Auteur: Francis X. Pavy

Peintre, sculpteur et céramiste né en 1954 à Lafayette, Louisiane, Francis X. Pavy puise ses sources d'inspiration dans la vie et le folklore de la population locale. Cajun par excellence, on l'a surnommé le "Picasso du Zydeco" (Rolling stone, 1990), en reférence a la musique folklorique locale.

Entretien avec Francis X. Pavy, 1ère partie: Genèses

 

Francis X. Pavy, Directions to the Blue Crow with Pin Striping and Flathead
Genèses     

Alexandre Leupin: Qu’est-ce qui vous a incité à devenir artiste? Y a-t-il un événement déterminant, y compris une rencontre visuelle, qui vous a mené à votre carrière? Qui sont les peintres qui vous ont influencé? Qui sont les artistes avec lesquels vous avez une affinité?      

Francis X. Pavy: Si je devais dire qu’il y a eu un moment déterminant qui m’a amené à être ce que je suis, je dirais que ce fut en 1960, à l’age de 6 ans. Je me souviens d’avoir eu un nouveau penny de 1960 et de penser : Wouah !, c’est une nouvelle ère… 

Il y a eu plusieurs évènements cette année-là qui m’ont poussé à devenir artiste. Avant, j’avais toujours été intéressé par le différent, l’inhabituel. 

Si nous voyagions et qu’il y avait une sculpture, je la reconnaissais comme différente et j’y prêtais attention. J’aimais les maisons d’apparence différente,  j’aimais les signes inhabituels. 

J’aimais les voitures, les dessins-animés et les bandes-dessinées.  J’avais un livre d’enfant sur deux peintres, comment ils produisaient toutes les couleurs différentes à partir de trois pots de peinture. 

J’avais l’habitude de lire ce livre sans cesse. L’idée que je puisse devenir artiste pour vivre m’était étrangère, à moi comme à ma famille. L’art était quelque chose qui se passait très loin à Paris ou à New York. 

Le premier évènement  qui m’est arrivé et qui m’a mené à l’art fut la maladie de ma mère, qui frôla la mort. Quand elle est sortie de l’hôpital, nous étions censés nous tenir tranquilles et nous occuper. On nous donnait des crayons et du papier  et je dessinais beaucoup. 

A cette époque, il y avait une émission télévisée diffusée le samedi matin intitulée « Vous pouvez apprendre à dessiner » avec Jon Cnagy. Il apparaissait dans l’émission avec une chemise de flanelle; avait une moustache et une barbe bien taillées assez importante. Il ressemblait à un mélange de bûcheron et de Salvador Dali. Il avait un grand bloc notes et y montrait les rudiments du dessin. Il encourageait  le public à dessiner en même temps. Après la dernière pause commerciale, il apparaissait avec le dernier jet et disait quelque chose comme «bon j’ai terminé le dessin pendant la publicité, mais si vous voulez vraiment apprendre à dessiner, vous pouvez acheter ma célèbre panoplie école d’artiste ” et il avait une publicité pour la panoplie. 

Chaque semaine, pendant l’émission, je conviais mes sœurs et mon frère à la regarder et je dessinais patiemment cônes, cylindres et carrés en essayant de les transformer en un navire, un arbre ou un bâtiment. Mais à la dernière minute il finissait le dessin et je n’arrivais pas à comprendre comment aller du point B au produit final. Je devais avoir une panoplie de dessinateur pour comprendre comment les dessins avaient été réalisés. Sous peu, j’en reçus une pour mon anniversaire. Le kit contenait un livre d’instructions, un caoutchouc malaxé, une gomme à effacer, du papier à dessin, et une variété de crayons. Je ne pouvais toujours pas comprendre comment passer des croquis à l’esquisse finale. 

J’ai donc réussi à convaincre mes parents à m’inscrire à des leçons d’art. Ce fut également autour de 1960 à l’age de 6 ans. Les classes se déroulaient en début de soirée au centre du parc de loisirs. L’enseignante était Elemore Morgan. Je me souviens d’avoir mélangé les couleurs comme les 2 peintres du livre. Je lui ai demandé comment compléter un dessin et il m’a dit la même chose que ce que j’avais lu : tu esquissse une ébauche et tu l’améliore petit à petit. Ce que je n’avais pas réalisé c’est que j’étais encore un enfant et que les capacités motrices adéquates pour maîtriser mes mains me manquaient sérieusement  Je n’avais pas non plus le vocabulaire approprié pour demander ce que je pensais ou voulais. 

J’étais frustré, je ne pouvais pas dessiner comme Raphaël. Je reçus deux autres livres sur le dessin. Ma mère était peintre du dimanche et elle suggéra que je tente de peindre avec des numéros. Il s’agissait d’une introduction dans le milieu de la peinture à l’huile. Alors, j’ai provisoirement oublié le dessin et j’ai commencé à peindre avec de la peinture par numéros. 

En 1960 je suis aussi entré en classe préparatoire et mes parents ont acheté un ensemble d’Encyclopédies. Comme il y avait beaucoup de projets artistiques en première année, j’étais bien préparé pour être le meilleur de la classe, et en peu de temps je suis devenu « l’artiste» de la classe. 

Comme j’ai rapidement découvert dans les encyclopédies qu’il y avait des informations sur l’art et les artistes, j’ai regardé et lu du mieux que je pouvais chaque volume de A à Z pour en savoir plus sur les artistes. 

