Auteur: Michel Gironde

Michel Gironde est directeur marketing à l'international chez un opérateur de télécommunications. En parallèle, il prépare à la Sorbonne une thèse de littérature générale et comparée sur l'écrivain mexicain Carlos Fuentes. Son origine, entre trois cultures - française, réunionnaise, malgache - l'a amené à travailler par l'écriture la construction de réalités mélangées.

Le métis

C’était un de ces cafés sombres de province où végètent ordinairement des habitués. Je n’aime pas ces endroits immobiles, mais tandis que le soleil d’été régalait mes yeux de ses ondes de chaleur dansant sur l’asphalte bouillant, il emprisonnait ma marche dans une gangue de plomb brûlant : n’y tenant plus, je m’assis entre ombre et lumière, et dégustai un monaco glacé. Un homme entra, qui en passant, me regarda en fronçant les sourcils. Il s’adressa à la cantonade en me tournant le dos. « Écoutez les gars, vous connaissez la nouvelle ? La négresse s’est fait éventrer par sa voisine, la Stéphanoise. M’est avis qu’elle l’a mérité. À force de tourner autour du mari de l’autre. C’est qu’elles sont lubriques, ces chiennes africaines, pas vrai ? Et en plus, vous savez quoi ? Elle attendait un p’tit singe. » Il adopta alors une posture et une démarche simiesque auxquelles répliquèrent des cris de singe de l’assistance qui ce faisant, me jetait des regards de biais. Je payai et m’en allai. Je connaissais les deux protagonistes de l’histoire. La victime n’était pas africaine mais malgache. Et elle n’était pas lubrique. La « Stéphanoise », comme ils disent, tout ce qu’elle avait de bizarre, c’était de ne pas être de ce village de Haute Loire.

J’ai eu la chance de connaître les deux familles et, en particulier, les deux femmes. Ce qui leur est arrivé est singulier : je vais le raconter pour effacer de ma voix ces cris ignobles. Mais je vais le faire en me plaçant sur la ligne invisible qui sépare exactement en deux le terrain sur lequel ont été bâties les maisons de vacance des deux femmes et de leurs époux, des cousins germains.

Je tourne le dos au chemin qui devient à ma gauche une route menant au village et à ma droite s’enfonce à travers une forêt dense d’épineux. La maison de Christine, la Stéphanoise, s’adosse à la forêt. Celle de Soa Lia, la Malgache, la regarde. En face de moi, une rangée de sapins serrés devançant un muret protégeant un pré désert. Les maisons ont été construites depuis peu et les cousins commencent à prendre l’habitude de venir ici passer leurs vacances d’été avec leurs femmes.

