Auteur: Denis-Clair Lambert

Denis-Clair Lambert est économiste, Université Lyon III. Il a publié deux ouvrages sur la santé dans le monde : « Les systèmes de Santé (pays industrialisés)» Seuil 2000 et « La santé clé du développement économique (Europe orientale et tiers-mondes) », L’Harmattan 2001.

Contes du millénaire : Les Aventuriers oubliés (Chapitre 8)

1710

 

LES LUNETTES DE BENJAMIN FRANKLIN

Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs de l’indépendance américaine, reste un des hommes les plus respectés des Etats-Unis. Son visage orne le billet de cent dollars ; celui de Washington ne vaut qu’un dollar ! Il fut un homme politique très important ; mais il fût également un grand savant.

Quel savant ! Cet inventeur fécond mit au point des dizaines d’innovations qui ont transformé la vie quotidienne des Américains et des Européens. La fécondité, la diversité et l’originalité de ses inventions et idées pratiques mérite d’être comparée à celle de Léonard de Vinci. L’histoire que nous allons vous conter est celle de l’invention des « lunettes», celles précisément que porte Franklin dans les tableaux où les peintres de l’époque l’ont représenté.

Auparavant, nous devons évoquer la vie de Joseph de Kadau, descendant d’une famille d’horlogers de Bohème, qui était lui-même un savant et un expert en optique et en astronomie. Il émigra en Virginie, puis en Pennsylvanie et devint un collaborateur de Franklin.

 

La famille de Kadau et la vie intellectuelle de Prague

 

1710 était une année de grands changements : le siècle du Roi Soleil et de Versailles s’achevait ; le siècle des Lumières et des sciences émergeait. Dans toute l’Europe, les Cités-Etat s’éveillaient, les despotes éclairés et même les monarchies les moins éclairées instillaient une tolérance que l’ordre féodal et l’intégrisme religieux avaient étouffée. Telle était la situation du royaume d’Autriche-Hongrie et de ses possessions en Bohème et Moravie, désormais intégrées à l’empire des Habsbourg. Vienne et Prague en étaient les phares.

1710 fût également l’un des hivers les plus rudes que l’Europe ait connu. La Moldau (Vistava) était gelée en ce mois de février. Au pied du Pont Charles et de ses magnifiques statues, les pragois patinaient. Dans la vieille ville (Stare Mesto), derrière la cathédrale, la maison des Kadau, surplombait un atelier d’horlogerie. La femme de Gustav de Kadau mettait au monde son neuvième enfant, un garçon ; ils le prénommèrent Joseph. Qui étaient ces Kadau ?

 

Une horloge jamais égalée

 

Nicolas de Kadau avait été le constructeur de l’horloge astronomique (1410), cette tour à horloge que les passants contemplaient depuis trois siècles. Elle avait été la première, bien avant Venise. A présent, la plupart des villes importantes possédaient leur horloge astronomique, mais elle était souvent enfoncée dans un réduit obscur des cathédrales gothiques, par exemple à Lyon (1383) ou Strasbourg (1354). Les horloges de la Renaissance avaient popularisé l’astrologie. Les passants observaient avec attention la position des astres pour estimer leur horoscope. Cependant le plus important était d’indiquer à chacun s’il était en retard ou en avance !

Pourquoi une telle antériorité ? L’ancêtre Nicolas de Kadau avait, bien sûr, lu le traité des horloges de Iacopo Dondi ; il avait pu contempler sa tour construite à Ferrare, avant sa destruction. Nicolas avait un génie d’architecte, de mécanicien et d’esthète.

Quand les cloches sonnaient l’heure, surtout à midi, les automates, douze apôtres défilant sur un mince plateau, surgissaient de nulle part par des portières masquées, offrant à la vue des statues baroques animées aux couleurs harmonieuses. Enfin il lui avait fallu des années pour assembler les rouages installés dans le clocher. Pour le récompenser, le roi de Bohème et la municipalité lui avaient accordé une pension, pour l’entretien de cette merveille. Malheureusement au bout de quelques années, il mourut. Aucun de ses fils n’avait l’âge et la formation pour lui succéder. La population et les commerçants de la ville avaient versé de lourds impôts, pour financer l’horloge ; ils n’oubliaient pas son véritable constructeur et continuèrent à verser une petite pension à la famille de Kadau. Les années passèrent, et même les siècles. De père en fils, les descendants Kadau assurèrent l’entretien de l’horloge astronomique et restèrent horlogers, notamment le père de Joseph.

 

La passion du jeune Joseph pour les mathématiques et l’optique

 

Les enfants de la famille Kadau allaient à l’école, même les sœurs de Joseph et surtout son frère aîné, celui qui devait succéder à son père. Les frais de scolarité étaient payés par la ville. Les écoles catholiques étaient d’autant plus nombreuses que l’Autriche cherchait à endiguer la progression de la réforme et la concurrence des écoles luthériennes et calvinistes.

