Auteur: Denis-Clair Lambert

Denis-Clair Lambert est économiste, Université Lyon III. Il a publié deux ouvrages sur la santé dans le monde : « Les systèmes de Santé (pays industrialisés)» Seuil 2000 et « La santé clé du développement économique (Europe orientale et tiers-mondes) », L’Harmattan 2001.

Contes du millénaire : Les Aventuriers oubliés (Chapitre 7)

1610

 

LE SINGE SAVANT DE JAN GROTIUS

Au dix-septième siècle, le « plat pays » (les Flandres) s’étendait de l’Artois à la Groningue. Ce petit territoire était déjà très peuplé par des paysans ; cependant les bourgs et les villes formaient un réseau très dense. L’industrie, surtout textile, faisait la renommée des Flandres, ses filatures et métiers étaient dispersés à la campagne, en utilisant la force motrice des moulins au fil des rivières et des canaux. Aux débuts de la Renaissance, les Flandres avaient été bourguignonnes ; par un hasard de succession elles étaient devenues espagnoles ; enfin elles devinrent province de la Hollande. A l’époque la foi dominante était catholique ; elle le restera longtemps, car Philippe le Bon et Philippe II d’Espagne étaient catholiques. En deçà du Rhin et de l’Escaut, l’unité religieuse était moins évidente. Le Stathouder Guillaume d’Orange-Nassau, un Habsbourg, désigné par le roi d’Espagne, fera l’unité des sept provinces, mais au profit des calvinistes de Zélande et d’Utrecht. Le prince était devenu calviniste et résidait à Delft.

L’élite de l’Europe choisit souvent de s’installer en Hollande, où elle découvrait un monde de liberté et d’innovation. Ces prédécesseurs des philosophes des Lumières, savants ou artistes, vivaient cependant à une époque de conflits religieux peu compatibles avec la liberté de l’esprit. Les austères prédicateurs de la religion réformée : Luther à Augsbourg, Calvin à Genève, Hus en Bohème avaient répandu la nouvelle religion en Hollande, malgré la résistance de la Flandre et du Brabant. Les Flamands n’étaient plus majoritaires, mais la langue, le néerlandais, était une variante du flamand.

 

La famille Grotius

 

La famille Grotius exploitait une ferme aux alentours d’Houtekerque, sur un territoire proche de Bergues, qui sera plus tard en France. Les Grotius étaient flamands comme le reste de la population.

Ils partageaient un certain nombre de valeurs que ne manquait pas de rappeler l’ancêtre Thomas Grotius : « Les Flamands sont une race : blonds aux yeux bleus, souvent corpulents ; ils aiment manger et boire.  Ils ont leur langue et leur manière de vivre. Souvent, à Anvers, Amsterdam ou Bruges, les Flamands faisaient semblant de ne pas comprendre la langue des Wallons, Espagnols ou Anglais, pour mieux affirmer leur particularité. En revanche, à Amsterdam et Rotterdam ils comprenaient toutes les langues, commerce oblige. Chez les paysans, le Flamand était la seule langue écrite et parlée, celle des actes paroissiaux et des sermons. La famille tient lieu d’identité ; les femmes sont plantureuses et ont beaucoup d’enfants, qui ne vont pas souvent à l’école. Leur territoire est la paroisse ; la salle communale du bourgmestre, l’église et le curé en sont le centre. Les Flamands n’hésitent pas à émigrer dès qu’ils trouvent de meilleures opportunités de travail. Les Flamands sont travailleurs et économes.  Chez ces gens là, on compte ! »

Une grande partie de la famille était sédentaire, installée depuis des générations sur les mêmes fermes. Cependant seul le fils aîné pouvait aspirer à succéder à son père. Dès qu’une occasion tentante survenait, les frères cadets et les sœurs partaient et remontaient vers le nord et ses grandes villes. Parfois ils embarquaient sur un navire vers le nouveau monde. Les parents de Jan Grotius entamèrent cette migration et partirent s’installer à proximité d’Amsterdam pour défricher des terres sablonneuses regagnées sur la mer. Ils pouvaient en devenir propriétaires au bout de 10 ans.

Jan naquit à Haarlem en 1610 : il était le sixième enfant. Son père, Albrecht, avait 30 ans. Il avait acheté un cheval de labour pour défricher une cinquantaine d’ares et gagnait souvent les concours du village, en traçant les sillons les plus droits. C’était un horticulteur heureux de trouver des terres légères, plus faciles à travailler que les terres lourdes de ses parents. Sa mère, Johanna, venait d’une famille de drapiers, elle savait tisser les draps et même le velours et continua à le faire pendant l’hiver. Mais Johanna devient aussi experte que son mari dans la nouvelle culture qu’ils avaient introduite : les oignons à fleur, notamment la tulipe. Ils furent des pionniers, car il faudra attendre longtemps avant que la mode européenne de la tulipe se répande. Et pourtant ces fleurs étaient très demandées par les Flamands. Les peintres des écoles de Bruges et d’Utrecht avaient excellé dans la précision des tableaux de fleurs. Beaucoup plus tard, les amateurs aimeront les fleurs en bouton ; mais en Flandres on aimait les fleurs épanouies, comme l’étaient les flamandes : les pivoines, les roses et les tulipes. Souvent des peintres venaient avec leur chevalet peindre les fleurs des Grotius.