Au début, Soa Lia a trouvé la situation agréable. Saint-Etienne en été est étouffant et ennuyeux. Partir à la campagne, ça changeait. Et puis, Christine et Jean étaient plutôt agréables ; ils les ont au début invités, Soa Lia et Didier, à déjeuner, à goûter, à dîner, à voir des films. Comme Soa Lia prononçait les mots et maniait la syntaxe à sa façon, au début, ça a commencé par l’imitation de l’accent africain qui faisait rire tout le monde, sauf en fait Soa Lia qui trouvait non seulement l’imitation mauvaise mais, en plus, sans rapport avec son accent. Elle faisait alors semblant, elle riait jaune pour ne pas être en porte-à-faux. Après, Christine a commencé à parler de la pauvreté dans le tiers-monde : le refrain était lancé. « L’autre jour, j’ai vu une émission sur la Somalie. Oh, la, la ! Ces enfants décharnés avec leur ventre gonflé, ça m’a fait quelque chose. Mais chez vous aussi à Madagascar, il y a beaucoup de pauvreté, n’est-ce pas ? » Jean renchérissait : « Aux actualités, ils ont dit que dans le sud-est, dans la partie la plus désertique, la famine sévissait. ». Le premier été, Soa Lia n’a pas osé répondre à ces commentaires : elle pensait qu’elle s’exprimait trop mal pour pouvoir le faire, surtout que son mari ne l’avait pas vraiment défendue. De retour à Saint-Etienne, elle s’était inscrite à une association qui aide les femmes dans son cas : elle avait bien rigolé toute l’année avec les autres élèves – des maghrébines et des turques en majorité, et aussi des femmes de l’Afrique noire et de l’Océan Indien -, et comme elle avait bien travaillé ses cours chez elle, son niveau de maîtrise du français s’était considérablement amélioré lorsqu’elle revint passer les vacances d’été à Hosson. À la première tentative d’imitation de l’accent africain, elle imita avec gouaille l’accent stéphanois et raconta comment elle faisait rire ses copines malgaches avec ses histoires de ménagère stéphanoises qui lui grillaient la politesse dans les queues chez le boucher ou la bousculaient au marché, et qu’elle remettait en place vertement. « Mais on n’est plus chez nous, ici ! », s’écriaient-elles. « Non, vous êtes chez moi, maintenant ! », répliquait Soa Lia. Curieusement, autour de la table, cela ne fit rire qu’elle. De retour à la maison, son mari la critiqua pour avoir cassé l’ambiance, c’était juste de l’humour, il ne fallait pas le prendre au premier degré. Elle lui en voulut. Plus tard, Christine remit le couvert avec Madagascar : « Quand même, tout ce que la France a fait – les routes, les hôpitaux, les écoles -, c’était bien. Ça fait mal de voir maintenant toute cette misère. » Soa Lia ne se laissa pas faire là non plus : « Moi, ce qui m’a surpris en arrivant ici, c’est de voir autant de gens à la rue. C’est bizarre pour un pays qui se prétend riche. » À une autre réunion des deux couples, la conversation en vint à une cousine dont toute la famille se moquait, elle n’avait jamais vraiment réussi à avoir un emploi stable, elle traînait avec un roast-beef, un bon à rien en plus, une espèce de clodo. Christine prononça un verdict définitif : « C’est tout ce qu’on mérite quand on n’a rien fait à l’école. » Soa Lia, qui enfant n’avait pas été scolarisée, s’emporta : « Vous n’avez que ces mots à la bouche : les études et la situation, alors que vous n’êtes que des gratte-papiers de la Sécu et de la Poste ! » L’été suivant, Soa Lia s’abstint de rendre visite à ses voisins.

De son côté, Christine avait du mal à cerner Soa Lia. Au début, quand elle avait su : « Didier a rapporté une Malgache de là-bas ! », elle avait dit à son mari que c’était n’importe quoi, qu’il pouvait évidemment s’amuser un peu sur place pour tromper l’ennui et la chaleur, mais c’est tout ! Didier méritait mieux que ça : quand même, docteur en pharmacie, c’est quelque chose ! Mais il paraît que ça se passe comme ça avec tous les coopérants : ils se font mettre le grappin dessus par les locales. Et comme elles savent s’y prendre, ça les retourne. D’apprendre après que Didier s’était marié avec sa Malgache acheva de la consterner, mais elle décida de composer avec la situation. Après tout, il valait mieux faire bonne figure pour se rapprocher du couple et pouvoir aider Didier en cas de coup dur : dans une famille, on doit se serrer les coudes. Comme ça, la surveillance de cette femme s’en trouvera facilitée. Sans compter qu’on peut lui montrer ce qu’est l’accueil à la française. Christine multiplia les initiatives pour faire plaisir à Didier et à Soa Lia. Les rebuffades de cette dernière l’agacèrent prodigieusement. Elle ne comprenait pas, elle avait été très sympa, elle avait fait beaucoup d’efforts. Avec la différence de niveau, bon, c’était déjà sacrément difficile : elle avait fait des études supérieures et Soa Lia n’avait pas beaucoup de conversation. La seule chose intéressante, c’était ses cartes : ça émoustille toujours, même si on n’y croit pas. Elle, par contre, y croit et c’est normal. Pour des pays comme ça qui ne contrôlent rien de leur présent, la prédiction donne l’impression d’un peu de maîtrise de ce qui est à venir. Du coup, Christine avait souvent parlé de Madagascar pour montrer qu’elle s’intéressait à ce pays. Elle n’avait vraiment pas compris pourquoi Soa Lia avait aussi mal réagi. Et quel manque d’humour aussi ! On ne pouvait rien lui dire. Une fois, Soa Lia a même parlé de racisme. Là, c’était le bouquet ! Dans ce cas, elle aurait été reçue, et avec autant d’égards ? Ce qui embêtait le plus Christine maintenant, c’était de ne plus savoir ce qui se passait chez Didier. Elle était sûre que Soa Lia lui pompait un maximum d’argent pour l’envoyer dans son pays et elle ne pouvait rien faire pour empêcher ça. Dire que sans la France, cette Soa Lia serait encore dans sa brousse à l’heure actuelle ! Et là, elle se pavane avec ces robes courtes et ces petits hauts qui ne cachent rien. Et Jean, comme si personne ne le remarquait, qui bave devant elle.