Les Jésuites étaient mal vus du pouvoir autrichien ; c’est pourquoi Joseph, après l’école paroissiale, fut envoyé au Collège des Bénédictins. Très tôt, Joseph manifesta son aptitude pour les mathématiques, ce qui lui permit de sauter quelques classes et d’arriver dans les classes supérieures à l’âge de la puberté.

Pendant sa petite enfance, il se rendit le plus souvent possible à l’atelier de son père, où son frère travaillait déjà. L’une des tâches les plus envahissantes était la réparation d’une roue principale de l‘horloge astronomique. Elle avait six pieds de diamètre, de nombreuses dents du rouage étaient usées après tant d’années de bon service. L’horloge prenait une minute de retard par semaine et ce ralentissement s’accentuait. Son père avait décidé de remplacer ce rouage et d’un forger un autre : un travail métallurgique très ardu, les engrenages étaient ajustés au millimètre. Bien sûr les rouages de diamètre inférieur avaient également des symptômes d’usure ; il fallait aussi les remplacer. Un beau jour, l’opération de remplacement fut décidée et l’horloge fut arrêtée pendant quinze jours. On dit alors que les fonctionnaires arrivaient à leur travail avec des retards considérables ; ils n’avaient plus l’heure ! La grande route dentée fut descendue avec un palan, puis remplacée par la nouvelle roue. Ce qui prenait du temps était le démontage et le remontage des engrenages et des balanciers, le public n’en voyait rien.

Les trésors du couvent Strahov

 

A cette époque plusieurs familles aristocratiques avaient institué des concours et des bourses pour sélectionner les élèves les plus brillants. En particulier le Prince Stanislav Leszczynski, originaire de Bohème, devenu Roi de Pologne, avait affecté une forte somme pour une fondation d’éducation, qui privilégiait les arts et la philosophie. Ce n’était pas les disciplines privilégiées par le collège bénédictin. Le père de Joseph estima qu’il valait mieux préparer son fils à un deuxième concours celui qui avait été créé par Adam de Schwartzemberg, autre prince, d’origine autrichienne. C’est au Palais Swartzemberg, sur les hauteurs de Mala Strana, que dans une grande salle une centaine de gamins de Prague et des garçons venus des bourgs de Bohème, de Moravie, et même de Hongrie, attendaient les sujets de concours. Le prince vint lui-même et lut le sujet : un problème de trigonométrie très complexe. Logiquement le niveau de connaissances requis correspondait à des enfants de 15 à 16 ans et non à des élèves de 10 à 12 ans ! Joseph avait un bagage mathématique suffisant ; il trouva la solution en moins d’une heure et fut le premier à remettre son devoir. La sélection fut rude ; mais il fit partie du petit nombre d’élus.

En 1722 l’écolier prit le chemin du Palais, d’abord demi-pensionnaire pendant deux ans, puis pensionnaire au couvent de Strahov, pour une durée de six ans. Chaque matin il prenait le Pont Charles et entamait l’ascension de la colline et du château Hradčany. Ensuite il cherchait la voie la plus courte pour arriver au couvent Strahov !

Au couvent, les enseignements étaient assurés en langue allemande, cependant de nombreux savants attirés par le prince à Prague enseignaient dans leur propre langue, en polonais, en hongrois, en anglais ou en français. Pour les sciences dures, en particulier les mathématiques ce n’était pas gênant ; ce qui comptait étaient les démonstrations, les figures et les équations. Heureusement les élèves pouvaient suivre des cours de langue. Joseph se rendait compte que le tchèque était une langue très minoritaire dans l’univers des sciences. Il s’initia aux langues de l’antiquité et aux langues de l’Europe et devint rapidement polyglotte. Sa chance fut le patronage de Stephen Ipswich de l’université de Glasgow, son professeur de mathématiques. Il prit également conscience de l’éclat de la ville de Prague un siècle auparavant, quand sa ville natale était devenue le centre européen de l’astronomie. Ce qui était impossible à Vienne, inféodée aux Habsbourg d’Espagne et aux foudres du Vatican, était facile dans cette capitale de tolérance qu’était la Bohème du roi Rodolphe II. Les pionniers étaient tous passé par Prague : Kepler, Ticho Brahé, Galilée et Nicolas Copernic !

Tous leurs ouvrages étaient disponibles à la bibliothèque du couvent Strahov. A 15 ans Joseph fut jugé assez qualifié pour occuper la charge de gardien de la bibliothèque. Sa grand-mère lui avait dit : « comme tu occupes ce poste, je te conseille de découvrir le cabinet de curiosité du roi Rodolphe ». Il le découvrit sans tarder. D’abord le laboratoire créé pour Copernic : ses astrolabes, sextants, lunettes astronomiques, sa collection de lentilles optiques et ses cartes et planisphères. Enfin mille petits objets scientifiques ramené par le roi, d’Orient, de Perse et même de Chine, achetés aux caravanes de la route de la soie. Un autre professeur venu de l’université de Leipzig enseignait l’astronomie ; il avait une grande connaissance des lois de l’optique. Cette matière devint celle qui attirait le plus Joseph de Kadau.

