Auteur: Alexandre Leupin

Alexandre Leupin est professeur distingué au département d'études françaises à Louisiana State University.

Une affaire de plagiat

 

“La jouissance du plagiaire ne peut donc se confondre avec celles des auteurs originaux. Il en résulte que, sans même que nous le formulassions explicitement, nous lisons différemment le poème d’un algérien francophone ou d’une poétesse française.”

 

Par inadvertance, Mondes Francophones a récemment publié une série de poèmes de Djamel Mazouz qui se sont avérés être des plagiats, copiés collés des poètes Nicolas Franck et Liliane Lafond. En tant que directeur de la revue, je tiens à m’excuser auprès de ces auteurs lésés, et leur offre de republier les poèmes en cause sous leur nom, accompagnés d’une minibiographie et d’une photo, selon l’usage de MF.

 

Il va de soi que MF ne saurait tolérer les plagiaires ; il va de soi aussi que, vu nos moyens, il nous est impossible d’assurer dans tous les cas que nos textes sont bien des originaux ; nous dépendons donc de la bonne foi de nos auteurs. Sur la masse énorme des textes que nous avons publiés depuis le lancement de MF dans tous les domaines, Djamel Mazouz constitue bien heureusement l’unique exception.

 

Ce malheureux épisode a été pour moi l’occasion d’une réflexion sur le concept d’auteur, la signature, la propriété littéraire.

        

Au cœur de MF se trouve la demande que tout auteur, que ce soit en fiction ou en réflexion, s’implique dans son écriture : MF n’a que faire de la mort (toute théorique) de l’auteur, de l’absence du signataire et autres fadasseries qui furent à la mode il y a une vingtaine d’années. Nous tenons au contraire que le sujet ne saurait jamais être qu’impliqué dans son énonciation, et responsable de son dire.

 

À ce titre, il est clair qu’un texte signé par un auteur algérien francophone n’est pas celui d’une poétesse française, même si, à la virgule près, ils sont identiques. Leur adresse, le désir qu’ils révèlent (leur fonction de symptôme) ne sauraient se recouper – dans le cas de Mazouz, il s’agit d’un désir de reconnaissance dont l’effort a été payé par un autre ou une autre (ce déplacement étant probablement, comme le très éphémère plaisir de se voir publié, source de jouissance pour la perpétration). Dans le cas des auteurs originaux, qui sait ? Sauf qu’à l’évidence, ce désir sera différent de celui du plagiaire.

 

La jouissance du plagiaire ne peut donc se confondre avec celles des auteurs originaux. Il en résulte que, sans même que nous le formulassions explicitement, nous lisons différemment le poème d’un algérien francophone ou d’une poétesse française.

C’est pourquoi notre offre aux poètes lésés n’est pas de republication, mais bien de publication, puisqu’il s’agit de poèmes autres.

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