Au départ, les maisons étaient juste en face l’une de l’autre ; maintenant, elles se faisaient face. Il est vrai qu’une série d’événements avait sérieusement envenimé la situation. Lors d’un barbecue organisé par Christine et Jean qui avaient invité des amis de Paris, alors que des côtelettes avaient été laissées sur le grill sans surveillance, le chien de Soa Lia avait profité de l’occasion pour s’emparer du butin de viande et l’avait rapporté près de la maison de ses maîtres pour le dévorer. Les enfants des invités se rendirent compte du larcin et coururent vers le chien pour tenter de récupérer les côtelettes. L’animal se retourna et grogna en montrant ses crocs, ce qui fit reculer les enfants au-delà de la ligne médiane du terrain des deux maisons. Christine, informée de l’incident, malgré Jean qui tentait de l’en dissuader – ce n’était rien, il y avait suffisamment de viande -, vint faire la leçon à Soa Lia – il faut savoir tenir son chien, et s’il avait mordu les enfants ?, quelle impression vont avoir mes invités parisiens ? Soa Lia l’envoya balader sans ménagement. Les deux femmes ne s’adressèrent plus alors la parole. Quelques jours plus tard, Jean vint voir Soa Lia et Didier, hésitant et le regard fuyant. Il finit par annoncer qu’il avait retrouvé le chat de Soa Lia noyé dans leur lave-linge : Christine avait lancé une machine sans se rendre compte que le chat s’y était installé pour dormir. À travers les portes-fenêtres vitrées de son salon, Soa Lia regarda longuement Christine de profil en train de faire tranquillement la vaisselle chez elle. Les jours passaient sans qu’aucune des deux femmes ne traverse la ligne virtuelle de démarcation qui séparait les deux maisons. Pourtant, Christine osa un jour de nouveau la franchir pour offrir un pot de confiture à Didier, qu’elle avait elle-même préparé avec les fruits de son jardin. Soa Lia en conçut une haine mortelle, elle pense qu’elle peut venir comme ça, entrer sans frapper et passer devant moi sans un mot comme si je n’étais pas là ou comme si ne j’existais pas, pour discuter avec Didier ? Soa Lia avait tout de suite compris que Jean n’était pas insensible à son charme exotique. Elle commença par l’aguicher avec des petits regards et des attitudes équivoques. Lorsqu’il fut mûr, et cela ne mit pas longtemps avec un Don Juan de province manqué, elle passa à l’action. En faisant à Jean ce qu’elle pensait Christine incapable même de concevoir, elle savourait sa vengeance. Un dernier évènement constitua le déclencheur. En cours d’année, à Saint-Etienne, Didier tenta de se suicider. Déjà dépressif à cause de sa pharmacie qui ne marchait pas, la visite d’un huissier mandaté par l’ancien propriétaire de son affaire, qui s’impatientait de ne pas recevoir les derniers versements de sa vente, acheva de le plonger dans une dépression profonde dont il s’imagina s’échapper en essayant mollement de se supprimer avec des barbituriques. Après avoir découvert le corps inanimé de Didier en rentrant chez elle, Soa Lia, après que les pompiers eurent emmené son mari aux urgences, ne sachant que faire, appela Jean. Mise au courant, Christine prit les choses en main. Elle débarqua avec Jean chez Soa Lia, et sans un regard pour elle, commença à fouiller l’appartement à la recherche de papiers. « C’est au cas où, pour l’héritage. », bégaya Jean. Soa Lia, pétrifiée par le sans gène de Christine, ne put réagir, et ce n’est qu’après le départ du couple qu’elle récupéra ses esprits. Elle se jura de faire rendre gorge à Christine, mais pour l’instant, elle avait à s’occuper de Didier. Celui-ci resta quelque temps à l’hôpital, et comme l’été approchait, manifesta la désir de passer sa convalescence dans leur maison d’Hosson. Malgré son absence d’envie, elle accepta pour son mari.