 

Une première ébauche de lunette

 

Joseph ne négligeait pas pour autant sa famille et continuait d’assister son père dans l’atelier d’horlogerie. Un jour il remarqua que son père y voyait beaucoup moins bien ; il utilisait une loupe fabriquée avec un verre d’horlogerie, mais la capacité de grossissement était très limitée, ce qui rendait difficile l’ajustement des petits rouages. Depuis plus de 100 ans, les princes et même les papes avaient fait exécuter leurs portraits par des peintres célèbres. Ces tableaux laissaient deviner des lorgnons, besicles et loupes posées sur leur séant, par exemple un tableau célèbre de Van Eyck (1436) en Hollande. Or le Prince de Schawtzemberg, toujours très élégant, portait coincé dans son orbite, un verre cerclé d’or et relié à son pourpoint par une fine cordelette. Cette assistance optique sera plus tard nommée monocle ! Joseph lui demanda de l’examiner et constata un simple grossissement de deux fois. On pouvait améliorer ce résultat.

Dans les faubourgs de Prague, de nombreux ateliers fabriquaient des verres et des vases en cristal de Bohème, soigneusement taillés et colorés en rouge. Sur les conseils de son père, il alla voir celui qui semblait le plus qualifié. Le maître de fonderie lui dit que jamais on ne cherchait une capacité de grossissement dans un verre ou une coupe de cristal de Bohème, seule comptait la transparence. Joseph lui fit savoir qu’il voulait combiner les deux qualités : le cristal le plus blanc, le plus mince et le plus transparent. Puis au laboratoire de Strahov auprès de Friedrich Armstad, l’astronome de Leipzig, il mit finalement au point un monocle et une loupe à grossissement de trois fois : un jeu pour le prince et un autre pour son père. Son père fut émerveillé, il retrouvait l’acuité visuelle de ses vingt ans ! A une autre époque, Joseph aurait pris un brevet d’inventeur !

 

L’initiation maçonnique

 

Les Kadau étaient catholiques comme la majorité de la population, mais ils se gardaient de prendre part aux controverses religieuses, se souvenant des années de plomb des guerres de religion. Ils étaient tolérants, mais n’avaient que peu d’amis luthériens ou juifs. Une fois l’école de Strahov terminée, Joseph avait choisi le département de mathématiques et d’astronomie de l’Université Charles de Prague. Il avait conservé ses amitiés à Strahov et continuait de garder à mi-temps la bibliothèque. Alors que Joseph avait 20 ans, Friedrich Darmstad l’approcha un jour et lui demanda, « Connais-tu le Professeur Vrombrowski à l’Université ? Veux-tu assister à une réunion de notre cercle d’amitié au 8 Uliça Portycz à Stare Mesto ce samedi ? Oui ! »

Ils étaient 10 dans la petite pièce de l’appartement, vêtus de curieuses chasubles et de tabliers. Au mur devant l’estrade des signes cabalistiques, un soleil, une lune, une équerre et un compas. Le Président de l’Assemblée, le Comte Sporek avait fondé la Loge de la Fraternité en 1726 ; elle ne comportait que 10 membres et souhaitait attirer des « frères » scientifiques. Le professeur le présenta à chaque participant : il reconnut le maître verrier, un oncle Kadau capitaine de l’armée, le professeur polonais de l’université, le Recteur du collège luthérien, le Préfet du conseil épiscopal et l’architecte responsable des crues de la Moldau. Darmstad fit l’éloge de son protégé, le qualifiant de petit génie mathématique, et lui proposa de rentrer dans ce petit cercle d’initiés. « Nous sommes une loge maçonnique, tu ne pourras être initié que si tu en acceptes les statuts, les devoirs et le secret ». Il répondit affirmativement et se retira, attendant le vote, qui fut unanimement favorable. Initiation pour le mois suivant. Joseph fut aussitôt chargé d’étudier de commenter à ses confrères la « Constitution de Clarendon », cette charte des devoirs du maçon, par laquelle les calvinistes anglais tentaient d’unifier la maçonnerie dans le monde. Joseph découvrit avec surprise que dans le nouveau monde un imprimeur et savant américain, Benjamin Franklin, avait pris une grande part dans la publication de ce document. Il le retrouvera plus tard.

 

Trois ans de pérégrinations en Europe pour achever sa thèse.

