Os épandus sur le sable volage (extraits)

Peur de la nuit,
de son épaisseur,
du trouble de la bête,
de l’enchaînement nuit-bruit,
nuit-bruit,
nuit-bruit.
Peur du cœur arrondi à la croche,
à la double et triple nuit du vivant.
Peur des secondes
de danses d’exorcisme et de danses,
d’exorcisme et de danses,
de danses d’exorcisme et de danses.
Et le rythme aboyé de la douleur quand elle pulse, s’emballe,
s’enchaîne aux pieds calleux, fissurés,
un jour de vessie inaccessible.
Peur de l’os brisé comme un cas de cœur.
J’entends le crac comme une clameur blanche, dentelée.
Il y a égalité de bruit et de douleur,
il y a égalité de choc.
Ce mal s’entend comme l’amas régulier d’une existence peu à peu déflorée.
Maux, brisure sordide, fracas immonde,
l’os comme cas du cœur pointe par le pantalon.
Et le cassé se déclasse en déçu,
Aliment-nuit d’un être en odeur de peur.

***

Depuis qu’il y a des gouffres,
de l’oxygène palpitant dans des corps infectieux ;
depuis qu’il y a les sanglots entrant dans les gouffres
et de l’oxygène palpitant dans les corps infectieux ;
depuis qu’il y a des flammes dans les sanglots entrant dans les gouffres
et de l’oxygène palpitant dans les corps infectieux ;
depuis qu’il y a des passions dans les flammes en sanglots entrant dans les gouffres
et de l’oxygène palpitant dans les corps infectieux ;
depuis qu’il y a du sang dans les passions enflammées de sanglots entrant dans les gouffres
et de l’oxygène palpitant dans les corps infectieux ;
depuis qu’il y a du venin dans le sang des passions enflammées de sanglots entrant dans les gouffres
et de l’oxygène palpitant dans les corps infectieux ;
depuis que mon temps est passé,
mes visions dangereuses garnissent de faux charmes-raisons-clartés,
la croupe avenante de mon abîme terreux.
Depuis que je suis exploité par mon envie de bien faire,
d’exhiber la force, l’intelligence,
la créativité nécessaire au nourrissage public de ma geôle,
mon corps n’est qu’un aimant fou.

***

Rends-moi ce baptême,
Ce confondu d’orgueil et de dieu,
Cette substance qui dit la peur
et la torsion de tous les souffles.
Nos mains ne sont pas en appui sur les choses.
Elles n’œuvrent pas plus à la guerre qu’à l’innocence.
Nos mains suivent les démons,
l’hideux,
l’extase du frisson
et le flot de sang qui tresse la peau.
Tes mains ont suivi les rameaux de la langue à la racine.
Elles tracent les mélancolies noires d’un lieu.

***

Que le bercé
dans un lit bleu
jette le cri d’une empreinte tendue ;

que ses lèvres folles
débordent du cri,
percent les ourlets du rut ;

que la plaine gémisse
de ses yeux d’amante
un jour quittés ;

que du blanc dénudé
jusqu’à l’écorce des seins,
surgisse la force des orgasmes ;

que les larmes d’amour,
sur les corps affolés,
coulent vers les hanches et le sang roux ;

que l’avènement cru du tendre,
souligné de va-et-vient,
n’agrège plus les instants ;

que l’affolé,
dans un lit rouge,
au fer marque ses doigts
sur toute courbe de chair ;

que les murs s’habillent de pudeur
et rendent aux mots les âmes visitées ;

quand s’ouvraient les orifices
et se quillaient les peaux.

Par Olivier Houplain, , publié le 05/04/2021 | Comments (0)
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Les ailes frôlées

À Heberto Helder                                                                                                                                                

Les ailes frôlées, tout comme la puanteur des charognes, ne sont jamais bien loin d’une beauté immobile…

Dans sa brume, la poète se dessine une barbe,
des sourcils épais couleur d’œil noir.

On devine une bouche,
des dents croqueuses
de phrases chargées d’haleines.

Sa chemise flotte, blanche,
sur l’eau bleue des marais.

Au loin, les joncs ont l’œil d’un appel ;
les nuages,
miroirs d’âme de joncs,
descendent du jour
le long de colonnes de pluie.

Son front d’une pâleur
exhumée,
n’offre ni humeur, ni ride.

Son regard se perd
dans l’exacte direction des horizons de valeurs.

S’il ne dit rien, s’il suppose sa vie,
c’est qu’il repose sur ses lettres,
c’est que le tas de feuilles monumental,
jonché d’encre en débat,
offre le confort nécessaire
à l’attente.

Il lâche son heure.

Il ne répond de rien.

Il jure sur la vie grouillante des silences consentis.

Par Olivier Houplain, , publié le 14/06/2017 | Comments (0)
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