 

Le climat contrasté du pays des canaux.

 

La province de Hollande aux alentours d’Amsterdam, ville de canaux, vivait les pieds dans l’eau. Partout, en se dirigeant vers la Mer du Nord, des milliers de moulins pompaient et refoulaient l’eau des canaux ; ils aspiraient le vent, broyaient le blé, faisaient tourner les rouets et les métiers à tisser ou à carder la laine. A cheval, du haut du pont-levis des canaux, on pouvait apercevoir 10 ou 20 flèches d’églises et parfois la tour du Beffroi couronnant la grand place d’un véritable bourg. Haarlem vivait de l’élevage des moutons et vaches et surtout du jardinage ; sur les terres riches il n’y a pas de chèvres (que serait-il resté des fleurs !). La densité du peuplement était surprenante surtout à la campagne. L’instabilité du temps était normale dans une région de plaines maritimes, où les vents d’ouest et du nord charriaient la pluie et les orages au gré des marées. Cependant les éclaircies ouvraient des ciels magnifiques, qui avaient toujours séduit les peintres. Un climat aux saisons contrastées faisait succéder des étés radieux et des hivers couverts très rigoureux.

L’été apportait à la famille une charge de travail considérable : on se levait à l’aube ; on se couchait à l’angélus. Cependant l’été était gai : les jours de fêtes étaient très nombreux ; les villages s’animaient de processions, de baptêmes, de noces campagnardes et de kermesses. Un artiste-peintre, Pieter Bruegel, retraçait dans ses tableaux le pittoresque de ces kermesses. La famille Grotius ne manquait pas de s’y rendre, quand la moisson ou les récoltes n’exigeaient pas la participation de toute la famille. Les enfants, sauf les deux aînés presque adultes, devaient rentrer à la ferme quand les paysans enivrés commençaient à dépasser les bornes de la convenance. La charrette des Grotius repartait ; les parents ne voulaient pas que leurs enfants puissent regarder des turpitudes ! L’hiver, la morte saison, était une longue période où le travail de la terre devenait impossible ; on rentrait le bétail à l’étable ; tout était recouvert de neige. Albrecht et Johanna se souvenaient que l’année de naissance de Jan, l’hiver avait été très froid ; toutes les rivières étaient gelées. Le grand père ne se souvenait pas d’un hiver aussi rigoureux.

 

Le petit âge glaciaire

 

Quand Jan eut passé ses dix ans, trois hivers successifs furent très longs et glacés. Johanna avait remarqué que les hirondelles étaient parties beaucoup plus tôt ; l’unique cigogne de Leyde ne s’était pas posée sur le faîte de la cathédrale. Et surtout une très vieille paysanne, qui faisait figure de cartomancienne, lui avait tiré les cartes du tarot. Elle avait déclaré d’un ton prophétique : vous allez vivre des années difficiles, « nous entrons dans un nouvel âge glaciaire ». C’était en septembre. Jan prit des mesures de sauvegarde, car il pensait à ses oignons de tulipes. Toute la famille partit avec deux charrettes sur le littoral pour ramasser le varech laissé par la grande marée. Les champs de tulipes furent recouverts d’une couche de deux pieds de varech, puis de sable. Il fallait éviter le gel des oignons.

Les hivers de 1620-1621 et 1622 furent très froids et très longs ; les rivières et les canaux étaient gelés. Et pourtant l’hiver fit des heureux : enfants et adultes, même parfois vieillards se précipitèrent sur les canaux pour patiner. Les parents Grotius patinaient avec beaucoup de grâce ; Jan n’avait pas appris et tomba sans discontinuer. Il avait remarqué, assis sur un pliant, un jeune homme qui dessinait le spectacle. Les parents de Jan se rapprochèrent et se reconnurent dans l’esquisse comme le couple du premier plan. Tous félicitèrent l’artiste. Le peintre, Hendrick Avercamp, était originaire d’Amsterdam. Il conduisit le petit garçon à son atelier qui était tout proche et lui expliqua qu’il appliquait les techniques d’un miniaturiste fameux, Jan Van Eyck, devenu le peintre de Jean le Bon. C’était une peinture à l’huile, qui additionnée d’un mystérieux liant, séchait beaucoup plus vite, en deux ou trois mois. Trois tableaux de scènes d’hiver étaient accrochés au mur, des œuvres de son confrère Pieter Breugel l’ancien, celui qui peignait des scènes de kermesses. Les petits tableaux avaient incroyable précision. Leur couleur était surprenante : l’un était sépia, l’autre éclatant de blanc et le dernier couleur de bronze, avec un fond  vert et bleu. Pourquoi des tableaux si petits, demanda Jan ? « Si tu as déjà accompagné ton père à Amsterdam, tu auras remarqué que certaines maisons de cinq étages sur les canaux les plus chics n’ont qu’une fenêtre. A l’intérieur ce sont des maisons de poupées ; on ne peut accrocher que de petits tableaux ».

