Eva Dam vit en Roumanie.

Eva Dam, Les Versets d’Ève

Les Versets d’Ève invitent à une recréation ludique de la Genèse. Ils se glissent dans ces interstices de la Parole où le silence semble le plus prometteur : l’enfance d’Adam, le premier face-à-face avec Ève, les joies grimpantes et les ambitions mordantes de la vie en Éden, où Dieu se laisse appeler papa, où les jeux et les travaux ne manquent pas. 

 

cop Eva Dam-Les versets

 

 

Extrait :

Glaise

Personne ne dit qu’Adam était d’abord un enfant.
Il l’était.
De glaise, un bébé.
Dieu lui-même l’allaitait.
Il fallait :
le tenir ;
l’aguerrir ;
l’endormir.
Le chérir.
Et après ?
L’arroser – au biberon de rosée.

 

Tonnerre

Partout, bouches béantes : lions, moutons.
Moustiques. Fleurs de menthe.
Toutes, des bouches de bébé, attachées à des gorges de bébé.
Dieu sonnait l’heure.
Un tonnerre : petit-déjeuner.
Deux, faim.
Trois, déjeuner.
Quatre, faim.
Cinq… rien. La nuit venait tard.
Pour l’enfant, Dieu avait pris le climat méditerranéen.

 

Déluge

« Papa, je peux ? »
À trois ans, Adam voulait marcher sur l’eau.
Comme Dieu.
Papa lui montra comment faire : avaler de l’air.
Trois bouffées.
Se mettre à deux pattes.
Moutonner.
Le reste venait de soi :
« Papa, joue avec moi ! »
« À quoi ? »
« À moi et papa. »
Adam giclait Dieu dans la face.
Dieu riait.
Giclait Adam.
Faisait la barque et le vent :
l’orage diluvien.

 

Miroir

Par erreur, Adam s’est vu dans l’onde.
Il s’est regardé. Il a compris qu’il avait une tête :
« Ma tête », il faisait.
Il goûtait le mot et l’idée.
« Laisse. Sortons. Il est temps de prier ! »
Ils s’agenouillaient tous les deux sur la rive et disaient :
« Notre Père qui es aux cieux. »
« J’aimerais connaître ton père », dit Adam.
« Il est grand. »
« Grand comment ? »
« Comme moi divin. »
Aha.
Grand-Papa !

 

 

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