 

Le doctorat d’optique et de géométrie comportait trois années d’études théoriques et trois années de thèse. Joseph demanda à son directeur de thèse Friedrich Darmstad l’autorisation de le préparer, en travaillant dans les bibliothèques européennes. Il partit de Prague en 1735 et revint avec un peu de retard en 1740 à 30 ans. Etait-ce la difficulté du sujet : « mesures de la concavité et de la convexité », ou un peu l’esprit d’aventure ? Les deux étaient vraisemblables : Prague n’était plus le seul foyer de l’Europe des Lumières ! En tout cas il prépara soigneusement son grand voyage : il écrivit des centaines de lettres et fixant des rendez-vous échelonnés. Ses correspondants lui avaient été indiqués par ses professeurs et par ses lectures. Il signait Joseph de Kadau … les trois points étant les signes de reconnaissance des frères maçons, tenus à une grande solidarité clandestine. Et tous avaient répondu favorablement. Ce grand tour de l’Europe supposait des moyens financiers importants ; seuls les nobles fortunés le faisaient ; mais l’accueil maçonnique comportait le gite et le couvert ; restaient les frais de transport. Son salaire de bibliothécaire lui avait laissé des économies suffisantes.

Il partit d’abord pour un circuit italien. Deuxième étape, il rentra à Prague et partit à Leipzig. Joseph ne pouvait pas voir toutes les Cités-Etats : l’Allemagne était divisée en 750 principautés : duchés, villes libres, marquisats … La dernière étape serait à Paris et Londres ; il soutiendrait sa thèse à Prague.

Sa thèse achevée, il pourrait alors satisfaire son esprit d’aventure

 

Le circuit italien de Venise à Naples

 

Un pèlerinage familial à Venise s’imposait. Un long voyage en calèche pendant l’été, quand le col du Brenner était accessible. Une semaine de voyage l’avait conduit à Vérone, puis à l’entrée de la Sérénissime. Son père lui avait donné une recommandation pour l’horloger de la place Saint Marc. Recevoir un descendant des De Kadau méritait un séjour de fête, d’autant plus que le Doge préparait la bénédiction de la mer pour l’Ascension ! Incontestablement l’horloge était aussi belle que celle de Prague ; plus récente, elle incluait des balanciers à échappement et des rouages plus modernes qu’à Prague. Le recul sur la place Saint Marc permettait de mieux la contempler ; les sonneries étaient mieux synchronisées avec les automates.

A Venise, les couleurs de la pierre, les dentelles des constructions byzantines et la lumière inspiraient la joie et la gaité : tout ceci appelait la fête. Au sommet de sa gloire, la cité des doges avait organisé des festivités exceptionnelles : des milliers d’embarcations suivaient le bucentaure ; les prélats et les dignitaires de la cour rivalisaient par la richesse de leurs costumes. Sur le môle, un jeune peintre hollandais reproduisait avec une incroyable précision les moindres détails du palais des Doges et de l’horloge. Joseph lui demanda comment il faisait : c’était l’un des premiers « vedutistes » ; il s’aidait d’une chambre noire et d’un pantographe, une application optique qu’il n’avait pas imaginée.

A regrets, Joseph quitta Venise pour traverser la Toscane en direction de Rome. Il se rendit d’abord à Castelgandolfo pour visiter l’observatoire astronomique du Vatican, le premier construit en Occident, dès 1580, pour mettre en place la réforme du calendrier grégorien. La puissance du télescope était pour l’époque considérable, elle avait permis de cartographier le ciel et ses planètes. A la bibliothèque vaticane, un Comte Italien lui ouvrit les documents les plus secrets sur les procès de Galilée. Ce qui intéressait le plus notre savant tchèque était les traités d’optique d’un savant italien du siècle précédent. Un grand chapitre était consacré à la fabrication des lentilles de télescopes et à leur courbure. Joseph prit de nombreuses notes.

Il y avait une troisième étape, cette fois avec un franc-maçon français de la cour du roi Charles III de Bourbon. Le rendez vous était à Naples au Palais de Capodimonte ; le souverain réunissait tout ce que l’Europe comptait de philosophes, de musiciens, de peintres et de savants. Joseph de Kadau ne répugnait pas à se divertir dans cette atmosphère de libertinage ; il y connut ses premières aventures féminines. Cependant il était venu pour se faire des relations et surtout pour travailler. En effet le Roi Charles était un collectionneur au moins aussi avisé que jadis le Roi Rodolphe, il avait rassemblé de nombreux manuscrits grecs et arabes introuvables ailleurs. La moisson terminée, Joseph rentra à Prague, informa son professeur de ses découvertes et l’informa qu’en Italie il avait contacté peu de loges, sauf à Rome et Naples. Il lui fut répondu de ne pas s’en inquiéter, car il en trouverait des dizaines en Allemagne et en France.

