Auteur: Sénamé Koffi

Sénamé Koffi étudie l'architecture et les sciences humaines à Paris.

Les cataclysmes de l’esprit : essai de connivence poétique avec l’œuvre peinte d’Owusu Ankomah

 

les-cataclysmes-de-l'esprit

Se pourrait surface noyée de corbeaux

pétales- ailes noires déchiquetées

volaille éventrée,

la tripaille rouge éclatée qui fait fenêtre sur un sang inapaisé

Il se pourrait

l’ordre chancelle

Il se pourrait adinkra ou sankofa

Sousface bourgeonnant à revers de fleurs létales déflatées

le froid potage soufflant un efflué de soufre blanc

 

Mais je vois

Les testaments- portes tournant tranquilles sur les gonds de l‘esprit

Les signes-  fenêtre ouvrant sur l’âme nègre dilatante

La nuit duitant une cruelle et douce anurie…

 

Il se pourrait la danse mais je vois la parole

Il se pourrait le dire mais je vois l’exprimé

Jusqu’au bout final de l’oppression langagière, les mots rois ou le geste sans équivoque

 

Si l’aplat ronge en rond

C’est qu’il se pourrait la naissance

Et pas un seul pas de transe….

En fleurs, les mains indécemment blanches des dryades.

 

 

Mais là n’est pas le propos de ce dit

Qu’est-ce la mécanique de la création

Un orage dans la tête  des fourmis plein le cœur

Comment les idées crashent et explosent sur la barrière de la pensée font le cœur gros d’une pulsion semblable à un chaos de naissance de l’univers

D’ailleurs tout dans l’acte est accouchement

 

Donc la mystique poétique

l’intimité l’unité,

La langue primale

tel un envol de criquets noirs qui retombent en grêle

Le cri qui nègre en grand

 

Et

Owusu fait tableau de la mécanique même du créer et du crier

Puisque l’œuvre n’est pas juste aboutissement

que c’est le processus même qui nous est donné à voir

 

 

Les souffrances en masques de corps où la lave interne communique où les fourmis noires et rouges successives explosent

Où la lave gicle

Où la tête lève

Où il lune d’une lèche de lumière noire

Où l’âme à petit coup de feu, à petit coup de mots morts gicle

Où le mot morve en lave

Où les vers se tordent

Où…

 

La langue nue.

qui larve malement

 

La complexité marque la difficulté à dire une parole libre

Les papillons qui crashent ou le crachat qui communique encore…

Qu’on se réfugie dans la mythologique

Qu’on sature sa salive ou sa palette du mythe

c’est l’aveu qu’on convoque le haut parler

 

Le cœur battant à sembler se cambrer

L’aller libre au sommeil regimbant

Les lois secrètes de l’être

L’autorité reine du sable

Qu’on voit Owusu avec cette unique foi, faire table du maître

Il canalise le flux sauvage et en restitue la modernité avec une terrible dextérité  

En un cadré droit et roi

Owusu d’une geste de crucifix

 

C’est ainsi qu’on peut dire avec un calme déconcertant des mondes qui chavirent, les doutent qui poussent, des faces de chimères bourgeonnant, les gueules d’hippocampes et les cris hors mœurs de l’enfant mutilé,

La neigeuse de sentiments impies enfin.

La poésie est tout, dit tout et donne tout à voir

Le tapis de nœuds noirs…

(La vérité y ourlant une bien étrange piste de sable blanc)

 

C’est donc la vérité giclée par les pores de son esprit  qu’il vous met sous les yeux à vous autres coincés de l’anus

À lécher à lécher

Les papillons qui prennent feu

À lécher à lécher

En somme, le retour d’échéances brusque et la part ignoble du geste pieux

 

Et puisque la question est aussi posée à son peuple de savoir : à qui il doit ressembler pour être lui- même, son lui libre répond : « Les hommes signes qui surgissent des signes ». Alors il donne à voir les guides à saturation de leurs troupeaux de signes qu’ils conduisent au rendez-vous du cœur, les interminables prairies de verdure  noire. Mais ce n’est pas  impunément qu’on se fait pasteur de signes…

 

Qu’on se demande que sont les ombres dont sont saturées les surfaces d’Owusu. Les fantômes de Majdanek, ceux  de Léopold… Que chacun voit ce qu’il veut… mais se poser la question en ces termes, c’est voir à rebours…

Il ne se peut fantômes.

