Auteur: Antoine Constantin Caille

Jeunesse à Villefranche-sur-Mer. Maîtrises en philosophie et en anglais à l’Université de Nice. Doctorat en études francophones à Lafayette en Louisiane. Professeur assistant invité dans les départements de langues modernes à Georgia Tech puis à William & Mary. En ce moment, enseignant de philosophie et lettres modernes au Lycée Al Jabr de Casablanca. Malencontreux auteur de quelques articles et poèmes par-ci par-là. https://independent.academia.edu/AntoineConstantinCaille

Poème épars

I

 

l’arc-en-ciel

essentiellement fragilisé

malgré ses moments

– ses derniers moments ? –

d’optimisme

n’a pas trouvé ni donné

satisfaction

 

ce ne serait pas un écran

ce serait plutôt un cahier

il faudrait tourner et toucher avec ses doigts

les pages

celles-ci-mêmes qui ont été écrites

par cette autre main

on ne saurait pas

dire ce qui

de l’écriture ou de ce qui est écrit

opère le charme

 

à qui faites-vous jouer cette perte de pensée

d’autre qu’à ce moi inexorable

pour lequel j’ai de la sympathie

– comment devant cet agrégat de concrétions temporelles

retenir son émotion

à travers lui sourd une tendresse

pour les objets qui occupent notre maison

 

à Fès je me souviens

encore plus que des teinturiers

acrobatiquement voués à leurs étoffes

autour des puits de couleur

des faiseurs de carrelages

infiniment assis auprès

de leur ouvrage

taillant et collant leurs petits carreaux

 

fais en sorte que ton esprit soit tien

voilà ce que m’a dit le silence

regarde le sable collé sur les plis de ton ventre

va hors sentier dans les dunes

pose les pieds dans ce petit bout de marécage

n’ais pas peur de l’hypothèse d’un serpent

 

une volonté de stabiliser la connaissance, le désir, l’identité

s’exerce un peu partout

la beauté vous touche quelquefois

quelquefois quelques fois dans une même journée

alors tous les boucliers se lèvent

 

 

II

 

rage, calme

soudain un lopin de lumière

cependant mes mains ne peuvent rien effacer

quelqu’un tourne la page que tu lis

quelqu’un qui est sur cette page

alors il semble que la page d’elle-même se soit tournée

tout est rien, il semble que tout est rien

cependant mes mains ne peuvent rien effacer

 

à peine une révolte

serpente les chemins de terre

loisible de les aimer encore

absorbé par sa figure

il vaut mieux être absorbé par une figure

par une suite de figures

 

tatouage, mariage, diplôme, nationalité ou encore héritage

autant de manières de prendre

au sérieux l’identité

au diplôme préfère la péripatéticienne promenade

au tatouage le décalcomanie, etc.

puisses-tu oublier un peu qui tu crois être en te promenant

 

 

III

 

D’éternité point

coasse Gilbert le crapaud

j’en ai coulé des jours heureux

coagulé des globules bleus

et quelques décennies de Blaise Cendrars

parmi vos Algonquins véreux

ô à quelque hauteur que j’exhibe

cloués à quelque péristyle

toujours toujours notre démoniaque et délicat

mystère

 

Je l’ai entendu à travers l’arabique téléphonie de la vigne

que ton amour de toute façon malcommode

j’aurais perdu

mais la tyrannie des jours qui m’assaillent

m’empêche de rester perché à l’inauthentique îlot du souvenir

désespérément gardé

un verre d’eau bien fraîche sers-moi

et verse le reste de la carafe sur ma nuque

j’aurais aussi besoin d’un brin de piment d’Espelette

d’un arrière-pays où coulent les torrents

 

autoritaire et corrompu se cache un Etat

Azerbaïdjan

sous ses dehors d’écailles et de diamants

saoul et dehors abrité par l’ondulant toit

d’une cabane par hasard découverte

j’aurai ta peau bon vieux temps

ta peau d’animal aux plaies toutes saignantes et ouvertes

 

avec des frissons

je vous ai entendu glousser

parmi les éboulis

et à vos pieds l’esplanade

était déserte

 

 

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