver un début à la mondialisation, il faudrait remonter à l’époque sumérienne, avec la domestication du cheval en Mésopotamie et l’extension de ce processus vers la Chine, plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Plus près de nous, soit deux siècles avant Jésus-Christ, l’historien romain POLYBE écrivait déjà : «Avant les événements qui se déroulaient dans le monde n’étaient liés entre eux. Depuis, ils sont devenus dépendants les uns les autres ». C’est que la conscience du monde existe depuis fort longtemps.

D’un point de vue économique, puisque c’est ce par quoi la mondialisation est ressentie aujourd’hui, il faut rappeler que les interactions sont également fort anciennes. Le développement d’une économie monde a commencé à peu-près au XVème siècle, avec de temps à autre des périodes d’accélération, comme celle que l’Europe a vécue entre la fin des guerres napoléoniennes, en 1815, et le premier conflit mondial.

Mais il faut rappeler en même temps que nous avons assisté à la fin du XIXe siècle à des formes de mondialisation qui n’ont rien à envier à celles d’aujourd’hui : la liberté de circulation de capitaux était considérable, plus forte en tout cas que celle que nous avons connue jusqu’à la dérégulation des années 80 ; les investissements des pays occidentaux étaient très importants, le commerce international avait pris des proportions énormes, et, par exemple, la dépendance des USA vis-à-vis des importations est à peine plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’était à la fin du XIXème siècle ; il en est de même pour les migrations des populations.

S’il apparait donc clairement que la mondialisation est avant tout un phénomène ancien, l’accélération des échanges internationaux et des flux des capitaux est plus récente, tandis que, parallèlement, on assiste à un accroissement des inégalités. Ne nous y trompons pas. A l’heure de rationalisation des processus de la mondialisation, l’homme se trouve bel et bien écartelé.

Au point de convergence d’une idéologie politique, le libéralisme, d’un primat économique, le capitalisme libre-échangiste, et d’une avancée technologique telle que les informations circulent dans un espace planétaire, la mondialisation régente désormais le quotidien de l’homme. (Christian TROUBE, 1966, p.3). D’un côté, les multinationales (du Nord) orchestrent une révolution planétaire et historique ; de l’autre, les salariés de Renault ou de Moulinex, les sans-emplois de la R D Congo, les exclus des banlieues de Nairobi, de Lagos ou de Karachi, etc. en subissent les effets. D’un côté également, l’avion, Facebook, WhatsApp, la télévision, Internet relient et rapprochent les hommes, rendent plus proches les cultures, les traditions de chacun ; de l’autre, de nationalistes de tout poil exploitent la crainte d’un monde globalisé pour réveiller les pires réflexes identitaires. En Occident, ces cas sont légion : l’Europe écartelée entre des unionistes et des séparatistes, qui ne se reconnaissent plus dans ses idéaux et développent une idéologie identitaire parfois suicidaires (brexit, Catalogne). Idéologie populiste ? Peut- être. Mais, le malaise des pôpulations est bien réel et le refus du néo-libéralisme ne se manifeste pas qu’en Europe. Et l’Afrique ? Elle ne veut pas encore comprendre qu’elle est et sera la dernière roue du carrosse de la globalisation.

La mondialisation désigne dans ce contexte la phase néolibérale du capitalisme, qui étend la loi de la valeur à l’ensemble des populations du globe. En libéralisant les échanges de biens et de services à l’échelle planétaire, dans des conditions d’inégalité extrême, ce système économique élargit les frontières de l’exploitation des ressources naturelles et du travail aux confins de l’univers et affecte ainsi le sort des peuples dominés, exploités et mis en coupe réglée par le capitalisme néolibéral essentiellement marchand qui fait preuve d’une sauvagerie  jamais égalée.

Comme l’écrit Bernard Duterme : « Paradoxalement, alors que l’actuelle globalisation se révèle sous bien des aspects désastreuse pour les peuples marginalisés, elle crée aussi les conditions de leur émergence en tant qu’acteurs sociaux identitaires. L’accélération de la mondialisation porte en elle-même les germes de réaffirmations culturelles, locales ou régionales. On le sait, la force désagrégatrice de la logique économique libérale entame les solidarités nationales et induit une
fragmentation des principaux acteurs sociaux et des identités collectives. En Amérique
latine comme ailleurs, la tendance s’accompagne d’une prolifération de mouvements
identitaires à caractère religieux, national ou ethnique »
[B. Duterme, 2002).

  1. Bref réquisitoire de la mondialisation

Le premier symptôme de ce malaise chez l’homme, et particulièrement celui du Sud, c’est la perte de ses repères spécifiques. En effet, sous l’impulsion de la mondialisation, le Sud, catégorie commode désignant les pays en développement, se désagrège. La plupart des pays du Sud sont marginalisés ou s’en vont frapper à la porte des cartels des riches. Mais loin de ces riches du Nord qui drainent l’essentiel des capitaux privés, les oubliés de la mondialisation sont légion. Une cinquantaine de pays pauvres, parmi lesquels un grand nombre de pays africains, n’attendent plus grand chose de positif de la mondialisation. La plupart écoulent des matières premières dont le poids dans le commerce mondial ne cesse de régresser. Ils sont aussi les premiers touchés par la réduction des flux d’aide publique. Ce n’est pas étonnant que la salle d’attente du progrès se gonfle de nouveaux arrivants. Selon le PNUD, depuis 1980 à nos jours, plus de 150 pays souffrent du déclin et de la stagnation économique. Avec à la clé une baisse sensible de revenu pour 1,8 milliard d’individus, plus d’un quart de la population de la planète.

Un tel réquisitoire de la mondialisation, aussi bref soit-il, ne doit pas permettre cependant de tomber dans l’excès inverse et prétendre que des hommes du Nord ne subissent pas aussi les effets de la mondialisation. Sans doute une mince consolation pour un homme du Sud, mais la vérité est que la marginalisation frappe aussi les piliers du Nord. Dans chaque pays, les salariés non qualifiés (ces vieux fantassins) sont perdants, voire exclus.

A défaut, c’est bien la mondialisation de la déstabilisation qui est redoutée. C’est dans cette perspective que Bertrand MAURICE (1996) raille « le réaliste » qui ne voit pas venir les révolutions et se contente d’appeler à la formation d’un gouvernement mondial qui porterait « le sentiment de tous les êtres humains d’appartenir à une société civilisée » et compléterait dans la sphère politique la mondialisation économique. De même que les êtres humains appartiendraient à un nouveau genre des hominidés : l’HOMO SAPIENS INFORMATICUS NUMERICUS. La mondialisation qui recourt ainsi à l’uniformisation de l’intelligence artificielle ne devient-elle pas la fabrique d’une pensée humaine unique, source de domination et d’inégalité ?  Dans cette perspective la question de la mondialisation s’oriente vers la dimension culturelle du phénomène. Bien que nous l’ayons déjà abordée à travers l’angle économique, la dimension culturelle complète la compréhension de cette question puisque l’enjeu porte sur le rapport entre le local et le globa.

