Avignon 2021-1 : Gérard Philippe, Sosies (OFF)

Gérard Philippe de l’autre côté du miroir de Katia Barcelo

Les premiers jours en Avignon, on découvre le programme du Off, on ne sait pas encore ce que l’on a envie de voir, alors on se laisse porter par le hasard. En arpentant les rues de la ville, en passant devant tel ou tel théâtre on a l’œil attiré par un spectacle qui va commencer et l’on décide d’entrer. Au théâtre des Corps Saints[i] un comédien fait revivre Gérard Philippe (1922-1955) dans ses rôles les plus emblématiques, au théâtre comme au cinéma. Aujourd’hui, peu de gens sans doute ont eu la chance de voir sur les planches ce comédien qui faisait partie de la troupe de Vilar lors de la création d’Avignon et qui a marqué l’histoire du théâtre moderne par son élégance et sa sensibilité,.

Christophe Gorlier campe un Gérard Philippe plutôt convaincant. Il a la prestance qui convient et se montre souvent inspiré dans les grandes tirades du Prince de Hombourg, Lorenzaccio, Ruy Blas ou le Cid. Il a un partenaire, Frédéric Onnis, dans le rôle d’un Mephistophélès invitant le faux Gérard Philippe à endosser les habits du vrai pour conquérir cette sorte d’immortalité dont bénéficient les grands comédiens, comme les grands auteurs, les grands poètes. F. Onnis peut aussi contribuer, à l’occasion, à restituer un bout de dialogue. Il est encore le second dans des scènes de duel à l’épée qui contribuèrent aussi à la renommée de G. Philippe. Le passage d’une pièce à l’autre s’accompagne d’un changement de costumes : on admire en particulier la houppelande du Cid. On est moins emballé par les quelques passages où Ch. Gorlier se met à lire, dans lesquels il se montre moins à l’aise que lorsqu’il joue.

Cette pièce séduit peut-être avant tout par son côté désormais – hélas – suranné : un théâtre où l’on ne triche pas avec les textes, dans lequel on n’a pas honte de revêtir des costumes d’époque, avec des comédiens attachés à faire honnêtement leur métier, bref du théâtre à l’ancienne.

Sosies de Rémi de Vos

John Arnold et Victoire Goupil

Mis en scène par Alain Timar au théâtre des Halles, son théâtre en Avignon, Sosies est une fable sur l’identité. Qui suis-je moi comme individu et comment ne pas se poser la question quand on a voué sa vie à être l’imitateur d’un autre ? Tel est le cas de deux personnages de la pièce, Bernie et Momo, tous deux sosies de chanteurs. Et qui suis-je moi, en tant que citoyen dans un pays qui devient de plus en plus – qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore – multiculturel ? Ce qui est en particulier le cas de Jean-Jean, la vingtaine passée, qui découvre au début de la pièce qu’il est un enfant adopté et qu’il portait le prénom Rachid. Et qu’est-ce enfin que l’identité sexuelle quand on est marié mais gay comme Momo, le père (adoptif) de Jean-Jean ?

La pièce commence en farce, les saillies ne manqueront pas tout du long, mais elle deviendra un peu plus grave, principalement du fait du personnage de Bernie, dit Little Johnny Rock, le seul que semble avoir la tête sur les épaules, qui est chargé de délivrer le message de l’auteur. Mais jamais sans insister. La rivalité entre les deux sosies s’exacerbe au fil de la pièce jusqu’à une fin qui aurait pu être tragique, qui aurait pu seulement car on ne quitte jamais le registre de la comédie.

La pièce est bien servie par des comédiens qui ont l’âge et le physique qui convient. John Arnold endosse avec conviction le personnage désabusé de Bernie-Little Johnny Rock tandis que Xavier Guelfi met toute son énergie pour rendre la perpétuelle excitation de Jean-Jean-Rachid. Les autres comédiens, dans des rôles moins importants défendent tout aussi vaillamment leurs personnages : Christine Pignet dans Biche (la mère adoptive), David Sighicelli dans Momo et enfin la jeune première, Victoire Goupil (Kate).

 

 

[i] En face de l’église des Célestins où se tient une exposition de Grégoire Korganow qui photographie les abords des lieux de détention, en France, des lieux abandonnés comme pour mieux marquer la relégation des emprisonnés.