Auteur: Umar Timol

Né à l’île Maurice, Umar Timol est l’auteur de trois recueils de poésie, La Parole Testament, Sang et Vagabondages, édités aux Editions l’Harmattan. Il a contribué à de nombreuses anthologies, à Maurice et à l’étranger. Il a aussi écrit un scénario de BD, Les yeux des autres, qui a été publié dans l'ouvrage collectif, Visions d'Afrique ( l'Harmattan ). Il est un des membres fondateurs de la revue de poésie mauricienne Point Barre, une revue transversale et plurielle qui publie aussi bien des poètes mauriciens que des poètes provenant des quatre coins du monde. Il est le titulaire d’une bourse du Centre National du Livre (CNL), qui lui a permis, dans le cadre d’une résidence d’auteur au Festival des Francophonies en Limousin, d’achever l’écriture de son premier roman Journal de la vieille folle.

Poèmes, 3

Mon ange

j’aimerais, mon ange, t’emmener au bout de mon être, là où je gis,
dépouillé des apparences et offert à la pleine et ravageuse lumière de
la lucidité, j’aimerais t’y emmener, mon ange, pour que tu sombres tes
mains dans ces landes plus vastes que l’enfer et égrènes sur ma peau
déjà trop souillée les versets de l’absolution et du pardon.

 

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Dénuement

j’aime bien, vois-tu, le dénuement, ces êtres qui ne soucient pas des
apparences, qui n’ont pas besoin de prétendre, de jouer, j’aime bien,
ainsi, parler à cette amie, elle est pauvre, accablée par de nombreux
problèmes, sa vie est dure, très dure mais elle est bonne et simple,
j’aime lui parler car elle me rappelle l’essentiel, elle m’apprend à
reconsidérer le monde, à revoir mes priorités, il n’y a certes aucune
gloire à la pauvreté, c’est un lieu misérable et il y a des pauvres,
après tout, qui sont des salauds mais elle est bonne et simple, elle
sait que l’essentiel tient à très peu de choses, qu’il faut apprendre
à se laisser aller, à se déposséder du monde, qu’il faut mépriser
l’argent même si on en a besoin et, vois-tu, mon ange, je suis en
quête de ce dénuement, je veux être simple et transparent, ne jamais
prétendre, être ce que je suis, désirer certes car on ne peut y
échapper mais désirer ce qui est utile, nécessaire, aimer certes, il
n’y a rien de plus beau n’est-ce pas mais sans jamais perdre de vue
que l’enjeu de l’amour est l’autre, ainsi rompre son corps à
l’offrande, je suis, vois-tu, en quête de ce dénuement mais il me
semble inaccessible, je suis bien trop épris de la surface, engoncé
dans cette chair visqueuse et je n’arrive pas à m’en libérer, je veux
donc être simple, dénué, ainsi renouer autrement avec les fascinations
de l’amour, avec toi, t’aimer parce que tu existes, parce que tu es,
t’aimer au-delà de l’obsession amoureuse, de l’amour qui passe, va,
t’aimer parce que tu es l’élue, captive des manifestations de
l’infini, t’aimer donc, dépouillé de tout, du désir de la réciprocité,
t’aimer dans le dénuement parce que tu es, parce que tu es et parce
que tu es.

 

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Mémoire

ma mémoire est fragile, elle ne retient que peu de choses, sans doute
l’essentiel, la naissance des enfants, la rupture des sens ou les
visages de la mort, elle est fragile et elle me permet de vite
oublier, trop vite, est-ce une grâce qui m’épargne la souffrance ou
une inconscience car je ne suis le dépositaire d’aucune sagesse, je ne
le sais, ma mémoire est fragile mais elle est emplie de toutes tes
instances, je me souviens de tout, de tes vêtements, la nuance des
couleurs, de tes paroles, les plus infimes, de ton rire, qui cingle
comme l’éclair, de tes ténèbres, quand tu sombres dans la réflexion ou
est-ce la tristesse, je ne le sais, je me souviens de tout et même des
inflexions de l’ombre sur ta peau et c’est comme regarder un film que
je vénère, dont je ne me lasse pas, je revois tout, les moindres
détails, avec une intensité qui se décuple au fil des mois, des années
sauf que je n’arrive pas au sens de ces images, il y a le sens
immédiat, accessible, qui me renvoie à ce que tu parais être puis le
sens profond, caché, je ne sais ce que tu es et, surtout, ce que je
suis pour toi et ainsi je vagabonde dans cette demeure fracturée,
multiplicité de l’être, ici, automate inscrit dans le rituel du
quotidien et là spectre qui observe la mémoire parfaite de ton corps,
se déploient ainsi, en moi, à un rythme insensé, toutes tes
métamorphoses, je te cherche, me cherche dans les dédales de ma
mémoire, revisite, constamment, tous tes lieux, comme un fou ou un
exilé qui s’acharne à la possession d’un mirage.