Il est possible que ces hivers catastrophiques aient découragé les parents Grotius de poursuivre leur exploitation. Le contrat de dix ans allait bientôt expirer ; ils seraient propriétaires et pourraient revendre.

 

La migration des Grotius ne faisait que commencer : dès que le délai de dix ans fut écoulé, les parents revendirent leur exploitation et décidèrent de tenter la grande aventure. Ils partirent alors pour les Indes orientales.

 

Le voyage aux Indes orientales

 

Le Rotterdam, accosté aux quais du port du même nom, était un grand trois mâts, doté de nombreux canons : plus de 100 hommes d’équipage, 80 soldats et 200 passagers. L’essentiel était la cargaison : des ballots de draperie, des tissus chatoyants pour les dames orientales et surtout du matériel pour les entrepôts de la Compagnie. Il effectuait son deuxième voyage vers l’Indonésie en ce mois de mai 1625 ; sa destination était la nouvelle ville de Batavia fondée par les Hollandais dans l’île de Java. Il naviguerait pendant quatre mois, en faisant escale dans l’archipel du Cap Vert, puis à l’extrémité de l’Afrique au port du Cap, où s’étaient installés des colons hollandais. S’ajoutait l’escale de Zanzibar ; puis le navire traversait l’océan indien. Au-delà du détroit de Malacca, le navire continuait jusqu’à Canton.

Le voyage au long cours durait plus d’un an. Le commerce maritime était encore orienté vers l’Atlantique et l’appât des métaux précieux d’Amérique. Ceci explique que les Portugais et les Espagnols, qui avaient été les principaux découvreurs des routes de l’Asie orientale et des Indes, furent rapidement distancés par les Anglais et Hollandais. Les Ibériques cherchaient de l’or ; les peuples du nord étaient fascinés par les épices. Les Îles de la Sonde, découvertes par Fernand Magellan depuis un siècle, étaient le cœur de la production des épices.

Au début du siècle, deux grandes compagnies commerciales avaient été fondées : la British East India Company (1600) et la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales (1602). Ces deux compagnies d’armateurs finiront par contrôler des flottes aussi puissantes que celles des royaumes. Elles seront à l’origine de deux nouveaux empires coloniaux en Asie, celui des Anglais, et celui des Hollandais.

La compagnie hollandaise avait affrété le navire que prenaient les Grotius. Son siège était à Amsterdam et les guildes de marchands qui formaient son directoire incluaient de nombreux flamands, dont un oncle Grotius. C’est lui qui avait négocié la revente de la ferme de Haarlem, le prix du passage et surtout les recommandations auprès de la compagnie à Batavia et Malacca.

 

Un très long voyage

 

Jan Grotius partit avec sa femme, ses six enfants et l’un de ses frères qui avait trois enfants. Il disposait d’un pécule suffisant pour acheter des terres dans l’archipel des Banda, d’où provenait la plus grande partie de la production de poivre, de girofle et de muscade.

Jan Grotius se découvrit des cousins, membres de la tribu Grotius, des flamands authentiques. Les Grotius firent rapidement connaissance avec la famille Vercruyss, des Flamands originaires de Gand : ils avaient également six enfants et partaient vers les Moluques. Ils furent rassurés en découvrant qu’un capucin timide, le Père Englebert Breemersch, allait rejoindre son église catholique dans les Moluques à Banda. Ils auraient sur place un curé flamand et non un pasteur frison ou un jésuite portugais. Le navire fit escale aux îles du Cap Vert pour se ravitailler en eau. Une montagne fumait, c’était le premier volcan découvert par les passagers, mais non le dernier, car les Îles de la Sonde étaient une chaine de volcans.

L’étape de mi-course était celle du Cap de Bonne Espérance. Le port du Cap était encombré par de gros navires ; les quais grouillaient de portefaix portant d’énormes ballots sur la tête ; ils étaient noirs, une race jamais vue en Hollande. Le site était extraordinaire, dominé par une montagne très haute, « montagne de la table », escaladée dès 1500 par un explorateur portugais. Pendant les 10 jours d’escale, la famille Grotius visita les environs. Leur surprise fut de découvrir une mer plus froide qu’en Hollande : sur les plages on remarquait des phoques et des pingouins ; dans les forêts on croisait des animaux étranges ; les indigènes évoquaient les tigres !