 

Le circuit nordique et le prestige des sciences

 

Les Italiens ont un incontestable génie des arts et les Allemands ont le génie des sciences pensa aussitôt Joseph de Kadau, en arrivant à la bibliothèque Jagellon de Varsovie. Pauvre Pologne toujours envahie par les royaumes voisins ; les Autrichiens, Prussiens, Suédois ou Russes, même les Français, rêvaient d’en prendre un morceau. Il n’était pas surprenant qu’elle fut traversée par des courants révolutionnaires, un bon terrain pour l’implantation des francs-maçons. Depuis la destitution du Roi Stanislas Lesczinzki, le régime était redevenu despotique, les opposants se cachaient.

En route pour Leipzig, le voyageur s’attendait à trouver dans cette université, qui avait fourni jadis les plus grands astronomes, une véritable académie, un « club » des plus grands mathématiciens d’Europe. Ils étaient presque tous maçons, presque tous de religion réformée, mais beaucoup étaient athées. Une grande différence avec Prague est que la plupart d’entre eux appartenaient à de très vieilles familles nobles ; il était le seul fils d’artisan. Sur le plan politique, ils étaient franchement conservateurs, rarement libéraux. Sur le plan intellectuel, on remarquait la logique du raisonnement, la quête des relations de causalité et la rapidité de calcul. Bref, cette intelligence théorique des hautes mathématiques était très éloignée de la démonstration expérimentale. Ces échanges furent cependant très utiles pour construire le substrat théorique de ses recherches. Après ce séjour, Joseph de Kadau adopta le coche d’eau ; il redescendit le cours de l’Elbe jusqu’à Hambourg, où il fit la connaissance des armateurs et des brasseurs et fit un arrêt à l’Université de Nuremberg.

 

Les Lumières de Paris et Londres

 

A l’arrivée à Paris, il découvrit que le roi Louis XV avait épousé la fille du roi détrôné de Pologne, devenu Duc de Lorraine. On parlait d’un roi « Bien-aimé » et d’une reine, Marie Leczinska, très appréciée. Sa qualité de scientifique fut recherchée par la cour et par les aristocrates. En France aussi les sciences avaient du prestige, beaucoup de ces scientifiques vivaient à Paris. A la « Loge des Neuf Sœurs », il fut initié comme membre correspondant pour la dixième fois depuis qu’il avait quitté Prague. Au café Procope, il dégusta sa première tasse de café. Au théâtre de Versailles, il assista à une représentation d’un opéra de Rameau. A la Sorbonne, il fit une conférence sur Kepler.

La dernière étape du périple était l’Angleterre. A Rouen, Joseph prit un trois mâts qui faisait escale à Londres. Il rencontra à la Chambre des Lords, Lord Montaigu, le grand Maître de la Loge de Londres. Il l’introduisit à la Société Royale des Sciences, ce qui le mettrait en relation avec les meilleurs spécialistes de la physique et de l’optique. Joseph pensait que ce pays était aussi centralisé que la France et que toute la vie intellectuelle était à Londres. Le Duc de Montaigu lui fit observer son erreur : « Croyez-vous qu’Oxford et Cambridge soient moins importants que l’université de Londres, et oubliez vous Edimbourg ? Bien plus, je vais vous surprendre ; le lieu le plus passionnant est Birmingham, la ville la plus laide que l’on puisse imaginer. C’est à la loge « Old Pheasant » que vous devez vous rendre ; demandez à voir Boulton et Darwin » !

La diligence de Manchester conduisit rapidement Joseph vers la côte occidentale ; à Birmingham, il trouva rapidement le café où se réunissaient des industriels et des hommes de sciences. C’était informel : des savants, des artisans surtout des chefs d’entreprise. Wedgwood était le quatrième du nom, il dirigeait une grande usine de porcelaine, Boulton avait des ateliers de mécanique et rêvait de fabriquer une machine à vapeur (son fils Matthews y parviendra en s’associant avec James Watt), Darwin était un savant distrait passionné de géographie (son fils fera le tour du monde), d’autres étaient des scientifiques purs. Ils avaient tous de nombreux enfants. Leurs fils joueront un rôle majeur dans la révolution industrielle anglaise. Ils se sont mariés entre eux et finiront par créer une association qu’ils baptisèrent « Lunar Society ». Ce sont ces « Lunatics » que Franklin rencontrera plus tard à la veille de la révolution française.

L’époque du « grand tour » s’achève en janvier 1740 ; Joseph de Kadau rentre à Prague et y passe sa thèse à 30 ans. Il ne fera pas carrière à Prague ; il n’ira pas à Saint Petersbourg et ne restera pas en Bohème ; … Il partira vers le nouveau monde. Ses maîtres et ses amis lui avaient tant vanté la liberté de l’Amérique !

 

Un expatrié en Amérique

 

Pour se rendre dans les colonies anglaises d’Amérique, la plupart des immigrants de l’Europe germanique et slave partaient du port de Hambourg. Sur la péniche portée vers la mer par la Moldau et l’Elbe, Joseph avait fait la connaissance de colons allemands ; leurs groupes étaient formés de familles entières. Le gros bateau à quatre mâts faisait la liaison entre Hambourg et New York et continuait vers les ports de Virginie. Joseph avait choisi la destination la plus méridionale. Il s’installerait à Charleston ou Savannah ; mais il ne se voyait pas fermier.