  1. Mondialisation et culture

La mondialisation, ce nouveau fétichisme de la société post industrielle occidentale, pèche comme son rejeton, le Programme d’Ajustement Structurel des années 80, en évacuant la dimension culturelle. Il ne s’agit pas d’une culture universellement singulière, mais plutôt d’une culture plurielle qui participe de l’universel tout en affirmant ses particularités, ses logiques.

N’observons-nous pas aujourd’hui simultanément un incroyable élargissement culturel du monde, via les médias, la communication ou l’uniformisation des modes de vie, et simultanément un profond mouvement de repli identitaire ? Comment expliquer que des conflits à forte charge identitaire se produisent un peu partout dans le monde en même temps que l’internationalisation de l’économie ?

Nous considérons que, sur le plan culturel, les particularismes identitaires ne sont pas un obstacle en soi à la mondialisation, qu’ils en sont plutôt la voie, et presque la clé.

Le phénomène de la mondialisation permet l’accès d’un nombre (important) croissant d’individus à des réseaux d’information et de communication (FOURNIER, M. 2011). Son impact, dans le monde, conduit à deux effets. Le premier est une prise de conscience accrue de la diversité culturelle et de l’interdépendance de l’ensemble des individus. Du fait de la multiplication des services  d’information nous assistons de nos jours à une meilleure connaissance de l’environnement et des enjeux mondiaux.

Le patrimoine culturel mondial change de visage ; nous en avons une image plus documentée et plus vivante (http://www.uis.unesco.org). Des cultures minoritaires (amérindiennes, bushmen, pygmées) ont ainsi pu trouver une visibilité nouvelle, tandis que les questions internationales voient la montée en puissance des ONG comme des acteurs de premier plan. De même, le fort brassage des courants religieux et philosophiques a stimulé l’œcuménisme et le dialogue interreligieux. Mais, concomitamment, des communautarismes identitaires fondés sur le refus du relativisme et l’affirmation de la supériorité d’une culture sur les autres se sont développés.

Le deuxième effet de la mondialisation au niveau culturel est l’émergence d’une culture commune marquée par le recours à l’interculturalité. Dans cette perspective, Jacques ATTALI fait remarquer que « la mondialisation apporte une facilité de plus en plus grande pour voyager et pour communiquer. Les personnes et les idées venant de divers lieux se rencontrent » (ATTALI, J., 2003). La mondialisation fait émerger un esprit global. Les hommes qui viennent de tous les coins du monde sont unifiés par l’échange libre des idées et des styles de vie, sans qu’aucune autorité puisse s’y opposer. « La chute de rideau de fer entre les diverses cultures est en grande partie, le résultat de la découverte, grâce à la mondialisation de la technologie et des médias, du style de vie existant dans les pays libres » (BAUMAN, Z., 2000).

Autre effet de la mondialisation au niveau culturel : l’émergence d’une sorte de culture commune marquée par le recours à un anglais de communication parfois appelé « globish » (pour global English), version appauvrie de la langue anglaise. Les références  culturelles américaines ou occidentales sont portées par des produits culturels (cinéma, télévision, musique, informatique) ou des modes de vie (sports, cuisine, etc.). N’est-ce pas là un risque évident de l’appauvrissement de la diversité culturelle ou de la domination d’un certain type de rapports économiques et sociaux ? C’est pourquoi beaucoup d’auteurs y compris des anglo-saxons chantres du libéralisme mondialisant n’hésitent pas à parler d’un impérialisme linguistique anglo-américain (PHILIPSON, 2009).

La mondialisation nous projette dans un monde complexe où les craintes d’hier tendent à s’évanouir, tandis que l’homme est amené à gérer de nouvelles ’incertitude. Un monde caractérisé par le hasard, la peur et la résignation est désormais le nôtre. Mais, faut-il pour autant que l’homme subisse la mondialisation sans réagir ? Evidemment non : aujourd’hui comme hier, l’homme doit être au centre de son propre développement et du développement de tous les hommes. Quelle que soit la pesanteur de l’utopie, la mondialisation ne saurait remplacer ce principe tangible. Bien au contraire.

En guise de conclusion de cette réflexion, nous dirons que vivre dans la mondialisation, comme le rappellent ZAKI et al (1994) : « doit se faire à hauteur d’homme, en évitant la fascination de la technologie, car le progrès technique n’est pas tout le progrès. Celui-ci est certes ce qui frappe les esprits, qui donne le sentiment d’une projection vers l’avenir, mais il est aussi celui qui fait peser le plus d’hypothèques éthiques. »

Il existe plusieurs mondialisations selon l’endroit où se trouve l’homme : au nord, il y a  la mondialisation des riches et au sud se construit celle des pauvres (BRICs).

S’il est vrai que la question du rapport entre le local et le global n’a de sens, comme le dit Béatrice DAVID, qu’en interrogeant « l’avenir de la différence culturelle (ou hétérogénéité) dans les mondes contemporains confrontés au défi d’une contemporanéité globalisante », plusieurs études de cas montrent comment la confrontation du local et du global engendre davantage d’hétérogénéité que d’uniformité. Les transformations du local à l’œuvre « ici » et « là » sont à replacer dans une perspective privilégiant le déplacement vers les « espaces autres » où se réalisent les multiples expériences d’une modernité travaillée par les forces du local.

Les situations postcoloniales en constituent une illustration fort intéressante au travers des analyses de l’anthropologie du corps : les corps féminin comme masculin deviennent le support de pratiques sportives, esthétiques, vestimentaires, etc. au travers desquelles se pensent et se mettent en acte les nouvelles modalités du rapport à l’autre et à soi engendrées par les tensions dues à la mondialisation. Et la « crise » migratoire actuelle n’est-elle pas, au mieux, un défi sérieux, au pire, un déni atroce de toutes les velléités d’une mondialisation humaniste ?

La mondialisation, ce nouveau fétichisme contrôlé par les « Maîtres du monde », est une nouvelle arme fatale de destruction massive. Particulièrement à l’encontre de tous ceux qui osent résister. Faut-il pour autant abdiquer le combat ? Sincèrement non. Seule la lutte libère. Tous, nous devons nous libérer du carcan de la mondialisation cannibale.