Le navire reprit sa route pour affronter la côte des naufrages, redoutée pour ses récifs et ses tempêtes. La mer était infestée de requins, qui ravageaient les bancs de phoques et de pingouins.

Ils arrivèrent enfin à Zanzibar. Ce sultanat prospérait comme port négrier et attirait le commerce des épices, provenant des îles Mascareignes et de l’île Bourbon, où le poivre et le girofle étaient très abondants. Zanzibar était musulmane ; des minarets bordaient les rues ; les femmes étaient voilées ; les hommes, guerriers ou pirates, inspiraient la peur. Enfin le parcours le plus long était celui qui conduisait aux Indes. Jusque là, le grand voilier suivait la côte. Désormais pour un mois, les voyageurs ne verraient plus de terre, plus d’îles, jusqu’au moment où ils apercevraient les reliefs de Sumatra, puis l’île de Java. Batavia n’était alors qu’un entrepôt de la Compagnie ; la maison à deux étages du Gouverneur et quelques villas à fronton, comme en Hollande, la grande église et des huttes indigènes formaient l’essentiel du village. La famille Grotius, la famille Vercruyss et quelques immigrants débarquèrent ; de nombreux Chinois, montés au Cap, continuaient vers Canton. Le voyage n’était pas terminé ; un millier de lieues marines les séparaient de l’archipel des Banda. Ils commencèrent par franchir le détroit et se dirigèrent vers Malacca, pour y rencontrer le responsable des Provinces Unies et surtout l’administrateur de la compagnie.

 

La négociation de Malacca.

 

Malacca était une véritable ville avec des avenues bordées d’arbres et de belles maisons de riches ; il y avait même des canaux ! Le siège de la Compagnie était bien sûr l’immeuble principal dominant toute la ville, facile à trouver ; le pousse-pousse du coolie chinois l’y conduisit tout droit. Albrecht Grotius obtint rapidement un rendez-vous avec Winoc Gruys pour mettre au point son départ. L’administrateur se chargea de réserver les parcours de sampan pour naviguer d’île et île, ce qui prendrait encore un mois. Le contrat proposé était le même qu’à Haarlem, sauf que l’acquisition n’était pas gratuite ! Albrecht Grotius acheta une vieille plantation de girofliers, située à un jour de cheval du port d’Amboine. Au terme de cinq ans, il deviendrait pleinement propriétaire, à condition d’avoir mis en valeur et livré toute sa production à la Compagnie. Ces terres étaient aussi étendues que tous les polders de Haarlem : il aurait l’usage des 40 arpents (20 hectares) cultivés, et pourrait défricher à sa guise des forêts et des broussailles, s’étendant à perte de vue. Un arpent de terres lui coûterait 1000 fois moins qu’un petit champ à Haarlem. Après quelques années, il pourrait revendre son domaine à un prix très élevé, pour en acheter un plus grand. C’était la logique économique de la colonisation. A Malacca, ils achetèrent l’essentiel du matériel de culture, car à Amboine ils ne trouveraient rien.

 

Le périple des îles de la sonde

 

Le voyage le long des Îles de la Sonde fut passionnant. Le sampan allait moins vite que le trois-mâts hollandais, mais ses passagers étaient toujours en vue d’une île nouvelle, dont ils contemplaient la végétation luxuriante et les volcans en éruption. Ils étaient  le plus souvent escortés par des barques de pêcheurs proposant leurs poissons, du gibier, des fruits et des légumes. Cet approvisionnement permanent expliquait qu’ils avaient emporté peu de vivres, mais surtout de l’eau. Le cuisinier chinois leur fit découvrir une nourriture délicieuse. A mi-chemin, ils dépassèrent une île immense et impénétrable, Bornéo ; très peu d’explorateurs y avaient pénétré ; souvent ceux-ci avaient été massacrés par des sauvages que l’on disait cannibales ! Au-delà de la mer de Florès, ils entrèrent dans la mer de Banda et longèrent Macassar et Lombok, pour aborder l’archipel des Bandas : des milliers d’îles.

 

L’arrivée dans l’archipel des Bandas

 

Ils se séparèrent à regret du Père Breemersch, qui rejoignait son église à Banda et continuèrent vers leur destination : Amboine.  Quelle déception : pas de ville comme à Malacca, même pas un village comme à Batavia ! Un appontement, des pirogues sur le rivage, trois hangars de la Compagnie des Indes Orientales, deux maisons européennes et une dizaine de cases aux toitures en feuilles de palmier, puis une piste ocre s’enfonçant dans les marécages ! Un Hollandais, petit, gros, moustachu et joufflu, les attendait ; c’était le correspondant de la compagnie. Il lut les messages de Malacca et les directives de la compagnie.