 

Le charme de la société sudiste et les « salons » des plantations

 

Depuis qu’il avait rencontré Jean Jacques Rousseau à Paris, notre astronome rêvait à une société idyllique de nature généreuse, peuplée de « bons sauvages » épargnés par la décadence des sociétés européennes. Les « créoles », ces Anglais protestants de deuxième génération étaient nés sur le sol américain ; ils y avaient créé leurs plantations. Ils n’avaient pas comme leurs parents la nostalgie de Londres. L’Amérique était devenue leur patrie. Ils ne voyaient pas la situation de la même façon que les intellectuels des salons parisiens. La nature était tout sauf accueillante ; chaque année les cyclones s’abattaient sur la Virginie pour détruire leurs récoltes, en particulier le tabac ; puis venaient les inondations et les raz-de-marée. Quant aux Indiens, ceux-ci étaient féroces. Ils arrivaient à la nuit tombée avec leurs tomawaks ; puis tuaient les hommes, les femmes et les enfants ; ils enlevaient les jeunes filles que l’on ne revoyait plus jamais. Certes ceci était un peu de l’histoire ancienne ; la lutte contre les tribus indiennes se déroulait désormais sur la frontière de l’Ouest.

Le problème du Sud était celui des esclaves, ces noirs africains, arrivant à fond de cale à Savannah, puis vendus aux enchères. Sans eux, il n’y aurait pas de plantations. Ils n’étaient pas méchants comme les Indiens : une bonne nature, mais « paresseux et pas très intelligents ! ». L’esclavage avait depuis longtemps disparu en Bohème ; Joseph imaginait l’esclave en serviteur bien traité. A la sortie des navires négriers, et sur la grande place de Charleston, lors des ventes aux enchères, il constata vite que c’était bien pire qu’à Rome. Les esclaves survivants du transport étaient dans un état physique, qui lui rappelait la description des famines du moyen âge !

Au port de Charleston, il y avait une loge maçonnique dirigée par un aristocrate écossais : elle dépendait directement de Londres. L’imprimeur Benjamin Franklin faisait partie de la loge ; c’était un membre actif, mais il était le plus souvent à Philadelphie. Le Comte Mathews était lui-même féru de cosmographie ; il avait un cabinet de curiosité bourré de lunettes astronomiques. Mathews lui dit que ses amis lui trouveraient la meilleure boutique et le meilleur emplacement : bien à l’aplomb du débarcadère. Le Dimanche, à la sortie du temple la bonne société faisait le tour de place principale sous les chênes moussus, pour se diriger vers le remblai. Toutes les boutiques de qualité y étaient installées, et des centaines d’arrivants se précipitaient chaque jour pour acheter. Nouveau venu, Joseph de Kadau fut rapidement invité dans les réceptions offertes par les maîtres de plantation et par leurs femmes. Comme ils avaient beaucoup d’enfants, il fallait songer à marier leurs filles. L’essentiel était d’être un bon danseur. Joseph, assimilé à un Autrichien de Vienne, devait connaître les nouvelles danses des châteaux de Vienne. C’était le cas : il était le premier à remplir les carnets de bal des jeunes filles cadettes, blondes et belles à ravir. Vers minuit les demoiselles se retiraient et les hommes passaient au fumoir, pour y déguster leur bourbon ou leur cognac. La politique était le grand sujet : quel avenir pour les colonies ; devraient elles former une confédération et s’unir ; faudrait-il s’émanciper un jour de la métropole; et surtout les nordistes accepteraient-ils leur société esclavagiste ? Enfin, comme à Paris, des femmes de grande qualité, tenaient dans leurs plantations des salons littéraires et même des réunions scientifiques. C’est à Savannah que se fit la rencontre avec Benjamin Franklin un beau jour de 1740.

 

L’association de Joseph de Kadau et de Benjamin Franklin

 

Le commerce de Joseph fut rapidement florissant. Il vendait aux maîtresses de plantation des horloges à balancier, habillées dans de splendides coffrets de palissandre rouge. Elles sonnaient les heures, ce qui occupait les insomniaques pendant les nuits torrides de juillet. Certaines commandes prévoyaient des oiseaux chanteurs, non le coucou habituel de l’Europe, mais le martin-pêcheur ou le colibri. Il commença à construire des automates comme il en avait vu à Paris : un petit Mozart jouant du violon, des singes savants, de petits orchestres. La demande qui fut la plus régulière était celle des sextants et longues vues. Il était parvenu à en accroître le grossissement à cinq fois, de telle sorte que la « Navy » britannique en commandait pour tous les navires de guerre. Enfin venaient les loupes et besicles ; malheureusement la population âgée n’était pas assez nombreuse et les fermiers n’étaient pas très portés sur la lecture !