 

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Par Toussaint Kawaya, publié le 25/01/2019 | Commentaire (1)
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Avignon 2017 (18) « L’avenir dure longtemps », « Santa Estasi – Atridi : Otto Ritrato di famiglia »

L’Avenir dure longtemps de Louis Althusser (OFF)

Louis Althusser (1918-1990) est un philosophe français structuralo-marxiste qui, quoique membre du PCF, eut une grande influence sur le mouvement gauchiste. Agrégé préparateur de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, il devint tout naturellement le maître à penser de nombre de jeunes philosophes qui s’engagèrent dans la mouvance maoïste dans les années 60 et 70 du siècle dernier.

Bien qu’il fut cet intellectuel très brillant qui initia une nouvelle lecture de Marx, il souffrait de crises récurrentes qui le conduisirent à séjourner en hôpital psychiatrique à plusieurs reprises. En 1980, à une époque où il se trouvait particulièrement perturbé, il étrangla sa compagne de toujours, Hélène Ryman. Il bénéficia alors d’un non-lieu en vertu de l’article 64 du code pénal : « il n’y a ni crime ni délit lorsque l’accusé était en état de démence au moment des faits ». Cependant un doute planait sur sa culpabilité dans la mesure où Hélène Ryman était sur le point de le quitter au moment des faits. C’est pour s’expliquer sur le meurtre mais également sur l’évolution de sa philosophie qu’Althusser écrivit L’Avenir dure longtemps qui parut après sa mort.

Dans son adaptation du livre pour le théâtre, Michel Bernard (M.E.S.) se concentre sur l’Althusser intime. Il commence par le récit du crime et continue par les confidences du philosophe concernant son rapport à la sexualité, sa phimosis, ses premières pollutions nocturnes, ses maîtresses (puisqu’il déclare dans le livre en avoir eu plusieurs, brièvement, et n’être pas attiré par le corps d’Hélène, d’ailleurs de huit ans son aînée…)

Quoi qu’il en soit de la sincérité d’Althusser dans ce plaidoyer pro domo, ce livre, écrit dans une période de rémission de la maladie mentale, ne peut qu’intéresser tous ceux qui se sont frottés peu ou prou à la philosophie d’Althusser et au-delà par tous ceux qui se sentirent concernés par la controverse autour du non-lieu.

La scénographie de Thomas Delord place le comédien devant un drap blanc, probable évocation du milieu hospitalier. Plus en arrière, sur un grand écran quadrillé, se succèdent des vues des toits de Paris, de nuages, d’arbres, toujours dans des teintes de gris. Quant au comédien, Angelo Bison, tantôt assis sur une chaise en bois, tantôt debout, presque tout le temps immobile, il nous impressionne avant tout par son regard, les yeux comme sortis de leur orbite, un regard de malade (qui n’est pas, Dieu merci, celui qu’il a dans la vie). Enfin – faut-il l’ajouter ? – A. Bison est complètement dans la vérité du texte

 

Santa Estasi – Atridi : Otto Ritrato di famiglia d’Antonio Latella (IN)

Un marathon théâtral tel que les affectionne les programmateurs du IN : huit pièces différentes étalées sur deux soirées pour une durée respectivement de 8 heures 50 et sept heures 40. Il s’agit de raconter l’histoire des Atrides en la centrant successivement sur huit personnages-titres (dont un collectif) : d’une part Iphigénie en Aulide, Hélène, Agamemnon, Electre ; d’autre part Oreste, Les Euménides, Iphigénie en Tauride, Chrysotémis.

Maudits par les dieux à la suite du crime inaugural de Tantale qui leur avait fait manger son fils (!), les Atrides eurent une destinée funeste. Il y a donc a priori (mais voir plus loin) matière à théâtre et ce n’est pas un hasard si tant de dramaturges de tous les pays s’y sont essayés. Antonio Latella (actuel directeur de la Biennale de théâtre de Venise) a fait appel à sept jeunes auteurs italiens pour écrire les pièces et a lui-même mis en scène les seize jeunes comédiens chargés d’interpréter le mythe, quasiment tous constamment présents sur le plateau, qu’ils jouent ou pas.

Le projet d’A. Latella qui entend provoquer par sa durée une « catharsis » – ou une « extase » – tant chez les artistes que dans le public, sa volonté de « sortir l’art du théâtre de son conteneur, de son confinement pour retrouver le lien originel avec l’ailleurs »[i]  sont certainement louables. Néanmoins il faut se méfier des trop grandes ambitions. En l’occurrence c’est peu dire qu’elles ne sont pas réalisées. Sainte Extase n’est même pas un honnête spectacle : c’est un spectacle raté. Des potaches qui se défoulent sur la scène en faisant à peu près n’importe quoi et en vociférant, sans oublier les inévitables numéros de danse sur une musique disco, ça va un moment mais il faut un tempérament de martyr pour rester jusqu’au bout. Et dire que tout cela a été travaillé pendant cinq mois, ce qui signifie que ce bruyant désordre a été pensé, voulu et dirigé par « une figure incontournable du renouveau théâtral italien »[ii] !

Au-delà de ces problèmes de forme, l’idée même de faire revivre au théâtre les grands mythes antiques soulève une difficulté de fond. Les histoires de dieux qui se disputent sur le dos des humains après leur avoir fait des enfants ne sont certes pas sans un certain intérêt pour éclairer notre propre psyché et ce n’est pas par hasard que la psychanalyse s’en est saisie. N’empêche que, prises au premier degré, ces histoires sont étrangères à nos préoccupations de modernes. Elles étaient plus proches du public de Corneille et de Racine. Et si nous goûtons aujourd’hui encore leurs tragédies, c’est d’une autre façon que leurs contemporains, où domine le plaisir d’entendre de beaux vers.

Ceci explique le succès de l’Antigone de Miyagi, ce dernier ayant misé à fond sur l’esthétique (notre billet n° 4). Un autre parti est celui de la farce, ce qui revient à considérer ces grands mythes comme dérisoires, même si on prétend par ailleurs en faire une « lecture politique interrogeant en profondeur la signification de la famille »[iii]. Pourquoi pas la farce à condition qu’elle soit drôle et qu’elle ne dure pas trop longtemps ? A ce compte, L’Iliade, présentée dans le OFF en toute modestie (sans la débauche de moyens du IN), nous est apparue nettement plus réussie (notre billet n° 2).

 

[i] Extrait du dossier de presse.

[ii] Extrait du dépliant distribué au public du festival.

[iii] Ibid.