« Nous avons tout préparé pour votre accueil. Vos familles vont d’abord se restaurer, Madame Gevaert a préparé un repas. Tiri Kampham, que je vous présente, est originaire de Timor ; il parle portugais, hollandais, malais, chinois et bien d’autres langues. Il a été régisseur de votre plantation ; il vous servira de traducteur pour la langue des Malais. Deux grandes charrettes vous attendent, la première pour les Vercruyss et la seconde pour la famille Grotius. Les deux plantations sont peu éloignées, cependant elles sont à une journée de cheval d’Amboine. La plupart des colons ici sont portugais ; il y a une église catholique, dont le prêtre, Luis Cambados, comprend un peu le flamand. Vous devrez tous apprendre rapidement les deux langues de communication, le malais et le portugais ».

A l’aube, les Grotius s’entassèrent dans la charrette ; elle était traînée par deux paires de buffles et avançait lentement sur des roues pleines qui grinçaient à chaque tour. Le parcours serait beaucoup plus lent qu’à cheval. Or, sous les tropiques le jour est court et il n’est jamais prudent de circuler la nuit dans un pays inconnu. L’aspect le plus positif de leur arrivée était que le climat était délicieux, une température uniforme de 25 degrés, un ciel toujours bleu ; les orages étaient brefs … La piste de latérite quitta les zones marécageuses pour serpenter le long des collines ; ils arrivaient dans une zone de hauts plateaux où s’étaient installées les plantations de girofliers. La terre n’était plus ferrugineuse et rouge, mais noire, franchement noire : un terre volcanique. Cet atout climatique était fondamental pour l’agriculture et plus encore pour les humains. A Batavia et Malacca, ils avaient découvert une chaleur insupportable, une humidité très lourde et des pluies incessantes, même en dehors de la mousson. Le climat insalubre de Java et de Sumatra était la source des épidémies de choléra, de paludisme et de dysenterie  amibienne, qui décimaient la population locale et les Hollandais : on ne vivait pas longtemps sous ce climat.

 

La plantation de girofliers

 

Au tournant du haut d’une colline, les Grotius devinèrent au fond d’une allée de palmiers- bouteille une maison extraordinaire bâtie sur pilotis, longue, très longue, à un étage et une immense véranda. Ils applaudirent ; ils savaient qu’ils allaient adorer cette maison, eux qui n’avaient jamais disposé de plus de quelques mètres pour poser leurs lits dans la minuscule chaumière de Harlem.

Au petit jour, les parents partirent explorer le domaine et les plantations ; de leur côté les enfants exploraient la maison, ses dépendances et ses recoins. Jan Grotius découvrit rapidement sur la terrasse un curieux animal ressemblant à une fouine ; c’était une mangouste. Il demanda à la domestique si la bête était dangereuse. Elle le rassura et lui dit : « non, c’est un animal affectueux et très utile. Son nom est Tishi-San ». Après quelques jours, alors que Jan jouait aux cartes avec sa sœur dans la salle commune, il vit s’avancer un cobra jaune très long. Le reptile se dressa prêt à attaquer ; ses écailles vibraient ; sa gueule ouverte  était armée de deux crochets venimeux. Il n’y avait personne, Jan était paralysé et fasciné par les deux yeux de l’animal. Silencieusement Tishi-San bondit sur la nuque du cobra, sans lâcher prise ; le cobra tenta d’étouffer la mangouste en s’enroulant autour du corps. La nuque brisée, le serpent resta sans vie ; la mangouste ne le mangea pas ; elle était le garde-du-corps de la maisonnée et éliminait les adversaires !

Les vacances étaient terminées ; toute la famille se mit au travail. La récolte des clous de Girofle se préparait. Une centaine de journaliers agricoles vivaient dans un petit village de huttes sur pilotis ; beaucoup de portugais célibataires y avaient construit leurs maisons ; ils vivaient le plus souvent avec des Malaises ou des Chinoises. Ces maisons hautes avaient des toits très élevés, suivant la coutume des Torajas du Lombok. Le village incluait, une école élémentaire où les enfants apprenaient le malais, une autre pour les enfants des colons portugais (rien pour les Hollandais), une petite église catholique, celle du prêtre portugais, un temple bouddhique couronné par une haute tour, et un grand temple hindouiste orné de statues multicolores, jaunes, vertes et roses. C’était beaucoup plus animé que le port d’Amboine.

Les Malais, Balinais et originaires des Célèbes étaient petits, râblés ; ils arboraient de petites moustaches ; leur visage était plutôt rond et ils portaient sur la tête des turbans, formés de sortes de torchons noirs. Leurs femmes étaient encore plus petites, le visage nu, de grandes robes colorées descendaient jusqu’aux pieds. Les enfants étaient tous pieds nus, vêtus de culottes courtes et les filles avaient des jupes et des corsages beiges.

