Auteur: Emma Seul

D'origine iranienne, issue d'une famille chrétienne traditionnelle, Emma Seul débarque en France à l'âge de 16 ans. Après une adaptation difficile à ce nouveau monde, qui dura plusieurs années, elle part enseigner en Afrique, où elle se marie. Dans ces nouvelles, elle raconte ici certaines de ses aventures extra conjugales, en mettant l'accent sur l'ambiguïté avec laquelle elle les vivait, ainsi que sur les angoisses, les victoires et les désarrois qu'elles provoquèrent.

Monsieur Alexandre

On n’en finissait pas de prononcer son nom : Rassgeinstein… Alors on l’appelait Rass ou Alex, diminutif d’Alexandre, son prénom.

La quarantaine juvénile, il avait, sans être beau, un charme certain : le charme du séducteur méditerranéen. Il lui suffisait d’un regard et d’un sourire, insistant, presqu’avide, qui lui creusait les joues de fossettes gourmandes, pour interpeller les jeunes filles et affoler leurs imaginations langoureuses qui hésitaient entre le tendre du songe amoureux ou le pétillant de l’aventure coquine.

Son statut de directeur alimentait leurs rêves mais le plaçait, malgré son équivoque bonhomie, sur un piédestal inaccessible et leurs fantaisies cherchaient à se cristalliser plutôt sur quelque moniteur.

Pour elle, que ses premiers élèves avaient surnommée la bohémienne, c’était différent : elle avait décidé de faire deux mois de colonies de vacances afin d’échapper tout l’été à sa famille, mais aussi pour se venger des supplices, et délices pourtant, que certains lui avaient fait subir et en faire « baver » elle-même à quelque jeune « blanc-bec » qui se prendrait dans ses filets comme elle s’était laissée prendre par eux… et celui-là n’avait ni âge ni statut.

Elle n’était pas monitrice d’ailleurs, mais aide-cuisinière auprès de Paulette, une grosse vieille « rombière », ronchonne et acariâtre, qui la rabrouait de sa fausse hauteur potelée dès qu’elle pouvait. Entre sa maigreur éthérée, ses airs égarés et les rondeurs avachies mais ravies de sa maîtresse aux cheveux jaunis, la cuisine valait le détour. Évidemment, Paulette ne lui laissait que les tâches les plus ingrates, mais en jeune « apprentie » habituée à la soumission, la frêle Eva obtempérait sans mot dire et sans en être offensée, du moment que son corps n’était pas en jeu malgré elle. À « l’office », elle était tranquille.

Elle servait aussi les repas : le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner. Cela lui donnait l’occasion d’observer les moniteurs et monitrices qui l’ignoraient en revanche superbement. Préparer à manger, et « servir » ne méritaient que leur dédain. Même au « cinquième repas », ils semblaient ne pas la voir ou la regardaient comme une qui n’est pas de leur rang. Ils s’empiffraient, buvaient un peu, parfois beaucoup et rigolaient, complices alors d’Alex qui ne manquait aucune occasion de se détendre. Sa femme cependant ne lui en laissait pas tous les soirs le loisir. Aussi revêche qu’il était affable, elle lui interdisait assez souvent ces petits moments. Certains soirs quand même, elle participait à la fête, mais les prunelles enflammées de jalousie comme une tigresse prête à rugir.

Eva que les hommes avaient salie, trahie, n’éprouvait pour elle aucune compassion. Elle s’amusa même à l’idée de la tromper en séduisant son mari. Elle était là pour deux mois. Elle avait le temps, mais l’idée ne lui déplaisait pas. Pour l’instant, Alex ne lui manifestait aucun désir.

Paulette aussi cherchait à s’attirer les bonnes grâces d’Alexandre, qu’elle appelait parfois avec une déférence servile Monsieur Alexandre ou même, pour plaisanter disait-elle, Alexandre le grand. Mais c’était pour la bonne cause et à sa manière : les joues rubicondes, l’œil presque fripon, les mains vigoureusement plantées sur ses hanches généreuses et les seins lourds mollement offerts au ventre rebondi, elle l’apostrophait au hasard d’une de ses visites en cuisine à propos de la saveur de sa dernière soupe : « Hein, monsieur Alexandre qu’elle était riche en goût ma soupe aux choux. C’est pas Eva qui m’en a « touché » quelque mot. La pauvresse sait même pas ce que c’est que manger ! ». Adepte ou pas de sa soupe aux choux, le directeur savait ne pas la contrarier et s’amusait même à en exagérer les parfums délicieux. D’autres jours elle se plaignait de son adjointe, maladroite, « féniente », évaporée, à voix basse bien sûr comme pour n’être pas entendue d’elle, mais assez distinctement cependant pour que rien ne lui échappe. Elle sermonnait presque « son » directeur sur la qualité de son recrutement et avec sa permission l’assurait « que c’était pas Dieu possible » une incapable pareille. Eva ne disait mot. Un jour pourtant elle ne put s’empêcher de terminer la sourde litanie de ces bassesses par un Amen bien appuyé qui manqua suffoquer Paulette et étrangler, mais de rire, Monsieur Alexandre.