Par Selim Lander, publié le 27/07/2017 | Comments (0)
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Urbanîle, habiter en poète ? L’ontologie de Jean-Marc Rosier

« Habituer/est d’urgence/Habiter/c’est trouver à Rester/en ce lieu parce que/Demeurer/là/c’est/Vivre » (p. 12). Et vivre serait être ? Jean-Marc Rosier laisse la question ouverte quand il réinscrit la poésie dans la tradition de la pensée, comme Hölderlin que citait Martin Heidegger, philosophe pour lequel « Bâtir, habiter, penser » sont étroitement enchevêtrés. Idée suggérée dans sa conférence[1] éponyme prononcée à Darmstadt en 1951. L’Urbanîle[2] de Jean-Marc Rosier s’insère bien dans sa contemporanéité faite, entre autres, d’héritages multiples, hybrides, en philosophie (Heidegger, Henri Lefebvre, Lévinas, etc.), en littérature (Hölderlin, Césaire, Glissant, Eza Boto/Mongo Beti, plus près de nous Mabanckou Lumières de Pointe-Noire, Tram 83 de Fiston Mwanza Mujila, etc.). L’auteur des Ténèbres intérieures (2014) rétablit ce lien entre habiter et penser, notamment dans son poème intitulé « Les demeurants » : « Distraire coûte que coûte de l’Urbanîle ces demeurants de la/Pensée de lucre, c’est s’en revenir en fou insouvenant de la/Pensée de lucre (p. 37). Une pensée critique de l’impensé de la domination, une pensée implexe de par la mise en place d’un rapport au langage, à la figuration, à la violence, à l’irénisme, à une ontologie renouvelée, à l’écologie poétique, à la géographie littéraire, à l’imaginaire, au processus de subjectivation, etc.

Mais ce lien avec la pensée se déroule selon la logique inhérente à la poésie, complémentaire de la logique philosophique, se construisant en parallèle à cette dernière. Offerte à la lecture, Urbanîle, néologisme évoquant un rapport au langage qui apostrophe et questionne, de par son déroutement de l’ordre familier, on en revient au point initial condensé en un mot, fracas de sources multiples qui habitent en poète. Un titre qui semble insister sur l’espace : urbain, île, deux espaces intégrés dans cette poésie et que condense ce néologisme en transcendant la forme connu pour aller vers l’inconnu, l’imaginaire, le regard sur le contemporain dans son fil historique, textuel. D’où l’inflation de propositions prédicatives comme dans « Nuit une autre » :

 

Là,

Bas quartiers hiératiques de la misère bleue

Agrégats d’échouages au lointain des végétations de terre

Composites du désastre où de défit le re-partir caille

Le désamour en des rigoles de peines. (p.21)

 

Fondées sur un amas d’images, les structures appositives, ci-dessus, renforcent l’information, la caractérisation spatiale de l’Urbanîle, ce qui fait la poéticité d’une œuvre et particulièrement de celle de Jean-Marc Rosier. D’où alors l’insistance sur la manière d’approcher l’espace : marquer par la répétition du complément de relation « là » :

 

Villes bidon crâneuses (p.20)

Les croix couchées repentantes de bile bièreuse (p.22)

Mon vivre où baratte le mourir (p.23)

Le heurt des rues où jonchent des brisures d’oreilles (p.24)

 

Une manière de relier l’espace à l’habituer (incarner ici par la répétition qui crée l’habitude, l’habitus), à la demeure (l’habiter), à l’être ?

Toujours est-il que le jeu entre « Habituer/Habiter » dans l’idée de demeurer (p.12) pour cerner ce que pourrait rencontrer cette évocation urbanîlienne. Figurativement ? Un Césaire, bâtisseur et dont le « geste glorieux » le conduisit à faire grand œuvre : « Des conduites d’égout furent nouvelles, des trottoirs levèrent et, à flanc de morne, pour le cas où des crues à mains sinistres, pour que l’échappée se puisse, en cette même année soixante et onze du siècle vingtième, au Grand ensemble Dillon, fut raccordée, par souvenir de l’œil, de son terrible courroucement » (p.14) Syntaxiquement, l’auteur multiplie les propositions juxtaposées les unes aux autres, créant ces structures appositives au niveau phrastiques dont on a parlé plus haut, matérialisant l’évocation de la figure de Césaire, urbanîlien et chantre de l’être fondamental de surcroît.

L’Urbanîle marque aussi le rapport à l’autre – à l’être fondamental ? –, inscrit certes dans l’espace, mais aussi dans la durée nocturne comme dans « Nuit l’autre » ; pris dans les pièges du mouvement : « les vies allant mortes s’usant dans la poussière » (p.20), de la souffrance sociale : « Bas quartiers hiératiques de la misère bleue » (p.21). Ou encore dans le bâtir, la vie, le mouvement symbolisé par le béton (p.30). L’être est pris dans les méandres de l’Urbanîle.

L’espace, les figures, le rapport à l’autre, la durée et le bâtir ne sont que des manifestations possibles de la dimension implexe de l’Urbanîle. Un regard renouvelé sur une forme de réalité que la poésie de Jean-Marc Rosier s’emploie à dévoiler, invitant à la sublimer, la réimaginer. De la sorte, amorcer un autre processus de subjectivation de soi doté d’une dimension écopoétique, sensible à la physique îlienne, au carrefour de la philosophie et de la poésie, se nourrit davantage de la nécessité de repenser autrement l’habitat, le rester, le demeurer et le vivre, alors peut-être de l’être. L’Urbanîle de Jean-Marc Rosier amorce la réflexion en nous invitant à entrer dans les « ténèbres intérieures » pour mieux créer distance avec l’environnement connu et reconnaître le différé, la substance de l’être-ensemble.

 

 

 

[1] Martin Heidegger, « Bâtir, habiter, penser », dans Essais et conférences, trad. André Préau, préf. Jean Beaufret, Paris, Gallimard, coll. « Tel » 1958.

[2]Jean-Marc Rosier, Urbanîle, Creil, éditions Dumerchez, 2015 (Prix Fetkann Maryse Condé 2016).

Par Buata Malela, publié le 08/07/2017 | Comments (0)
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Pius NGANDU Nkashama, Portraits d’écrivains: visages d’histoire littéraire

  Historique et descriptif du projet Dès 1994, des Universitaires Africains et Français (Philosophes, Enseignants, Journalistes) et des Artistes avaient fondé à Paris une ASBL reconnue par la Loi française (Loi 1901) le “Groupe Interdisciplinaire des Recherches sur l’Afrique”. Les Membres venaient des différents pays du Continent et de l’Europe. L’Association était chargée d’organiser des […] Lire plus »

L’Europe profonde selon Paul Ricoeur: entre identité et altérité

Lorsque nous voyageons ailleurs, nous sentons bien ce qui nous distingue des autres continents, mais lorsque nous sommes en Europe, nous sommes incapables de définir de qui nous unit. L’Europe a le privilège d’une singulière diversité culturelle entre pays, mais aussi à l’intérieur des pays, entre régions. Cette diversité est son bien le plus précieux à une époque où les techniques de diffusion homogénéisent et uniformisent. Erasme, symbole “avant la lettre” du citoyen européen, a cherché toute sa vie ce qui réunit au-delà des différences.

