Auteur: Denis-Clair Lambert

Denis-Clair Lambert est économiste, Université Lyon III. Il a publié deux ouvrages sur la santé dans le monde : « Les systèmes de Santé (pays industrialisés)» Seuil 2000 et « La santé clé du développement économique (Europe orientale et tiers-mondes) », L’Harmattan 2001.

Contes du millénaire : Les Aventuriers oubliés (Chapitre 2)

1110

 

LA NIÈCE DU BOYARD DE KIEV

 

 

La famille Orlov était d’origine suédoise ; l’ancêtre Jan Fitz-Orlov avait été compagnon de Rurik au  moment de la conquête de la Ruthénie. Jan était de noble origine, apparenté aux Jarls des Orcades ; il avait navigué jusqu’en Islande. Fitz-Orlov restait viking, parlait en norrois et vénérait encore le Dieu Odin. Quand les Orlov furent choisis par l’assemblée des boyards, ils adoptèrent progressivement les mœurs slaves et russes ; leurs enfants eurent des prénoms slaves ; ils parlèrent ukrainien et devinrent chrétiens. La noblesse slave et l’assemblée des boyards se méfiaient pourtant de l’emprise des Normands et Varègues sur le royaume et plus particulièrement sur l’église, craignant d’être un jour complètement assujettis aux Byzantins. Bien plus, certains boyards observaient avec crainte l’extension fulgurante de l’Islam, qui un jour pourrait prendre Byzance, voir les royaumes de Russie. Mikhaïl Orlov engagea une terrible bataille dans les steppes de Novgorod contre les Tatars et les Cosaques ; il fut tué au combat et son frère Nicolaï lui promit de prendre soin de sa femme, de ses neveux et surtout de sa nièce Olga.

Olga était née en avril 1110 à Kiev. Elle avait reçu une éducation très raffinée avec de nombreux précepteurs.

Le moine Pimène lui avait appris l’alphabet grec, le slavon ancien des Ruthènes et les caractères cyrilliques récemment adoptés par le monde slave, dans cette langue émergente, le Russe.

Le Staretz Ingvar lui fit déchiffrer les « sagas viking » sur les monolithes ramenés de Suède, les « runes » ; il lui fit lire la « chronique de Nestor », celle qui relatait l’histoire la plus récente de la dynastie, de Rurik à Vladimir. Ingvar lui enseigna l’histoire de la Scandinavie et l’épopée de ses conquérants. La vie de Vladimir, le cinquième roi varègue, surprit Olga : elle découvrit que ce guerrier valeureux avait été l’artisan de la christianisation de la Russie. Il vivait alors comme un despote oriental bien loin de la religion : le jour de son baptême, il renonça à son harem (qui comportait beaucoup de concubines) pour épouser Anne, la sœur de Basil II, Empereur de Byzance. La cérémonie se passa sur les bords du Dniepr. Vladimir décréta que tout la population de la ville serait présente et que les païens qui refuseraient le baptême seraient ses ennemis et passés par les armes. C’est ainsi que Kiev devint chrétienne !

L’érudit Mahmoud Bahrmah de Bagdad l’avait initiée à l’arabe classique et dialectal. Anastase, compagnon du moine Nestor, et pope de la Laure des Grottes, lui avait appris le latin et l’hébreu et expliqué l’histoire des religions et des civilisations.

Bref Olga était polyglotte, plus cultivée que les princesses des cours européennes. Enfin, Olga fut rapidement une cavalière émérite, rompue au maniement des armes : une femme noble n’était pas destinée aux mièvreries de l’amour courtois, elle devait savoir combattre. Son prénom fut choisi par référence à  la Duchesse Olga, qui fut d’abord une grande combattante, puis la première Varègue convertie au christianisme. C’est la Duchesse Olga qui introduisit l’art des icônes dans les monastères.  Les Byzantins étaient experts dans l’art des mosaïques et des fresques, mais ce sont les Russes qui resteront les maîtres des icônes ! Elle avait régné à la mort de son mari, le Prince Igor (fils de Rurik), avant de se retirer au monastère et d’être canonisée comme Sainte.

 

L’expédition à  Constantinople

 

Olga Orlov avait 15 ans en 1125 quand elle fut mariée par le roi Vladimir II le Monomaque et l’archevêque de Kiev en la Laure des Grottes, au pied de Sainte Sophie, copie conforme de la basilique de Byzance.

Constantinople (Byzance) ne s’était pas encore séparée de Rome, mais l’empire chrétien d’Orient rassemblait les peuples slaves et le Proche Orient. La foi était encore catholique et romaine ; Constantinople combattait la montée des hérésies en Orient, celle des Ariens et des Nestoriens (ces illuminés qui rejetaient la doctrine de la Trinité).