Finalement, cet incident força son attention et elle surprit de temps en temps son regard attardé sur sa silhouette aussi longiligne que celle de Paulette était replète.

Un soir, alors qu’elle s’attardait en cuisine pour finir de nettoyer, il entra, s’approcha d’elle et la dévisagea. Elle fut décontenancée, tant elle s’était avisée de prendre les devants. Sans la quitter des yeux, il mit une main sur son ventre qu’elle sentit aussitôt envahie d’une douce et irrésistible chaleur qui fit descendre en elle un émoi auquel elle sut à l’instant ne pouvoir échapper. Déjà sa culotte était mouillée et elle fermait les yeux, prête à s’abandonner. Ivre de cet accueil auquel il ne s’attendait pas, il avança ses mains, lui caressa le pubis et la sentant prête à couler lui enfonça deux doigts dans le vagin, en les faisant aller et venir doucement sous la chaleur des humeurs tendres que le désir faisait jaillir. Elle gémissait de plaisir, mais de l’attente aussi de réjouissances plus grandes dont elle savait que les mains sur son sexe ont le secret. Alors sans rouvrir ses yeux elle descendit sa main droite au fond de sa culotte en jouant sur les parties plissées et charnues à l’entrée de son antre, sans oublier de faire pression sur la main du directeur en elle afin que les sensations coïncident pour les hisser au paroxysme, puis en remontant par des caresses dont son plaisir rythmait l’allure, et pour l’instant elle était lente, vers le haut de son clitoris, elle se faisait pleuvoir d’averses chaudes et douces, aussi douces qu’inespérées. À chaque fois qu’elle frôlait ce petit bourgeon tout en s’attardant sur lui, il s’ouvrait chaudement mouillée sous la pluie de plaisir et naïvement elle se demandait où pouvait se loger tant d’eau, et jusqu’à quand ça coulerait. Elle essayait de temporiser pour retenir la vague qui finissait par la submerger et l’engloutir dans une joie débordante mais qu’elle aurait toujours voulu savourer encore un peu plus longtemps en la sentant venir, gronder… Malgré sa volonté de prolonger l’extase à venir, à chaque fois son corps s’abandonnait en un délire de délices convulsifs. Elle le sentait prête maintenant sous les allées et venues des doigts d’Alexandre, et sous les trop vives caresses de sa main, et malgré elle, deux orgasmes, en elle et hors d’elle fusèrent en cris étincelants et radieux. Elle s’affaissa presque sous la poussée de cette énergie qui venait d’éclater. Il la prit dans ses bras, l’embrassa dans le cou et l’emmena derrière l’office… dans une « garçonnière » bien dissimulée. Il l’étendit sur un lit et la prit sauvagement, par devant par derrière, jouissant comme un adolescent. Ils n’échangèrent pas un mot, mais des regards, des sourires, complices. Alexandre lui demanda de le retrouver tous les soirs à la cuisine, vers minuit. Elle acquiesça, mais eut la force, fidèle à ses promesses de ne pas se plier à cette exigence et dès le surlendemain, il la menaça.

Il se présenta en cuisine vers 11h, et en présence même d’Eva, interrogea Paulette sur cette « pauvresse ». Avait-elle quelque peu modifié sa conduite ? Pouvait-on véritablement parler d’une aide-cuisinière ? Était-elle seulement sympathique et serviable, obéissait-elle aux ordres ? Fière qu’on accordât de l’importance à son jugement, paulette répondit, ses mains boudinées et ses doigts aux ongles crasseux plaqués sur son tablier graisseux, qu’elle préférait de toute façon lui en demander le moins possible tant elle la savait incapable. Elle ajouta même à mi-voix mais en articulant suffisamment pour qu’Eva n’en perde pas une miette : « puisque vous me faîtes l’honneur de me demander mon avis, Monsieur Alexandre, je vous dirais que cette petite, ses cheveux bouclés-ébouriffés, ses yeux cernés de malade ou plutôt, si je peux me permettre, de traînée, oui, croyez moi de traînée, je n’ai aucune confiance. Elle va vous semer la zizanie dans votre colonie. J’ai l’expérience, vous savez ». Le directeur fit mine de se sentir troublé par ces paroles en précisant que cela rejoignait son inquiétude naissante sur le choix de cette recrue.