Les européens épris de démocratie devront vivre leur citoyenneté simultanément à différents niveaux afin de trouver un nouvel équilibre entre le singulier et l’universel: c’est ce chemin que Ricoeur nous met à jour dans son œuvre, un itinéraire vraiment originel et profond, sans doute absent dans le discours officiel penché surtout sur l’économique et l’institutionnel; mais c’est ce chemin vraiment cosmopolitique, qui est davantage au sous-sol de la construction européenne, que nous essaierons de parcourir au gré de quatre mouvements et deux interludes.

 

1er Mouvement: L’Europe entre convictions et critique

 

L’Europe hérite de son histoire un riche legs de valeurs communes, qui s’est accru au gré des mouvements d’unification européenne successifs, et cela maintes fois suite au dépassement de graves conflits antérieurs; il s’agit donc d’un processus politique démocratique et graduel d’intégration, à concevoir comme une construction cosmopolitique et postnationale. Or, ce paradigme est porteur d’avenir: aux mœurs démocratiques patriotiques nationales des citoyens s’ajoutent en Europe certaines mœurs communautaires dans le sens de l’Union Européenne.

Si l’identité européenne est d’abord une identité fondée sur la valeur de la démocratie et des droits de l’homme, l’Union Européenne n’a cessé aussi de poursuivre la quête de valeurs prétendument universelles. Néanmoins, il faut se souvenir que l’Europe a été le mélange de différentes civilisations, y compris orientales; s’il est vrai que chaque pays devra garder sa culture et son identité, il sera sain que, chemin faisant, chacun s’enrichisse au contact des autres.

Ce qu’il faut d’abord souligner sur l’Europe c’est la complexité de l’héritage reçu du passé. “Celui-ci – écrit Ricoeur – est en fait le résultat de l’entrecroisement de traditions fortes extraordinairement hétérogènes: celles de l’Israël ancien et du christianisme primitif, entremêlées très tôt aux cultures grecque puis latine, le métissage judéo-grec se poursuivant de crise en crise à travers le Moyen-âge, la Renaissance, la Réforme, l’époque des Lumières, romantisme philosophique, littéraire et politique, etc. Ce trait a déjà rapport à notre thème: migration et changement culturel, dans la mesure où ces mélanges ont été le fruit de réelles migrations dans l’espace et ont eu chaque fois pour effet des changements culturels considérables”[1].

Paul Ricoeur se confronte, dans toute son œuvre, avec la notion d’héritage: ce n’est pas un dépôt, mais un legs avec lequel on a le devoir de s’expliquer: l’héritage n’est pas dans le passé, ni dans le présent ou dans l’avenir, il est tout entier dans le mouvement, la décision, qui le porte du passé d’où il vient vers l’avenir où il sera fécondé par un présent, une présence qui en assure le transfert. À ce propos, il écrit: “Aux syncrétismes il faut opposer la communication, c’est-à-dire une relation dramatique dans laquelle tour à tour je m’affirme dans mon origine et je me livre à l’imagination d’autrui selon son autre civilisation. La vérité humaine n’est que dans ce procès où les civilisations s’affronteront de plus en plus à partir de ce qui en elle est le plus vivant, le plus créateur”[2].

La manière de penser de Ricoeur est un acte de tradition, une quête de “traditionalité”[3] qui veut se tenir au plus loin du traditionalisme. Loin de revenir au traditionalisme de l’herméneutique romantique qui ne voit dans le passé que des valeurs à restaurer, Ricoeur conçoit la tradition comme une transmission génératrice de sens, une médiation active qui nous permet de traverser la distance temporelle qui nous sépare du passé. “Nous sommes responsables d’un passé reçu, mais sous la condition d’une transmission toujours génératrice de sens nouveaux”[4]. Alors, “le potentiel de sens ainsi libéré de la gangue des traditions peut contribuer à donner chair et sang à celles de nos attentes qui ont la vertu de déterminer dans le sens d’une histoire à faire l’idée régulatrice, mais vide, d’une communication sans entraves ni bornes. C’est par ce jeu de l’attente et de la mémoire que l’utopie d’une humanité réconciliée peut s’investir dans l’histoire effective[5].

Concernant la complexité de l’héritage reçu du passé, Ricoeur souligne: “Disons tout de suite que le tissu résultant de l’entrecroisement de fils aussi divers est extraordinairement fragile. Cette fragilité est particulièrement due à l’autre caractère majeur de la conscience historique européenne, à savoir l’intersection entre les convictions attachées à des traditions fortement rivales et l’esprit de la critique. À cet égard, la culture européenne prise dans son ensemble est peut-être la seule qui ait assumé la tâche considérable de conjuguer de façon aussi constante convictions et critique”[6].

Bref, il faut donc accéder à une conception ouverte de la tradition. Plus exactement, il faut rouvrir le passé, et libérer sa charge de futur. N’est-ce pas là une forme de migration dans l’inaccompli du passé?”[7] Ainsi, “la tradition, en tant qu’instance de légitimité, désigne la prétention à la vérité (le tenir-pour-vrai) offerte à l’argumentation dans l’espace public de la discussion”[8].

 

2ème Mouvement: La dialectique “mêmeté-ipséité” et la constitution du soi

 

La philosophie réflexive, telle que pratiquée par Nabert, demeure sans cesse au cœur de la pensée ricoeurienne. La subjectivité, par contre, n’y joue pas le rôle de fondement du savoir. Ricoeur connaît trop bien Freud, Nietzsche, le structuralisme, pour ne pas fonder la philosophie dans la subjectivité pure. L’homme n’est donc pas une substance métaphysique, fixe et intemporelle; au contraire, la personne humaine est une histoire en même temps qu’elle a une histoire. Du point de vue phénoménologique, la personne est décrite à la fois comme réunissant ces quatre traits caractéristiques: à savoir le langage, l’action, le récit et la vie éthique. Ainsi l’homme est-il à la fois un sujet parlant, agissant (et souffrant), un sujet narrateur (personnage de son récit de vie), enfin, un sujet responsable. Ce parcours récurrent, qui est un itinéraire interminable de soi à soi, est la trace de la finitude de l’homme et de ses capacités. Il se retrouve dans la phénoménologie de la volonté, de l’action, de la parole, du récit, de la mémoire, de la promesse, du pardon, etc.[9]

Ainsi, pour réfléchir à l’identité du sujet, de la personne, il convient de sortir des pièges d’un “cogito exalté” à la mode de Descartes, mais d’éviter aussi les affres d’un “cogito humilié”: le cogito est “brisé”. Toute identité, le “détour” par le récit l’indique, s’inscrit dans une distance, entre le soi et le je, entre l’ipséité et la mêmeté: deux dimensions inséparables mais sans confusion. Tension féconde, mais tension qui se redouble de la question qu’est l’autre: l’autre que moi, mais aussi l’autre qui surgit comme une prise de conscience qu’on n’est pas tout puisqu’on ne peut même pas être totalement son maître propre.

