Auteur: Pascal Bruckner

Pascal Bruckner est romancier et essayiste. Il est titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un doctorat de Lettres. Il fut professeur invité à l'Université d'Etat de San Diégo en Californie (1986) et à la New York University (1987-1995), et Maître de conférence à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (1990-1994). Depuis 1987, il collabore au Nouvel Observateur.

Pascal Bruckner: « L’islam radical a déclaré la guerre à L’Europe »

Pascal Bruckner: « L’islam radical a déclaré la guerre à L’Europe »
Propos Recueils par Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro, Samedi 27-dimanche 28 juin 2015

La décapitation d’Hervé Gourdel, selon vous, annonçait le même type de crimes sur notre territoire…

Pascal BRUCKNER.– On a toujours raison d’être pessimiste dans ce genre de phénomènes puisqu’ils sont cumulatifs, s’inscrivent dans une logique de la surenchère. Les décapitations en Irak et en Syrie deviennent, c’est horrible à dire, un produit d’appel. Chacun veut faire « mieux » que son voisin. C’est le désir mimétique de l’horreur qui galvanise un certain nombre de candidats. Loin d’être revulsés par les atrocités, ils en éprouvent une véritable excitation. Reste que cette décapitation est une « première » en France. Un cran supplémentaire dans la barbarie. Il n’y a pas de retour en arrière, une fois cette étape franchie. Chaque djihadiste en herbe, derrière son ordinateur ou dans son studio, se dit qu’il doit se mettre au même niveau. Un meurtre au couteau lui apparait comme dérisoire. Enfin, il ne faut pas oublier que ce mode d’exécution est celui que l’on emploie, en public, en Arabie saoudite. Pays qui est le berceau même d’islam, pays où se trouve La Mecque et qui est le fer de lance du wahhabisme dont se réclament en France de nombreux imams. Pays enfin qui a financé, aux côtés du Qatar Daech même si la créature qu’ils ont enfantée se retourne contre eux. Les criminels s’y réfèrent sans complexe et habillent, pour les esprits faibles, de légitimité religieuse leur crime abominable.