L’époux d’Olga était un guerrier géant, du nom de Pimska Koltchak, qui était compagnon d’armes des Orlov. Notre adolescente trouva le soir de ses noces que Pimska était bien brutal, puis elle découvrit un amant merveilleux. Les nouveaux mariés profitèrent peu de temps de leur union, car une nouvelle razzia des Cosaques, contraignit les boyards à des mesures de rétorsion. Son mari fut tué avec son père Mikhaïl. Ils furent tous deux incinérés suivant la tradition des Vikings : un bucher dressés sur une grande nef  redescendit le cours du Dniepr et, suivant la légende, leur âme rejoignit les cieux ou peut-être le Walhalla. Restait son oncle Nicolaï, qui avait participé à la bataille et promis à son frère de toujours protéger Olga.

 

La grande expédition des Varègues vers la Corne d’or

 

Nicolaï Orlov fut chargé d’une ambassade à Constantinople pour négocier un nouveau traité d’amitié, d’assistance et de protection : une armée d’archers, de cavaliers et de guerriers de 6000 hommes fut mise à la disposition de l’Empereur de Byzance, Alexis I Commène. Certes ce n’était pas une invasion, mais les Viking reprirent la même stratégie que Guillaume le Conquérant pour débarquer en Angleterre : ils construisirent sur place toute une flotte (le point faible des Byzantins). Ils partirent de la Baltique et du lac Ladoga et embarquèrent sur les navires construits en moins de six mois (la Laponie et la Courlande étaient couvertes d’épaisses forêts de pins et sapins) ; c’était une flotte de 600 navires, qui devait rejoindre Novgorod.

Un an de préparation fut nécessaire à l’expédition. Le rapprochement entre Kiev et Constantinople avait été accéléré par la conversion au Christianisme du Grand Duc Vladimir.  Constantinople était souvent assiégée par les puissances de la Méditerranée, par les hordes barbares, par les musulmans et même par les Croisés ; les marins varègues fourniraient la flotte défaillante. Les grands navires de guerre, les drakkars, sillonnaient la mer Baltique, d’autres avaient été construits sur les chantiers de la Mer Noire, la plupart étaient basés à l’embouchure du Don sur la Mer d’Azov, mais le gros de la flotte commerciale était rassemblé en Crimée.

 

L’expédition fut organisée en plusieurs étapes, suivant la stratégie des Varègues. Elle commença dès 1126 en plein hiver par le parcours fluvial le plus long, les 2000 « verstes » (unité de mille mètres) qui séparaient Kiev de Novgorod, en remontant vers le nord les lacs, les fleuves et leurs affluents gelés. Les navires du port de Kiev furent montés sur d’immenses châssis munis de patins et glissés sur la neige recouvrant la glace des fleuves ; une fois les navires passés, les calèches et troïkas, puis les cavaliers et archers disposaient de pistes très rapides. La neige tenait quatre mois à Kiev, mais six mois en remontant vers le nord ; la Volga n’était libérée des glaces à Novgorod qu’au début de l’été. Les navires partirent les premiers de Kiev ; puis  la troupe s’ébranla au printemps à travers les steppes sur la grande piste orientale beaucoup plus courte ; enfin la suite d’Orlov suivit la même route terrestre dès que la Grande Pâques Russe fut célébrée. Le rendez-vous était fixé au premier juillet 1127.

 

Incident de parcours : les loups et les ours

 

Tout le monde attendait l’attaque des Cosaques au défilé de Nitchevo ; ce furent les loups. Par une nuit sombre de mai, l’expédition avait établi son camp au pied du défilé. Il neigeait encore et les parois du défilé étaient couvertes de glace. Le Comte Orlov, sa garde rapprochée et sa nièce, observaient depuis le crépuscule les cimes de la falaise sans déceler les signes d’une embuscade. Dans le lointain, aucun galop furieux des Cosaques à l’assaut. Nuit rassurante ? Non, le danger viendrait d’une autre direction. L’attaque de nuit fut terrifiante : des centaines de loups surgirent au pied des tentes ; ils formaient un véritable bataillon : les chevaux furent les premières victimes ; puis la meute se dirigea vers la tente d’Olga. Et ce fut un combat épique. Armée d’un simple poignard, Olga éventra plus de 10 loups. Ses bras et ses épaules ruisselaient de sang. Comme une véritable Viking, elle fit l’extraction de 10 canines acérées, qu’elle enfila sur une cordelette et les porta en collier pendant le reste du voyage.

A mi-chemin, l’expédition fit halte au Monastère de Kirilovo : au moins là, derrière les remparts de la forteresse, ils seraient en sécurité. Les moines et les prêtres avaient acquis une grande notoriété à Kiev pour la qualité exceptionnelle de leurs chœurs, la beauté de leurs icônes  et des fresques qui relataient la vie de Sainte Olga ! Mais en outre dans cette région de chasse, les cuisiniers avaient un talent raffiné pour apprêter et assaisonner le gibier et surtout le sanglier. Les scandinaves avaient certes apporté en Russie leurs recettes en particulier l’assaisonnement avec des confitures d’airelles, mais les moines d’origine tchéchénègue avaient hérité de leurs ancêtres turcs des apprêts condimentés et pimentés, qui firent les délices de l’oncle et de sa nièce.