Je regarde les deux maisons. Et pourtant en elles se sont côtoyés le romazava de Soa Lia et le sarasson de Christine, la danse des canards et le salegy, le culte des ancêtres et le paradis chrétien.

De retour à Hosson, Soa Lia entreprit de jeter un sort à Christine. Elle acheta une chèvre pour le sacrifice et se prépara mentalement pour l’invocation aux esprits. Qu’est-ce qu’elle croit ? Elle fait celle qui méprise les cartes. Pourtant, quand je lui ai dit qu’elle n’arrivait pas à avoir d’enfant, elle a marqué le coup. Elle croit que je me suis mariée avec Didier pour son argent, mais quel argent ? Je ne suis pas comme ma copine Zara, la pute. Il me plaisait tout simplement avec son petit visage pointu de blanc tout sec. Il faut aussi penser à l’avenir. Qu’est-ce que je deviens s’il me laisse tomber ou qu’il meurt ? Je n’ai pas de travail. Alors, oui, j’ai fait construire ma petite maison chez moi à Itampolo où je me retirerai plus tard. Après tout, la France est riche, n’est-ce pas ? Si un tout petit peu part à Madagascar, ça ne se sentira pas. Et puis, c’est un juste retour des choses : dans le temps, ce pays s’est bien servi sur le dos du mien, non ? Christine, elle me prend de haut parce que je n’ai pas d’éducation. Mais de quoi parle-t-on ? D’une éducation qui laisse crever de faim une cousine sans le sou ? Chez nous, on s’entraide, on ne laisserait jamais faire ça. Ah, je n’ai pas beaucoup de conversation ! Tu parles d’une conversation chez eux ! Toujours des histoires sur les noirs et leur incapacité à se prendre en charge eux-mêmes ! Et en plus, il faut rire ! Mais de qui se moque-t-on ? De toute façon, je m’en fiche : mon ventre s’arrondit de plus en plus, même s’il n’y a que moi qui le voit. Christine va avoir une sacrée surprise. Maintenant, elle va constater la puissance de la magie malgache.