A la plantation des cinq rivières, Michaela Authorn, était la femme d’un gros planteur et tenait un salon scientifique. Elle avait invité Joseph de Kadau à parler de l’astronomie de Prague et Benjamin Franklin devait présenter aux planteurs une nouvelle baignoire de son invention. Franklin avait son âge, il était un inventeur soucieux des applications pratiques. Sa baignoire en étain, que l’on dénommera familièrement un « tub », était raccourcie de moitié ; on s’y baignait comme dans un tonneau pour un bain de siège, elle ne coûtait pas cher. A la suite de la conférence, ils firent connaissance en échangeant leur identité maçonnique et se retrouvèrent le lendemain à la plantation « Arcadia », à 20 milles de Charleston. Car Franklin possédait une plantation de coton et espérait mettre au point une machine pour récolter le coton. Il s’était décidé à émanciper ses esclaves et adhérait aux cercles abolitionnistes de Londres. Ses ressources provenaient de son imprimerie. C’est là qu’il avait publié la « constitution de Clarendon », des libelles politiques et des articles de physique naturelle. Son journal se vendait comme des petits pains. Il entreprenait la traduction des « Principes de physique naturelle » d’Isaac Newton, un ouvrage que Joseph avait à peine parcouru. Franklin lui dit : « Je vais m’installer à Philadelphie et y transférer mon imprimerie : veux-tu, frère de Kadau, m’accompagner et collaborer avec moi, en te consacrant désormais aux inventions pratiques ? ». Joseph n’hésita que peu de temps ; il lui faudrait revendre sa boutique, Franklin lui trouverait un logement et des locaux à Philadelphie.

Comment De Kadau devint l’opticien-lunettier de Philadelphie.

 

Pendant 20 ans le savant pragois se consacra entièrement aux automates et à la confection de lentille et lunettes. Il découvrait les applications pratiques de sa thèse : comment combiner la concavité et la convexité des verres optiques ?

Il ne faut pas oublier cependant que dans la genèse des inventions, il y a toujours des collaborateurs, des prédécesseurs et des suiveurs. Aux débuts de la révolution industrielle, il fut nécessaire d’attendre une ou deux générations avant qu’une invention nouvelle (machine à vapeur, trains, électricité), toujours perfectionnée, puisse se généraliser. La plupart des applications pratiques des nouveautés de Franklin se sont généralisées du jour où de petits perfectionnements les ont rendues plus commodes. Par exemple, entre l’horloge de salon ou celle de l’église et la montre de gousset, l’oignon de gilet des notaires, ou la montre-bracelet du chef de gare, plusieurs générations se sont succédé.

Philadelphie était une grosse ville industrielle comme Birmingham ; la sidérurgie et l’industrie mécanique crachaient le brouillard noir des cheminées ; on voyait à peine le ciel. La population ouvrière était en très mauvaise santé, d’autant plus que l’hiver était long et rude. Dans les taudis que Franklin lui fit visiter, les femmes et les enfants toussaient à fendre l’âme. Or Franklin était humaniste, avide de réforme sociale : il voulait des hôpitaux et des écoles pour ces pauvres gens. C’est alors qu’il eut une idée simple : la mortalité élevée des femmes et des enfants et celle des ouvriers provenait de maladies pulmonaires, du froid et de l’humidité. Il inventa un poêle à charbon, dont l’usage se répandit rapidement, ce qui contribua à réduire la mortalité de la ville.

 

Franklin avait-il dompté l’électricité ?

 

Benjamin Franklin n’était pas un savant découvreur de lois scientifiques, mais un expérimentateur de génie. Ce « touche-à-tout » a deviné quantité d’innovations qui devaient enrichir notre savoir et améliorer notre existence quotidienne. Par exemple, en rentrant d’Europe et observant la mer du bateau, il démontra l’existence d’un courant chaud, le « Gulf Stream ».

Beaucoup pensèrent à cette époque et même plus tard que Franklin avait inventé l’électricité, ce qui est exagéré, car il faut attendre un siècle avant que la bougie puis le gaz d’éclairage soient abandonnés pour l’ampoule électrique. Cependant toute la communauté scientifique dissertait sur ce fluide étrange. Pendant plus de dix ans, notre savant américain a multiplié les articles et les conférences sur ce sujet. Enfin un jour en 1752, il se décida à une étrange expérience : la démonstration, par un cerf-volant, de l’électricité transmise par la foudre. Les témoins ont attesté que Benjamin Franklin avait relié le cerf-volant à un fil de fer ; il reçut la foudre et la décharge électrique fut terrible. Il suffisait donc de relier les cheminées des maisons à des mats métalliques et des câbles s’enfonçant dans la terre, pour canaliser la foudre et l’électricité. C’était le paratonnerre ! Cette invention rendit célèbre du jour au lendemain Franklin, qui alla à Londres et Paris pour s’expliquer devant les Académies des Sciences !

