Auteur: Dimitri Dimitrievich

Dimitri Dimitrievich, né derrière le rideau de fer du puritanisme, français de hasard, amoureux de la liberté et des femmes, écrit des oeuvres d'imagination pure.

La sainte famille

Marie est dans la suite du Mama Shelter que Joseph a louée pour eux deux. Une escapade en amoureux comme il en organise parfois. Le motif est toujours le même : voyage d’affaires, des clients à voir, à Paris cette fois. Il n’est pas encore rentré de ses rendez-vous. Marie s’ennuie un peu, mais pas pour cette raison-là. Elle feuillette les magazines mis par l’hôtel à la disposition de ses clients, le numéro de FHM avec des photos de filles aux formes parfaites ne contribue pas à lui remonter le moral. Par contre elle apprécie la décoration gothique-design de la chambre, avec sa moquette noire chargée d’inscriptions dont certaines invitent à l’amour, ses murs et son plafond en béton ciré, ses meubles en verre et acier brossé, les masques difformes en guise de luminaires. C’est elle qui a insisté pour retenir dans cet hôtel dont elle avait eu connaissance par un magazine féminin et Joseph s’était laissé tenter, bien que l’adresse, au fin fond du vingtième arrondissement, ne fût guère commode pour lui. De toute façon, Joseph ne refuse pas grand-chose à Marie. C’est bien normal quand on a deux fois l’âge de sa maîtresse.

Marie s’ennuie de Jésus qu’elle n’a pas encore vu depuis son arrivée à Paris. Elle avait pourtant prévu de passer la journée avec lui pendant que Joseph serait à ses rendez-vous. Elle avait tout organisé pour cela, convaincu Jésus de « monter » à Paris en même temps qu’elle, et comme le Mama Shelter n’était pas dans ses moyens, elle avait payé elle-même une chambre pour lui. Mais voilà, Jésus a décidé, lui aussi, de « rentabiliser » ce déplacement à la capitale et de montrer ses œuvres à des galeristes. Il avait bien promis de rentrer tôt mais n’est toujours pas de retour.

Marie ne déteste pas Joseph. Après tout, à cinquante ans, on n’est pas vieux de nos jours. Il est riche, ne lui demande pas grand-chose et, en échange des faveurs qu’elle lui consent avec plus de plaisir que de peine, il lui verse un salaire double de ce à quoi elle pourrait normalement prétendre. Joseph est son homme, celui sur lequel elle peut s’appuyer, elle l’admire parce qu’il en impose, parce qu’il est sorti de rien et a bâti une entreprise solide, le plus gros employeur de leur ville de province. Quant à Jésus…, Jésus c’est tout différent, il a vingt ans de moins que Joseph mais ce n’est pas cela l’important, Jésus est fou, il peint des tableaux stupéfiants, complètement fous eux aussi. Il n’a peur de rien. Il passe son temps à monter des coups pendables, histoire de scandaliser les bourgeois (qui ne cessent pas pour autant d’acheter ses toiles, snobisme oblige). Il est l’idole de la jeunesse locale. Et il a la beauté sauvage d’un aventurier. Et il baise comme un faune. Et il trouve Marie tout à fait à son goût. Alors Marie est folle elle aussi, folle de Jésus.

L’évocation de ses deux amants rend Marie rêveuse. Que se passerait-il si elle devait faire l’amour avec les deux en même temps ? C’est une éventualité qui lui a déjà traversé l’esprit et qu’elle rejette toujours car elle est sûre que Joseph serait affreusement gêné et qu’il perdrait tous ses moyens. En outre, il n’apprécie pas du tout Jésus. Elle l’a traîné une fois voir la dernière exposition du jeune prodige (c’est-à-dire qu’ils y étaient allés séparément et s’y étaient retrouvés comme par hasard) et il s’était comporté d’une manière désagréable, voire carrément impolie, ne dissimulant pas son agacement devant des tableaux qui, il est vrai, étalaient sans vergogne le narcissisme de l’artiste. Jésus s’était peint lui-même sur toutes les toiles, plus grand que nature, affublé d’accessoires le plus souvent animaliers (cornes, peaux de bête, etc.) dans des positions pour le moins équivoques (par exemple embrassant sur la gueule un jeune zèbre qu’il tenait dans ses bras comme il aurait fait d’une amante). Autant dire que Joseph, esprit rassis, ne pouvait guère se montrer réceptif envers une œuvre que les « connaisseurs » décrivaient pourtant comme imaginative et puissante. Et puis peut-être avait-il senti que quelque chose passait entre elle et ce Jésus…

Désœuvrée, Marie, étendue sur la couette en satin de son lit, envisage vaguement de se caresser, puis y renonce. En désespoir de cause, elle allume l’écran du Mac fixé au mur et cherche un film qui lui fera passer le temps. Elle fixe son choix sur Coco, la vie de Mademoiselle Chanel incarnée par Audrey Tautou. Mais plus le film avance et plus Marie s’enfonce dans le marasme : pourquoi n’est-elle pas elle-même capable d’accomplir de grandes choses comme cette Coco. A vingt-cinq ans, il est temps qu’elle cesse de se laisser vivre. Joseph ne quittera jamais son épouse et finira par se lasser de sa maîtresse. Quant à Jésus, ce n’est même pas la peine d’y penser. Marie est consciente de ses limites : ses formes aguichantes sont son seul véritable atout ; elle a intérêt à se dépêcher de mettre le grappin sur un mec – bien sous tous rapports si possible – qui acceptera de lui mettre la bague au doigt.

