Auteur: Clotaire Saah

Clotaire SAAH NENGOU PhD., est spécialiste de Littérature comparée et sémiologie du texte. Diplômé de L'université de Yaoundé et de l'Université Federale d'Ibadan au Nigéria, Dr Saah est l'auteur de plusieurs publications dont l’un des derniers titres en date: The French Revolution, the françafrique cooperation and the "Arab spring": a double dealing? 2012. Nyc. USA . Il est chargé de cours à l'université de Ile-Ife Nigeria.

Président Noir à la “Maison noire” ?

Sommaire

Avec l’arrivée très prochaine des nouvelles élections aux États-Unis et la résurgence de groupes radicaux et ultra conservateurs tel que le « Tea Party Movement» (TPM), cette étude met un accent tout particulier non seulement sur l’émergence du phénomène « Obama », l’homme le plus puissant de la planète, mais aussi sur la nécessité de garder en vue la défense de l’éthique postmoderne de résistance à la domination. Le présent article se penche aussi plus  sur les questions portant sur la sémiotique des couleurs. Obama, simple patronyme, est plutôt perçu ici comme un Code; décryptable et décodable dans un réseau complexe de significations, où la “Maison blanche” dépasse la simple coloration pour devenir un signe iconique.  Obama, un président “blanc”! Peut-on se le permettre?

Comment un individu dont 50% de sang africain et 50% de sang caucasien coulent dans les veines, peut-il être toujours considéré noir, même après tant de preuves des ramifications généalogiques s’étendant jusqu’en Europe ! C’est tout comme si le « noir » était un agent colorant inaltérable ? Pourquoi donc un groupe d’individus se dirait-il Blanc et un autre Noir, lorsqu’on sait très bien qu’aucun caucasien n’est blanc comme neige et qu’aucun africain, noir comme de la suie ?

 

Introduction

Perçu dubitativement par la gent critique il y a quelques années peu avant son élection comme un «grand point d’interrogation », Obama était ensuite devenu par la force des circonstances l’objet d’«admiration» (Pondi).1 En effet l’identité du président Obama du fait de sa couleur, fut méticuleusement passée au peigne fin, analysée et examinée dans diverses enquêtes psycho analytiques, psychiatriques,  sociologiques, anthropologiques,  socio-historique…etc. Longtemps après cette pléthore de théories et de tests scientifiques sur un président noir en Amérique, aujourd’hui nous tentons plutôt d’examiner son identité au sein d’un réseau de significations dont la pertinence devrait être esthétiquement établie au niveau sémiotique, c’est à dire la sémeiosis. Nous sommes dès lors passés de l’antique «l’admiration» au décryptage et à la signification présente. Roland Barthes définit la sémeiosis comme la science du décryptage et du décodage des signes et des symboles. Vu sous ce prisme, la couleur blanche de Maison Blanche va bien au-delà de la simple couleur blanche ou la peinture sur le bâtiment, et « Obama » n’est pas simplement un patronyme africain: c’est un code, un signe que nous allons décrypter, décoder et interpréter comme une sorte de  catalyseur  subversif dans la hiérarchiques des valeurs et des stéréotypes établis, profondément ancrés dans la psyché et le tissu social américain, de même que sur le continent africain. Il s’appelle Barack Hussein Obama ; un nom qui a réveillé les communautés noires américaines (dont la majorité porte des noms Européens, les noms de blanc) en introduisant une nouvelle donne dans l’arène politique américaine. Après un long passage dans l’enfer de l’esclavage et de la ségrégation, la communauté noire qui, il y a des décennies, avait suivi le sentier de la liberté (tracé par Rosa Park, Malcolm X, Martin Luther King Jr. et bien d’autres), a finalement vu venir le Messie de la mère Afrique, la mère Afrique. En réalité, Obama a des racines un peu partout sur le continent européen. Ce nom « Obama » est même très répandu chez les Béti du Sud et du centre Cameroun, de la Guinée équatoriale et du Gabon. Ce nom a donc des résonances non seulement en Afrique de l’Est, au Kenya, mais aussi dans toute l’Afrique bantou. Au Cameroun par exemple, ce nom est pluriforme : Obama et Obam ou Aubam au Gabon … Au-delà de ces sources onomastiques variées, Obama fonctionne surtout comme un signe et un code; notre préoccupation toutefois donc consistera d’étudier comment « Obama » fonctionne comme code et comme symbole suggérant une déviation du «signe-iconique». Nous devrions examiner ce signe dans sa relation de signifiance qui dépend du code des couleurs tels que l’interaction blanc et noir par exemple. Nous décrypterons la « Maison blanche » et son tenancier noir, Obama, comme sèmes contrastifs et conflictuels dans un réseau complexe de significations.

