Auteur: Sénamé Koffi

Sénamé Koffi étudie l'architecture et les sciences humaines à Paris.

Trans-figurations (extraits)

trans-figurations2

Une heure je suis, l’autre je m’é-vagues…

Les plus hautes vagues ont versé dans cette grande composition


DEUXIÈME VISION

De là-haut où pendant longtemps rien n’a lui,

Ces cieux aveugles, s’ouvrant grand,

Descend, qui se pose et demeure sur lui,

Un dragon blanc ! Croassant…

La voix à tonner alors, mais à l’envers :

« Voici, en lequel j’ai mis toute ma peine…
Celui-ci mon fils bien aimé sans aucune haine.

Voici encore, je le lance en l’air…

Et tournant sur lui-même, le voici enfin,

Tout vrillé de sève bonne, homme ou sylvain,

Du milieu des nuées, comme happé.

Mais je n’ai pas besoin de le rattraper
Car il a acquis de voler plus haut
Que tous les crachats jetés…

« Je vous le dis en vérité

Il baptisera par le mot ! »

*

L’AUTRE :

L’ignivome,… nu anadyomène !

Les mains larges d’une île dans les cheveux,

Brassant, faune fou, l’envers et le sens, le Feu !

La force verte à l’eau verte d’un vieux baptême,

… Où La force circule, et duquel toi, vieil amant

Nu de La force, La force te faisant le signe du balisier,

Avec les hématémèses non-rentrées dont tu es parent,

Tu héritas de commander aux verts brasiers…

Harceleur d’une nymphe qui a nom ‘Connivence’

Dont l’ebbò, le mot-maître est : « Devance ! »

La coloration au prasin ; l’ordre, de se mêler.

… Mais déliant, en l’âme même, l’élément

Dans la rose, en l’homme à les faire exploser,

L’âme ouverte grand, comme cela ! Déments !

Toi encore, chassant l’effet lors qu’avec ou Echo

Ou Ochùn, tu dansais, vis de derviche, l’adjogbo…

Capricorne en fleurs, n’est-ce pas devoir à la vérité

Que de dire, qu’emmuré dans l’intimité de ton clos

Tu étais en quelque affaire avec Prométhée ?…

Ignivome !… Papa ‘j’embrasse’, Papa trois fois zo !

Assotor rond ! Je te salue, ô monteur d’hippocampe ;

Héleur de son parler-haut et son épée-asymptote

Qui lève la sève aux lignes sensuelles des côtes…

Par l’aiguillon bleu du ressac et par de qui rampe

Droit, l’andain ; ô commandeur de la flamme fauve

Bec et griffes, de tous mes vomissements mauves,

Imparfaits, je te salue encore allaiteur, tamtam-aieul

Qui sonne rond, l’assaut au miracle clos dans le glaïeul


VISION CINQ

Au creux du béant, l’inflexion

Dans une embrasure de canon

Sang en croix qui joue du violon

La Solitude, une ébauche à ce son

De gwoka, un rap-a-kongo de ventre rond

*

L’AUTRE :

Vrac de vevêrs pour un grand théâtre nègre !

Sans-âmes, à saigner, dansant sur l’aigre,

Qui…, voulant étendre son jour hérissé de fers…

Qui…, jusqu’à Matouba, voulant porter son clair…

Et ça danse,… l’Aigle rendant à perte par la herse,

Qui ne savait pas ce lieu, d’un noir néant l’anse…

Gouffre où pour mourir seulement les raies versent.

Ça danse et c’est d’un singulier mystère. Ça danse !

Ô sphinx ! Là sont des envies de liberté, sottes !

Et fugaces, dans le filigrane frêle des transes

Vraies, de lire des desseins de derniers zélotes,

Essaimant mesure qu’époux, ensemble avancent,

Se tenant la main, le jour hirsute, la pensée désodée

Solitude ! Solitude d’un demain debout regardée,

Danse… Danse Massada, une lubrique aisance…

Danse Solitude et ose de grands gestes à l’engeance.