L’après-midi est bien avancé. Marie appelle Jésus pour la deuxième fois. Cette fois, il décroche. Il vient de sortir d’une galerie, ça s’est bien passé, il espère une exposition. Mais il ne rentre pas encore tout de suite, un autre galeriste à rencontrer. Marie n’est pas contente, elle craint que Joseph ne revienne à l’hôtel avant Jésus. Or c’est de Jésus qu’elle a envie, tout de suite, elle voudrait le voir pénétrer dans la chambre, avec le sourire un peu narquois qu’il arbore habituellement. Il se précipiterait vers elle et se mettrait à l’embrasser sauvagement avant de la prendre sans s’être donné la peine de la et de se déshabiller. Ou bien il se contenterait de la regarder de loin et elle devrait se lever pour l’attirer vers le lit. Il se laisserait faire sans dire un seul mot pendant qu’elle lui ôterait ses vêtement, un à un. Elle jouerait longuement avec les muscles du garçon : les biceps pour commencer puis le thorax, les abdos bien dessinés, les cuisses enfin. Pendant ce temps, elle observerait la queue qui se dresse et se gonfle jusqu’au point où elle ne pourrait pas résister à la tentation de l’effleurer d’un coup de langue. Alors seulement elle entreprendrait elle-même de se déshabiller. Lentement, afin qu’il ne perde pas une miette du savant effeuillage. Elle commencerait par relever sa jupe jusqu’à la taille, puis se mettrait à califourchon au-dessus de lui. Elle ouvrirait son chemisier, bouton après bouton, avant de le faire glisser sur ses épaules, puis dégraferait son soutien-gorge, ferait tomber les épaulettes avant de lui faire admirer les seins encore à demi couverts. Ce n’est que ce cérémonial accompli qu’elle finirait de dénuder ses appas, et se penchant vers le garçon affamé, les lui donnerait à lécher. Enfin, écartant légèrement son string elle s’empalerait sur le sexe dressé. La fête pourrait alors commencer vraiment. Elle saurait, dans cette position, atteindre rapidement son plaisir. Elle lui interdirait de prendre le sien tant qu’elle n’aurait pas joui une deuxième fois. Enfin elle le laisserait faire d’elle ce qu’il voudrait, car elle apprécie  son imagination dans le domaine amoureux. Faire l’amour avec Jésus c’est comme un feu d’artifice avec des fusées qui partent dans tous les sens. Dans tous les sens, oui !

Rien à voir avec la manière de Joseph, laquelle, pourtant, ne manque pas d’agrément. Elle l’aime bien son Joseph, Marie. Pas seulement pour le confort qu’il lui apporte. Il ne lui déplaît pas qu’il l’ait choisie, elle entre toutes celles qui, pourvues de qualités similaires, auraient pu prendre la place.  Pour un homme de cinquante ans il est bien conservé, sans cette horrible bedaine qui alourdit la plupart de ses contemporains. Il s’entretient, son Joseph, il a une salle de sport chez lui et, à en croire son corps musclé, il y consacre du temps. Et puis il adore lui faire l’amour et le plaisir qu’il y prend est communicatif. Il est doux, attentif, expérimenté, il est rare qu’elle ne parvienne pas au plaisir avec lui et même s’il peut lui arriver de s’imaginer dans les bras de Jésus quand elle le fait avec Joseph, c’est seulement pour ajouter une pointe de piment à une situation déjà goûteuse.

Quand on pense au loup… Ce qu’elle craignait : Joseph est de retour avant Jésus. Et plein d’idées, avec ça. Il a déjà ôté sa veste et sa cravate avant d’avoir refermé la porte ; la vue de Marie allongée ou plutôt alanguie sur le lit suffit pour réveiller chez lui un réflexe de vieux primate. Il continue de se déshabiller (de toute façon il adore être nu) et Marie constate que son sexe s’est dressé aussitôt libéré du caleçon. Arrivé près d’elle, il s’attaque à ses vêtements à elle. Il la veut nue et il la veut tout de suite. Si ce n’est évidemment pas le scénario que Marie avait imaginé, elle se laisse faire de bonne grâce. C’est bien fait pour Jésus, il n’avait qu’à se dépêcher un peu ! D’ailleurs elle entreprend de donner à Joseph les caresses prévues pour Jésus, tâtant délicatement ses muscles, l’un après l’autre. Joseph, cependant, est impatient. Sans tergiverser davantage, il adopte l’attitude dite du 69. Son intention est de boire à la source de Marie tout en espérant que cette dernière fera preuve d’une envie similaire envers sa queue. Il n’est pas déçu puisque Marie a justement décidé de se venger de Jésus en donnant à Joseph tout ce qu’il demande.