 

Sémiotique des couleurs : Obama un président blanc ?

Notre univers est bigarré et Chandler en ce sens écrit que: la sémiotique pourrait être dans tous les domaines. La définition la plus simple est… l’étude des signes… Qu’entendez-vous par signes? … Des signes dans la vie quotidienne comme des panneaux routiers, des signes de pub et des signes astrologiques… (2010: 109)La couleur ordinaire peut donner des informations codées. Selon Christian Faure (2011: 203), la couleur est un élément très important dans les arts graphiques, en physiologie et en philosophie. Une iconographie facilement identifiée par rapport à la couleur peut nous fournir des messages. Par exemple le signal lumineux où le vert =libre; le jaune = avertissement; rouge = danger. Cette iconographie se retrouve aussi dans le règlement sportif (par exemple, le football. Ensuite les couleurs les plus courantes ont une connotation sociale standard, par exemple, la couleur noire augure souvent comme un mauvais présage, elle symbolise le deuil, la tristesse, la mort et tout ce qui est maléfice dans les sociétés occidentales, tandis la couleur blanche, renvoie au bonheur et à tout ce qui est bon : la paix, le bonheur, l’espoir et la vie. Cela est relatif car dans certaines cultures asiatiques et africaines, le «blanc» symbolise la mort. Plusieurs systèmes sémiotiques utilisent des couleurs pour représenter des réalités abstraites. Parmi ces systèmes on peut noter les armoiries, des drapeaux, des uniformes militaires, et des maisons, donc celle qui  attire notre attention, la maison du premier citoyen des États-Unis: la Maison Blanche, cadre de la présente analyse. Le pragmatiste américain Pierce [1] comme on l’a vu, a divisé la sémiotique en trois types de signes dont l’un des plus évocateurs est: le «signe iconique», qui intervient pour montrer que le signe ressemble à son référent. Dans le cadre de cette étude, nous pouvons dire par exemple que: «La Maison Blanche » (signe), évoque la demeure d’un président blanc (objet). Dans cette logique, la Maison Blanche a toujours fonctionné comme un signe iconique (1994). Par ailleurs WEB Du Bois soulignait la prééminence de la pigmentation (couleur de la peau) en ces termes, «le problème du XXe siècle est le problème de la couleur » (    ). Par ailleurs, Michèle Lacrosil, une femme écrivain des Antilles françaises a révélé dans ses œuvres, le parricide psychologique et la complexité des problèmes psychologiques d’un individu victime du racisme colonial et qui s’échappe du patrimoine ancestral. À cet égard, Ojo dit que, la question de couleur et de classe est d’une grande importance dans la colonie et à l’échelle qualitative, car le Noir est relégué au dernier plan: Le Blanc et Noir croient que le Noir est mauvais, qu’il n’est pas digne de respect et mérite d’être piétiné et condamné à vivre en marge de la société. Afin de gravir les échelons et échapper à l’enfer des ténèbres, (le physique allant de pair avec le psychologique), le Noir décide « de purifier la race» en recherchant des liaisons avec des peaux claires (plus le teint est clair, plus on est proche du blanc, et mieux on se sent)… (1996:133)

