Auteur: Marian Draghici

MARIAN DRĂGHICI. Poète, rédacteur de la revue littéraire La vie roumaine, membre de l’Union des Écrivains de Roumanie. Il a publié : De l’art poétique (1988), La partie de billard de la forêt russe (1995), Le franc-tireur (1996), Le franc-tireur & le coq en tôle (1996), Harrum, le livre de l’échec (2004), Licht, lansam/Lumină, încet, (édition bilingue publiée par les Éditions autrichiennes Wieser Verlag en 2004, La Négresse (2005), lumière, doucement (2013), le petit verre (2019). Nombreux prix et distinctions. Il est présent dans plusieurs anthologies dans son pays et à l’étranger. Traductions en anglais, français, allemand, albanais et macédonien.

La griffette d’hiver

La griffette d’hiver

Et c’était le soir, et c’était le matin

désormais on recommence – encore ! – une autre vie

des « marqueurs tumoraux » (pour donner une citation,) sont apparus

l’état général s’est empiré davantage

après ces semaines de claustration forcée.

je n’en suis pas surpris, ni étonné

le nom de Dieu soit loué !

franchement  parler,  il ne faut pas que quelqu’un

des miens, ou étranger, en soit étonné

il y a bien des années, regorgé de santé, embêté

par le même état continu/ stagnation sur la ligne de flottement

j’ai clamé, je dirais maintenant, un peu inconsciemment :

 

« Dieu, donne-moi quelque chose, une maladie pour la purification,

une épine dans la chair, griffette d’hiver, un serpent ciguë ! »

et voilà, Le Bon a réellement traité même la prière

la plus folle de toutes de Son sot

 

je serais par cette croix paradoxalement chère

dans un final dans mon âme un peu plus pur,

plus simple, en Jésus un meilleur garçon,

et à la Mère en chagrin je vais chanter

quelque chose qu’elle n’a pas encore écouté

quelque chose que je n’ai pas encore chanté

mais qui monte en moi toujours comme un chant.

 

 

Moine comme il convient

Que signifie cela, éclaircissements et entailles,

éclaircissements et entailles jusqu’à la fente

divine de

 

l’âme avec l’esprit: que je me réveille

comme je m’endors quand les pluies tombent uniformes

et à peine réveillé je me rendors, comme chaque

grain, oui, de sable voué à scintiller

seulement à l’aube, au soleil ?

 

qu’il scintille et que le monde revienne

subitement dans ma pensée, tout masqué

avec l’air le plus naturel qu’il ne m’a jamais quitté

dans ma petite cellule submergée

et cependant, désormais tant que l’ordre monacal existera

il ne se laissera pas emporté, parti –

 

ce qui malgré tout est arrivé sans le vouloir

mais il ne veut pas le savoir bien qu’il l’ait depuis longtemps appris.

 

 

La poésie ainsi que l’amour

la poésie ainsi que l’amour

est bonne quand elle est plus grande

que la compréhension de l’auteur

que la compréhension de n’importe qui.

 

je ne dors pas et encore une fois je me sens

comme un cahier d’écolier

ouvert devant un creux qui lit

et se tait.

 

il se tait car il n’a rien compris

il se tait car il a tout compris.

 

vieux le creux

se tait quand même.

 

sans âge l’écolier

grandit et grandit.

 

 

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