Et comme tout à l’heure au premier bain de l’aegipan,

L’archet qui fait une bacchanale maintenant ! …

Danse l’enfantement, à la main un rouge bonnet

L’utérin restauré, pythie et reine bacchante,

Le rythme pour roi, danse, dans une joyeuse volée,

Chars et charmes brisés, de plumes d’or étincelantes.

Danse d’eaux liées, Solitude un unique sein nu,

Tandis que va au sein noir de cette noire terre,

Le sang très jaune, laid, lave, de l’oiseau de Jupiter.

Oh ! Ex-voto de feu aux lumières révolues !

La nuit ! La nuit donc ! Et au signal des grillons…

La déflagration formidable ! Sans le pli, négrillons,

Que la danse a levés, ne se réclamant que de la nuit…

Le cœur, dans la hérisse et la lyre lasses, jamais pris,

Enfin et finalement, échappaient au terrible ennui

De l’empire du jour vaste, du jour légal, du jour gris

Où plus personne nulle part ne criait : « Au guet !… »

Mêlé à l’Évoé : « Oh, Guinée n’est plus loin… »

Murmurait à l’oreille des plus fatigués,

Volant au violon, l’espiègle Zéphyr, ce seul témoin…


IXIÈME VISION

Sur une pierre blanche sans épitaphe

Une raideur intellectuelle où tout bascule…

Portant grande gibasse de pure lymphe

Qui embrasse cet homme seul… – Si seul ! –

L’a toujours amputée d’un achèvement

Dont les blanches mains font tendrement…

*


L’AUTRE :

L’Endroit sacré, l’Endroit terrible ! Voici !

Ô heure d’exhumation d’indicibles ci-gîts…

Voici ! Voici ! Au pas de la porte des jugements,

Noyé dans l’aurore et l’hosanna, tu attends…

Et ces bras qui tout à l’heure t’enlaçaient,

C’est par pans entiers qu’ils jettent aux cieux,

Par-dessus la très grande porte de ce saint lieu,

Maintenant, ton sang répandu, sans le procès…

Robe d’eaux claires où jettent ses larmes, la Pietà,

L’unique nu émergeant du drapé, semble une Volta.

Ceinte du blanc péplos ! Est-ce la mulâtresse encor ?

Le danfani de lin blanc, les tresses ourlées d’or… ?

L’île en lait. Est-ce, jusque là mise sous le scellé aussi,

Révolution, la vierge au pileus qui jadis foulait le joug,

Dont le pileus au pieu tremblant, trahit une fougue

Secrète…, prête et pressée d’emprunter aux Érinyes…

Ah, lentement vient à l’eunuque livide qui force,

Dans le froissement coupable des lys, une vierge,

L’heure où cette belle-là, contre une torche,

Troquera la résignation vaste… et les cierges…

L’heure des sceaux,… du déroulé large… Voici !

Au pas de la porte, cependant, pas de hallali…

Voici ! Et la priante dont t’enlacer est la prière,

Récitant tout bas, gentiment, d’un chant, emplit l’air.

Avec elle, c’est du moment tout le pesant qui chante.

Une complainte sans âge où l’on entend… : « Caïn !»

Horrible ! Ce nom dans son sillage traîne des chiens,

Dont les hurlements glacent l’âme qu’un œil tapi hante.

Oh mais tu attends ! Immobile, immolé sans le linceul

Muet ! Pétrissant le suspend mais pas à vide,

D’un cœur point encore guéri tout à fait du fratricide.

Mais hors, murmurant bas sur le seuil, deux seuls

Trempés, transis ! Et si pâles dans la nuit immense,

Piètres spectres : ton frère et aussi Canut…

Qu’importe l’ici, ô Capitaine, ô Raideur ! Je te salue,

Étreignant mes très grands silences…


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