 

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Faire durer la nuit

faire durer la nuit, t’enrouler dans ses filaments car, en ce lieu, la
vindicte du monde n’ose plus être, faire durer la nuit, effleurer la
chevelure de l’aimée, elle est si belle, si fragile, étreindre le
souffle des enfants et tu récites les versets de leur innocence, faire
durer la nuit afin de la disperser en mille terres pour qu’elle s’y
enracine et renoue sa promesse du fuir et de l’ailleurs, faire durer
la nuit pour que cesse la parole de ceux qui ont oublié le sens de
l’histoire, qui ont oublié qu’on ne peut se défaire de l’autre en soi,
faire durer la nuit pour oublier les carnages selon la doctrine du
mépris et du char, pour conjurer viscères de bombes qui rameutent
corps amputés, corps ravagés, corps épurés, faire durer la nuit pour
oublier les connivences de l’imposture et du mensonge, pour oublier la
barbarie des puissants et le silence des lâches, faire durer la nuit
pour oublier le sang qui jaillira de l’engrenage de nos abîmes, pour
oublier le sang qui macule les larmes des dépossédés, pour oublier
Gaza.

 

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Vœu

je fais le vœu d’un langage plus vaste que ces nuits qui répandent les
maléfices, un langage sans mots ni verbes, aérien et simple, vide et
empli de la multitude du devenir, je fais le vœu d’un langage qui a le
pouvoir de te défaire et de te reconstruire dans un même élan, un
langage si limpide qu’il peut fendre de bleu le sang des enfants,
qu’il mêle les palabres de nos larmes à la vanité des pierres, je fais
le vœu d’un langage qui ne réside pas dans les livres mais dans les
manifestes de l’aube, d’un langage si fort qu’il peut disloquer la
dialectique des cœurs las, lourds, indifférents, un langage qui
démantèle les adages de la folie et qui m’enroue au mitan de tes yeux,
je fais le vœu d’un langage pour conspuer la mort monotone et pour
fasciner les entraves de la vie, je fais le vœu d’un langage si pur
qu’il fourvoie les origines, qu’il ordonne que pullule la fratrie des
différences, je fais le vœu d’un langage qui m’exercera à ta
dissolution dans les labyrinthes de ma mémoire, qui ne cessera les
baptêmes de ta trace dans ma peau, je fais le vœu d’un langage dont le
sens perdurera au-delà des cadastres de l’éphémère, qui jaillira dans
les lambeaux de l’histoire, un langage qui s’affranchira des étreintes
de la mer, qui intimera à l’obscur de dévoiler sa chair, je fais le
vœu d’un langage qui instaure les vantardises d’un ailleurs toujours
encense, d’un langage qui ne cessera de t’incurver dans mes veinules
fissurées, qui est partout et nulle part, silencieux et tapageur,
comme ton souffle, et dont les errances apaisent les aléas de
l’instant, je fais le vœu d’un langage qui te ressemble car tu es
grâce et tu sillonnes et aumônes, – le sens de la beauté entre tes
mains recueilli -, le long de ces rives, trop chargées de vertiges,
trop chargées de cauchemars.

 

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S’aimer

s’aimer, s’entredévorer, au fil de nos perditions,
le temps désœuvre nos attaches
on use les mêmes mots
mais ils sont désormais d’une autre langue
on procède à la jouxte des corps
mais ils ne peuvent défaire l’usure des sentiments
on ne cesse pour autant de tendre vers l’autre
on renoue ainsi la ferveur des premiers jours
mais l’ombre, ombre qui refuse la légitimité de la lumière,
se disperse, s’étend en nous, contre notre vouloir,
en-deçà, au-delà, à travers nos songes calcifiés

on ne peut au fond épuiser la solitude
on cartographie des lieux qu’on nomme tendresse ou amitié
qui nous perpétuent dans l’autre
tandis que les plus inconscients, les plus intrépides
exultent le pouvoir et la séduction
ceux qui sont lucides ressassent les débâcles du précaire