Le lendemain, après les matines, le pope intendant du monastère invita Nicolaï et sa nièce à une partie de chasse dans une grande forêt de chênes. Orlov et sa nièce avaient commencé par abattre nombre de renards, fort peu comestibles, quand trois ours, embusqués derrière un rocher surgirent menaçants. Le petit groupe de chasseurs s’étaient éloigné de la garde des moines. Il fallait combattre, mais comment ? A l’arc, ils étaient trop près : à l’épée, ils ne parviendraient qu’à blesser les animaux. Il ne restait qu’une solution, la hache ! Le Comte Nicolaï Orlov avait eu l’expérience des ours aux frontières de l’Oural, il savait que le corps-à-corps ne lui permettrait pas de frapper les parties vitales. Il commença par taquiner le plus grand des ours avec la pointe de sa lance, puis d’un seul coup lui fendit le crâne. Les moines arrivèrent et firent un traineau avec des branches et l’ours fut traîné jusqu’au monastère où les chasseurs firent un festin. Le lendemain ils partirent à l’aube ; Novgorod n’était qu’à deux jours de marche.

 


La descente de la Volga, la douceur de la Crimée et le périple en Mer Noire.

 

Novgorod quel site merveilleux ! L’immense kremlin entourant la ville de ses murailles rouges, les dômes de Sainte Sophie, les bulbes dorés du monastère, le cortège des patriarches en chasuble dorée, les boyards et les dignitaires portant des oriflammes, la garde varègue et les milliers de curieux ! Olga et Nicolaï  débarquèrent du fleuve qui ne charriait plus de glaces. Désormais plus de marche, plus de cheval ou de charrette ;  le reste du voyage se ferait en bateau. Le lendemain, Nicolaï rassemblait au pied du Kremlin l’immense troupe venue du Lac Ladoga ; il leur expliqua leur mission de défense de Constantinople ; ils n’auront que le temps du transport pour apprendre le Russe et le Grec ; un moine instructeur les réunira par groupe de 50 pendant cinq heures par jour.

La descente de la Volga dura une semaine : la nef du Comte Orlov, suivait la petite embarcation du pilote qui veillait à éviter les affleurements de sable et les troncs d’arbres. Des milliers d’embarcations remontaient le cours du fleuve ; elles étaient chargées de marchandises achetées en Méditerranée et de fruits inconnus en Russie, en particulier les oranges, les abricots et les dattes des oasis africaines. Le cheminement vers l’aval était rendu difficile par deux obstacles : des rapides et parfois des chutes d’eau importantes. Il fallait alors retenir les navires par des cordages tractés par des centaines d’hommes sur les berges ; et surtout il fallait dépasser des convois de radeaux conduisant par flottage les troncs d’arbres destinés aux chantiers navals d’Astrakhan et de Rostov.

Le troisième jour ils firent escale à Samara, où se trouvait un ensemble d’églises incomparables. Ils furent reçus par le Khan Zygid, un Kazakh vassal du duc de Kiev, qui s’était souvent révolté contre les Varègues. Mais Zygid était un très bel homme, aussi grand de Pimska, il rappela à Olga qu’elle était désormais sans homme. Pourrait-elle le rester toujours ?  Elle n’avait rien promis de tel au patriarche de la Laure des Grottes. La formule du mariage était claire, « nous resterons unis jusqu’à ce que la mort nous sépare », le destin avait défait ce lien ! Zygid jura sa fidélité, mais Nicolaï fit confidence à Olga qu’il ne fallait jamais croire les serments des Kazakhs ! A 200 verstes de l’embouchure, la flotte bifurqua et emprunta un petit affluent de la Volga, puis un grand lac et un canal assez étroit que les Varègues avaient construit pour relier la Volga au Don. Peu de relief, des marécages, des lacs, et trois petites chutes, qui contraignirent l’expédition à rouler les navires sur les rondins.

Rostov sur le Don. Olga n’avait jamais vu la mer. Les esturgeons sautaient dans l’eau, mais à la différence des carpes du bassin du palais de Kiev, ces poissons étaient énormes et disait-on délicieux à manger. Quel ne fut pas l’étonnement d’Olga quand au festin d’arrivée on lui servit dans un bol une masse répugnante et gélatineuse de petites boules noires. Le sénéchal se pencha vers elle et lui dit : « voici de l’esturgeon ». Olga était bien élevée, elle ferma les yeux et retint sa respiration : « Oh surprise ! C’était délicieux. Depuis cet instant, elle ne refusa jamais du caviar » ! Tout autour du port de Rostov, la flotte rassemblée occupait la mer à perte de vue. Nicolaï expliqua aux commandants de ces navires qu’ils auraient à affronter les trirèmes des Génois et Vénitiens, les bateaux de pirates et même peut-être les flottes des Croisés, surtout celles des Normands de Sicile.

Odessa était alors un petit port abrité niché au pied des collines de Crimée. Dès qu’Olga mit pied à terre elle comprit le bonheur que peut inspirer un climat aussi doux. Elle se baigna en croyant entrer dans une piscine alimentée par de l’eau chaude, quelle différence avec l’eau glacée du Dniepr, même au mois d’Août !