 

L’ardeur au travail des nouveaux planteurs

 

Les paysans flamands sont rarement des colons absentéistes, confiant leur domaine à un régisseur. Tiri Kampham serait un interprète, un point c’est tout. Les Grotius n’avaient pas l’intention de se transformer en seigneurs locaux, en faisant travailler les indigènes. La plantation serait l’œuvre de la famille : Jan avait 16 ans, ses deux frères aînés 20 et 25 ans, les deux sœurs jumelles, Frieda et Marta, avaient 18 ans, Julian avait 17 ans. Comme en Hollande, elles iraient aux champs. Chez son frère, il y avait également l’apport des enfants ; ils seraient une petite troupe et pourraient s’entraider avec les Vercruyss. Les journaliers agricoles ne seraient nécessaires que pour la récolte.

La récolte du girofle s’étala sur un mois ; les girofliers n’étaient pas taillés depuis longtemps ; il fallait des échelles pour récolter les branches hautes. Ensuite viendraient, le tri et l’ensachage. Les ballots seraient conduits à Amboine. Tout serait fini en plein hiver. Ceci n’avait pas d’importance, car sous l’équateur il n’y a pas de saison, pas d’été, pas d’hiver ; il fait beau tout le temps. Même la mousson, qui condamnait les paysans à l’inactivité pendant le quart de l’année en Inde et en Indochine, n’exerçait qu’une influence bénigne sous cette latitude.

Au premier janvier, les Grotius décidèrent de se lancer dans la rénovation de la plantation : d’abord tailler à trois mètres au plus les girofliers ; ensuite défricher quatre ou cinq arpents ; les labourer ; et, comme pour les cayeux de tulipes, semer des clous de girofle ; enfin diversifier la production d’épices en plantant des muscadiers, des poivriers et de la vanille. Un bon programme pour dix ans !

Après quelques années, la plantation Grotius devint prospère et la compagnie fut très satisfaite de la qualité des produits. En 1630, Albrecht Grotius décida de s’octroyer ses premières vacances : il partit avec son frère, son fils aîné et son fils cadet pour une chasse au tigre en Nouvelle Guinée.

 

La chasse au tigre et l’adoption de Kim

 

Albrecht Grotius loua à Amboine un boutre piloté par un Yéménite ; ce dernier avait déjà abordé en Nouvelle Guinée et se faisait fort de lui trouver sur place une expédition de chasse. Les deux frères disposaient à la plantation de deux fusils à longue portée, qu’ils utilisaient pour éloigner les bêtes sauvages. Deux semaines furent nécessaires pour parvenir à la rade principale de l’île de la Nouvelle Guinée, en fait presqu’un continent. Un commerçant arabe les attendait : il leur proposa de louer deux éléphants, munis de nacelles confortables, et une équipe de pisteurs. Ils attendirent les préparatifs pendant près d’une semaine et en profitèrent pour faire une orgie de poissons grillés. Les « Papous » faisaient peur. Leur langage était une suite d’onomatopées incompréhensibles. Ils étaient vêtus de pagnes. Leur visages aux lèvres épaisses étaient couverts de tatouages de couleur. Leur peau était noire ; leur chevelure crépue était plus grosse que leur tête. Leurs armes étaient de longues lances acérées, des poignards et des flèches munies de poisons violents.

Il faisait presque nuit dans la forêt tant les arbres étaient serrés, pas de sous-bois ; on ne verrait jamais un animal ! En réalité, les pisteurs les conduisaient vers une forêt de banyans où les arbres étaient plus espacés.

Ils dormirent sur les éléphants, à l’abri des serpents, et arrivèrent après quatre jours dans une région plus accidentée, parsemée de clairières. Alors ils aperçurent quantité de grands singes, des Orang Outan roux perchés dans les branches hautes, une panthère noire et des oiseaux multicolores, beaucoup de papillons étranges. A terre il y avait beaucoup de traces ; les pisteurs repérèrent les traces d’un tigre. Ils se cachèrent derrière les éléphants et firent signe aux chasseurs de se tenir prêts.

En haut de la cinquième branche, un magnifique tigre se préparait à bondir, Albrecht visa et tira ; le tigre déguerpit ; il semblait blessé. Le seul résultat fut la chute d’un corps noir, gracile et élégant ; c’était un grand singe gibbon qui se trouvait abrité derrière le tigre. Le jeune Jan Grotius voulut descendre de la nacelle pour examiner le cadavre. Le tigre avait disparu. L’éléphant s’agenouilla ; Jan descendit. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir accroché, au ventre du gibbon, qui était une femelle, un petit bébé singe sans défense ; il était à peine plus grand qu’un chaton. Il le prit dans sa vareuse et décida qu’il l’élèverait à Amboine.

A la fin de la journée, ils retrouvèrent les traces du tigre ; cette fois Albrecht le tua du premier coup. La dépouille du tigre fut chargée sur l’éléphant, pour être dépecée au village. Or le petit singe, que Jan avait baptisé Tim, gémissait ; il était affamé. Pendant cinq jours, il ne pourrait pas survivre ; il lui fallait du lait et il n’y avait pas de vaches ou de buffles. Jan trouva une solution ; leur éléphant était une femelle ; elle avait un petit au village ; pour l’allaiter elle se couchait sur le flanc. Le cornac la mit dans cette position et Tim trouva rapidement les mamelles ; repus il s’endormit.

