Auteur: Mylène Lauzon

En 2001, Mylène Lauzon co-fonde la revue de poésie C’est Selon, et la dirige jusqu’à son départ pour Bruxelles en 2004. Certains de ses textes et poèmes ont été publiés dans les revues montréalaises C’est Selon, et le Quartanier, dans les revues françaises Sitaudis et Fusées ainsi que dans le Beaux-Arts Magazine. Depuis 1998, Mylène travaille principalement au sein de compagnies de danse contemporaine, et depuis janvier 2004 elle accompagne les projets chorégraphiques de la Dame de Pic / Cie Karine Ponties pour laquelle elle crée actuellement un livre de poésie intitulé Holeulone qui paraîtra aux éditions Le Quartanier en Octobre 2006. Deux autres livres, écrits en collaboration avec le bédéiste belge Thierry Van Hasselt, paraîtront aux Éditions Frémok en 2007.

Ici Narration = Sept Scènes en Salles intérieures

Ici Narration = Sept Scènes en Salles intérieures

Scène Un – Performance

Sol en bête béton
Mur
Mur du fond en papier de riz blanc

Un canapé bourgogne usé
Des corps
Plusieurs années le poids des corps les soubresauts des corps ont usé

Sur le canapé
Une robe
Une robe blanche
Une robe blanche en papier mâchée

Un grand verre d’eau sur le bête béton à côté du canapé

Une femme entre en scène
Nue
Cheveux blancs
Poils pubiens blancs
Age trentaine plus dix ou vingt peut-être le double moins cinq
Les poils pubiens sont blancs le corps plutôt lisse muscles

La femme regarde sur le canapé la robe
Regarde la robe blanche en papier mâché

La femme plie les genoux
Prend le verre d’eau avec les deux mains
Se redresse
Boit tout ce qu’il y a dans le verre l’eau
Dépose le verre de vide au sol

La femme aux cheveux blancs ne s’est pas déplacée depuis son entrée
Sauf pour
La femme regarde sur le canapé la robe
Regarde la robe blanche en papier mâché
Elle s’en approche
La soulève l’allonge face à nous sur elle la retient sur elle par la taille
La robe lui ferait comme un gant

Elle monte sur le canapé bourgogne
Face à nous toujours mains sur la taille dessous la robe
Ensuite elle ouvre la bouche ouvre la bouche très grand
Son bras libre s’élance dans les airs elle chante
L’époque de sa robe sans voix bouche ouverte très grande ouverte
Le bras qui chante en l’air dans le silence de la bouche prend à l’épaule la robe
La lance la lance dans les airs vers nous elle tombe
La robe en papier mâchée sur le bête béton devant elle devant nous
Est tombée la robe blanche en papier mâchée

La femme aux poils pubiens blancs sur le canapé sautille
Comme une enfant sur le canapé sautille puis saute pieds joints plus haut
Plus haut puis se laisse rebondir sur les fesses sur le canapé
Une fois deux fois trois fois comme une enfant
Ses cheveux blancs dans les airs comme une robe se confondent avec le mur
Derrière et dans les airs du riz blanc

Elle enfant qui sautille arrête
Se repositionne debout près du verre de vide au sol à côté du canapé bourgogne
Elle regarde la robe blanche en papier mâché tombée
Elle pivote fait demi-tour sur elle-même
Et chante de tout son corps à l’extérieur de son corps allant et nu
Jusqu’à sa sortie de scène
Oups I did it again


Scène Deux – Série photographique

Pieds et fines chevilles dans talon aiguille

Un cou un visage d’homme ses yeux ses cheveux sous l’eau
premier plan sa gorge sa bouche qui elles ne sont toujours pas sous l’eau
il n’est toujours pas noyé

Un ventre gonflé un nombril éclaté un enfant pas encore né
second plan un canapé bourgogne

Un gorille
plan américain

Une femme dans le vestibule d’un appartement se défaisant de sa veste
un sac d’épicerie à la main et détergent liquide ultra doux

Les yeux clairs d’un père

Un tigre en cage
rugissement

Une femme qui embrasse le torse d’un homme

Des écrevisses
des traces d’écrevisses
beaucoup d’écrevisses dans le sable

Une femme qui embrasse l’épaule d’un homme

Cuisse ventre
mains sur les hanches
culotte blanche sur ventre plat

Deux éléphants

Échographie petit garçon

La main d’une femme dans la main d’un homme
second plan vêtement accroché sur une corde
il y a du vent les vêtements sont blancs


Scène Trois – Séquence filmée

Robe bleue cabine téléphonique grand boulevard
Affolée une femme n’a plus d’argent
Même pas de quoi téléphoner
Qui d’ailleurs


Scène Quatre – Séquence filmée

Un petit garçon d’environ cinq ans prend la balance la seule balance de la maison et va vers son papa lui demande: «Papa papa combien pèse une balance? NON noooon com bien pèZe cet te ba lan ce- ci? » Le papa regarde son enfant, lui fait un sourire de cinq ans; son petit garçon est un génie.


Scène Cinq – Performance

Lieu cuisine
Son premier cliquetis d’une horloge
L’aiguille des secondes résonne
Dans la cuisine
Un frigo ouvert et vide éclaire les pieds d’une femme
Là assise devant nous
Le frigo seule lumière de la cuisine
Éclaire les pieds d’une femme
Dont on entend confus les faibles pleures les faibles rires
Les pieds l’un dans une tarte aux pommes de terres
L’autre dans une omelette aux pommes de terres
La femme bouge les orteils les pieds les talons les pieds
Presqu’avec tendresse
Dans les plats jusqu’ici sous elle le sol encore chaud et doux
Son enfant dort


Scène Six – Sculpture

Une boule en papier mâché carton brun
Une boule suspendue en papier mâché carton brun
Des rails que des rails
Et des trains en surface et la traversant
Des rails que des rails
Et des trains en surface et la traversant
Une boule en papier mâché carton brun sans intérieurs eaux sans villes
Sans personnes dans les trains moins nombreux que les rails


Scène Sept – Écriture

Ici Narration = Sept scènes en salles intérieures = Voix Espace Mouvement Matière = Art = Rien à voir avec mon sexe = Même si une femme = J’appelle ma copine et je lui raconte en détails ma baise d’hier = Tu n’es pas ma copine = Je suis déçue et préoccupée = Dans une salle divers bruits j’enregistre = Faire avec = Je pense = Interaction Environnement Composante = Rester dans l’actualité = Une panthère blanche ça n’existe pas = Affirmation.


Loasnowguncufo

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