Le périple en Mer Noire de Rostov à l’entrée du Bosphore prit quelques jours et se déroula sans incident. Par un matin lumineux ils abordèrent la Corne d’Or : les coupoles de Sainte Sophie se détachaient sur le ciel ; la nouvelle enceinte de murailles témoignait de la défense de la ville et le Palais du Basileus surplombait une colline.

 

Le séjour d’Olga à Constantinople.

 

La suite du comte Orlov fut dirigée vers un petit palais niché dans un océan de verdure ; Olga se vit attribuer une résidence où l’attendait une profusion de serviteurs et trois jeunes Circassiennes chargées de son service. L’une d’entre elles, Ayzadée, avait son âge et devint son amie la plus chère. On était alors au début du règne d’Alexis Commène, qui assura à l’empire byzantin sa plus grande gloire. L’empereur avait la primauté séculière et le métropolite devait assurer l’unité de l’église. La première demande d’audition d’Olga fut auprès du métropolite, pour lui présenter une requête : elle voulait profiter de son séjour pour découvrir certains manuscrits de la bibliothèque byzantine. Romantique, elle songeait au récit de l’Iliade et de l’Odyssée, aux pensées de Platon, Socrate et Aristote, ce fonds de culture qui lui manquait. Mystique, elle souhaitait lire tout ce qui concernait les premiers compagnons de Jésus et la vie des Apôtres. Enfin aventurière, elle consulterait tous les récits de voyages dans les terres lointaines. L’autorisation lui fut aussitôt accordée et elle passa tout l’hiver à déchiffrer ces manuscrits.

Elle avait aimé découvrir la mer à Odessa et Rostov. Chaque soir, elle admirait le coucher de soleil sur Constantinople en empruntant une felouque pour se rendre de l’autre côté du Bosphore à Galata. Byzance était profondément chrétienne comme Kiev : les femmes prosternées devant les icônes multipliaient les signes de croix et embrassaient les pieds des vierges et ceux des patriarches. Les chants différaient, plus orientaux avec des accents gutturaux ; les chorales n’entamaient pas ces canons merveilleux des moines de Kirilov. Olga en devenait chauvine !

 

Pour le Comte Orlov, le commandement de la garde et de la flotte avait semblé facile au début. La faiblesse de Byzance tenait au fait que cette capitale avait organisé sa stratégie sur la défensive et non sur l’offensive ; Rome en était morte, elle se croyait impossible à prendre ! Constantinople était bien vulnérable ; dès lors l’empereur était toujours contraint de demander sa protection au Pisans, Génois, Vénitiens ou Varègues. Nicolaï avait constaté l’efficacité des remparts de la ville ; les tours qui surplombaient le Bosphore permettaient de superviser l’irruption de toute flotte ennemie par l’amont ou l’aval. Il avait surtout testé l’arme de guerre suprême de Byzance, le « feu grégeois », ce mélange de souffre et de naphte qui pouvait être enflammé le long des cordons protégeant la rade de Constantinople, ou projeté par des pinasses à l’aide de long tubes sur les galères normandes ou vénitiennes. Illusion, car Constantinople avait déjà été prise et brulée.

La garde de 6000 hommes était surtout destinée à se protéger des attaques venues de terre, en particulier la menace bulgare. Cependant l’assaut pourrait venir de Galata et de l’Anatolie où les Turcs ottomans campaient en face de la Corne d’Or. Et pourquoi pas une invasion par des Chrétiens, les Croisés sur le retour de la terre sainte, ces aventuriers toujours avides de pillage ! Les habitants n’avaient pas un bon souvenir du stationnement d’escale des chevaliers teutoniques, des hospitaliers de Malte et des troupes du normand Guiscard.

Un an s’écoula et Olga découvrit qu’elle s’ennuyait ; elle décida de s’en ouvrir auprès de son oncle et de lui confier son projet. « Oncle Nicolaï, je veux découvrir le monde et partir pendant deux ans en Orient à la découverte de ses merveilles, en particulier Alexandrie et la civilisation des Pharaons. A mon retour j’aurai 20 ans et je pourrai alors me remarier. Comme nous sommes des Varègues nés commerçants, confie-moi une mission commerciale. Il me faudrait un drakkar bien armé et trois pinasses chargées de marchandises, ton meilleur capitaine et un homme de confiance. L’oncle promit à sa nièce d’exaucer ses vœux : laisse moi trois mois pour terminer la campagne contre les Bulgares et le temps de te choisir une bonne garde ; tu partiras avant les grandes chaleurs d’Arabie ».

 

Le grand tour d’Orient

 

En 1128 les nouvelles en provenance du monde varègue étaient bien mauvaises : en Suède Harald Hardrada, le roi de l’unité scandinave n’était plus, les Vikings commençaient à reculer, leur empire s’écroulait ; en Russie, depuis la mort de Yaroslav le Sage, les héritiers s’étaient entredéchirés et les boyards se révoltaient. Mais le pire étaient le déferlement des guerres de religions avec les croisades ; chaque religion se prétendait la seule foi ; les conversions étaient forcées. Les païens devaient se convertir ; les adeptes d’une autre foi devaient abjurer ; la tolérance disparaissait, même à Cordoue ou Damas.

