Auteur: Brenda Marie Osbey

Brenda Marie Osbey, poète et auteure, a reçu de nombreuses récompenses littéraires. Son travail, ses recherches et ses écrits ont été publiés dans des revues prestigieuses, et ont été l’objet d’études, de thèses et de conférences. Pendant plus de vingt ans, elle a recherché et écrit l’histoire du Faubourg Tremé, une communauté de Noirs libres fondée à la Nouvelle-Orléans au dix-huitième siècle. Native de la Nouvelle-Orléans, où elle vit actuellement, elle enseigne à Louisiana State University. De 2005 à 2007, elle est désignée « Poète Lauréate de la Louisiane » par un comité de pairs littéraires.

Qu’on arrive enfin

Qu’on arrive enfin, (une histoire en cours/ a tale in-progress) in Renaissance Noire, Fall 2004 (vol. 6, no. 1), pp. 138-143.

 

I.

Et qu’on arrive enfin au pays natal –

la terre même imprimée d’esclavage.

Là-haut, en plein air, la puanteur, la piste toute chaude

du sang très chaud

des mauvais-nég’s du passé.

C’est bien drôle, non ?

Comment nous retournons toujours à ceci –

la ville, la vie, que faisait l’esclavage,

les histoires inventées de toutes pièces que faisaient les historiens, les pères-

fondateurs, la sainte-église.

Et qu’on en a marre des mensonges, des tromperies et des fraudes.

On en a marre des histoires, des historiens.

On en a marre d’indigo, de tabac, de riz et de rhum.

On en a marre de coton-m’sieu-le-roi et de canne à suc’.

On en a marre

et ne peut que souhaiter, souhaiter, souhaiter très fort

que les lacs, les bayous, les grands et petits marais

auraient tout engonflé

tout inondé, tout effacé.

Mais,

nous ne nous inquiétons point de ce point :

car il y a toujours l’ouragan.

 

À bas, donc, les industriels de sang et de chair.

 

Vive l’ouragan conquérant.

Vive le marais aplanissant.

Vivent les mauvais-nég’s et les mauvais négrillons.

Qu’il ne reste aucune plantation où reste la puanteur de chair-et-sang brûlé.

 

II.

Quoi donc me suffira ? je me demande.

Et la réponse – Rien. Rien de tout.

Tant, tant, tant-que-je-vivrai-rien-ne-me-jamais-suffira-pour-tout-cela.

 

 

III.

‘ Y avait,

Oui, c’est bon bel-âge

‘ y avait un jour qu’ils coupaient le cou

à beaucoup moindre.

 

Et combien de têtes sanglantes verrait-on là-hier ?

 

 

Et chaque fois qu’on entend le mot « créole » ou- beaucoup mieux-

 « monde créole »

 

souffle le mal haleine des négriers et leurs petits-négociants

 

et le grand pu de ses femmes qui prennent leur petit bain de putain

tous

les

trois

jours.

Et quoi donc ?

Quoi donc à nous ? nous nous demandons parfois.

Et encore mille fois-

quoi donc à nous, alors ?

 

‘ Y avait,

‘ y avait, oui

‘ y avait un jour

 

 

IV.

Je ne m’explique pas pourquoi, non.

 

 

V.

C’est quoi, alors, l’histoire ?

Même pas des fables

Même pas des mythes –

Que des mensonges qui répètent les maîtres et leurs sycophantes

 

 

Que des phrases qu’ils répètent ad nauseum

pour les bien mémoriser

pour bien s’amuser

quand arrive l’heure de bien couper le cou d’une de leurs négresses

après peut-être ayant bien frotté le coin ?

 

Ce n’est que les usines

                    les factoreries- bon

                    là

                    auprès de la rivière

                    ou ils produisent

                    ni grain ni sucre ni rien d’autre-

les sciences humaine, quoi, de l’esclavage

ce qu’ils écrivent aux fouet et pinceaux – oui

Répétez-s’il vous plaît

Répétez-s’il vous plaît

          Tout à la fois à la fois à la fois

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