Christine, depuis le début des vacances, se laissait gagner par une douce exaltation. Au diable Soa Lia ! Depuis cinq longues années qu’elle essayait d’avoir un bébé ! Et là, depuis peu, plus de règles, et elle commence même à avoir des nausées. Elle préfère cependant garder la nouvelle pour elle et attendre d’être complètement sûre : elle a eu tant de déceptions jusqu’ici. On ne sait jamais. En attendant, elle est oppressée par la chaleur de l’été, comme toujours. Et les nuits sont si fraîches à Hosson, à cause de l’altitude. Elle a du mal à s’endormir et aujourd’hui, elle est contrariée par l’attitude de Jean qui se met à défendre Soa Lia. C’est nouveau, ça ! Qu’est-ce que ça signifie ? Elle sombre dans un sommeil difficile. Elle se retourne sans cesse. Une branche tape à la fenêtre et son estomac se noue. Elle rêve de papillons englués dans du sang. Soudain, elle se réveille, se lève, se dirige vers la fenêtre et voit d’abord l’obscurité du bois transpercée par les fûts des arbres. Son cœur s’arrête. Elle vient d’apercevoir une masse sombre évoluer lentement au fond du bois. Suspendant sa respiration, elle regarde encore par la fenêtre et voit maintenant la chose se diriger vers elle comme en rampant. Christine distingue deux points jaunes comme des yeux qui semblent la fixer. Paniquée, elle essaye de crier mais aucun son ne sort de sa bouche. Les yeux jaunes l’observent à présent tout près de la fenêtre. Christine s’est recroquevillée dans un coin de la chambre et elle ne comprend pas pourquoi Jean ne se réveille pas. Les yeux et le corps immense informe ont traversé le mur et s’avancent vers elle. En s’évanouissant, Christine a une pensée saugrenue : elle se rappelle sa grand-mère paysanne lui racontant que dans les fermes, il fallait suspendre les bébés au plafond pour ne pas qu’ils soient mangés par les cochons en liberté. Au réveil, Christine est dans son lit avec Jean qui dort encore. Elle sent quelque chose de poisseux entre ses jambes. Elle écarte la couette : du sang et des petits monticules noirâtres tâchent le drap sous elle. Tout tourne autour d’elle. Elle se lève et sort sur le perron pour prendre l’air. À travers l’éblouissement matinal du soleil levant, elle aperçoit Soa Lia vider près des sapins au fond de son terrain un seau rempli d’un liquide sombre et revenir en posant sa main sur son ventre. En un éclair, elle comprend tout. La chèvre que Soa Lia a amenée la veille, les cris de la pauvre bête qu’on égorgeait en fait, le sang recueilli dans le seau, les étranges psalmodies provenant de la chambre d’ami de la maison de Didier, le souvenir des histoires de magie noire de Soa Lia : elle l’a ensorcelée ! C’est sûr : c’est pour cela que la bête immonde lui est apparue et lui a mangé son bébé, son pauvre bébé, son bébé à elle. Christine se met à pleurer. Elle s’arrête brusquement. Une autre illumination. Jean lui paraissait bizarre ces derniers temps. Un jour, elle avait senti sur lui cet écoeurant parfum à la vanille que porte Soa Lia, il avait dit qu’il lui avait fait la bise, lui ne s’interdisait pas de parler à Soa Lia, elle l’avait cru ou avait préféré le croire ; tout à l’heure, cette façon de se caresser le ventre et de cheminer comme alourdie vers l’avant : Soa Lia était enceinte et pas de Didier, puisqu’il est stérile, ça, ça le foutait vraiment en l’air ; donc de… Elle eut la respiration coupée, un flot de sang lui monta à la tête. Son visage se durcit, ses yeux se plissèrent. Elle rentra dans sa cuisine et y saisit un couteau de boucher. Elle traversa en haletant le gazon entre les deux maisons et entra chez Didier et Soa Lia.

J’imagine qu’après cela, Soa Lia ayant pris le couteau de Christine dans le ventre, a malgré tout trouvé la force de l’assommer avec le pilon rapporté de Madagascar et qui se trouvait alors à portée de main, qu’elle est sortie en titubant de sa maison, qu’elle s’est écroulée et qu’elle a, on ne sait comment, réussi à arriver en se traînant près du portail.

Je repasse près du café sombre et j’entends en passant le même homme haranguer ses compagnons. « J’en ai appris une bien bonne, les gars. Vous vous rappelez la négresse éventrée. Eh, bien ! Elle est morte mais son p’tit singe est vivant, incroyable ! Les médecins, en arrivant, l’ont trouvée gisant au milieu du terrain. Ils ont vu qu’elle était enceinte, que c’était foutu pour elle, mais qu’ils avaient une chance de sauver le bestiau s’ils s’y prenaient tout de suite sur place. Et ils l’ont fait ! Chapeau bas ! La médecine chez nous, c’est quelque chose ! Là-bas, dans son pays, personne n’aurait survécu, c’est moi qui vous le dis ! »

Je continue mon chemin, m’enfonçant dans la chaleur.