Depuis la première croisade, les expéditions vers la terre sainte et Jérusalem, semaient dans tout l’Orient la mort et les destructions ; les moines-soldats et les seigneurs féodaux rivalisaient en cruauté. Les juifs, boucs-émissaires, dispersés au Proche Orient, étaient haïs par les chrétiens et les musulmans : la haine était définitivement semée dans cette partie du monde. On détruisait systématiquement les lieux de culte, les églises, les synagogues ou les mosquées. La tolérance des califes omeyades était remplacée par la doctrine de la guerre sainte contre les infidèles. Les arabes n’étaient plus seuls à vouloir conquérir le monde ; il y avait les Turcs qui en Anatolie menaçaient tout l’empire byzantin. Ils avaient déjà pris possession de l’Egypte ; ils deviendraient maîtres de Byzance ! Il n’était pas très raisonnable de partir vers ces lieux !

 

En route vers Alexandrie

 

Avant de partir Olga Orlov s’était documentée à la bibliothèque byzantine sur les « sept merveilles » : elle avait lu les récits de Philon de Byzance, de Strabon, Pline … Elle savait déjà qu’il n’en restait pas grand-chose, mais elle voulait voir le site de la statue de Zeus à Olympie, le temple d’Halicarnasse, celui d’Artémis à Ephèse, le Colosse de Rhodes (des vestiges grecs, pas un seul monument romain !), et bien sûr le Phare d’Alexandrie et la Pyramide de Khèops (une autre civilisation), les deux seuls vestiges restés debout. Toutes ces merveilles étaient sur son chemin.

La première étape fut en Grèce à Olympie. Elle découvrit d’abord à Athènes le plus beau des temples, le Parthénon encore orné de ses frises. Pourquoi ne l’avait-on pas inscrit sur la liste des merveilles ! A Olympie, le site, entouré de cyprès, d’oliviers millénaires et de lauriers roses en fleurs, était splendide ; mais il ne restait plus rien, hors quelques débris, de la statue de Zeus ! Les vandales avaient récupéré le bronze de la statue. Alors l’expédition fit route vers la côte d’Anatolie pour s’arrêter à Halicarnasse et Ephèse. Il ne restait rien du premier site ; mais le temple d’Artémis à Ephèse avait conservé la plupart de ses colonnes ; la statue était brisée. Encore un crochet pour découvrir à Rhodes le Colosse, que l’on disait géant. Comme à Olympie, les tremblements de terre et les vandales avaient brisé la statue.

Heureusement il restait l’Egypte en terre d’Islam, où les Califes fatimides avaient détruit la plupart des les traces de la civilisation gréco-byzantine mais respecté celle des Pharaons, alors que la population égyptienne chrétienne (copte) était la plus nombreuse …

Par un beau matin clair, les derniers feux du Phare d’Alexandrie indiquaient l’entrée du port de Pharos et la majestueuse demeure du patriarche ; cependant on voyait surtout des minarets. La cathédrale avait-elle été détruite ou convertie en mosquée ? Le phare de Pharos donnera son nom à tous les monuments semblables. C’était une immense construction à étages aussi haute que la pyramide, construite en quelques années par Alexandre le Grand et ornée de statues géantes à la manière des Pharaons. Olga en avait rêvé pendant tout le voyage ; dès qu’elle mit pied à terre, elle vit que le sommet avait disparu ainsi que les statues majestueuses ; le monument penchait, beaucoup de blocs de pierre était tombés : la tour n’était pas entretenue depuis des générations. Les tremblements de terre avaient fait le reste. Il était temps de le découvrir, bientôt il ne serait plus.

Qui accompagnait Olga ? Le capitaine Iouri Livtine était slave, un marin, un aventurier et un habile commerçant. L’homme de confiance de son oncle, Ranulf Gunnar, avait conservé son nom suédois, il était le garde du corps et le diplomate qui interviendrait auprès des autorités ; il accompagnerait Olga dans toutes ses expéditions. Enfin il y avait l’interprète, parlant parfaitement l’arabe et le turc ; c’était un moine de Kiev du nom de Mitislav Tchekitvili ; Olga sympathisa aussitôt avec ses compagnons.

 

Les pyramides et le jardin merveilleux du Nil

 

Qu’elle idée d’avoir choisi à Babylone les jardins suspendus à terrasse comme l’une des merveilles alors qu’il n’en restait plus rien ! En réalité, le paradis terrestre était toujours là sur les bords du Nil. Le fleuve était beaucoup plus large que le Dniepr ou la Volga, il était sillonné par des milliers de felouques aux voiles multicolores, les pêcheurs lançaient au loin des filets ronds et semblaient ramener du poisson à chaque coup !

 

D’abord il fallait découvrir les trois pyramides de Gizeh.