Le soir même, Eva était à la cuisine à minuit. Alexandre n’eut pas le temps de faire un geste qu’elle lui expliqua les règles du jeu, les règles de son jeu à elle : qu’il la couche dans sa garçonnière et qu’il caresse son corps, ses seins, sa fourrure et puis, dès qu’elle l’avertirait de son désir brûlant, qu’il la lèche tout en enfonçant un doigt dans son sexe, qu’il le sorte une fois qu’elle serait bien ouverte et visqueuse, qu’il écarte ses petites lèvres et qu’il la goûte d’une langue gourmande qu’il promènerait aussi sur sa fleur éclose comme un trop large nénuphar. Qu’il la fasse jaillir en flots tièdes et qu’il la boive et qu’à la fin il la laisse se caresser rapidement pour se donner la jouissance suprême que son corps attend car elle seule savait comment s’y prendre. Il la regarda interloquée au point qu’elle dût lui rappeler qu’il avait une épouse… Il s’exécuta et quand elle le quitta Eva irradiait du bonheur de son sexe si bien choyé. Elle lui souhaita bonne nuit non sans lui dire d’un air coquin : « à demain ».

Le lendemain était le 14 juillet. Le cinquième repas, fort amélioré, et le choix des boissons surtout égaya curieusement l’atmosphère. La fête avait lieu dans le champ derrière les dortoirs pour ne pas gêner le sommeil des enfants. Tout le personnel était là, les monitrices et moniteurs bien sûr, mais aussi Mme Alexandre comme l’appelait Paulette et Paulette elle-même. Celle-ci avait revêtu pour l’occasion une robe un peu osée comme elle fit remarquer à « madame », et en effet l’échancrure de la poitrine laissait entrevoir deux grosses boules flasques, mais « ce n’est pas vilain du tout », osa madame Alexandre pour la rassurer. La taille même de la robe aurait pu être allongée reconnut paulette, mais aujourd’hui, n’est-ce pas, on peut tout montrer. Et puis, « elle est moins indécente que la jupette d’Eva et ses baguettes de jambes dont personne ne voudrait » ! « N’est-ce pas madame le directeur » ! cette fois, celle-ci répondit à peine observant son mari légèrement gai, entouré de plusieurs monitrices qui jouaient à se fendre des rires les plus aigus pour attirer l’attention pendant qu’Eva elle-même les regardait songeuse, sourire aux lèvres, imaginant peut-être quelque partie fine quand tout le monde serait parti se coucher et afin de prendre sa revanche jusqu’au bout. Vers une heure trente du matin, le directeur sonna le rassemblement et demanda à chacun d’aller se coucher. Passant devant elle, il lui murmura de l’attendre dans une heure derrière les ormeaux. Le plaisir sous les étoiles l’attirait. Elle alla donc se coucher et à pas feutrés, se releva une heure plus tard. La nuit était claire et la haie d’ormeaux, délimitait le terrain de jeux, masquant un espace circulaire en forme d’alcôve qu’Eva découvrit en y arrivant. Surprise, elle aperçut d’abord Mylène, assise, la brune Mylène aux longs cheveux d’ébène, la plus jeune des monitrices, la plus jolie aussi, coincée entre les cuisses d’Alex. Il était derrière elle, lui caressant le ventre avant de la coucher sur lui en faisant descendre et pivoter sa tête à hauteur de son sexe en érection, pour qu’elle le goûte jusqu’à ce qu’il se répande et se rétracte dans sa gorge. Dès qu’il la vit, il fit signe à Eva de s’allonger à côté de Mylène et lui demanda de la masturber jusqu’à ce qu’elle hurle. C’était une première pour elle, et si elle la fit jouir bruyamment, ce fut sans parvenir à la faire mouiller, gicler comme elle le faisait pour elle-même. Mylène suffoquait, et d’avoir reçu du plaisir d’une autre femme et d’avoir avalé la semence de son directeur. Mais il ne lui laissa pas le temps de se remettre. À nouveau pris de désir il la pénétra sauvagement et en un râle sourd s’affala sur elle. Eva lui caressa alors les fesses, chatouilla par derrière ses bourses jusqu’à ce qu’elle sente son sexe durcir. Alors, il se retourna et la prit en caressant son clitoris qui émergeait de plus en plus en plus sous le plaisir et tous les deux jouirent comme des enfants ravis sous le regard légèrement défait de Mylène.

Ils se rhabillèrent, pris de fou rire et rassasiés. Chacun regagna son bâtiment. Arrivée en bas de l’escalier, Eva crut apercevoir une ombre… qu’elle reconnut tout de suite. Apeurée, elle pressa le pas jusqu’à son lit. Quelques minutes après, elle se sentit rouée de coups de savate et s’entendit traiter de putain de traînée, de poufiasse !

Aujourd’hui, elle s’étonne d’avoir pu braver une épouse, mais c’était comme si tout cela avait lieu malgré elle, sans elle…

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