C’est à ce moment-là que le téléphone de Marie se manifeste.  Trop tard et la sonnerie s’interrompt bientôt, Jésus ayant fatalement deviné, vu l’heure, qu’elle n’était plus en position de répondre. Et de fait Marie, la bouche pleine de la pine gonflée de Joseph et délicieusement chatouillée par la langue de ce monsieur, est suffisamment occupée. Concentrée, elle accompagne du bassin les mouvements de la langue de l’homme, attentive à la montée du plaisir, jusqu’au moment où celui-ci la déborde. Elle crie, elle en redemande, ses ongles s’incrustent  dans les fesses de son partenaire qui supporte stoïquement l’assaut sans interrompre ses bons et loyaux services, jusqu’à ce qu’elle demande grâce. Alors Joseph, la bouche pleine de jus, se retourne, approche sa bouche de celle de Marie pour partager avec elle le nectar délicieux. Sans se laisser distraire pour autant de ce vers quoi le poussent des centaines de milliers d’années qui ont consolidé chez les être vivants le besoin de se reproduire et plus précisément, chez les mammifères mâles, le besoin d’enfoncer leur organe reproductif dans celui d’une femelle. Car c’est précisément ce qu’il est en train de faire, Joseph, profitant de la totale disponibilité de sa compagne, en qui il immerge sa queue, comme dans une mer chaude et accueillante.

Mais Joseph préfère être placé sous sa partenaire. Basculant sur le côté, il l’installe à califourchon au dessus de lui. Il peut ainsi la saisir par la taille qu’elle a fine à souhait et se repaître du spectacle des deux merveilleux globes juste au-dessus de lui, les lécher-sucer au gré de sa fantaisie. Ils sont parfaitement rodés tous les deux à ce jeu-là. Marie sait exactement quoi faire pour atteindre un nouveau sommet sans précipiter la jouissance de l’homme. Lequel pourtant râle déjà de plaisir. Depuis qu’il a embauché Marie et l’a mise dans son lit, il ne cesse de se féliciter de son destin : il ne voit pas comment il pourrait être plus heureux ! Cette fille est exactement ce qu’il lui faut : elle aime faire l’amour, elle le fait bien, elle est excitante, ne fait pas d’histoire contrairement à tant de femmes frustrées sans raison, et ne se montre pas exagérément intéressée, c’est-à-dire juste ce qu’il faut pour rassurer Joseph : Marie ne le laissera pas tomber comme ça…

Enfin ils parviennent à leur fin tous les deux, ce qui ne manque pas de leur donner… faim. Ils s’habillent et Joseph veille à ce que la tenue de Marie soit too much. Pour une fois qu’ils sont loin de chez eux, où ils doivent constamment se surveiller, Joseph tient absolument à être accompagné d’une bimbissime qui ne passera pas inaperçue. Marie se prête volontiers à ce jeu qu’elle adore et qu’ils pratiquent chaque fois qu’ils voyagent ensemble. Ils dîneront à l’hôtel, donc il est inutile de se vêtir chaudement. Elle opte ce soir-là pour un short en cuir fauve qui ne fait pas plus de quinze centimètres de haut, autant dire qu’il ne couvre que le strict minimum, des bottes dans la même teinte et, pour le haut, un cache cœur en cachemire façon léopard, fermé par un seul bouton pour dégager les seins autant qu’il est licite sans risquer d’être poursuivi pour attentat à la pudeur. Cela a demandé un peu de préparation, du scotch double-face dont Marie a toujours une provision, pour coller le cache-cœur de telle sorte que la face interne du sein soit complètement visible, tout en dissimulant l’aréole. Marie ne porte rien d’autre que ces deux petits bouts de vêtements, le cache cœur et le short : elle n’est pas plus habillée qu’une fille de music-hall. C’est un peu trop, un peu ou plutôt beaucoup trop peu. Elle se couvrira d’un châle pour descendre jusqu’au restaurant, un châle ou plutôt un voile dans une mousseline presque transparente, pour laisser quand même deviner qu’elle est à peu près nue dessous. Joseph, obligatoirement plus sage, a revêtu un costume cintré sur un col roulé en soie, ainsi que des bottines pointues, le tout sentant le bon faiseur.

Comme prévu, leur entrée dans le restaurant du Mama Shelter est sensationnelle. On se retourne pour la regarder. Mais l’on s’intéresse également à lui, indirectement ; on se dit qu’il ne doit pas être n’importe qui pour sortir une fille comme celle-là. Lui qui jouit sans complexe de la situation : il a toujours voulu qu’on l’admire et particulièrement pour ses conquêtes féminines. Quant à Marie, elle a adopté ce regard perdu – spécialité des hôtesses de l’air qui ne veulent pas être importunées par les réclamations des passagers – qui permet de voir tout ce qu’il y a à voir, en donnant l’impression qu’on ne regarde pas. Balayant la salle du restaurant bondée de monde en ce vendredi soir, elle tombe sur un spectacle auquel elle ne s’attendait pas : Jésus attablé, accompagné et pas de n’importe qui, de deux filles visiblement très jeunes et, pis que ça, très belles. Et lui, faisant le joli cœur, avec son teint de métèque, ses cheveux longs tombant sur le col d’une veste savamment déstructurée, pas exactement ce qu’elle avait envie de voir à ce moment-là !