Le voyage de retour dura plus que l’aller, car, au village, les pisteurs dépouillèrent le cadavre et retirèrent la peau et la tête du tigre, un trophée qui ferait la gloire de toute la famille. Ils arrachèrent le cœur du tigre qu’ils mangèrent cru, croyant devenir aussi forts et courageux que le roi des forêts. Les Grotius essayèrent de goûter la viande cuite de tigre, c’était infect ! Restait à faire sécher la peau. Sur l’initiative de l’oncle de Jan, la peau fut étirée entre des bambous. Elle fut soigneusement arrimée au mat du boutre, ce qui lui permit de sécher à la brise marine sous un soleil de plomb. Pour alimenter le petit singe, ils embarquèrent une chèvre dont les pis étaient énormes, de quoi nourrir cinq chevreaux. Le retour fut triomphal. Jan installa le singe dans la salle commune et débuta son éducation !

 

La tournée asiatique du singe savant

 

La formation de son singe accapara Jan Grotius pendant plus de trois ans.  Tim était devenu aussi grand que sa mère et se tenait toujours sur les épaules du jeune garçon. Or Jan Grotius n’était plus un enfant ; il approchait de 20 ans, âge auquel tous les Flamands ont un métier. Lequel ? Son père trouvait qu’il ne faisait plus rien dans la plantation, il devenait un poids lourd.

C’est au village malais que Jan fit l’éducation de Tim. Il se rendit tous les jours au village avec son singe sur l’épaule. Le village n’avait aucune distraction : il allait les organiser ! Il parlait à présent sans difficultés le malais, le dialecte des Célèbes, le chinois de Canton et bien sûr le portugais ; il était doué pour les langues. Jan lisait et écrivait les caractères chinois et malais. Il savait que les hindouistes et les bouddhistes adoraient les singes, que tous les journaliers et planteurs aimeraient également jouer. Il fallait se faire comprendre du singe et des spectateurs. Les Chinois lui apprirent deux coutumes préalables : l’art de compter avec le boulier chinois et la passion de leurs jeux de cartes, en particulier le Ma-Jong. Il observa, remarqua que les Malais et les Chinois pariaient sur les joueurs : il faudrait qu’il puisse prélever une quote-part sur ces gains. D’abord il s’initia avec Tim au jeu de solitaire, le ma-jong aux tuiles de fleurs et d’animaux ; il ajouta des jeux à plusieurs partenaires pouvant attirer les parieurs. Enfin ils jouèrent aux échecs. L’intelligence du gibbon était si vive qu’il gagnait à tous les coups. Bien plus, il décida de transformer Tim en caissier : il comptait sur le boulier à une incroyable vitesse. Sa mère qui faisait la comptabilité de l’exploitation prit vite l’habitude de contrôler ses comptes avec les opérations de Tim. Bien sur l’éducation de Tim n’était pas achevée ; il faudrait plus tard savoir mettre en valeur son agilité.

Le temps de la séparation était venu. Un beau jour de 1635, pour ses 25 ans, Jan Grotius avait accumulé un petit pécule ; il quitta ses parents et Amboine. Il ferait le tour de l’Asie pour exhiber son singe. Sa première escale fut à Macao : le père Cambados lui avait donné une recommandation après du supérieur des jésuites, responsable des missions en Asie et en Extrême Orient.

 

A la cour du roi du Siam

 

De la rivière des perles à l’embouchure du Chao Praya, il n’était pas question de traîner une roulote sur des pistes infestées de brigands et impraticables pendant la mousson. Le parcours maritime, un très long cabotage, était la seule solution, d’où la nécessité d’un pécule de départ. Il fallait contourner toute la presqu’île indochinoise et la Malaisie. Jan Grotius trouva une solution pour son passage en exhibant son singe savant aux passagers ; pendant trois mois ils auraient tout le temps de parier ! Jan se juchait sur une estrade et annonçait aux passagers le spectacle ; Tim se tenait en dessous de lui avec son boulier : quatre tables de quatre joueurs débutaient leur partie quand le gong sonnait. Sur un grand tableau, un chinois inscrivait les scores et prenait les paris. Tim observait le jeu des 4 tables : le jeu ressemblait à des dominos avec de petites tuiles ornées de caractères chinois ; il encaissait les paris et comptabilisait les levées. Quand le vainqueur était désigné, Tim se dirigeait vers lui et lui levait le bras. Ensuite venait la répartition des gains, Tim redistribuait les gains en billets et en pièces sans jamais se tromper. Il prélevait au passage 10% pour l’organisation du spectacle. Ce numéro bien rodé pourrait être renouvelé partout à volonté.