Malgré la pertinence de la couleur et de la rhétorique raciale, il est difficile, au rythme où les races se brassent, de dire avec précision qui est blanc ou noir aux États Unis d’Amérique. D’après la définition adoptée à la suite du recensement de 2000, les choses se précisent plus clairement quant à savoir qui est blanc aux États-Unis. Par conséquent, est «Blanc», tout individu ayant des origines [2] en Europe , au Moyen-Orient, en Afrique du Nord. Il y a d’autres sources situées en Europe telles que, des Irlandais, des Allemands, des Italiens, des Libanais, le Proche-Orient, les arabes, les polonais… (sans taches ou macule de sang nègre) (2011). Cependant, les choses ne sont pas limpides quand il s’agit de décider qui est noir aux États-Unis. Le recensement en question en dit ceci: est Noir ou africain-américain, tout individu qui tire ses origines de l’un des principaux groupes raciaux d’Afrique Noire (nilotique, soudanais, mandingue, bantou, hottentot. etc.). L’ on peut remettre en question une telle définition qui porte en elle des lacunes. En effet le recensement américain ne dit pas mot sur ces « Noirs » qui sont issus du mélange de sang blanc et de sang noir dans leurs veines  et pas l’inverse. Pourtant il existe trop de considérations artificielles, irrationnelles et des préjugés saugrenus dans cette classification. Sinon, pourquoi donc appeler « Noir » tout individu qui, physiquement, est tout à fait Blanc à 80%, de la tête aux pieds ? Vu sous un prisme culturel africain ce serait la pire des aberrations que d’appeler « Noir » quelqu’un qui quelque part dans sa généalogie n’a amassé que 5% ou 10% de sang noir, mélangé à 95% de sang blanc. Pire encore, pour le cas de figure où l’on a 50% de blanc et 50% de noir  et la personne comme dans beaucoup de cas, paraissant plus proche du Blanc que du Noir. Pourtant on collera toujours à cette personne, l’estampille nègre. Cet étrange phénomène racial nous laisse croire que le Blanc ne voudrait rien avoir à faire avec ce brassage naturel dont il est participant et co-auteur (soit par le viol ou bien par  des rapports consentants). C’est tout comme si l’être hybride de parent noir, avait été conçu du “Saint Esprit” et l’homme blanc Blanc n’y était pour rien. La couleur noire semble être un agent tellement contagieux que le puriste aurait peur de se reconnaître dans la « race de Cham » ; bref ceci nous fait déduire que le Noir serait le réceptacle de toutes sortes d’ hétéroclismes et d’impuretés”, pouvant faire de lui une, abâtardie et impropre.

L’on ne saurait donc ignorer que le Président Obama lui-même constitue un cas d’ambigüité. En effet, fils d’un gentleman Kenyan, un noir “pur-sang” d’Afrique à 100 % et tel mélange harmonieux qui donne à chacun 50% de sa contribution génétique.  L’on aurait pu tout aussi bien pu appeler Obama, le « Président blanc » ! Y aurait-il du mal à le faire? Serait-ce l’envers du décor? L’ on s’est bien tous habitués à un titre (Obama black président), mais pourquoi diantre prendrait-on l’inverse (Obama white président) comme un crime de lèse – blanc ou une offense à l’ordre séculaire et souverain imposé par l’establishment blanc américain; celui qui viserait systématiquement à préserver la pureté de la race blanche ? C’est ainsi que la rhétorique de couleurs (blanc et noir, par exemple) a été parfois manipulée par des mouvements populistes, suppôts de certains parti politiques. Espérons bien qu’au cours des élections prochaines, le discours cognitif prendra de l’ascendance sur les question de peau. Cette rhétorique de la couleur a même été inscrite à l’ordre du jour d’agendas de mouvements politiques extrêmes, en l’occurrence le « Tea Party Movement ». Ces “TPM” l’utilisent comme supports, véhiculant des messages racistes et injurieux qui créent une vision manichéenne de la société: les bons (d’une couleur) et les mauvais (d’une autre couleur). À cet égard, Enrique écrit: La distinction entre noir et blanc a marqué l’histoire visuelle de la société de ce siècle. (2011: 143) Par conséquent, avec la présence d’un Président noir aux affaires, l’amalgame entre la politique et  l’obsession de la couleur, ont repris du poil de la bête aux-États-Unis d’Amérique ces dernières années au cours du premier mandat d’Obama.