Regardez bien enfin ! Il y a des heurts

Les hères aèdes

dont le ricochet est une éthique

 

 

Le peintre, et je ne peux guère plus longtemps me résoudre à le différencier du poète, est ainsi l’œil primordial. Le grand O.

Et c’est d’ailleurs ainsi que dorénavant je l’appellerai, pour que le lecteur ne le confonde pas avec Owusu qui lui n’est rien. Rien d’autre qu’un homme, c’est-à-dire un animal qui respire et qui chie comme tous les animaux.

O donc, le grave-cercle-en-ciel l’éteint tout entier

Or, c’est le réveiller aux choses rondes.

 

Je dis mais ferez- vous assez silence en vous pour l’entendre

Qu’Owusu n’est que trampoline

Et que l’idée se tient au début et à la fin au départ et à l’arrivée

Nu bouillant masqué, symbole griffu

Et qu’il ne passe pas en lui mais sur lui

 

Qu’owusu nous mette la fabrique de mythes sous les yeux,

Nous devrions nous en sentir ébranlés

A tout à coup de branches

Des caveaux de l’âme même

la chair si bien retournée

Qu’eau n’en paraîtra plus jamais aussi bonne aux hommes…

 

Mais quelle odeur dégage ces tableaux, dites-moi ? Quel goût vous fait tout ceci sous la langue ?

L’odeur et le goût de demain !

La branle décomplexée du cerveau miné.

et j’éviterai cette fois-ci de dire le mot « semence »

C’est que je pense,

on se demandera pourquoi

à ces cérémonies où on arrache des cœurs

à une cataracte d’arachides, l’œil si morne en la  sauce-graine

 

ô O

Ne tekrema d’Ese

Owusu autrement caravage

le coup de projecteur franc

Peut le fantôme du premier noir

 

Oui je choisis de voir O qui feint « Mars »

« Mars » multiplié en motif, « Mars » qui geint

Le signe qui fait peigne

Jette toutes ses dents dans ses chaînes épaisses

Cheveux ou hérisse du tapis de souvenance

C’est au choix

Mais l’homme est souvent seul

Et nu toujours…

 

 

Nu

L’Homme nu

Et si chaque signe était l’œil fulgurant de la nuit

pas tout à fait araignée cependant

mais tour à tour cassée balisée

la nuit nolisée

L’imaginez-vous ?

les arborescences cabalistiques vrillées 

grêlées triées au peigne épais du peintre noir

anansé, le presque signe qui fait singe sage

 

Fin du fin de fines feuilles

Et la tremblance des âmes

Ou la foudre noire déclamant ses ordres

La carressance des éclairs

Qu’il fasse virgule

ou que la vérité libre s’égrène en fleurs

à fleur de cœur même de l’âme noire de l’homme qui transmet.

 

Les symboles en bracelet

Toutes branches agressantes font de la cymbale

Et les narines cratères du néant qui ne rime la vérité qu’aux mots dits

Ou encore que tout soit cauris

Du grand rire de la chose supérieure

 

Il se peut

Mais bouillir n’est pas au rendez vous

Seul

Et les mouvements calmes.

Un etc. de cauris

Un chapelet d’idées nues qui se bousculent nerveusement

La main noire qui racine profond

Et large…

 

C’est la nuit déchirée

Qui pièce morceau par morceau

Ou les effroyables étoiles noires de la partie non révélée du ciel

L’avant-garde

Et son banc de singes gris ricanant de toutes leurs dents blanches

 

Tout choit à terre

Et les morceaux de nuit sont codes à décrypter

Et les tessons de lumière noire sont miroir du vide

Les trous de respiration

Les brèches dans l’asphyxie mythologique

Sont des hommes mystères libres

Et dont la méthodologie dans l‘acte même de dire

Est cabalistie

 

C’est la nuit nue décharnée

Qui s’arrache la peau

Dessous les ongles

Des morceaux frais de peau racleuse

Saturée d’une idée

Une idée nue.

 

Peut être l’homme nouveau

Le nègre primordial

Le juif à matricule

 

Chaque signe est caillot de sang noir

Ponctuant le spasme de la vérité agonisante

Et les bribes de vérités ainsi injectée sournoisement

Dans la feinte de ne rien dire

(Mais ils y sourdent têtuement)

sont le retour-bride

 

Qu’on y soude des signes

Mais

Ici point d’éclat d’or

 

Qu’opposerais je à la feinte de ne rien pendre ?