Pendant son séjour au Caire, une petite ville, l’ambassade varègue fut logée dans un palais somptueux de la rive droite du Nil. Partout en ville on devinait les minarets d’Al Azhar, l’une des plus grandes mosquées de l’Orient, où le calife avait fait construire une medersa et une bibliothèque contenant les manuscrits les plus précieux de l’Islam.

Comment se rendre  aux pyramides par cette route qui serpentait dans la palmeraie ? Bien sûr à dos de chameau. Mais quelle surprise dans la cour du palais quand Olga aperçu la troupe d’animaux rassemblés : les chameaux avaient perdu une bosse. Elle avait parcouru les steppes sur le dos des chameaux de Bactriane, confortablement installée entre les deux bosses. A Constantinople, elle avait même participé à des courses de chameau et était arrivée en tête. Dans la cour, le chamelier apporte un petit escabeau ; le dromadaire est à genoux ; elle grimpe à gauche et s’installe sur la selle en arrière de la bosse ; puis le chameau se redresse, elle bascule. Ensuite le camélidé fait l’opération inverse avec ses pattes avant : elle rebascule et tombe sous les éclats de rire. Vexant pour une cavalière émérite ! Enfin le voyage est une aventure.

Au bout de quelques verstes, Olga avait appris à diriger son dromadaire et à l’arrêter ; pour descendre ce serait une autre affaire ; heureusement il y avait des chameliers.

Au détour de la piste, Olga vit dans la brume le profil des trois pyramides. Au début, elle pensa que la plus grande et majestueuse était celle qui avait conservé en son sommet un revêtement de marbre blanc ; elle se trompait, c’était Khephren.  Khéops à coté était celle qui était citée comme « merveille ». Déjà 36 siècles d’existence, le plus vieux monument du monde ! En arrivant au pied de Khéops, elle frappa le genou de son dromadaire et le fit s’agenouiller puis mit pied à terre. Au pied des pyramides, il y avait une curieuse statue enfoncée dans le sable, le Sphinx, déjà très abimé par les vents de sable. Etait-ce un dieu à face humaine, un chat ou un lion ?

Olga avait remarqué que Ranulph Gunnar menait sa monture avec la dextérité d’un chamelier, elle lui demanda mutine : « Osera-tu- escalader la pyramide ? Si j’arrive la première, tu me donnera un gage ». Les premières rangées de blocs lui arrivaient à la hauteur des épaules, Gunnar était beaucoup plus grand ; il la devança ; mais la pyramide était très haute ; ce qui comptait était la jeunesse et l’endurance. A mi-hauteur Olga était passée devant, les marches étant plus courtes ; elle arriva au sommet avec 18 gradins d’avance. Alors Ranulph lui demanda : « dis-moi ce gage, j’espère que ce n’est pas de me précipiter en bas ! ». Olga lui cloua le bec en l’interpelant : « embrasse-moi ! ». Tout en bas, la ville du Caire était minuscule, on voyait au loin la palmeraie, puis les débuts du désert ; elle prit Ranulph par les épaules et lui rendit un baiser ardent.

Au retour, la petite ambassade se perdit dans les dédales de la palmeraie et parvint sur les bords du Nil. Tout était vert, des parcelles de légumes et des arbres fruitiers, les enfants plongeaient dans le fleuve et les paysans cultivaient leur parcelle à la houe.  Le Paradis devait être ainsi ! Aurait-elle mieux résisté à la tentation que la pauvre Ève si on lui avait présenté une orange ? D’ailleurs elle en cueillit une, sans voir de serpent, elle l’éplucha et la partagea en deux : une complicité amoureuse était née.

 

Olga avait un projet audacieux pour la suite du voyage : envoyer le capitaine Litvine et son équipage à l’Est du Caire pour trouver un passage vers le Lac Amer et la Mer Rouge. Or ce passage existait : il avait été creusé par les pharaons, puis reconstruit sous Trajan dans la forteresse romaine du  quartier copte : il suffisait de le dégager de ses gravats ! Ensuite Litvine pourrait naviguer sur la Mer Rouge jusqu’à la presqu’île du Sinaï, puis poursuivre son parcours jusqu’au détroit de Bab-el-Mandeb et rejoindre l’expédition au début de l’hiver dans le port d’Assab.

Olga avait lu les récits d’époque romaine sur le périple d’Erythrée (relatant une expédition qui était allée jusqu’à la côte de Malabar), et copié une carte de la Mer Rouge et de ses ports jusqu’à la Corne de l’Afrique. Elle savait que la route terrestre serait difficile et traversée par de hautes montagnes. Olga demanda à son protecteur combien de temps il faudrait à dos de dromadaire pour remonter le cours du Nil, puis la côte ; Ranulph lui répondit au moins cinq mois, au moins 2000 verstes ! Olga rectifia : plutôt 3000 ! Cependant il ne faudra pas oublier que nous sommes là pour faire du commerce : nous croiserons les caravanes qui traversent le désert et découvrirons les richesses de l’Ethiopie. Nous chargerons Litvine de vendre ou troquer nos marchandises (fourrures, icônes, draperies, sabres, tapis) apportées de Kiev, de Rostov et de Constantinople. Nous achèterons des défenses d’éléphant et des cornes de rhinocéros Les monnaies d’or de Byzance sont appréciées partout et les marchands arabes nous demanderont toujours les pièces frappées à l’effigie de Constantin, le « solidus » qui pèse presque cinq grammes d’or !