 

Qu’est-ce que le « Tea Party Movement »?

Le « Tea Party Movement » ou TPM, est un mouvement populiste politique Américain généralement reconnu comme conservateur et libertaire, qui a parrainé des mouvements de protestation aux États-Unis. Le nom « Tea Party » est une référence au  « Boston Tea Party ». Le Tea Party a été reconnu comme un exemple d’activité politique à la base. La plupart des militants du Tea Party se considèrent politiquement conservateurs ou républicains. Weaver écrit: Je voudrais débattre d’un phénomène de plus en plus documenté sur l’anxiété raciale chez les Blancs … je persiste à dire que le « Tea Party Movement» est comme une sorte de manifestation concrète de nouvelles inquiétudes raciales… Les conceptions au sein du mouvement racial pourraient être beaucoup plus malléables que l’on puisse penser… Les gens m’ont demandé si le «Tea Party» n’était préoccupé que par la question de peau? J’ai répondu oui…, il s’agit du rouge, du blanc, du bleu… qui sont chargés de sémiotique nationaliste et patriotique, également véhiculés par une rhétorique raciale… (2011:210) Il y a une discontinuité entre le signe Obama et son objet, Président des États-Unis d’Amérique et c’est ce qui arrive lorsque la logique raciale du signe iconique est perturbée. Les gens prennent toujours la présidence comme un signe iconique. Mais la présidence devrait fonctionner comme un signe indexical en ce vingt-et-unième siècle. Pour une appréciation objective des mouvements de l’ombre, nous présenterons ci-dessous une collection de signes du « Tea Party » disponibles sur internet (2011), où des discours discriminatoires traduisent chez certains blancs extrémistes,  le racisme, la colère, de l’amertume et même de la haine à voir un Noir à la Maison blanche. Voici ce qui se dit sur des pancartes de manifestants TPM:

– « (Américains) Restez-là assis à ne rien faire, pendant que des kenyans veulent détruire les États-Unis ».

– « Sauvez l’Amérique blanche! »

– « le plan Obama: l’esclavage des Blanc! »

– « Il (Obama) est destructeur, musulman noir antipatriotique »

– « Parle pour toi-même, Obama ; nous autres, nous sommes une nation chrétienne! »

– « Obama, retournez au Kenya! »

– «un président chrétien, voilà ce qu’il nous faut! »

– « Obama, terroriste, « In God we trust ! »

– « Destituez OSAMA OBAMA, dit Hussein! »

– « L’Anti-Christ, Obama vit dans la Maison Blanche »

– «Je dois sauver les États-Unis! »

– «Nous perdons notre pays et nous pensons que les musulmans nous le volent »

– «Les Blancs en ont ras-le-bol! »

– « Avortez Obama, et non pas le fœtus!»

– « un Africain est dans le zoo, et dans la Maison Blanche, un président Noir menteur»

– « Obama président, pour le Kenya »… etc…

Deux signes offensifs sont récurrents dans ces textes: les adjectifs de couleur et les concepts liés aux origines. Tous ces signes de nature offensive, qui jugent plus Obama par la couleur de sa peau et ses origines africaines, que par le contenu de son caractère, traduisent clairement la peur, l’anxiété dans les mentalités des certains Blancs, qui font tout pour maintenir le statu quo (le Blanc supérieur au Noir), afin de perpétuer le spectre et l’horreur du « Far West » violent et de la négrophobie au sud des États-Unis d’Amérique : c’est une lutte désespérée pour défendre concrètement les vestiges de la vieille Amérique, hantée par le Ku Klux Klan et des stéréotypes du “White establishment”. L’objectif étant la reconquête de la Maison Blanche, qu’ils croient (selon les messages véhiculés par leurs signes) leur échapper et pourtant, qui devrait rester l’apanage exclusif des Blancs. Paradoxalement, cette Maison Blanche, abrite désormais une «tête noire», un anti-prototype.