Néanmoins : Regarde qui est là, dit-elle en tirant Joseph par la manche, notre grand artiste, tu te souviens ? Joseph acquiesce et, ce soir, il n’est pas du tout agacé par Jésus dans lequel il reconnaît immédiatement un bon macho comme lui-même. Pouvoir montrer ouvertement que Marie est à lui l’a délivré du malaise qu’il avait éprouvé lorsque celle-ci l’avait traîné voir l’exposition de Jésus. En outre, intuitivement, il n’a aucune crainte que Jésus aille colporter partout dans leur province qu’il se promène à Paris avec sa secrétaire chérie : à tort ou à raison Joseph croit à la solidarité masculine ! Marie a fait la bise à Jésus et, d’autorité, s’est assise à sa table. Avec Joseph, lequel, pour les raisons susdites, n’a rien trouvé à redire. Au contraire, il se sent encore plus émoustillé par la présence de deux très affriolantes jeunes filles. Et pas mécontent de prouver à Jésus que sa propre conquête ne l’est pas moins.

Jésus ne s’attendait pas à cela – en fait, il n’avait  appelé Marie, tout à l’heure, que pour se décommander – mais, en vieux routier de l’érotisme, il entrevoit déjà des possibilités intéressantes. Le repas se déroula donc très agréablement. Les deux filles, Marthe et Madeleine, se comportaient comme deux cruches – ou faisaient semblant – riant à la moindre saillie (verbale) de l’un ou l’autre des hommes, qui n’en demandaient pas davantage, et contribuant ainsi à la bonne humeur générale. Marie, au début, s’était crue obligée de rester un rang en dessus. Elle avait ôtée son voile et s’exhibait dans la gloire de sa beauté bientôt mûre, histoire de bien faire comprendre aux deux jeunettes qu’elles n’étaient que de misérables oies. Mais, passé le premier moment d’indignation contre ce salaud de Jésus et ses deux petites putes, elle se mit au diapason des autres et participa gaiement à la conversation. Il faut dire que, à défaut de la chère – sans autre rapport avec son prix que le snobisme de la clientèle – la cave du Mama Shelter était bien fournie et propice à l’euphorie.

Marthe et Madeleine sont âgées de 17ans. Elles ont débarqué l’après-midi de Liège pour le week-end avec la ferme intention de faire les magasins et de s’amuser. Non seulement leurs parents n’avaient rien trouvé à redire à cette escapade mais ils les avaient, pour la circonstance, lestées d’un budget généreux. Elles se trouvaient donc au bar de l’hôtel en train de déguster un apéritif corsé quand Jésus avait fait son apparition et, comme elles étaient réellement mignonnes, elles n’avaient eu aucun mal à attirer son attention et même à la retenir. Il faut dire que, sans aller jusqu’à l’outrance de Marie, elles n’avaient rien dans leurs tenues qui pût les assimiler à des oies, en tout cas pas à des oies blanches. Marthe portait une petite robe noire au-dessus du genou, qui paraissait très classique… jusqu’à ce qu’elle se retourne et qu’on découvre son dos nu jusque bien en dessous du niveau où l’on aurait dû apercevoir la cordelette de son string, si elle en avait porté un. Quant à Madeleine, elle avait opté pour un pantalon en jeans strech et pour le haut une sorte de calicot retravaillé à l’encolure très large qui, suivant la manière dont elle en jouait, pouvait descendre très bas sur un côté jusqu’à dénuder complètement un sein. Aucune des deux ne portait de soutien-gorge. Elles n’en avaient d’ailleurs nul besoin, ayant toutes les deux la poitrine ferme et menue.

Pour le dîner, elles s’étaient assises de chaque côté de Jésus. Elles le serraient de près, davantage depuis l’arrivée de deux convives supplémentaires et la réduction afférente de l’espace dévolu à chacun. Marie avait regardé, au début, leur manège avec l’agacement qu’on a dit mais qui ne dura point. Après tout elle venait de baiser, très bien, et elle n’était pas mariée avec Jésus, ni lui avec elle. Joseph, pour sa part, était carrément sous le charme des deux petites. Il avait une fille du même âge, une déjà femme dans laquelle il se contraignait à ne voir qu’une enfant. Là, avec ces deux inconnues, il n’avait pas besoin de se priver de les trouver très désirables. Enfin Jésus, au centre du tableau, jouissait triplement : deux fois à cause des deux mignonnes qui ne cessaient de se frotter contre lui et une troisième fois à cause de Marie qui faisait un peu la gueule , malgré tout, ce qui ne pouvait que le flatter davantage. A ce dernier détail près – l’incertitude sur le véritable état d’esprit de Marie – il est incontestable que le désir circulait très agréablement autour de la table.