C’est de l’identité personnelle, surtout dans sa dimension réflexive, dont il est question dans Soi-même comme un autre. L’identité y est envisagé selon une double polarité: le pôle-idem de l’identité biologique et des traits constants du caractère, et le pôle-ipse, celui de l’auto-détermination d’un soi, qui se reconnaît l’auteur responsable de ses actes. À l’identité narrative est alors attribué un rôle de médiation entre ces deux pôles.

 

1er Interlude: L’“identité narrative”

 

Pour Ricoeur, la seule identité qui convient aux personnes, mais aussi aux communautés, c’est l’identité narrative, avec sa dialectique de changement et de maintien de soi. Tout récit, dit-il, “est un laboratoire où sont essayés des estimations, des évaluations, des jugements d’approbation et de condamnation par quoi la narrativité sert de propédeutique à l’éthique”[10]. Raconter, c’est relier le champ de l’action symbolique et la sphère éthique, dans la constitution de l’identité des individus ou des communautés historiques.

Sur ce sujet, les réflexions de Ricoeur gravitent autour d’un noyau, l’identité narrative, pièce maîtresse du rapport entre constitution de l’action et constitution de soi: l’homme est à la fois un sujet parlant, agissant, mais aussi un sujet narrateur et un personnage de son récit de vie, aussi qu’un sujet responsable: “(…) La constitution de l’identité narrative, soit d’une personne individuelle, soit d’une communauté historique, était le lieu recherché de cette fusion entre histoire et fiction. Nous avons une précompréhension intuitive de cet état choses: les vies humaines ne deviennent-elles pas plus lisibles lorsqu’elles sont interprétées en fonction des histoires que les gens racontent à leur sujet? Et ces “histoires de vie” ne sont-elles pas à leur tour rendues plus intelligibles lorsque leur sont appliqués les modèles narratifs – les intrigues – empruntés à l’histoire ou à la fiction (drame ou roman)?”[11].

On notera d’abord le caractère “dialogique” de l’identité narrative, parce qu’elle intègre l’altérité. L’ipséité est indissociable de l’altérité: le soi et l’autre sont deux concepts corrélatifs; par conséquent, il n’y a pas de “je” sans “autrui”. Dans le monde, selon Ricoeur, agir c’est toujours agir “avec” d’autres, sous forme de coopération, de compétition ou de lutte. De même, l’agir humain est inséparable du pâtir originaire: autrui se révèle à la fois comme partenaire de l’action et comme victime, celui qui subit mon action. Comme le dit Ricoeur, “individu et communauté se constituent dans leur identité en recevant tels récits qui deviennent pour l’un comme pour l’autre leur histoire effective”[12]. Me définir, c’est raconter l’histoire de ma vie, comme un épisode d’un récit plus vaste qui m’a déjà précédé. Ainsi, l’identité faite d’identifications partielles est la condition pour enraciner l’esprit européen, dans la mesure où, pour les individus comme pour les peuples, l’identité n’est simplement un donné mais une construction indéfinie, dont le temps est le seul medium possible.

 

3ème Mouvement: Entre la mémoire et l’oubli

 

Je voudrais, encore une fois, retourner à l’affirmation de Ricoeur: “l’hétérogénéité des traditions fondatrices et la discordance entre convictions et critique m’ont amené à prononcer le nom de fragilité”[13]. Et il insiste que, parfois, on passe facilement de la fragilité à la pathologie; cette dernière se présente comme une crise de mémoire et de la tradition. “Crise de la mémoire: nous touchons ici à un paradoxe déconcertant; suivant les régions, les nations ou les peuples souffrent tantôt d’un excès de mémoire ou d’un défaut de mémoire. Dans le premier cas que l’ex-Yougoslavie illustre tragiquement, chaque communauté ne veut se souvenir que des époques de grandeur et de gloire et par contraste seulement des humiliations subies. Dans le deuxième cas, qu’est celui de l’Europe occidentale post-hitlérienne et peut-être de l’Europe orientale post-stalinienne, le refus de transparence équivaut à une volonté d’oubli et conduit à une fuite devant la culpabilité. Ce qui est commun à ceux deux phénomènes en apparence opposés, c’est un rapport perverti à la tradition. Arrachée à la dialectique évoquée plus haut entre l’espace d’expérience et l’horizon d’attente, la tradition se réduit à un dépôt sédimenté et pétrifié que les uns exaltent et que les autres s’efforcent de recouvrir et d’enfouir”[14].

Son livre La mémoire, l’histoire, l’oubli (2000) se propose de prolonger et de compléter cette réflexion sur le temps et l’histoire par une interrogation sur la mémoire, l’oubli et le pardon. C’est un livre qui fait suite à Temps et récit, lequel comportait une étrange lacune, puisque il y mettait directement en relation le temps tel qu’on le vit ou l’éprouve et tel qu’il se déroule dans la nature avec le récit, mais dans une sorte de court-circuit: il y manquait un intermédiaire, à savoir la mémoire et l’oubli: “Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs, pour ne rien dire de l’influence des commémorations et des abus de mémoire et d’oubli. L’idée d’une politique de la juste mémoire est à égard un de mes thèmes civiques avoués”[15]. Déplorant “le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs”, Paul Ricœur, qui ne confond pas le pardon et l’amnésie et n’entend certes pas cesser de faire droit au “devoir de mémoire”, y plaide pour ce qu’il appelle une “politique de la juste mémoire”. Vraiment, la mémoire se définit comme une “reconstruction continuellement actualisée du passé”: c’est par elle que l’homme prouve et comprend son existence, que se construit son identité et que devient possible son appartenance à une collectivité.

 

2ème Interlude: De lamémoire-répétition à la mémoire-souvenir

 

Nous avons évoqué le paradoxe que constitue l’alternance entre l’excès et un défaut de mémoire. Toutefois, la mémoire collective repose pour une grande part sur les récits acceptés par le plus grand nombre portant sur les événements fondateurs, sur les moments de gloire et sur les souffrances subies par les peuples: la structure de telle mémoire est donc nécessairement narrative. C’est à cette structure narrative de nos convictions qu’il faut appliquer l’esprit de la critique évoqué plus haut parmi les grands acquis de la culture européenne. Voici comment cela peut se faire. Il faut d’abord accepter l’idée qu’il est toujours possible de raconter autrement les mêmes événements. Ce grand principe herméneutique nous a été enseigné d’abord par les historiens de métier; pour ceux-ci les témoignages des contemporains d’un événement marquant, les souvenirs des survivants des grandes épreuves, les traditions qui ont traversé plusieurs générations doivent passer au crible des documents écrits et subir l’épreuve d’une critique textuelle. Cette confrontation entre mémoire et histoire est à cet égard le test critique majeur auquel la mémoire collective doit être confrontée.