 

Barack Obama: code et déviation du signe-iconique.

Chandler au fil de son analyse pose que: «les gens vont probablement penser que la sémiotique ne concerne que les « signes visuels »… les signes peuvent également être des dessins, des tableaux et des photos, maisons… » (2010:109). Si l’on s’en tenait a cette définition, le signe iconique « Maison Blanche» (résidence du président des États-Unis d’Amérique, Barack Hussein Obama et sa famille), contrasterait avec la couleur noire de ses locataires, et c’est ce qui rend le signe iconique contradictoire et incohérent.

Une «icône» fonctionne en raison de sa ressemblance avec son objet: « Maison Blanche » dénote architecturalement une structure imposante, monumentale, de couleur blanche. Toutefois le « non-dit »  proféré c’est qu’elle connote à l’esprit des uns et des autres, plusieurs images, parmi lesquelles la villa officielle qui se à l’origine fut édifiée exclusivement pour des présidents de race blanche (c’est ce que l’on a toujours cru). La «Maison Blanche», icône habituée  à voir exclusivement  des Blancs se succéder dans ses entrailles depuis des siècles est demeurée un archétype de la société blanche, voire même le prototype du Blanc. Mais dans ce cas de brusque déviation (non prévue), la «Maison Blanche» abrite aujourd’hui un président noir (métis), l’envers du prototype.

En tant que signe linguistique et code, « Obama » est décodé comme un contre-prototype. Car avec son certificat de naissance original et au grand complet, par ce nom typiquement africain. En réalité cet individu contraste avec les clichés et la rengaine observés chez  la multitude des noires et noirs qui entourent Obama. Ces noirs qui se font appeler «Afro-Américains », tendent paradoxalement à perpétuer le complexe d’infériorité ou l’éternel statut d’esclave, en conservant jalousement  les noms de famille de leurs anciens maîtres blancs. Autrement dit les chaînes de fer ont été métaphoriquement remplacées par des chaînes onomastiques incrustées dans leur psychique. Avec ces noms étrangers (noms entièrement de culture européennes), les noirs, dits africains-américains, vivent culturellement déguisés comme en guignols, des «Faux-Blancs dans des peaux foncées» , continuant de psalmodier «nos ancêtres les anglais/ les écossais/ les néerlandais/les français…», tous aliénés comme les colonisés d’Afrique francophones, qui furent persuadés par le colon Français de croire du fond de leur et chanter avec entrain, «nos ancêtres les Gaulois». Aux États-Unis, il est très fréquent d’entendre des noms de noirs aux résonnances irlandaises, écossaise, anglaise, galloises, celtique, chinoise etc. (O’Neil, Michael McCarney, Jack Browne, etc…) ou même, ironiquement, la femme de Barack Obama : Michelle LaVaughn Robinson (Obama). Le signe dans ce cas ne ressemble pas à son référent. En interprétant le «signe iconique» de ces noms dans une perspective africaine on constate l’incohérence entre les signes et leurs référents; car ces noms ont été extraits du milieu culturel européen, et ne sont pas associés a leurs objets référents, noirs ou africain-américains, dont les ancêtres venaient de tribus d’Afrique. En d’autres termes, tous ces noms portés par l’immense majorité d’ «Africains-Américains» ont été hérités de leurs ancêtres esclaves « blanchis » eux-aussi, car ils n’ont pas de référents dans l’univers onomastique et culturel africain. C’était devenu un instinct grégaire chez les populations minoritaires noires culturellement aliénées aux États-Unis d’Amérique de s’accrocher à leur hideux héritage, acceptant la pseudo réalité de leur infériorité supposée héréditaire, en conformité avec le racisme et l’establishment blanc. Pourtant les natifs indiens d’Amérique, les italo-américains, les russes-américains, les Écossais – américains, les sino-américains, les irlandais –américains etc… arborent en toute fierté leur origines à partir des noms qu’ils portent. Mais les Noirs, vont faire semblant de porter fièrement l’Afrique en eux. En réalité, ils n’en ont pas de cure! On peut croire qu’ils sont en majorité restés nostalgiques de leur passé d’esclave et non pas de l’Afrique ancestrale. En effet, comment quelqu’un peut-il se dire « africain-américain » avec des noms et prénoms qui n’informent pas fièrement sur ses racines africaines et ses origines culturelles? Un contenant sans contenu car tout ce qu’il exhibe d’Africain c’est sa pigmentation et non pas la couleur culturelle de l’âme africaine (soit dit en passant, il existe aussi des noirs aborigènes en Australie; des indiens noirs au Sri Lanka et au Bengladesh). En vérité, ces africains-américains aux noms d’emprunts seraient caricaturés dans le jargon de la négritude comme des « nègres dénégrifiés », (des noirs dépourvus de la substantifique moelle intérieure africaine).On dirait même qu’il s’agit de “négricide”, car le nègre tue en lui-même la pièce identitaire, ce qui fait de lui un être culturellement complet, son nom.