Joseph avait Marthe à sa gauche et Marie à sa droite. Comme Joseph savait y faire avec les femmes, il parvint facilement intéresser Marthe. Il aurait pu être son père, ce qui ne les laissait indifférents ni l’un ni l’autre. Placé où il était, il avait presque constamment sous les yeux le dos nu de sa voisine, le creux des reins offert  à sa concupiscence, et ce spectacle lui paraissait la chose la plus excitante du monde. Quand ses propos le justifiaient aussi peu que ce fut, il hasardait une caresse de la main gauche sur ce dos. La petite se cabrait un peu, non sans plonger en même temps dans les siens des yeux qui démentaient immédiatement toute idée de refus. Jésus développait lui aussi un tropisme du même genre pour ce dos à la nudité provocante ; c’est sa main droite qui s’égarait de temps en temps sur la peau luisante de Marthe. Ainsi arrivait-il que la main de Jésus et celle de Joseph se rencontrassent sur un bout d’épiderme tentateur. Passé la première surprise, ils s’en accommodèrent et la fille ne semblait pas trouver déplaisant d’être paluchée par deux chevaliers servants.

Jésus devait s’occuper de Madeleine comme de Marthe. Sa main gauche passée sous le calicot, il la prenait par la taille qu’il pressait doucement. Mais Madeleine, pour l’heure, semblait surtout intéressée par Marie, sa voisine de gauche, un intérêt qui semblait réciproque. Etait-ce parce qu’elles avaient décidé, ce soir-là, de jouer toutes les deux de leurs seins comme appât ? Étaient-elles déçues, jalouses ? Peut-être au premier abord, mais elles se montrèrent très vite complices. Comme si elles s’étaient reconnues. Madeleine était hypnotisée par la poitrine généreuse de Marie et cette dernière était fascinée par l’aisance avec laquelle Madeleine jouait de son calicot pour découvrir tantôt un sein tantôt l’autre. Elles se racontaient toutes les deux, et parfois leurs doigts se touchaient, jusqu’à ce que, n’y tenant plus, la plus jeune effleure du bout des doigts la poitrine de Marie, un geste que Marie continua à sa façon en se penchant vers le sein alors dénudé de Madeleine pour y poser un rapide baiser.

Toutes ces attentions particulières n’empêchaient pas la poursuite simultanée d’une conversation tournant pour l’essentiel autour de Jésus, des tableaux de Jésus, de l’accueil qu’on lui avait réservé dans les galeries parisiennes, de son espoir de voir bientôt une exposition de ses œuvres organisée dans la capitale. Marie, qui était la seule à bien connaître ce que faisait le peintre, lui donnait la réplique. Elle en profitait pour lui adresser des regards langoureux auxquels il ne manquait pas de répondre par un sourire charmeur et qui signifiait : Quoi qu’il arrive ce soir, notre histoire ne sera pas ternie par les deux jeunes Belges.

Justement, le repas tirant vers sa fin, il fallait décider quoi faire après. Au départ Marie avait imaginé passer un long moment avec Jésus dans la journée puis se consacrer à Joseph. Ce dernier ignorait le plan diurne de Marie mais partageait le même plan nocturne. Jésus n’était pas contre a priori le plan de Marie mais ses visites dans les galeries en avaient décidé autrement. Il n’avait pas eu de plan pour la soirée avant de tomber sur les deux jeunes filles d’outre-Quiévrain. Quant à celles-ci, elles avaient prévu de sortir en boîte mais, depuis qu’elles avaient rencontré Jésus, elles ne voulaient plus que faire la même chose que lui. Après un rapide échange muet avec Jésus pour vérifier s’il le suivrait, Joseph proposa un dernier verre chez lui, dans la suite qu’il partage avec Marie, plus adaptée pour la suite des événements qui se préparent que les chambres standards du Mama Shelter, à l’espace chichement distribué, où sont logés Jésus et les deux filles.

La proposition ne soulevant pas d’objection, tout le monde s’est tassé dans l’ascenseur pour monter à l’étage de Marie et de Joseph. Joseph a passé commande d’une bouteille de Champagne accompagnée de cinq flutes. Cela s’imposait, même si personne n’avait vraiment soif. Il suggéra pour la forme que tout le monde se mît à l’aise, bien que cela ne fût guère possible, pour les filles, à moins de se mettre nues d’emblée. Il n’y eut donc que les deux hommes pour se débarrasser de leurs vestes. On mit un peu de musique, des clips qui défilaient sur une chaîne de télé, histoire d’entretenir l’ambiance. Nul ne niera, n’est-ce pas, l’influence de ces images sur le comportement érotique de nos contemporains.

Il y eut quelques instants de flottement. Marthe et Madeleine s’éclipsèrent dans la salle de bains, puis Marie. L’arrivée du Champagne fut un soulagement. Et bien que tout le monde ait bu plus que de raison tout au long du repas, personne ne refusa un petit supplément. Les filles se mirent alors à danser. Elles étaient très douées, s’amusaient à imiter celles qui s’agitaient sur l’écran et y parvenaient fort bien, jusqu’aux mines exagérément lascives des danseuses black. Elles dansaient pour les deux hommes, chacun calé dans un fauteuil, un verre à la main.  Elles s’exhibaient. Marie dégrafait son short, jusqu’à faire apparaître son mont de Venus ; Marthe serrait les épaules pour faire descendre un peu plus sa robe et montrer ses fesses ; Madeleine saisissait son calicot à deux mains pour le faire remonter et dégager entièrement la vue sur sa poitrine. Le spectacle de ces trois filles – Marie, belle rousse bien en chair au visage délicatement parsemé de tâches de rousseur, Madeleine, petite blonde délicate, et Marthe, impressionnante brune longiligne aux allures de top model – était charmant, suggestif et prometteur à la fois. Les deux hommes le savouraient en connaisseurs. Vint un morceau moins inspirant pour les danseuses, qui par ailleurs avaient besoin d’un peu de repos. Marie, fine stratège, sut saisir son instant : elle atterrit sur les genoux… de Jésus bien sûr. Elle effectuait ainsi un test – comment Joseph allait-il réagir ? – sans grand risque, à vrai dire, car elle voyait bien que Joseph, pour l’heure, semblait plus intéressé par les deux petites oies. Et de fait, Marthe l’imita bientôt qui se posa sur une cuisse de Joseph. Restait Madeleine ? Qu’allait-elle faire ? Elle choisit bien sûr Jésus et Madeleine, à cause de Jésus et à cause de Madeleine.