parfois au bout de nos nuits
on aperçoit un regard, receleur de l’absolu,
et on se met avec désespoir presque
à y chercher un vœu, une promesse,
qu’il nous rende à la vie, qu’il nous complète
mais ce regard n’a d’autre morale
que celle qui nous révèle
que nous sommes des apatrides toujours

ainsi on ne peut oser qu’une appartenance
d’être par la grâce touchée,
le sourire de son enfant
ou l’étreinte d’un amour qui s’en va,

cette grâce qui dénue, qui fusille la solitude

 
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Sentiment

Sentiment parfois de l’étrange.

De naître, au réveil, à la vie.

De découvrir l’être et le monde pour la première fois. Comme un enfant
qui émerge de l’entredire de la nuit pour renouveler le pacte des
splendeurs et des épouvantes de l’inconnu.

Sentiment parfois de l’étrange.

Ainsi être dans l’observance de sa chair, sa peau, ses mains, ses
ligaments, ce lieu, de nuances et d’excès, qui scelle les aléas de la
conscience.

Sentiment parfois de l’étrange.

Procéder à l’énigme de l’autre.

D’où vient donc le désir, entre révulsion et fascination, quels sont
donc ces liens, puisés dans la demeure de l’invisible, qui nous
unissent et nous désavouent ?

Pourquoi est-ce que l’autre nous est nécessaire et nous renvoie,
presque toujours, aux enfers ?

Sentiment parfois de l’étrange.

D’être d’un autre temps, d’un autre langage, d’un autre savoir.

Paradoxe du réel, son intensité absolue, – la densité de la matière,
le canevas des couleurs, l’irraisonné de la souffrance -, et son
caractère irrémédiablement illusoire.

Rien n’est vrai mais tout existe, tout doit exister.

Sentiment parfois de l’étrange.

Entrer en musique, entrer en lecture, entrer en désir, boire a grandes
goulées les velléités de l’euphorie, instruire la contemplation, corps
à la dérive des infinis et savoir pourtant que la trace extrême sera
celle du tombeau.

Quel est donc cet arbitraire qui orchestre la jouissance et nous
sentence aux geôles de l’ossuaire ?

Sentiment de l’étrange. Parfois.

Et sans doute le poème est

pour désemparer ta folie et assermenter ses vœux.

 

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Je l’aime

je l’aime parce qu’elle existe,

je ne souhaite rien, je ne désire rien,

il me suffit sa présence

et je crois qu’elle est comme une lumière bleue,

qui toujours s’étend en moi,

qui entrouvre de nouvelles terres, qui cisèle la dérive d’autres archipels,

ou est-elle la foudre ou l’étreinte d’un crépuscule las,

je ne sais trop

mais elle est en moi, nichée au creux de mes minuits

et je vais sans doute cheminer sur ses pas,

puis-je faire autrement,

glaner, ici et là, ses sédiments,

procéder à l’inventaire de ses chutes et de ses envols,

faire œuvre de témoin, de ses pactes et de ses absences

et parfois m’enliser dans la fange

car un rêve ne peut trop longtemps demeurer impuni

mais il m’importe peu

elle m’a élu et m’a gracié

et je ne requiers rien,

ni même l’aumône d’un regard,

d’un seul

il me suffit sa présence.

 

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J’aime la nuit

J’aime la nuit, non seulement pour ses évidences, le sentiment pascalien du vide, de la précarité, de cette beauté infinie qui se déroule dans l’espace et qui nous ramène à ce que nous sommes, c’est à dire rien ou pas grand-chose, le sentiment de l’ineffable, de toucher à ce qui échappe à tout langage ou encore le sentiment d’être l’unique conscience capable d’élucider l’univers et ses magnificences mais aussi et surtout parce que je m’y sens bien, la nuit est ainsi comme un intermède ou un entre-deux car je sais qu’il ne va rien m’arriver, que je suis à l’abri, que le temps ici est figé et qu’il se perpétue indéfiniment dans l’instant et alors je le love dans les plis de ma chair, je l’enroule autour du soyeux de mes chimères et je sais qu’en ce lieu, de plénitude, le monde ne basculera pas, ne cédera pas aux railleries de la haine, ne s’évertuera pas à l’indécence, à la boursouflure du sang et de la machette, je sais qu’en ce lieu le monde résilie le chaos et la mort mais plus encore j’aime la nuit, vois-tu, parce qu’elle est servitude et délivrance, parce qu’elle te précipite à la périphérie de mes ombres et ne cesse, pour autant, de ressasser ta présence au creux de mes désirs.