Benjamin Franklin avait créé à Philadelphie la première loge maçonnique dès 1731, son ami y fut aussitôt élu membre correspondant. Ayant visité toutes les loges de Nouvelle Angleterre, Franklin se consacra à les fédérer et devint « Grand Maître » de la maçonnerie américaine. Son activité débordante et surtout son engagement politique aux côtés des abolitionnistes et des indépendantistes occupaient progressivement tout son temps. Cette activité militante surprenait l’expatrié ; Franklin négligeait son rôle d’inventeur ! De Kadau, de son côté, s’était constitué une clientèle comme à Savannah ; il continuait à fabriquer des horloges, des instruments d’optique et des automates. Bientôt il deviendrait opticien à plein temps.

 

L’histoire des lunettes de Benjamin Franklin

 

Comme son père, le nouvel ami de Joseph montra des troubles de la vue une fois qu’il eut passé la quarantaine et il eut lui-même recours à des loupes plus fortes pour assembler ses rouages. Pour faire un discours, Franklin usait de deux besicles, l’un pour voir de près son texte et l’autre pour voir de loin ses interlocuteurs. Les peintres l’ont ainsi représente entre 40 et soixante ans.

Un beau jour au printemps de 1765 les deux amis étaient réunis dans l’atelier de lunetterie, quand Franklin eut l’idée de scier à l’horizontale les verres pour voir de près et de loin, et de les ajuster. Il venait d’inventer des lunettes bifocales à double foyer. Or ni l’un ni l’autre ne prirent de brevet pour leurs inventions ! De Kadau de son côté expérimenta une autre solution : coller deux lentilles très fines, l’une avec une légère convexité et l’autre avec une légère concavité, donc avec les deux distances focales. Cet ancêtre de la lunette à visée progressive ne vit pas le jour avant une longue période, car les corrections n’étaient pas suffisantes et l’épaisseur restait trop grande.

A cette époque Franklin portait déjà de véritables lunettes comme le montre son portrait par Charles Peale. C’est là qu’intervint le perfectionnement de Joseph de Kadau ; il fabriqua des montures plus agréables à porter que des pince-nez ! L’invention se généralisa très vite. Le peintre Jean Siméon Chardin se représente dans son autoportrait de 1775 avec des bésicles puis avec de véritables lunettes.

Benjamin Franklin a joué un rôle de premier plan dans l’indépendance américaine, aux côtés de Washington et Jefferson. Il élabora un projet de Constitution Confédérale, qui établissait l’autonomie des 13 colonies, mais leur maintien dans l’empire anglais. Il passa huit années à Paris comme ambassadeur et envoyé des « Insurgents ». Il joua un rôle de premier plan dans la révolte fiscale contre le « Stamp act » et devint l’aiguillon du « Boston Tea Party ». Or les Américains voulaient l’indépendance complète, être libérés de la métropole ; et c’est le projet de Washington qui l’emporta. Discipliné, Benjamin défendit le projet de Washington. Benjamin Franklin mourut de maladie à son retour de France ; l’Amérique et la France pleurèrent cette disparition.

De son côté Joseph de Kadau à 60 ans se dit qu’il était temps de se marier. Il avait constaté que le mariage de Franklin avait été un échec et la solitude lui pesait. A Philadelphie et Boston, il n’avait jamais été attiré par les jeunes filles quakers, prudes et bigotes. Il avait un peu la nostalgie des femmes du sud. Un jour il partit vers la frontière de l’Ouest et arriva à Saint Louis, une ville que les Français venaient de créer.

Ses premiers contacts avec les Sioux furent difficiles : il fut capturé. Conduit vers le chef sioux, il remarqua qu’il était myope et commençait à mal voir de loin. La vision de l’horizon était une condition de survie pour les cavaliers indiens. Il parvint à lui faire une longue vue. Le chef avait une fille belle comme le jour, Moota ; il la maria à l’étranger suivant la coutume indienne. Joseph ramena sa femme à Philadelphie.

Joseph accompagna Benjamin Franklin dans son voyage en France et assista à l’initiation de Voltaire par Franklin. Surtout il retrouva ses interlocuteurs à Birmingham et découvrit leurs immenses découvertes et celles de leurs enfants, en particulier Matthews Boulton et Charles Darwin, celui qui allait commencer son tour du monde, puis rédiger sa théorie de l’évolution et de la sélection des espèces. Cependant, son couple était montré du doigt : un Européen vivant avec une « squaw » n’était pas accepté par la société puritaine ; leurs enfants étaient considérés comme des bâtards. Joseph finit par déménager et s’installer dans la nouvelle capitale fédérale, où il mourut peu après Franklin.

 

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