 

La grande expédition vers les richesses du royaume d’Axoum

 

Le royaume chrétien d’Axoum en Ethiopie était situé très loin au sud, près des sources du Nil. Après un mois passé au Caire, les préparatifs de l’expédition étaient enfin terminés : une petite caravane de 8 dromadaires avait chargé leurs bagages, incluant les marchandises qui leur permettraient de couvrir leurs dépenses, les tentes et les provisions d’eau et de nourriture. Leur suite était restreinte : les chameliers et les ânes, cinq soldats arabes,  quelques serviteurs, Ranulph et Mitislav, sa compagne et suivante Ayzadée … Ils avaient quitté Constantinople au début avril, Alexandrie en septembre et le Caire au début octobre. Les grandes chaleurs n’étaient pas terminées ; en longeant la palmeraie ils étaient à l’ombre ; puis en approchant de Thèbes et de la Vallée des Rois la chaleur du désert devint infernale ; il fallait progresser pendant la nuit. Arrivés à Assouan, ils franchirent sans difficultés les cataractes et découvrirent l’immensité du Nil ; malheureusement il n’y avait presque plus de palmeraie. La progression devenait très lente, 20 à 30 verstes par jour ; ils enviaient les cavaliers arabes qui galopaient.

Or le Nil s’éloignait de la côte : pas de villages, quelques huttes et de temps à autres de petites chapelles coptes, où officiaient des prêtres chrétiens. A la fin décembre, Olga et Ranulph avaient célébré la nativité dans une église sculptée dans la falaise ocre et le pope les avaient pris pour mari et femme. Il faut dire qu’ils couchaient dans la même tente et faisaient l’amour avec fougue. Ayzadée était très frustrée, dotée d’un corps magnifique, cette jeune vierge, était épiée par les chameliers et cavaliers arabes ; l’un d’entre eux très jeune et beau finit par la séduire : elle perdit sa virginité et en fit part en pleurs à Olga. « Ne te lamentes point ma douce amie, tu viens de découvrir le plaisir, si tu étais musulmane on t’aurait mariée à un vieil oncle ». Le Nil était infesté de crocodiles, il fallait renoncer à s’y baigner. Il y avait beaucoup de gibier, des outardes, les premières autruches, des gazelles et bien sûr des carnassiers, par exemple le lion d’Afrique. Gunnar ramenait souvent de la viande fraiche pour les repas du soir. Puis le désert devint de plus en plus aride ; le sable était remplacé par un désert de pierres ; on rencontrait très peu de voyageurs.

En arrivant en Éthiopie, les voyageurs eurent la surprise de retrouver des pyramides, ils approchaient de Méroé où avaient régné des Pharaons noirs de Nubie. Ils ne se doutaient pas qu’ils retrouvaient une société chrétienne depuis longtemps, mais des chrétiens noirs ! Les pyramides n’avaient plus de sommet, elles étaient érodées presque lisses, mais elles étaient très belles, de couleur ocre et non grise comme dans la basse Egypte. Les voyageurs apprirent que plusieurs reines avaient régné et tenu en échec les légions des pharaons et des empereurs romains ; les bas-reliefs attestaient la longue présence de ces dynasties disparues. A Méroé, ils apprirent que non loin se trouvait une basilique chrétienne à Axoum.

Ils virent alors une immense stèle égyptienne et cherchèrent l’église chrétienne ; c’était beaucoup plus loin à Labilela au pied du Lac Tana, source du Nil Bleu ; ils reprirent les dromadaires. Rien ne dépassait du sol : la basilique en forme de croix était enfouie sous le sol ; ses fresques étaient encore plus belles qu’à Samara ou Novgorod. Les évêques étaient revêtus de chasubles et de tiares serties de bijoux ; les popes étaient très nombreux et les fidèles assidus à des offices très longs. Comment en plein désert, des chrétiens avaient-ils survécu à une nature aussi hostile ?

La halte de Méroé permit aux voyageurs de réfléchir à la suite du périple : ils étaient loin des côtes, séparés par une chaîne de hautes montagnes ; on devinait une terre volcanique très hostile et surtout la traversée était dangereuse. Ces montagnes étaient infestées de bandits. Alors une petite expédition serait trop vulnérable. Or la ville de Gondar était un carrefour sur la route des caravanes. Sur un immense terre-plein, se tenait un marché ou se négociaient toutes les marchandises d’Orient et d’Occident. La « marchandise » dont le négoce était le plus actif était les esclaves. Ce spectacle nourrit la colère et la compassion d’Olga et de Gunnar, qui se demandaient si l’esclavage disparaîtrait un jour de la Russie et de l’Empire Byzantin, à plus forte raison du monde arabe et de l’Empire Ottoman !