Cette aliénation fut renforcée des siècles auparavant par des clans qui croyaient en la suprématie de la race blanche, brisant tous les contacts possibles entre les noirs et leur patrimoine culturel africain. Hopkins [3] écrit à propos de ce traumatisme: Définir la personnalité noire en termes d’esclavage aurait pour conséquences, la réduction du Noir américain à un autre artefact de son pays. Il est clair qu’un artefact ne peut jamais aspirer à … l’humanité, et c’est pour cette raison que sans l’Afrique, le Noir Américain n’est qu’un Frankenstein…, et dépourvu de prétention légitime à un traitement humain. Il est en un mot, un fruit de l’imagination américaine et un monument vivant de sa ruse… (1996:5-6)

Ade confirme aussi ce diagnostic: En réalité, les États-Unis ne veulent pas que les efforts de ré-humanisation des Noirs et de l’Afrique réussissent, car ils t ne font rien pour soutenir la réhabilitation de la culture africaine. Le nègre de la diaspora n’a rien d’africain en lui… les Blancs ont créé le nègre, ils n’ont pas et ne pouvaient pas créer l’Afrique. (1996:6-8)

Senghor dans une approche holistique définit l’essence de la négritude en ces termes:

La négritude n’est ni le racisme, ni la négation soi. Pourtant, il n’est pas seulement affirmation, mais aussi enracinement de soi dans soi-même et auto-confirmation de son être sans cesser d’être. La négritude est… ce que certains Africains anglophones ont appelé «Personnalité africaine» (African Personnality). Ce n’est pas différent « de la personnalité noire» découverte et proclamée par le nouveau mouvement négro-américain … (2007 :195)

Réfléchissant sur « le dilemme de la classe moyenne » de Michèle Lacrosil en Guadeloupe (territoire français d’outre-mer), Ade souligne le traumatisme généré par l’identité africaine chez les personnages noirs qui détestent leurs noms, leurs images, en se délectant dans les patronymes blancs: L’héroïne de Lacrosil, Sapotille est également poussée à renoncer à son nom… « Ce nom m’a également emprisonnée», dit ce personnage.). Sapotille et Cajou symbolisent donc l’aliénation et la disgrâce de l’héroïne.., c’est-à-dire la noirceur… les femmes pauvres détestent ces noms, une manière de montrer qu’elles se méprisent. Elles aimeraient changer, devenir comme les autres… mais le reflet de la couleur qu’elles voient dans le miroir, « noire »… les a condamnées à une vie de laideur… (1996:138)

Ade préconise une négritude (la négritude brésilienne) détachée de toute « émotivité » (structure biologique de Senghor), mais inclusive totalement et «non-intellectuelle»:

… Je crois que c’est une question de réalités, de pertinence et de responsabilités : les réalités du racisme, la pertinence de la lutte et de la révolution ; les responsabilités de tous ceux qui se disent représenter la race noire. Bien sûr, tout cela commence par l’acceptation de sa couleur. Beaucoup préfèrent se cacher derrière un masque blanc ou se fondre dans une mer enneigée d’universalisme. L’exemple du Brésil donne une preuve suffisante de la nécessité d’une certaine forme de négritude... (1996:162)

L’arrivée contre tout attente d’Obama au pouvoir, a exposé cette vieille  négrophobie et à l’esclavage mental, qui pendant des siècles ont pénétré la psychologie du Noir comme un virus difficile à détruire. Cependant, entré en déphasage absolu avec le climat d’aliénation qui caractérise plusieurs Noirs de son entourage, Obama a toujours porté au complet son nom africain avec hauteur et conviction, défiant ainsi l’aliénation, produits de “l’hégémonie culturelle blanche” d’une part, puis démasquant d’autre part le conformisme et la veulerie chez la minorité noire. Même en face de pires provocations, de grossières caricatures, de la rhétorique malveillante, de violentes attaques verbales et d’insultes raciste de toutes sortes jamais proférées à l’encontre d’un président américain (exemple, le Tea Party Movement), il provoque l’entourage par cette identité originale. En dépit de tout le charivari médiatique l’infériorisant, Obama, par sa carrure composée et sa forte personnalité psychique, a réussi pendant les élections et au cours de son premier mandate à éviter de se distraire par la cancanerie; il a  pu dépasser le «conformisme» et méprisé ces gesticulations des hommes d’un autre âge du “Far West” ou “l’establishment”. L’attitude d’Obama exprime ce que Martin Luther King, junior considérait comme une façon d’« opposer à la brutalité physique, la force de l’esprit». 4

 

Le signe « Obama » décodé comme une « mise-en-garde: de « Change ! » à « Dégage! » , un glissement sémantique ?

« Obama » signe linguistique et code, est aussi un « signe indexical», associé à l’émancipation des Africains à travers le globe. Obama est en effet un personnage inquiétant pour les conservateurs et extrémistes européens et pour des anciens régimes dictatoriaux d’Afrique, avec des dirigeants  tribalistes assoiffés de pouvoir, qui refusent toute forme d’alternance démocratique ou de mérite; des potentats parfois soutenus par leurs alliés (anciennes puissances coloniales). Or des pays comme le Brésil, la France et l’Angleterre ont une population mixte (noire et blanche). Leurs populations noires y ont été introduites par la force, à la faveur de la traite négrière. Ces nations, depuis la fin de l’esclavage, se sont battues et continuent de se battre, pour  abandonner les clichés tout en transcendant leur enlisement. Toutefois, elles ont ressenti le vent du « changement » ou le fameux slogan “Yes, We Can ! ” (Oui nous le pouvons) scandé lors de sa campagne électorale  aux États-Unis en 2008. En effet ce fut un raz de marée qui a suscité une prise soudaine de conscience dans la diaspora noire à travers le monde et plus particulièrement en Afrique et dans les pays européens comme la France et ses territoires outre-mer. En effet dans les Caraïbes, les nationalistes noirs tels qu’Elie Damota de la Guadeloupe et plusieurs autres nationalistes combattants de la liberté en Martinique et en Réunion, se sont inspirés du phénomène d’Obama pour tenter l’audace de devenir eux-mêmes président dans leur îles et pourquoi pas en France! L’élection surprise du Président Obama aux États-Unis d’Amérique aura ainsi créé une énorme vague d’ “Obamania”. Car depuis novembre 2011, les actions révolutionnaires en Afrique du Nord baptisées « printemps arabe », embrasent les côtes méditerranéennes et le monde arabe, où des millions de jeunes aliénés (en Égypte, en Tunisie, en Libye, au Yémen, en Syrie, etc.), qui avaient marre des régimes totalitaires et leurs caciques, se sont battus et continuent de le faire, pour la liberté contre la fatalité et l’aliénation. Cela a dû être une audace, une effronterie certainement inspirée de l’élection d’Obama. Par ailleurs, en tant que natif d’Hawaï, devenu « Sénateur, puis président des États-Unis d’Amérique, est-ce que Barack Obama, “dans un contexte politique africain miné par l’immaturité et des tensions tribales récurrentes, aurait pu effectuer une telle transition géographique d’Hawaï à l’Illinois et de l’Illinois à la Maison Blanche, et réaliser son rêve ? », se demande Pondi (2009:14).