 

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J’aimerais

J’aimerais que tu m’apprennes à regarder, non pas ce qui est prévisible, non pas ce qu’on méprend pour la réalité, toutes ces choses que tout le monde voit sans voir. Je te parle de ce qui se cache sous la surface, de ce qui frétille derrière les apparences. Je te parle de ce qui est fort, très fort et très beau. Je te parle de l’étreinte de la main d’une personne qui t’aime. C’est comme ça. C’est tellement fort que tu ne sais quoi en faire.

J’ai donc envie que tu m’apprennes à regarder car il y a tant à voir. Tout mérite, à vrai dire, d’être vu. Il suffit tout simplement de regarder ou plutôt de cesser de regarder. C’est-à-dire qu’il faut abandonner nos préjugés, nos certitudes, tout ce qui obstrue notre regard. Il faut évacuer tout ça, s’en débarrasser, ce n’est pas facile, je le sais, c’est plus difficile qu’on ne le croit mais il faut essayer. Il est important d’essayer, d’essayer d’aller au-delà de ce qu’on croit voir.

Et je sais alors qu’on commencera à voir des choses fabuleuses, par exemple, les yeux des enfants. On croit que ce n’est qu’un enfant parmi tant d’autres, qu’il n’a rien de spécial, mais non ce n’est pas vrai, les yeux d’un enfant sont magiques, c’est comme entrer dans un autre monde. Un monde où rayonnent la paix, le silence et l’amour. Les yeux des enfants sont comme ça, ils ont cette force inouïe, ils sont comme un miracle, ils nous disent tant de choses, c’est comme un langage façonné uniquement avec les mots de l’innocence. Et alors on ne cessera de les regarder, ces yeux, on ne cessera car on ne pourra faire autrement.

Et puis on se mettra à regarder les nuages et là il faudra abandonner toutes nos prétentions à comprendre quoi que ce soit. Cela ne sert à rien. Il ne faut pas essayer de comprendre. Il suffit de regarder. Et tu verras que les nuages sont comme des âmes voyageuses, qu’ils puisent dans le cœur des hommes faibles et démunis la force de dériver sur les océans tumultueux. Et rien ne les arrête, ils sont si forts, parfois ils ressemblent à des moutons, parfois à des singes, parfois encore à une voiture et le plus souvent à rien.

Mais ils sont forts et beaux et rien ne peut les arrêter.

Et puis on se mettra aussi à regarder les cailloux, on verra qu’ils arrivent, on ne sait trop comment, à saisir la lumière qui profane l’univers. Et les cailloux sont beaux parce qu’ils simples et petits et qu’ils ne savent pas parler. Et les cailloux sont un peu comme les enfants car ils nous apprennent tant de choses alors qu’on n’en veut pas. On regardera alors les cailloux.

On regardera aussi les pauvres et on verra que ce sont les êtres les plus beaux. Ils savent après tout le sens de l’essentiel et on ne peut pas leur mentir, on ne peut inventer des mots pour eux, on ne peut pas les berner. Mais surtout, ils sont au proche de la vérité car possèdent un savoir, on ne sait pas ce qu’est ce savoir, personne ne le sait, mais il nous indique la vérité. On ne cessera alors de regarder le visage des pauvres, il s’y trouve une flamme aussi mais bien plus qu’une flamme, il s’y trouve des paysages et des lieux que personne n’est encore capable d’imaginer. Il contient le peu de vérité qui est possible.

On regardera ceux aussi dont le corps est transparent, ceux qui n’ont rien à cacher, ceux qui n’ont rien à prouver. Ils sont beaux. Ils sont forts parce qu’ils ne veulent pas jouer, souvent on ne les prend pas au sérieux, on les méprise même mais, nous, on saura ce qu’ils sont. Et on apprendra à les regarder. Ils sont peu nombreux mais le monde cesserait d’exister sans eux, c’est difficile à expliquer, les gens dont le corps est transparent ont un pouvoir, ils nous disent, alors que tout est folie et haine, ils nous disent ce qui est limpide et simple, ils nous disent le fleuve embourbé de rêves qui sillonne le long des nos artères. Ils nous disent que ce monde n’est pas ce qu’on croit, qu’il est autre, qu’il peut être autre.