Or, comme écrit Ricoeur, “la conséquence la plus importante de cette mise à l’épreuve est un déboulement de ce que nous appelons ordinairement mémoire-habitude ou en d’autres termes, ce que Freud appelait mémoire-répétition, à laquelle il attribuait la résistance à la prise de conscience du passé infantile et donc à la guérison. C’est cette mémoire qui enferme les peuples dans le ressentiment et la haine. L’autre mémoire est celle que Bergson appelait mémoire-souvenir et Freud remémoration. C’est une mémoire active, discriminante, interrogative, méditante. La mémoire-répétition résiste à la critique; la mémoire-souvenir est fondamentalement une mémoire-critique. On comprend alors que certains peuples souffrent d’excès de mémoire et d’autres de défaut de mémoire. Car ce que les uns cultivent avec une délectation morbide et ce que les autres fuient avec mauvaise conscience, c’est la même mémoire-répétition. Les uns aiment s’y perdre, les autres ont peur d’y être engloutis; mais les uns et les autres souffrent du même déficit de mémoire critique; en particulier ils n’acceptent pas l’épreuve de l’histoire documentaire avec sa phase nécessaire de distantion et d’objectivation”[16].

Après avoir scruté ce que sont la mémoire et l’histoire, Ricoeur s’attache à ce qu’est l’oubli. Il distingue à ce niveau un oubli irréversible qui en est le pôle négatif et constitue un double défi à l’histoire et à la mémoire. Mais il souligne aussi une autre dimension de l’oubli qu’il qualifie d’oubli de réserve, et qui est la condition même de la mémoire et de l’histoire en tant qu’oubli qui préserve: “Cet oubli revêt une signification positive”, écrit Ricoeur qui achève son parcours sur le pardon difficile qui vient revisiter les trois dimensions que sont la mémoire, l’histoire et l’oubli comme horizon eschatologique d’une visée de mémoire heureuse. Dans la mesure où l’histoire est plus distante, plus objectivante que la mémoire, elle peut jouer un rôle d’équité pour tempérer l’exclusivité des mémoires particulières et contribuer ainsi à transformer la mémoire malheureuse en mémoire pacificiée, en juste mémoire. Ricoeur nous donne là une belle leçon sur notre fonction possible d’une remise en route du rapport entre passé et présent pour construire l’avenir, soit une belle leçon d’espérance qui passe par toute une ascèse intellectuelle[17].

 

4ème Mouvement: Les modèles d’intégration de l’identité et de l’altérité

 

Parmi les modèles d’intégration de l’identité et de l’altérité, Ricoeur propose, en premier lieu, celui de la traduction. “L’Europe est et sera inéluctablement polyglotte. C’est ici que le modèle de la traduction comporte des exigences et des promesses qui s’étendent très loin jusqu’au cœur de la vie éthique et spirituelle des individus et des peuples”. Or, ce modèle se déroule selon les conditions les plus fondamentales du fonctionnement du langage: “Le fait dont il faut partir est que le langage n’existe nulle part ailleurs que dans les langues. Il ne réalise ses potentialités universelles que dans des systèmes différenciés aux plans phonologique, lexical, syntaxique, stylistique, etc.”[18]. Ainsi, “(…) il n’y a pas (…) de tiers texte entre le texte source et le texte d’arrivée. D’où le paradoxe, avant le dilemme: une bonne traduction ne peut viser qu’à une équivalence présumée, non fondée dans une identité de sens démontrable. Une équivalence sans identité”[19]. Alors, “grandeur de la traduction, risque de la traduction: trahison créatrice de l’original, appropriation également créatrice par la langue d’accueil; construction du comparable[20].

On voit donc en quoi la traduction constitue un modèle approprié à la construction européenne: il invite à étendre l’esprit de traduction au rapport entre les cultures elles-mêmes, c’est-à-dire aux donations de sens partagées à travers l’esprit de la traduction: “Hospitalité langagière donc, où le plaisir d’habiter la langue de l’autre est compensé par le plaisir de recevoir chez soi, dans sa propre demeure d’accueil, la parole de l’étranger”[21].

Le second modèle proposé par Ricoeur est celui de l’échange des mémoires. Pour Ricoeur, les identités sont plus compréhensibles quand elles sont racontées; en effet, “l’identité d’un groupe, d’une culture, d’un peuple, d’une nation n’est pas celle d’une substance immuable, ni celle d’une structure fixe, mais bien celle d’une histoire racontée. Or les implications contemporaines de ce principe de l’identité narrative sont loin d’être aperçues; une conception figée, arrogante, de l’identité culturelle empêche d’apercevoir les corollaires évoqués plus haut de ce principe, à savoir la possibilité de réviser toute histoire transmise, et celle de faire place à plusieurs histoires portant sur le même passé”[22].

“Dans cette échange des mémoires, il ne s’agit pas seulement de soumettre à une lecture croisée les événements fondateurs de la culture des uns et des autres, mais de s’aider mutuellement à délivrer la part de vie et de renouvellement qui se trouve être captive dans des traditions figées, embaumées, mortes. (…) Or, une telle transmission n’est vivante que si la tradition reste l’autre partenaire du couple qu’elle forme avec l’innovation. La tradition représente le côté de la dette à l’égard du passé et rappelle que nul ne commence rien à partir de rien; mais une tradition ne reste vivante que si elle demeure prise dans un processus ininterrompu de réinterprétation”[23].

C’est là, à mon sens, qu’il faudra situer la grande contribution de Ricoeur au dialogue au sein de l’Union Européenne: “À cet égard, un aspect important de la relecture et de la révision des traditions transmises consiste dans le discernement des promesses non tenues du passé. Le passé, en effet, n’est pas seulement le révolu, ce qui a eu lieu et ne peut plus être changé; il est vivant dans la mémoire grâce aux flèches de futurité qui n’ont pas été tirées ou dont la trajectoire a été interrompue. Le futur inaccompli du passé constitue peut-être la part la plus riche d’une tradition. La délivrance de ce futur inaccompli du passé est le bénéfice majeur qu’on peut attendre du croisement des mémoires et de l’échange des récits”[24].