Enfin, on pouvait passer aux choses sérieuses. Ces moments délicieux où l’on abandonne la conversation faite de mots au profit de cet autre genre de conversation qui passe par les caresses, les baisers ne sont-ils pas ceux qui sont les plus « sérieux » dans la vie d’un homme ou d’une femme, ceux qui les marqueront les plus durablement, ceux auxquels ils ne cesseront de repenser jusque dans le grand âge ? Et ces moments ne sont-ils pas encore plus délicieux lorsque vécus avec un nouveau partenaire ? Or ils se trouvaient tous les cinq dans cette enviable situation de découverte : Joseph et Marthe, Jésus et Madeleine, Marie et Madeleine.

Marie fit tout de suite passer le calicot par-dessus la tête de Madeleine. Madeleine se laissa faire d’autant plus volontiers qu’elle était en train de faire la même chose avec la chemise de Jésus. Pour ne pas être en reste, celui-ci qui connaissait bien les petites astuces de Marie, décolla délicatement les deux bouts de scotch puis défit le dernier bouton du cache cœur avant de l’escamoter prestement, faisant ainsi apparaître dans toute leur gloire les deux seins de Marie, qui débordaient du soutien pigeonnant. Pendant ce temps Joseph avait fait relever Marthe. Soulevant sa robe, il avait collé son visage contre la motte de la jeune fille et s’était mis incontinent à la sucer, qui mouillait déjà abondamment. Marthe, qui avait déjà apprécié la fermeté du buste musclé de Joseph à travers son col roulé, en profita pour le lui enlever. Pendant qu’il s’occupait d’elle, elle lui caressait le dos, puis se mit à le labourer avec ses ongles lorsque son plaisir devint plus intense.

Marthe criait déjà alors que les autres n’en étaient qu’aux préliminaires. Il faut dire que c’est moins simple à trois qu’à deux. Et même si Jésus n’avait rien à apprendre en matière d’amour plurigame, il fallait quand même décider par quoi, ou qui, commencer. De toute façon, à trois sur un fauteuil, c’est encore plus compliqué. Aussi Marie prit-elle l’initiative d’amener ses deux compagnons jusqu’au lit. Avant qu’ils ne s’y installent, elle défit la ceinture de Jésus, ouvrit sa braguette, puis asseyant Jésus sur le lit, elle et Madeleine lui ôtèrent d’abord ses chaussures et enfin, tirant chacune sur une jambe, le débarrassèrent de son pantalon et de son caleçon. Compréhensive, la queue de Jésus prit immédiatement la fière attitude qui convenait. Il était toujours assis, elles étaient à genoux devant l’idole qui poussait de son ventre, comme deux vestales des temps antiques prêtes à accomplir un rite sacré.

Jésus était donc désormais entièrement nu ; il leur demanda de se déshabiller l’une l’autre, ce qu’elles firent avec une certaine componction. Marie dégrafa les trois boutons qui fermaient le pantalon de Madeleine, lui donna un baiser sur le nombril avant de la faire asseoir, comme Jésus, sur le lit, de défaire les brides des escarpins et de tirer (fort) sur les jambes du pantalon pour l’enlever. Madeleine eut la tâche plus facile avec Marie. Elle commença par tirer les bottes, puis faisant coucher Marie sur le dos, elle lui demanda de se cambrer pour faire glisser d’un même mouvement le short et le string. Elle décida, provisoirement, de laisser à Marie son soutien-gorge.

Jésus, qui connaissait sa Marie, ne bougeait pas. Il attendait, laissant aux filles le soin de prendre l’initiative. Ce qu’elles firent en le laissant provisoirement de côté, c’est-à-dire spectateur de leurs ébats. Des ébats dans lesquels, à vrai dire, Marie se révélait plus novice que la plus jeune qui avait déjà exploré tous les plaisirs de Lesbos avec son amie Marthe. Marie, jusque là, n’en avait eu ni l’envie ni l’occasion mais enfin elle avait vu suffisamment de films pornos pour savoir quoi faire. Et puis même sans ça, elle aurait su : cette Madeleine avait un corps adorable, on avait envie de le toucher, de le lécher partout. Elles se bécotèrent, s’embrassèrent, se cajolèrent un long moment sans chercher, néanmoins, un plaisir plus profond. C’est que, sans avoir eu besoin de se concerter, elles l’attendaient ce plaisir du bel organe masculin qui pour l’heure se contentait de rester au garde-à-vous devant elles.