Et puis on regardera l’invisible, c’est comme prendre un scalpel et se mettre à couper la chair mais la ce n’est pas de la chair c’est tout ce qui réel. La table, cette chaise, la montagne, les arbres, les fleurs, les oiseaux, les insectes, les rideaux, les voitures, les maisons, les étoiles, les sacs, les téléphones, les jouets, les chats, les chiens, les tortues, les avions, les hélicoptères, tout ça et encore plus. Et alors on verra une chose merveilleuse, que tout finalement n’est qu’un rêve, qu’il y a derrière tout ça autre chose, quoi, on ne sait pas trop précisément, c’est difficile à expliquer, le langage ne nous permet pas de tout dire. Le langage est comme une prison. Mais on verra que nous sommes tous dans un même corps, dans un seul être, dans un seul temps, je crois que c’est comme une béatitude, c’est quelque chose de très fort et très beau, c’est comme un cœur qui bat la chamade, c’est comme un cœur tambour, une frénésie qui ne s’arrêtera qu’à la mort. Et alors notre regard sera ébloui, sera calciné mais on ne voudra plus revenir à la vie, on ne voudra plus être comme les autres, on ne voudra plus prétendre, jouer à être, comme les autres.

C’est beau ce regard, il est fort, plus fort que tout.

J’aimerais, mon ange, que tu m’apprennes à regarder. S’il te plaît.

 

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Mo ti envi, poème en créole

mo ti envi

ene foi

ene seul foi

effleur

lombraz to larmes

 

mo ti envi

ene foi

ene seul foi

caress la lumier

ki to li

zyeux fane fané

 

mo ti envi

ki ca souffl

ki dan mwa la

ki ca souffl

ki dan

crevass mo le ker

ki compacte

ki comprimé

ki pre pou eclate

ki pre pou voltiz tou

ki kuma mille soleils

ki pe exploz

mo to envi

ki li alle

ki li fone

 

mo ti envi

ene foi

ene seul foi

denoue miroir to la peau

pou mo kone

lorizin to beaute

 

mo ti envi

ene foi

ene seul foi

 

mai dan to reve mo viv

 

kan to dormi mo ne

kan to leve mo mort

 

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Venez

venez

 

embourbés dans ces destins qui descellent les nuits

 

venez

 

empêtrés dans la mémoire des pestilences et du verbe avorté

 

venez

 

quand le songe assigne le déclin des envoûtements
venez

 

quand la terre opale fomente un peuple de soleil orné d’un trop grand obscur

 

venez

 

quand les monstres foulent les creux ( ou est-ce les crevasses ) de vos gangrènes

 

venez

 

quand la blessure entrouvre tout cœur qui n’a pas encore osé la mort

 

venez

 

quand les mots vagabondent à l’entre-jouissance des os et de la mer

 

venez

 

engoncés dans les vestiges d’un minuit qui assermente la vengeance et déflagre l’amour

 

venez

 

enroués dans les aléas de ces corps qui éconduisent les transparences de la pierre mortuaire

 

venez

 

encensés par les rythmes d’une parole énoncée par des larmes qui pourrissent

 

venez

 

il n’y aura en ce lieu que la contrainte du vertige

il n’y aura en ce lieu que les soumissions de la vacuité

il n’y aura en ce lieu que l’insolence brutale des affamés

il n’y aura en ce lieu que le bleu des racines et le rouge de vos veines blessées

il n’y aura en ce lieu ni langage ni ébauche de langage seulement le serment de l’absence

 

venez

 

quand les abîmes décrètent la panoplie des vers

 

venez

 

quand les boursouflures des fleurs fanent des épis de syllabes

 

venez

 

quand le sang pluriel macule ces murs qui érigent une trop grande haine

 

venez

 

il n’y aura en ce lieu que les éboulis du silence

 

on ne vous réclamera

 

que la sentence du dévoiement

 

venez

 

poings déliés

 

mains mêlées aux tumescences de la folie

 

venez

 

poings déliés

 

mains mêlées aux ouvrages de la pénitence

 

venez

 

poings déliés

 

mains mêlées aux constellations qui archivent nos misères

 

venez

 

impunis

 

car vous semez dans sa chevelure encore vaine les semences des écarlates

 

venez

 

car il n’y aura en ce lieu que le fragment d’un bleu qu’un innocent convoite

 

et qu’il a oublié

 

 

VENEZ

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