Le troisième modèle découle directement de ce que nous venons de dire, car il faut cette fois partir de la souffrance des autres, imaginer la souffrance des autres avant de ressasser la sienne: “Un trait majeur de l’histoire de l’Europe c’est la masse incroyable des souffrances que la plupart des États, grands ou petits, pris deux à deux ou par alliances interposées, se sont infligées dans le passé. L’Histoire de l’Europe est cruelle: guerres de religion, guerres de conquête, guerres d’extermination, assujettissement de minorités ethniques, expulsions ou asservissement de minorités religieuses; la litanie est sans fin”[25].

Il faut encourager l’échange de la mémoire des souffrances infligées et subies, ce qui exige une nouvelle attitude qui excède de loin les catégories politiques, car elle appartient à un ordre qui dépasse même l’ordre de la moralité – le pardon. “Le pardon relève d’une économie du don, dont la logique de surabondance excède la logique de réciprocité dont nous avons aperçu plus haut une application, à savoir l’exercice de la reconnaissance présupposée par le modèle de la traduction et par celui de la narration croisée. En tant qu’elle excède l’ordre de la moralité, l’économie du don appartient plutôt à ce qu’on pourrait appeler la “poétique” de la vie morale, si l’on garde au mot poétique son double sens: de créativité, au plan de la dynamique de l’agir, de chant et d’hymne, au plan de l’expression verbale”[26].

En somme, parmi les modèles d’intégration de l’identité et de l’altérité, Ricoeur propose, en premier lieu, celui de la traduction (“répéter au plan culturel et spirituel le geste d’hospitalité linguistique”), ensuite celui de l’échange des mémoires (“l’histoire de l’autre à travers les récits de vie le concernant”), enfin celui du pardon (une forme singulière et profonde d’échange des mémoires).

Et pour conclure, j’aimerais éclairer d’un jour nouveau la dimension utopique, que les réflexions précédentes n’ont cessé d’évoquer. C’est grâce au récit et à l’imagination narrative que nous pouvons nous assurer de notre capacité d’action et ainsi nous estimer nous-mêmes comme des agents actifs au sein de l’histoire. “On peut se méfier des utopies, en raison de leur raideur doctrinale, de leur mépris à l’égard des premières mesures concrètes à prendre en direction de leur réalisation. Mais les peuples ne peuvent plus vivre sans utopie que les individus sans rêve. (…) Mais l’important est que nos utopies soient des utopies responsables, qui tiennent compte du faisable autant que du souhaitable, qui composent non seulement avec les résistances regrettables du réel, mais avec les voies praticables tenues ouvertes par l’expérience historique. C’est le lieu de rappeler avec Max Weber que la morale de conviction ne doit pas éclipser la morale de responsabilité. Intégrer une morale à l’autre reste une grande tâche, peut-être la plus grande utopie”[27]. Ainsi, l’Union Européenne ne sera pas à la recherche du temps perdu, mais plutôt, et cela de manière constante et persévérante, à la recherche de son propre et nouveau paradigme.



[1] Paul RICOEUR, “La crise de la conscience historique et l’Europe”, Ética e o Futuro da Democracia, Lisboa, Edições Colibri/S.P.F., 1998, p. 30.

[2] P. RICOEUR, “Civilisation universelle et cultures nationales”, Histoire et Vérité, Paris, Seuil, 1955, 3ª ed., p. 300.

[3] P. RICOEUR, Temps et Récit, t. I, Paris, Seuil, 1983, p. 106.

[4] P. RICOEUR, “L’histoire commune des hommes: la question du sens de l’histoire”, Cahiers du Centre Protestant de l’Ouest, 1983, nº 49-50, p. 15.

[5] P. RICOEUR, Temps et Récit, t. III, Le temps raconté, Paris, Seuil, 1985, p. 329.

[6] P. RICOEUR, “La crise de la conscience historique et l’Europe”, op. cit., p. 30.

[7] P. RICOEUR, “La crise de la conscience historique et l’Europe”, op. cit., p. 34.

[8] P. RICOEUR, Temps et Récit, t. III, Le temps raconté, Paris, Seuil, 1985, p. 328.

[9] Cf. Yves Charles ZARKA, “L’odyssée interminable de soi à soi”, Cités [“Paul Ricoeur: interprétation et reconnaissance”], P.U.F., nº 33, 2008, p. 3.

[10] P. RICOEUR, Soi-même comme un Autre, Paris, Seuil, 1990, p. 139.

[11] P. RICOEUR, “L’identité narrative”, Esprit, (7-8) juillet-août 1988, p. 295.

[12] P. RICOEUR, Temps et Récit III, Le Temps raconté, Paris, Seuil, 1985, p. 356.

[13] P. RICOEUR, “La crise de la conscience historique et l’Europe”, op. cit., p. 30.

[14] P. RICOEUR, “La crise de la conscience historique et l’Europe”, op. cit., pp. 30-31.

[15] P. RICOEUR, La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, Paris, Seuil, 2000, p. I.

[16] P. RICOEUR, “La crise de la conscience historique et l’Europe”, op. cit., p. 32.

[17] Cf. François DOSSÉ, “L’histoire à l’épreuve de la guerre des mémoires”, Cités [“Paul Ricoeur: interprétation et reconnaissance”], P.U.F., nº 33, 2008, pp. 40-41.

[18] Cf. P. RICOEUR “Quel éthos nouveau pour l’Europe?”, in Peter KOSLOWSKI (dir.), Imaginer l’Europe: le marché intérieur européen, tâche culturelle es économique, Paris, Les Éditions du Cerf, 1992, p. 108.

[19] P. RICOEUR, “Le paradigme de la traduction” [1998], Sur la Traduction, Paris, Bayard, 2004, p. 40.

[20] P. RICOEUR, “Un passage: traduire l’intraduisible”, Sur la Traduction, op. cit., p. 66.

[21] P. RICOEUR, “Défi et bonheur de la traduction” [1997], Sur la Traduction, Paris, Bayard, 2004, p. 20.

[22] P. RICOEUR “Quel éthos nouveau pour l’Europe?”, op. cit., p. 111.

[23] P. RICOEUR,“Quel éthos nouveau pour l’Europe?”, op. cit., p. 112.

[24] P. RICOEUR, “La crise de la conscience historique et l’Europe”, op. cit., p. 112.

[25] P. RICOEUR,“Quel éthos nouveau pour l’Europe?”, op. cit., p. 113.

[26] P. RICOEUR,“Quel éthos nouveau pour l’Europe?”, op. cit., p. 114.

[27] Paul RICOEUR, “La crise de la conscience historique et l’Europe”, op. cit., pp. 34-35.

Par Acilio da Silva Estanqueiro Rocha, publié le 02/12/2013 | Comments (0)
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