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7 Responses to “Le métis”

  1. Annie Rapp dit :

    Bonjour,
    J’ai bien reçu votre livre et vous remercie de la dédicace.
    Félicitations.
    Bonjour à Catherine
    Annie Rapp

  2. gironde catherine dit :

    Cette réalité si proche de nous et que l’on voudrait croire si lointaine… touchante, boulversante, révoltante à chaque fois mais tellement quotidienne…

    Bravo, la magie du vécu opère à chaque fois…

    Mais est-ce vraiment un récit que l’on a lu ?
    Cette réalité, ne l’a-t-on pas tous croisée, vécue nous même…

  3. Michel Gironde dit :

    Réponse à Hélène Müller :
    Merci pour cette lecture structurée et fine.

  4. Rubén Beltrán dit :

    Je viens de lire la nouvelle est bien sür je l’ai bien aimé…. les descriptions, les personnages mais surtout l’histoire m’ont permis d’immaginer le monde concu par l’auteur… je me suis transporté au monde décrit et j’ai bien aimé l’aprentissaje acquis sur le monde métis de la France…

    Je ne suis pas francophone de naissance mais bien sür cette nouvelle represente une opportunité pour connaitre un monde écrit culte, stimulant et provocateur.

    Je suis dans l’attente d’une nouvelle écrite!

    Félicitations!!!

  5. Fabrice Scaramelli dit :

    Félicitations!

    J’ai lu cette nouvelle de bout en bout : haletant ;

    Derrière le racisme qui m’écœure toujours, j’ai adoré l’Histoire, la Vrai celle qui se cache derrière les ragots.

    Ceux-ci polluent notre vie au quotidien si on y porte trop attention. L’important n’est pas que la vision de l’autre, que la vision de la société mais l’acceptation de soi en toute objectivité.

    Merci encore pour ce bon moment qui m’a permis de réfléchir à qui je suis et ce que je souhaite être et ne pas être….

    Au plaisir de vous lire encore

    Fabrice

  6. Hélène Müller dit :

    Bravo pour cette nouvelle d´une écriture précise et efficace. Sans grands effets, elle nous entraîne dans une escalade mortelle, qui débute comme une sympathique histoire de cousinage et de voisinage pour finir dans un bain de sang. On voit bien comment on passe d´une neutralité bienveillante à l´hostilité ouverte, comme le résume la phrase :
    « Au départ, les maisons étaient juste en face l´une de l´autre ; maintenant elles se faisaient face. »
    Soa Lia, après de vrais efforts d´adaptation et d´intégration, est renvoyée par le regard de Christine à sa « différence », c´est-à-dire ses racines malgaches. Il est alors compréhensible qu´elle ait recours pour se venger de sa rivale à des pratiques ancestrales. Du genre : «puisque tu me vois comme une sauvage, je vais me conduire en sauvage ».
    Le texte réussit très bien à cerner ce racisme rampant, inconscient de lui-même, qui se trahit par une gentillesse condescendante. Soa Lia devrait être reconnaissante à Christine, une vraie Française, de ses efforts envers elle.
    C´est un texte riche parce qu´il y a au moins deux niveaux de lecture. Il y a l´histoire de la rivalité entre les deux femmes, mais le titre ainsi que le premier et le dernier paragraphe attirent l´attention du lecteur sur le narrateur-témoin, ce métis dont on n´apprend rien mais dont on devine qu´il participe des deux cultures et que leur affrontement lui est un déchirement.
    Merci encore pour ce bon moment de lecture et de réflexion.

  7. Anastasia Arzoglou dit :

    Style vigoureux lié à une bonne construction: des caractéristiques qui saisissent le lecteur, en lui éveillant l’intérêt dès les premières lignes jusqu’à la fin. Etude subtile sur les notions d’ouverture, de tolérance et de divergences politico-culturelles.