Joseph et Marthe avaient besoin eux aussi de plus d’espace pour leurs ébats. Délaissant leur fauteuil, ils se dirigèrent vers le canapé de la suite, tout en se déshabillant. Pour Marthe, sitôt pensé sitôt fait, sa robe légère s’envola par-dessus sa tête. Comme elle n’avait rien dessous, elle resta simplement perchée sur les talons qui la cambraient si agréablement. Joseph, qui était gêné aux entournures par une encombrante bandaison, se débarrassa lui aussi en vitesse des vêtements qui lui restaient. Ils s’affalèrent sur le canapé, Marthe sur Joseph. Elle voulait qu’il la pénètre tout de suite, mais il fallait d’abord un préservatif qu’elle alla pêcher dans son sac. Elle en avait toujours quelques-uns avec elle, et n’avait pas manqué de se réapprovisionner avant ce voyage à Paris. La queue de Joseph vite emmaillotée, Marthe l’introduisit  sans coup férir dans son con qui n’attendait que cela depuis un bon moment et elle s’activa tant et si bien qu’elle eut rapidement un deuxième orgasme. Soumit à un traitement aussi énergique, Joseph eut peur de ne pouvoir se retenir. Il n’y parvint parce que la séance précédente avec Marie lui avait déjà permis de « se vider les burnes » comme on disait, se souvint-il, dans sa jeunesse.

Joseph et Marthe étaient aussi excités l’un que l’autre. Marthe, évidemment n’était pas pucelle. A dix-sept ans, voyons ! Mais si elle l’avait fait souvent, c’était toujours avec des garçons de son âge, des camarades de lycée ou de vacances. Jamais avec un homme, un vrai, à l’instar de son père, lequel – comme elle ne l’ignorait pas – multipliait les conquêtes féminines. Et Joseph était un tel homme : elle l’avait trouvé ! Qu’il sorte une fille comme l’éblouissante Marie en était la preuve suffisante. Et quant à Joseph – qui était, sans se l’avouer, taraudé par le désir de sa propre fille, qui se contraignait à ne pas penser à elle comme à une femme – il était inconsciemment à la recherche d’une Marthe, jeune et désirable, et il l’avait trouvée. Le tabou de l’inceste est, paraît-il, aussi vieux que l’humanité – n’est-ce pas docteur Freud ? – alors il faut biaiser. Exactement ce qu’étaient en train de faire Joseph et Marthe et, à entendre les grognements de l’un et les petits cris de l’autre, ils s’en portaient visiblement très bien.

Ces cris et ces grognements décidèrent Marie et Madeleine. Il était temps de s’intéresser à leur compagnon, beau comme un Christ, qui les contemplait avec bienveillance mais qui était très visiblement prêt à démontrer autrement ses charitables intentions. Charitable, Marie l’était aussi, car elle laissa Madeleine s’occuper en premier de l’amant au corps christique et de son organe sacré. Il est vrai qu’elle, Marie, connaissait déjà Jésus par cœur et qu’elle avait envie, à ce moment-là, de seulement le regarder en train de baiser. Comme Marthe quelques instants plus tôt, Madeleine alla donc pêcher dans son sac une de ces enveloppes caoutchoutées dont il convient, par prudence, de couvrir le sexe des hommes. Ce qu’elle fit. Puis, comme Marthe encore, elle enfourcha le brave Jésus. (Vous aurez remarqué que la position dite du missionnaire n’est pas celle qui vient en premier à l’esprit de ces gens-là.) Elle prit vite son plaisir, et pas très bien, parce que – également animée de bonnes intentions – elle était soucieuse de laisser sa place à Marie. Comme chacun cherchait  avant tout le plaisir de l’autre dans ce trio biblique, Marie demanda alors à Madeleine de se coucher de tout son long, cuisses bien écartées, afin qu’elle puisse la faire jouir avec sa langue, pendant que Jésus la prendrait elle-même en levrette. Marie savait que Jésus adorait cette position qui lui permettait d’avoir le meilleur point de vue sur sa croupe rebondie, couronnant une taille de guêpe. Elle se félicitait d’avoir gardé son soutien-gorge car c’est justement dans cette position (il est vrai la plus commode pour ce) que Jésus avait l’habitude de le dégrafer avant de saisir ses seins à pleines mains tout en la besognant. Jésus, faisant toujours preuve de la même mansuétude, exécuta tout cela en amant accompli, tandis que, pour une première fois, Marie fut très satisfaite du résultat qu’elle obtint chez Madeleine. Astiquant le bouton, d’abord avec ses doigts, puis avec sa langue, comme ses hommes savaient si bien le faire, elle fut stupéfaite de voir que tant de jus pouvait s’écouler du sexe de la jeune fille et elle éprouva presqu’autant de plaisir à la faire jouir qu’elle en recevait de la part de Jésus.