Obama apparaît comme un code, mais aussi comme un symbole pour une jeunesse politiquement aliénée, en Afrique et de par le monde. Ces jeunes manifestent avec beaucoup d’enthousiasme leur volonté à ne plus subir les dictatures pernicieuses, mais de participer activement aux destinées de leur pays ou encore à la chute d’importunes dictatures en Afrique (les événements du Tunis en 2011). Ces jeunes se battent pour faire tomber les barrières de la fatalité, érigées par les politiciens de  vieille garde, qui s’accrochent au pouvoir dans un système politique immuable. Pourtant, un ouragan violent (pas l’ouragan dévastateur « Katrina »), une forme d’ouragan appelée «changement» est venu de quelque part des États-Unis pour secouer les vieilles habitudes et conformismes. Obama serait donc le cerveau derrière le «changement» politique, qui fait son bonhomme de chemin à travers l’Afrique tout en se muant de concept en concept: “We can”, “Change!” et “dégage!”. Dans ce contexte, le code « Obama », est décodable donc comme «personnage inquiétant» ou vrai cauchemar pour la plupart de dirigeants tribalistes africains, peu disposés à l’alternance démocratique en Afrique et qui éprouvent une peur bleue pour le mot «changement» ! En réalité ces dirigeants assoiffés de pouvoir, sont prêts à instaurer une logique de la stagnation afin de maintenir le statu quo pour s’accrocher et s’éterniser là-haut, en arrangeant leur succession, qui se ferait  un jour par leur fils, ou par un « frère » incompétent, plutôt qu’un assez brillant inconnu (un compatriote d’une autre base ethnique) comme le note Pondi (2009: 101)

 

Conclusion

Le signe iconique nous a mené à comprendre la déviation et saisir en profondeur les enjeux politiques créés par diverses  couleurs (sur les objets, dans la nature, sur les peaux, etc…) dans la société américaine d’aujourd’hui, un sujet ubiquitaire ou redondant qui voile la perception cartésienne de l’homme, indépendamment de sa couleur, de sa personnalité et de son raisonnement. Les signifiés de l’action d’Obama à ce jour, longtemps après son élection, symbolisent la résistance dans un imbroglio de vices, d’abus et d’insultes. La résistance d’une part, à l’intimidation, aux provocations et à l’asservissement par un certain establishment , contrairement à l’éthique morale et à vertu de l’effort individuel, de la « force de l’âme » ; d’autre part, la résistance à l’esclavage mental, à la frustration, à la faiblesse morale et à l’assimilation, parmi les Noirs, contre l’enseignement de l’authenticité et de l’audace. Par-dessus tout, la vision d’Obama sur la réhabilitation de l’homme préconise un nettoyage interne et une révolution psychologique, nécessaire, tant pour les blancs que pour tous les Africains américains (de la diaspora et du continent), afin qu’ils abandonnent ces vieux stéréotypes pour la cohésion  multiraciale et multi –tribale en vue du bien-être de l’homme (noir ou blanc). Barack Obama (2004:457) dans ses  « ultima-verba » déclarait: Nous aurons besoin de comprendre à quel point nous sommes arrivés à cet endroit, cette terre, ces factions et les haines tribales. Et nous devons nous rappeler, malgré toutes nos différences juste ce que nous avons en commun: des espoirs communs, des rêves communs…

 

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One Response to “Président Noir à la “Maison noire” ?”

  1. kengne dit :

    le résonnement reflète une clarté et pire une sincérité inédite.