Que vous inspire le profil du suspect? 
Thibault de Montbrial et d’autres experts nous avaient prévenus. Les services secrets redoutent les camions bourrés d’explosifs qu’on lance sur un bâtiment mais tout autant les attentants low-costs bricolés avec les moyens du bord. Il faut toujours avoir en tête le mot d’ordre de Daech diffusé il y a un an quand notre armée s’est engagée dans la coalition: tuer les Français par n’importe quel moyen: couteau, pierre, fusil, automobile…
Le califat est né il y a un an…
Daech a fait naitre une génération de ce que les États-Unis appellent les copycat killers, ces disciples de tueurs en série qui profilèrent après chaque grand assassinat. Chaque victoire de Daech, en Irak ou en Syrie, est pour eux la preuve que Dieu est de leur côté. D’où la multiplication des fous furieux, au sens propre du terme, qui partent là-bas. Pour eux, la religiosité réside dans le nombre d’ennemis qu’ils peuvent tuer. À l’heure où nous parlons, des jeunes de toutes origines, de tous milieux se disent, sans doute: ce qui s’est passé dans l’Isère, c’est merveilleux. C’est mon tour. Dieu me convoque.
Jean-Christophe Cambadélis nous a mis en garde contre les amalgames…
Cette formule, prononcée comme une ritournelle, est insupportable. Car personne, hormis les excités et les boutefeux, ne confond les auteurs de l’attentat avec les musulmans ordinaires qui font leur ramadan. Les Français jusqu’à maintenant et dans leur ensemble se sont conduits de façon extraordinairement civilisée, et la population est restée exemplaire dans son discernement. Mais ce mantra presque liturgique est devenu exaspérant parce qu’il renverse l’ordre des priorités. La première priorité, c’est d’assurer la securité des personnes et des sites, de bloquer les tueurs, pas de lutter contre les « amalgames ». Voilà le terrorisme étrangement déconnecté de la religion dont les terroristes eux-mêmes se réclament. On peut les dissocier dans les discours, mais il me semble que c’est plus compliqué dans les faits. Nous ne voulons pas voir aussi la radicalisation d’une fraction des musulmans de France depuis quelques années. Un fait récent en témoigne.
Quand Dalil Boubakeur, qui est indiscutablement un modéré, propose qu’on remplace des églises vides par des mosquées, il sait que cette proposition n’a aucune chanced’aboutir. Pourquoi le fait-il? Pour satisfaire la frange la plus extrémiste de ses fidèles. Car sur le plan du symbole, l’église qui devient mosquée signifie que le christianisme n’est qu’une étape sur le chemin de la religion révélée : l’islam. Le mot « terrorisme » lui-même est devenu trompeur. Ne faudrait-il pas parler plutôt d’islamo-fascisme, comme l’avait fait le premier ministre en janvier?
Cet attentat est-il un acte de guerre?
C’est un acte de guerre, oui, de basse intensité pour le moment. On ne veut pourtant toujours pas le voir. Mais la vérité est que l’islam radical a déclaré la guerre à l’Europe. Il n’y a pas que Daech, al-Qaida mais aussi le wahhabisme, les Frères musulmans et le salafisme qui souhaitent nous convertir et nous asservir. On compte aujourd’hui près de 90 mosquées salafistes en France ; qu’attend-on pour les fermer? Enfin, nous sommes liés politiquement et commercialement avec la Turquie et les pétromonarchies, ce qui nous entraîne à faire le grand écart entre les agissements d’individus que nous combattons et nos choix géopolitiques.
Comment contenir la menace? 
Il n’y a plus assex de soldats, de policiers pour protéger les écoles, les synagogues, les églises, les mosquées. Or, tous les sites sont menacés transports en commun, grands magasins, centres commerciaux. L’ensemble de l’espace public est désormais gangrené. Le feu peut venir de partout, y compris d’un déséquilibré dans la rue qui a décidé qu’il va ganger son paradis en vous égorgeant. Nous allons donc entrer dans une logique de sécurité privée. Le principe du terrorisme est qu’il vous oblige à répondre dans sa langue et vous transforme en paranoïaque absolu.
Les Français sont calmes…
Il ya une inclination naturelle des peuples à oublier, et la France oppose (et elle a raison de la faire) l’insouciance à la folie des criminels. D’autant que nous entrons dans une ère de torpeur estivale. Nous aimons la vie, ils chérissent la mort. Reste que cet attentat est une piqûre de rappel. Pourquoi, depuis le 7 janvier, n’y a-t-il pas eu de descente massive dans certaines banlieues pour tarir le trafic d’armes? Pourquoi n’a-t-on pas dissous un certain nombre de groupuscules, notamment des organisations « anti-racistes » comme le Comité français contre l’islamophobie qui est une pure officine salafiste? Pourquoi tolère-t-on encore l’ambiguïté des prêches? Pourquoi ne demande-t-on pas aux imams de faire allégeance aux principes de la République, comme c’est le cas pour les rabbins, et de dire haut et fort que la loi républicaine est supérieure, dans l’espace public, à la loi divine?
Pourquoi ne refuse-t-on pas ceux qui ne prêchent pas dans notre langue?
Faillait-il décreter l’état d’urgence?
On aurait pu le décréter en janvier, mais les démocraties, par nature, sont très sensibles à ce genre de mesure politique et à la suspension, même provisoire, des libertés. Mais on ne peut plus se contenter de demi-mesures. On est dans une phrase de violence ascensionnelle à laquelle il faut répondre par une séverité accrue. La France est en danger : on ne peut plus tolérer aucun discours religieux ambivalent, ni dissocier le fondamentalisme du terrorisme, l’un se cachant derrière l’autre pour avancer ses pions. On doit se méfier de la culture de l’excuse ou de l’invocation permanente de « l’islamophobe » alors qu’en France on a le droit de se moquer du christianisme, du judaïsme, du bouddhisme mais jamais de l’islam sous peine d’être qualifié de raciste. Ce type de chantage est lui aussi odieux. L’antiracisme est devenu trop souvent le cheval de Troie des fanatiques qui se victimisent pour nous culpabiliser. Ils ont parfaitement intégré les codes occidentaux et veulent profiter de l’indulgence qui nous caractérise pour imposer leur credo. L’alternative est simple: où l’islam devient européen, c’est-à-dire tolérant, modéré, pluriel ou l’Europe s’islamise et devient un nouveau califat, l’Européistan. Il faut dont se montrer intraitable et en finir avec les concession, les « accommodements raisonnables » et autres balivernes électorales. Le rôle du gouvernement est d’éviter à tout prix une guerre civile, des expeditions punitives menées par des “identitaires” contre les mosquées, à quoi répondraient d’autres raids punitifs. Nous ne pouvons pas entrer dans un cycle de vengeances, contre vengeances et de milices privées. Le djihadisme, c’est sa perversité, veut nous dresser dans une guerre totale, communauté contre communauté, musulmans contre « sionistes, croisés et mécréants ». Si nous voulons éviter l’affrontement guerrier, nos responsables doivent envisager une riposte d’envergure nationale. Neutraliser par tous les moyens ceux qui projettent de mettre la France à feu et à sang. Abattre l’hydre fanatique, ses complices et tous les collabos de l’islamo-fascisme.
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3 Responses to “Pascal Bruckner: « L’islam radical a déclaré la guerre à L’Europe »”

  1. la clairvoyance de Pascal Bruckner…

  2. moreau dit :

    je suis étonné de trouver sous la plume de Bruckner ce terme d'”islamo-fascisme” qui me semble dépourvu de toute pertinence. Bruckner sait bien ce que fut le fascisme, doctrine qui (à part le culte de la violence et de la mort, mais qui en a l’exclusivité ?) n’a rien à voir avec l’islam radical. J’y vois pour ma part, et pour ce qui est des attentats en France, des rapprochements plus pertinents avec ce que furent Action directe, les Brigades rouges, la bande à Baader.

  3. ML dit :

    Coquilles :
    qui profilèrent après chaque grand assassinat
    On est dans une phrase de violence
    et en finir avec les concession
    etc.