Auteur: Selim Lander

Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

Le musée Norton à West Palm Beach

Hanson – Young Worker

Les Etats-Unis sont une terre de mécènes. Un régime fiscal particulièrement favorable n’en est pas l’unique explication, il faut compter aussi avec une certaine tradition qui incite les personnes fortunées à faire profiter leurs concitoyens d’une part de leur richesse. Très nombreux sont ainsi les musées qui furent fondés à partir d’une collection privée, le plus connu étant sans doute la Fondation Barnes, récemment réinstallée dans de nouveaux locaux à Philadelphie.Ralph Hubbard Norton (1875–1953) a fait sa fortune à la tête d’une firme sidérurgique basée à Chicago, l’Acme Steel Company. Comme beaucoup d’Américains il prit sa retraite en Floride, plus précisément à West Palm Beach. C’est donc là qu’il fit construire un bâtiment mêlant harmonieusement les styles néo-classique et art déco, afin d’y abriter ses collections. Le musée a ouvert en 1941. De dimension relativement modeste, il ne contient pas une quantité énorme de chefs d’œuvre mais suffisamment néanmoins pour en recommander la visite à l’occasion d’un prochain séjour en Floride.

 

La peinture est répartie entre le rez-de-chaussée et le deuxième étage ; le premier étage présente une collection de pièces chinoises d’une grande qualité. Les expositions temporaires se répartissent entre les différents niveaux. Au moment de notre passage, l’une de ces expositions était consacrée à la vie en Angleterre pendant la Deuxième Guerre mondiale (Keep Calm and Carry On), une autre (Rubin Prize) à quatre jeunes photographes prometteurs, qui doit se terminer par l’attribution du prix du même nom.

La plupart des visiteurs seront d’abord intéressés par les tableaux des XIXe et XXe siècles accrochés au rez-de-chaussée. Pour s’en tenir à la peinture française, on ne peut pas ne pas être arrêté par deux superbes portraits de Renoir (1841-1919) au sommet de son art, dont un fringant Monsieur Germain (1900). On connaît moins peut-être les talents de Cézanne (1839-1906) en matière de portrait (en dehors de celui de son ami le peintre Achille Emperaire assis en majesté, l’un des fleurons du musée d’Orsay). Le musée Norton possède une œuvre de la maturité (Alfred Haugé, 1899), tout à fait dans la manière des tableaux que Cézanne a peint de sa femme. De Gauguin (1848-1903), on admirera un rare tableau symboliste de la période de Pont-Aven, (Le Christ au Jardin des oliviers, 1889). Une étonnante figure en noir de Marguerite par Matisse (1869-1954) jette sur le spectateur un regard qui n’est pas moins interrogateur pour se trouver affecté d’un léger strabisme.

Cézanne – Alfred Maugé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gauguin – Le Christ au Jardin des oliviers

 

 

 

 

 

 

 

Matisse – Marguerite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Côté peinture américaine, le visiteur français reconnaîtra moins de peintres. Il ne manquera pas des’arrêter néanmoins devant un tableau d’Edward Hopper (1882-1967), l’un des rares qui n’a pas fait le voyage de Paris pour la grande exposition actuellement consacrée à ce peintre au Grand-Palais. Intitulé August in the City, il représente l’intérieur d’un appartement, en bordure du parc Riverside à New York. Hopper a souvent peint des intérieurs, parfois, comme ici, vus de l’extérieur. Le tableau est vide de tout personnage, les grandes villes étant en effet à peu près désertes au mois d’août. On remarque néanmoins, à travers une vitre de la rotonde, une statue féminine semblant guetter quelqu’un, comme pour rappeler que, à cette date (août 1945), de nombreuses femmes américaines attendaient le retour qui d’un fils, qui d’un fiancé, qui d’un mari parti à la guerre.

Hopper – August in the City

Dans un couloir du musée un homme habillé en travailleur est adossé contre un mur. Les habitués des collections d’art moderne ou contemporain reconnaîtront immédiatement une sculpture hyperréaliste de Duane Hanson (1925-1996), ici d’un « jeune travailleur » (Young Worker, 1976). Les autres s’émerveilleront devant ce mannequin plus vrai que vrai.

Pour les œuvres mentionnées dans cet article comme pour beaucoup d’autres le musée Norton de West Palm Beach vaut le détour. Ajoutons pour finir, à l’intention des visiteurs qui ne maîtriseraient pas parfaitement la langue de Shakespeare, que des tours en français sont organisés chaque deuxième samedi du mois.

Selim Lander, décembre 2012.

 

 

 

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One Response to “Le musée Norton à West Palm Beach”

  1. […] Grand musée à West Palm Beach. Précisons que West Palm Beach et Palm Beach forment la même agglomération, Palm Beach est entre la mer et le waterway, West Palm Beach comme son nom l’indique au bord du waterway, côté ouest. La première est plus ‘seclusive’, l’épitome du chic et du luxe, le domaine des megariches, West Palm Beach est plus vaste, plus conforme à une ville américaine moyenne, mais pas mal quand même selon n’importe quel critère. ‘City Place‘ par exemple, une innovation architecturale urbaine, lieu de sortie et de plaisirs divers, est très impressionnant.  Le Norton Museum of Art est à proximité. Selim le décrit très bien ici. […]