Ils étaient cinq dans cette suite du Mama Shelter, cinq dans le plus simple appareil, celui que nous donne la nature, cinq entièrement immergés dans leur sensualité, comme si rien d’autre n’importait que la poursuite de la jouissance. Mais ils restaient encore disjoints : deux d’un côté, trois de l’autre. Or le lit king size de la suite pouvait les accueillir tous. Comment Joseph et Marthe furent-ils attirés vers les trois autres ? Était-ce simplement une manifestation de l’instinct grégaire chez les humains, ou leur cerveau reptilien les y força-t-il parce qu’il y avait là l’occasion de nouvelles sensations, ou leur cerveau supérieur le leur fit-il comprendre ? Peu importe. Ils étaient là désormais, tous les cinq réunis sur ce lit qui les contenait pour certains complètement, tandis que d’autres en débordaient un peu, qui d’une jambe, qui d’un bras ou d’une tête, mais enfin ils étaient là tous proches à se toucher. Aussi l’échange des partenaires s’organisa-t-il tout seul. Marthe s’intéressa tout de suite à Jésus, elle se plaqua contre son dos, se mit à lui lécher les fesses  et à l’agacer tant et si bien qu’après avoir fait parvenir Marie au septième ciel, il s’en retira pour pénétrer Marthe de son sexe toujours divinement gonflé (non sans qu’elle l’eût préalablement enveloppé d’un nouveau capuchon). Joseph qui venait de réaliser son rêve le plus cher, et le plus chair, en faisant l’amour avec Marthe découvrit soudain qu’il pouvait l’accomplir à nouveau avec une fille tout aussi jeune et désirable. Il donna à Madeleine un baiser passionné sur la bouche auquel elle répondit comme une amante non moins passionnée. Il avait enlevé son préservatif et lui fourra son engin dans la bouche. Elle sut faire avec une expertise qui ravit Joseph, bien que, à l’arrière-plan de sa conscience, il fut un peu choqué, ne pouvant s’empêcher de penser que sa propre fille se montrait probablement tout aussi experte.

Puis les figures s’enchaînèrent sur un rythme qu’on dirait « endiablé » si ce terme n’était, en l’occurrence, complètement déplacé. Chacun voulait goûter tout de l’autre, de tous les autres. On passait du con de l’une à la bouche de l’autre, de la bouche de l’un à sa verge, à ses roustons. On s’empoignait, on se pénétrait, on criait, on jouissait à pleine gorge, sans s’inquiéter d’être entendu des chambres voisines.

Si les trois filles s’ébattaient en toute liberté, aussi à l’aise à fouailler un vagin qu’à astiquer un bâton sacré, il n’en était pas tout à fait ainsi des deux hommes. Même si rien du sexe n’était étranger à Jésus, sa préférence allait clairement aux femmes. Quant à Joseph, il n’avait jamais imaginé se retrouver dans un lit avec un autre homme. Plusieurs femmes, oui, certes, mais un autre homme jamais ! Frôler par inadvertance une main masculine caressant le même dos que vous dans un restaurant est une chose, être nu à côté de lui, le sexe dressé, en est une autre. Pardon ! Sexe dressé ou plutôt maintenant redressé car à force de s’escrimer dans toutes les positions, les deux hommes avaient fini par succomber. Ils s’étaient vidés, conformément aux classiques du cinéma de genre, dans une explosion de semence sur le visage d’une fille qu’il faut bien croire consentante puisqu’elle l’avait elle-même provoquée. Mais sollicités par des mains, des lèvres, des langues expertes Jésus puis Joseph n’avaient pas tardé à retrouver leur vigueur. Et la fête avait continué, les échanges constants, le plaisir commencé avec l’un ou l’une, poursuivi avec un ou une autre et culminant avec encore un ou une autre. Sauf que si les trois filles passaient bien indifféremment d’un homme à une autre fille, les deux hommes, pour leur part se contentaient d’échanger une fille contre une autre.

Cependant…, cependant le désir naissait d’essayer autre chose. Si Joseph, en particulier, avait pu manifester quelques préventions contre Jésus, lorsqu’il l’avait rencontré pour la première fois, ce n’était plus du tout le cas ce soir-là. Et plus la soirée se prolongeait, plus Joseph se sentait subjugué par la plastique – christique, on l’a dit – de Jésus. À un moment, sans bien se rendre compte de ce qu’il faisait, et alors que Jésus, à genoux, s’occupait à nouveau de Marie, à quatre pattes devant lui, Joseph, bandant comme un bouc, s’approcha de Jésus pour d’abord effleurer son dos, puis lui caresser les fesses, puis ses doigts cherchèrent comme malgré eux un passage dans le cul et enfin, l’ayant trouvé, il s’y enfonça sans coup férir. Jésus – on l’a dit aussi – avait tout expérimenté. Aussi reçut-il Joseph sans faire d’histoire. Au contraire, il y prit plaisir. Il lui plaisait d’être pris par derrière pendant qu’il prenait lui-même Marie ainsi. Et Joseph était ravi de faire coup double, baisant en même temps Jésus et, par son intermédiaire, Marie, sa Marie. Seule cette dernière, pauvre innocente, était tenue à l’écart de ces complications, croyant être prise tout simplement par Jésus comme il le faisait si souvent. Tandis que les deux jeunes Belges – qu’on ne saurait décidément plus jamais considérer comme des oies – regardaient, attendries, le spectacle fourni par Jésus-Marie-Joseph, ces trois que leurs prénoms prédestinaient à une entente parfaite.

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