Le roi du Siam, Phra Naraï, avait un somptueux palais dans sa capitale Ayuthia (Bangkok),  située à l’embouchure du Chao Phraya, dans le golfe de Thaïlande. Jan Grotius proposa le spectacle de son singe savant au chambellan du palais, qui connaissait bien la passion du roi pour les singes et pour le jeu. Aussitôt accepté, ce serait pour le mois suivant et la fête des fleurs. Au jour du spectacle, Jan décida de remplacer le ma-jong par les échecs ; on disait que le roi était un champion et gagnait toujours. Un mois de préparation et d’exercices quotidiens. Au palais, le roi avait prévu des danses et une parade de cinquante éléphants royaux, dont l’éléphant blanc qu’il conduirait.

Jan arriva dans la cour royale, où le roi avait fait préparer une table avec deux chaises et son propre jeu d’échecs en marbre. Jan Grotius caressa Tim qui prit place en face du roi. La partie dura trois heures ; toute la cour était là et jamais les enjeux ne furent aussi élevés ; les plus excitées étaient les femmes et les concubines qui faisaient parier en leur nom par leurs serviteurs. Il n’y avait plus que quelques pièces sur l’échiquier ; le clin d’œil facétieux de Tim à Jan, fit comprendre qu’il allait gagner. Et il gagna. Avec un autre souverain, Jan Grotius aurait été aussitôt assassiné ! Il fut récompensé par une énorme émeraude, offerte par le roi. Dès lors sa notoriété fut assurée. Le lendemain il était invité à Pékin par l’Empereur de Chine.

 


Le dernier empereur Ming et la prédiction de Tim

 

Un singe qui fait des prédictions ! Une plaisanterie : les singes ne parlent pas, ils ne devinent pas l’avenir … Ce n’est pas évident en Chine, où chacun est inquiet de son avenir, du porteur de palanquin à l’empereur.

Zhu You Jian était le seizième et dernier Empereur Ming. La cour de la Cité Interdite fourmillait d’intermédiaires qui proposaient des sorts, des talismans et des prédictions, dans de petits papiers pliés en quatre, que l’inquiet pêchait dans une urne. Jan Grotius le savait et était décidé à tenter l’expérience avec l’empereur. Après de longs mois de voyage, Jan Grotius et son singe parvinrent à la porte de la cité interdite : ils étaient attendus. Le spectacle aurait lieu dans huit jours devant toute la Cour. Jan prépara les petits papiers de l’urne : des vœux de bonheur, de longévité et de prospérité. Le tout était symbolisé, comme toujours en Chine par des objets, des fleurs, des animaux. L’un des dessins les plus subtils représentait l’attachement de son peuple, une laisse de corde finement tressée ! Après le spectacle de danse, Tim produisit un numéro en solo d’une grâce fascinante : au départ il prenait la pose de Shiva, debout les jambes écartées et les bras en équerre. Puis il imitait les danseuses khmères, et tordait ses pattes et ses bras dans tous les sens. Il dansait sur deux jambes ; retournait en arrière ses longs doigts ; restait sur un pied et saluait l’assistance en s’inclinant jusqu’au sol. Un tonnerre d’applaudissement. Alors vint le tirage au sort des vœux : l’empereur plongea son bras dans l’urne et retira le papier symbolisant l’attachement du peuple. Le souverain pâlit et ne dit rien.

Quelques mois plus tard, dans un climat révolutionnaire, le denier des souverains Ming, se pendit avec une corde !

 

Une succession de triomphes, puis le malheur.

 

Pendant dix ans, Jan Grotius montra son singe savant aux « grands » de son monde. L’Empereur de Perse, l’Empereur Michel I Romanov de Russie, les Rois d’Angleterre et de France couvrirent d’or ce jeune hollandais. Au Palais Royal à Paris, Tim prit dans ses bras la maîtresse du cardinal de Richelieu, Marion Delorme, pour le menuet. Louis XIII fut époustouflé. Sans doute le spectacle le plus émouvant fut celui donné à la Compagnie dans son hôtel d’Anvers. La célébrité de  Jan Grotius fut telle que le pâtissier Beulemans fabriqua pour la Chandeleur un gâteau, couronné par une statue en chocolat représentant Tim le gibbon penché sur son boulier chinois. Le « Tim Grotius délicatesse » fut longtemps le  régal des flamandes !

Puis un jour, en Suède, Tim s’enrhuma et mourut !

 

Du jour au lendemain, à quarante ans, la célébrité de Jan s’effondra. Il n’avait plus de gagne-pain. A Amsterdam, la Compagnie reconnaissante avait inscrit le singe savant sur ses publicités. Elle nomma Jan Grotius sous-gouverneur de la Compagnie à Batavia. Il se consacra à la prospection des nouveaux marchés et au contrôle du transport des épices.

Jan Grotius finit par se marier à une nièce Vercruyss ; ses descendants se dispersèrent dans les Îles de la Sonde.

 

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