Au détour d’une échoppe, Olga aperçu d’étranges cailloux jaunes et translucides ; elle les respira et comprit : c’était de l’ambre. Olga en acheta plusieurs sacs. L’ambre végétal provenait de la corne de l’Afrique et de l’ile de Socotra, Olga savait que tous les Arabes en raffolaient, et plus encore les habitants de Bagdad et de Damas. A Kiev, les artisans travaillaient déjà l’ambre de la Baltique, mais  l’ambre de Somalie, « l’elektron » des grecs, était plus beau. Elle eut une idée : avant de partir, l’expédition avait acheté aux Polonais d’importantes quantités d’une terre glaise que l’on nommait « écume de mer », elle s’allierait bien avec de l’ambre. L’écume polie, très blanche, était utilisée dans les objets du culte, les bijoux et les statues. L’ambre s’associait heureusement à l’écume. Un objet très prisé des nobles russes et de tout le monde slave était la pipe : on pourrait creuser et sculpter le fourneau en écume et y adjoindre un tuyau d’ambre. Pour fumer quoi ? Le kif était trop fin et l’herbe de Nicot n’existait pas encore !

 

De l’Ethiopie à la Côte des pirates

 

L’évidence était qu’il fallait s’intégrer à une caravane faisant route vers Bab-el- Mandeb et les ports négriers de la côte des Somalis. Ils avaient déjà parcouru 2000 verstes, il n’en restait plus que 500 à 600, mais sur des pistes de montagne qui seraient très lentes. Au début du mois de juillet 1128, ils quittèrent le désert pour la montagne. La caravane était immense, plus de 2000 dromadaires, un cordon long de plusieurs lieues, mais une allure d’escargot. Après avoir franchi les cols, les voyageurs retrouvèrent un climat froid bien agréable après la fournaise du désert. Ils arrivèrent sur de hauts plateaux couverts de vertes prairies ; on croisait de farouches guerriers, mais il eut fallu une armée pour attaquer ce convoi. Il valait mieux ne pas s’isoler de la caravane. Cependant un jour ils eurent très peur : l’un des dromadaires boitait ; ils s’arrêtèrent pour extraire une grosse épine. Une petite heure de retard suffit à les éloigner de la caravane. Brusquement surgirent cinq guerriers arabes farouches conduisant l’attaque. Gunnar et Mitislav dégainèrent au même moment leur sabre et coupèrent les jarrets des chevaux. Les attaquants précipités à terre firent tournoyer leurs redoutables cimeterres et l’un d’entre eux s’apprêtait à égorger Ranulph quand Olga lui fendit le crâne avec la hache qui avait tué l’ours des forêts de Kirilovo ! Hors de cet incident, la caravane ne subit aucune attaque massive de bédouins ; le chef de caravane s’assura que les voyageurs soient protégés par sa garde.

L’expédition arriva en vue du port d’Assab sur la Mer Rouge en janvier 1132 : déjà quatre ans de pérégrinations ; les voyageurs avaient la nostalgie de la Russie ! Le soir, Olga et Gunnar se décidèrent à aborder le sujet de leur avenir ; tous deux s’aimaient ; ils décidèrent de s’en ouvrir auprès de l’oncle Nicolaï dès leur arrivée. Tous deux restaient avides d’aventures, mais non de guerres ; ils estimèrent que c’est en Crimée qu’ils seraient les plus heureux.

Les retrouvailles avec le commandant Iouri Litvine à Assad leur permirent de constater que les nefs et les pinasses étaient remplies de marchandises précieuses, aussi recherchées par les Byzantins que par les Varègues. Il restait pour le voyage de retour un obstacle à franchir. De part et d’autre du détroit, on apercevait des milliers de felouques armées redoutées par tous les marins : le détroit avait été nommé la « porte des larmes » et les deux rives, celle du Tigré et celle d’Aden, la « côte des pirates ». Heureusement ils avaient emporté des canons et des provisions de feu grégeois ; le capitaine s’en était servi à l’aller ; cet armement fut très utile au retour. Après deux mois de navigation, ils franchirent le Lac Amer, firent relâche à Alexandrie, puis mirent le cap sur Constantinople, où ils arrivèrent en plein carême. Leur venue avait été annoncée par les éclaireurs du Patriarche d’Alexandrie.

L’oncle Nicolaï les attendait sur le port aux côtés de l’Empereur Alexis Commène et de sa fille la Princesse Anne. Nicolaï connaissait depuis trop longtemps sa nièce et son fidèle lieutenant Gunnar, pour ne pas deviner aussitôt à leurs regards qu’ils s’aimaient. Alexis dit à Nicolaï « marions les vite, sinon ils risquent d’avoir conçu un enfant … ». Ils furent mariés le jour de la Pâque Russe à Sainte Sophie.

L’empereur comme cadeau de noces, délivra à Olga un décret qui la nommait ambassadrice à Rostov, et Gunnar fut désigné comme son intendant. Ils eurent de nombreux enfants. Olga l’intrépide finirait-elle ses jours dans un Monastère, béatifiée … c’est une autre histoire !

 

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