Oserais-je parler de pureté ?

 

J’ai dit gosier d’oiseaux  mais Owusu n’est pas boucher

Il est laboureur d’entrailles blanches

Le stupre

Par certains côtés, une histoire vraie

Et le lacis de boyaux n’est pas labyrinthe où se perdre

 

Il descend dans la parole

Il descend plus bas

En dessous l’arole Il descend encore…

 

On a réétudié les mythes

On les a relevés

Calmes et sereins

Les nymphes conviées sont musculeux mais

Vous n’avez pas à y voir mâles

 

Ici on ne se dévore pas

Le nerf coincé entre deux ongles

 

Les signes portés par les cadavres nous font l’histoire plus vivante

Les cadavres qui chevauchent les signes sont l’armée d’aveugles

Que penser conduit en allée

Utilisant notre esprit comme glissoir, c’est le point où

Vouloir emprunte un cheval ailé 

 

 

Puisque l’être entier du poète se fait commutateur

Sournoisement marmite

Lui qui choisit de porter l’ébullition

Je parle d’une douce apocalypse

et tous les diseurs, j’entends les grands peintres- marmites tel que peut se révéler Van Gogh sous la plume d’Artaud ou Lam sous celle de Breton, ont hébergé sous l’échine ce frisson.

Akoko Nan

(Je choisis de parler d’Owusu avec des mots libres…)

 

 

Ou que les mots se fassent barreaux

L’indicible

L’indivisible invisible

Il en est ainsi de l’œuvre du peintre

Et les étoiles sont les pores de la nuit

Par lesquels elle chie son trop-plein de blanc

Un culte de machettes sur la millième colline

Il s’agit d’un rapt d’étoiles

L’anuit en ramasse une poignée

qu’elle nous jette à la gueule

Qui veut y lire géomancie 

Le ciel en plateau d’un rite de divination

 

 

Si l’homme affronte les taureaux

S’il conduit les mystères au point d’eau

C’est qu’il entend assumer son statut de passeur

 

Et il voudrait démissionner

Mais l’idée est comme l’enfant terrible du conte.

Elle te murmure : « Enfante-moi !», « Enfante-moi !» Constamment. Du ventre même elle te murmure : « Enfante-moi ! Enfante-moi mère ! »

Et le poète est celui qui a le moins de patience… Il lui répond : « Une idée qui parle si haut du dedans même s’enfante tout seul… » Le poète laisse à l’idée son parler propre, son parler libre, son parler brut, son parler haut. Il libère l’idée crue. Le poète laisse l’idée s’accoucher toute seule et en cela on peu dire qu’il n’a pour lui que d’être un grand paresseux.

Mais Owusu est celui là en qui l’idée ne murmure pas, mais crie.

 

 

J’ai dit plus haut qu’Owusu n’était rien.

Owusu est akan !

Owusu est un akan qui charrie tout le hanté

du train d’un antan qui n’est pas d’encens, du siège l’or, de la femme le renoncement, de l’oiseau le regard

Owusu est un akan et à sa naissance ses parents ont du répandre le sang de quelque volatile…

et Owusu c’est dire que : lui aussi peut.

 

J’ai dit un nœud

Mais un nœud de quoi ?

Un nœud de veines rouges

au milieu de nœuds d’âmes noires

Et les étincelles les voyez-vous ?

Elles portent dans leurs plis les soupirs dansés

Les voyez-vous dans le tour à tour rouge et noir ?

Les âmes qui branchent…

Les armes qui banchent

Dans un plat d’œufs résolument blancs

 

Oui tout cela est intérieur et je vous interdis d’en seulement douter

 

Et que les yeux d’Owusu ne se teintent de sang

Que tous ses mouvements ne soient traversés de foudres saintes

Qu’il ne se roule au sol

Qu’il n’entame l’abodan

Et qu’il ne se retrouve pas à baver quelques immondices  sur sa toile,

 

Tout ceci prouve qu’il est quelque être supérieur

La marmite de lave qui à l’extérieur reste froide

 

(Mais il bave, bien sûr qu’il bave… Owusu….)

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Nothing…
Belongs to me
Not …
Even my Body…
I Am…

Owusu Ankomah 

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