Auteur: Selim Lander

Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

MAC Marin 2009 : Le Marché d’Art Contemporain de la Martinique

Inauguré en 2002, le Marché d’Art Contemporain qui se tient au port du Marin, à la Martinique, a connu sa septième édition du 27 au 29 novembre 2009. Il est devenu au fil des années un rendez-vous attendu aussi bien par les artistes que par les amateurs de cette île française de l’archipel des Petites Antilles.

Il est toujours délicat de parler de l’art contemporain. Celui-ci étant ce qu’il est – un foisonnement d’initiatives où toutes les expériences sont légitimes, où l’originalité tend à l’emporter sur le savoir-faire technique – le critique ou plutôt le chroniqueur ne saurait en aucune manière trancher avec autorité sur ce qui vaut quelque chose ou ce qui ne vaut rien. Et il ne saurait surtout pas parler de ce qui est beau et de ce qui ne l’est pas, ce critère n’étant pas considéré comme pertinent.

Un des « Robi » de Robert Manscour

Comme n’importe quel visiteur d’un salon d’art contemporain, le chroniquer en est donc réduit à déambuler au hasard d’un stand à l’autre et à s’arrêter lorsqu’il tombe sur quelque chose qui éveille son intérêt. Évidemment, suivant qu’il est plus ou moins cultivé en la matière, il n’aura pas tout à fait le même regard sur les œuvres, mais, en définitive, ses choix resteront déterminés avant tout par sa propre subjectivité.
C’est donc en toute subjectivité que nous avons choisi de braquer le projecteur sur quatre plasticiens parmi les quelques soixante qui étaient présents lors de cette septième édition.

 

Le plus fantaisiste : Stéric qui peint des tableaux et réalise des sculptures ludiques dans le style de ses tableaux (à moins que ce ne soit l’inverse). La technique est fruste, mais cela n’empêche pas que ses œuvres soient pourvues d’une certaine éloquence en même temps que de beaucoup d’humour.

 

 

 
 
« Rob9 assis sur sa chaise électronique » par Stéric

 

Le plus classique : Claude Cauquil qui expose une série impressionnante de tableaux de jeunes Martiniquais, sur fond noir. Bien qu’il travaille comme les hyperréalistes à partir de photographies, ses tableaux sont de véritables créations qui témoignent d’une grande maîtrise de la matière picturale, tout en gardant un côté très réaliste.

Trois jeunes Martiniquais par Claude Cauquil

 

Le plus inventif : Pascal Bailleul. Déjà connu pour ses photos retravaillées de nus couverts d’argile, il présente cette année (à côté de créations vidéo) une série de personnages à la Jérôme Bosch, mi hommes-mi animaux (par exemple des humains dotés de nageoire) ou des monstres purs et simples comme celui qui est représenté sur la photo ci-dessous.

« Funk la trompe » par Pascal Bailleul

Sa technique est, quant à lui, entièrement photographique. Par contre, s’il continue à partir de photos de personnages enduits d’argile, il les transforme désormais avec toute la liberté que lui autorisent les nouvelles techniques de manipulation des images. Dans cette nouvelle série, les chimères qui sont sorties de son laboratoire témoignent de son inquiétude vis-à-vis de notre environnement dont on peut en effet imaginer que, à force d’être pollué, il finisse par engendrer des êtres abominables.

 

Le plus célèbre : Robert Manscour. Sculpteur, designer, on ne sait pas très bien comment il faut qualifier Robert Manscour puisqu’il est connu autant pour ses statues que pour les objets qu’il réalise (vases, lampes, appliques). En tout état de cause, il est l’un des rares créateurs martiniquais qui s’exporte au-delà des mers. Sa maîtrise du travail du verre est incontestable et ses œuvres laissent rarement indifférent, ses statues en particulier qui véhiculent à la fois tendresse, humour et émotion. La famille de ses « Robi » est déjà riche de plusieurs centaines d’individus différents dispersés dans le monde entier. Quant à la tribu des « Stani », ces personnages tout en longueur campés sur deux jambes de métal, elle se limite pour l’heure à une vingtaine de membres mais il serait surprenant qu’elle ne se répande pas, elle aussi, un peu partout.

Trois « Stani » de la tribu de Robert Manscour

 

© Photos Selim Lander – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur de l’œuvre représentée.

 

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