Auteur: Sénamé Koffi

Sénamé Koffi étudie l'architecture et les sciences humaines à Paris.

dits de vêver

 

« Je ne cache pas que j’attends tout d’une nouvelle barbarie. »

Aimé Césaire

 

« Moi… je ne sais plus parler. »

Arthur Rimbaud

dits-de-vever

 

 

 

 

 

 

 
 

(…)

demain je n’écrirai plus
Je sauterai le papier

Je ferai comme mes Pères
Je crierai seulement

 

Je crierai d’abord
Je crierai simplement

 

 

 

 

d'[entre]ailles

 

quand le lasso se lassera de tourner à vide

au-dessus de calculs ordinaires

sur des cécités

sur une absence d’idée

quand

las les reptants dépêchés

de lacérer à perte une raideur de cité

et s’enrouleront autour de l’absence de feu

quand

la lave lasse d’aller pauvre aux parages

une épure de sectes en sa marge la harcelant

quand la racaille lasse de tourner un mauvais rond

à ne cailler plus qu’un piètre lait

quand tout nous reviendra las de ne plus capturer rien

 

il nous faudra réinventer la déroutante

il faudra

réouvrir des ventres

 

 

appel à la s|eau]vagerie

 

ce matin ont mal cassé :

la cola

un bref bec fouilleur sur diamant

l’œuf en sa verticale

 

ce matin a monté :

le sang des petites gens et jusqu’à Ilɛ

et le local lait l’ailé y ayant battu plus de sept stances…

 

 

fra[terre]nité

 

dansons un mouchoir virginal

 

dansons le clin d’œil du datura qui bascule en moi

dansons m’inonde le coi du monde

dansons ! dansons ! à éprouver une nouvelle fois l’arithmétique

 

toi tu dis la terre

moi je dis le prolongement de ma chair

et tu crois que je refuserais de mourir vaste ?

 

vois

le danser l’Immobile c’est danser un Repère

apprends le danser l’intimité le danser l’unité

 

dansons danser me répands

je dis dansons et voici que je danse un dire irrégulier

 

et tu oses encore me jeter l’universel à la gueule

à moi qui danse !

n’as-tu pas compris que j’étais l’indistinct ?

 

dansons ! dansons !

danse la modernité du sauvage

dansons mais dansons juste

dansons mais dansant ô crois-moi je ne m’amuse

 

 

fri[vole]

 

le frais froufrou du suroît 

une île y palpite

la pupille je ne sais si elle feint seulement d’être malhabile

un battement de cils à lever plus petit qu’epsilon

un envol de signes ailés des frissons libres

des choses colorées

un exhala de fleurs pilées…

la corolle à courroyer sur un rara très haut

la déroute invalide à cœur de péristyle

l’étamine en son mitan libre…

tourne sept fois large tourne sept fois blanche

puis encore vibre l’île

noir

vibre l’île

blanc

la geste qui poudroie

 

ses sillons lisses ourlés de l’or d’Euthymènes

les plis en valse qui lui valent le vil nom de papillon…

 

 

comm[un]

 

noué dans un ultime saut de ventre

où surnage un seul nombril 

déjà conscient dans l’alphabet de son sang à venir

un roi :

 « dis pa-pa dis !

s’il est vrai que la terre est ronde

est-ce l’oiseau qui porte la terre

ou la terre qui porte l’oiseau ? »

 

 

vôd[où]n

 

où qu’on le porte

l’eau

aussi loin qu’on remonte

l’eau

du logoone me lançant haut

du kinkeliba me jetant bas

de l’oiseau me mêlant à la terre

 

eau rouge

eau verte

kɔ si orixà

kɔ si éwé

 

 

cerbères

 

…vint la rivière

vint la siropière

vint la sorcière

 

de-venir sur-venir re-venir

vers le jour neuf au ballet de mystères 

vain vin d’elefin

quand le moment est à arçonner la serpière

fin de fin de fines feuilles

amà ! vélin à mâcher à mâcher à mâcher…

 

viens la mère sa paire de seins en bandoulière

viennent les vipères … une rivière de viscères

puis au puits le lait à la mer enfin

‘ styx ! styx ! styx ! ‘

 

viens le père la main sur le cœur hirsute de bras en croix

en distribution sériaire le cœur hirsute de routes

 

enfin au carrefour des chairs 

vinrent ivres

de venin, de venin, de venin

les chiens du diable sa garde arrière…

 

 

rut

 

il y a comme un et cetera de signes nus

qui nerveusement se bousculent.

Ils disent

la foudroyance de choses à venir…

 

Les mots poussent

en sagaies de soleil les mots poussent

les mots poussent les anges chutent

il y a un et cetera de mots

un enculement de mots un chapelet de mots

au final, il reste cette rivière de mots

où noyer tous les anges…

 

 

 

 

 

« La poésie écrite vaut une fois et ensuite qu’on la détruise. »

Antonin Artaud

 

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