Ainsi, en 1960, après avoir connu la peur de perdre un parent, j’ai été introduit au dessin et à la peinture. J’ai commencé à comprendre comment les dessins étaient faits, mais je ne pouvais pas arriver à composer ce que je visionnais à cause de mes capacités motrices limitées. Cependant j’ai été présenté à la couleur, à son mélange, aux rapports et à l’analyse de la couleur. Je pense que cette initiation précoce à la couleur est la raison pour laquelle je suis un coloriste aujourd’hui. J’ai également été introduit à l’histoire de l’art à travers les encyclopédies. 

Une grande variété d’artistes m’a influencé. Lorsque j’ai commencé à me questionner au sujet de l’art en 1960, les publications sur l’art contemporain à cette époque couvraient encore les expressionnistes « abstraits ». J’ai donc été exposé aux travaux de Pollack et  de Kline, même si je ne savais pas leurs noms à cette époque. A la bibliothèque, j’avais vu des livres de bibliothèque sur Picasso, et je savais qui il était parce que j’avais vu un article sur lui dans un ancien magazine Life

File:1961 Roth's Beatnik Bandit.jpg

Ed Roth, 1961, Beatnik Bandit

Quand je fus un peu plus âgé, j’ai entendu parler des artistes Pop et ai beaucoup aimé le travail de Lichtenstein. Big Daddy Ed Roth a produit beaucoup d’images de la culture de l’automobile dans les années 60 et a conçu des voitures personnalisées. J’avais l’habitude de collectionner ses porte-clé Rat Fink quand j’avais 9 ans ou plus. 

Rat Finks

Quand je devins adolescent et plus tard jeune adulte, je suivis un peintre, Abdul Mati Klarwein

Abdul Mati Klarwein, 1961, Annunciation, © Mati Klarwein Family

un peintre psychédélique très minutieux. Il peignait beaucoup de couvertures d’album. 

Clayton Bailey, 1987-1996, Stoneware with tobacco spit glaze, 12" to 36" ht.

Au moment où je suis entré à l’université, je faisais déjà de la sculpture et l’artiste FunkClayton Bailey(3) était associé à mon instructeur de céramique. Peter Voulkos et Robert Arneson avaient également une grande renommée comme céramistes à l’époque. J’ai été exposé à tellement d’artistes différents à l’université que cela prendrait trop de temps de tous les mentionner. 

Après l’université, j’ai étudié les oeuvres des maîtres flamands dont Vermeer et ai appris à peindre à l’huile. Comme j’avais accès de première main à leur travail et pouvais voir comment ils utilisaient leurs médias, je me suis inspiré des styles de quelques artistes locaux. Ce furent Elemore MorganDavid Alpha et Charles Kimball. Après cela, j’ai trouvé ma propre voix. 

Il y a beaucoup d’artistes passés et contemporains avec qui j’ai des affinités. Je sais quand un artiste arrive à sa propre «voix», ce lieu où il y a continuité dans l’expression ; alors on a seulement des pairs. C’est une question piège en raison du climat d’extrême concurrence dans le domaine des arts. Je ne veux pas donner des noms, mais je me sens faire partie d’une communauté d’artistes dans les milieux qui croissent, à Lafayette, à la Nouvelle Orléans, dans le Sud et en Amérique. C’est une sorte de non-réponse, je le sais. 

Traduction: David Llorca 

© Tous droits réservés, Francis Pavy et Alexandre Leupin 

Geneses

Alexandre Leupin: What prompted you to become an artist? Was there a defining event, including a visual encounter,  that lead you to your career? Who are the painters that influenced you? Who are the artists for whom you have an affinity?        

Francis X. Pavy: If I was to say there was a time that was a turning point in my life that guided me to an artist career I would was it would be the year 1960 when I was 6. I remember getting a new 1960 penny and thinkingWow , It’s a new age…. 

There were several events  that year that  pushed me forward to being an artist. Before, I was always interested in the different and unusual. 

If we were traveling and there was a sculpture I recognized this as different and paid attention. I liked different looking houses, I liked unusual looking signs. 

I liked cars . I liked cartoons and comics. I had a children’s book about 2 painters and how they made all the different colors from 3 cans of paint. 

I used to read that book again and again. The idea that I could be an artist to make a living was foreign to me and to my family. Art was something that happened  far away in Paris or New York. 

The first event that occurred to me that guided me towards art was that my mother was very ill, near death. When she came home from the hospital, we were expected to keep quiet and occupy ourselves. We were given crayons and paper and I drew a lot. 

About this time there  was a show that was aired on Saturday morning in called “You can Learn to draw” with Jon Gnagy. Jon Gnagy  appeared on the show in a flannel shirt and had a mustache and well trimmed beard that came to a point. He looked like a  combination of a lumberjack and  Salvador Dali. He had a large pad of paper and demonstrated the basics of drawing. He would encourage the audience  to draw along. After the final  commercial break, he would appear with the final completed drawing and say something like “well I completed the drawing during the commercial, but if you really want to learn how to draw, buy my famous artist school kit” and there would be a commercial for the kit. 

Each week the show would come on and I would rally my sisters and brother to watch and I would patiently draw cones, cylinders and squares trying to make them into a ship or tree or building. But at the last minute he would finish the drawing and I couldn’t figure how to go from point b to the final product. I had to have a drawing kit to figure out how drawings were completed, so before too long I received one for my birthday. The kit had an instructional book, a kneaded rubber eraser, some drawing paper, and variety of pencils. I still could not figure out how to go from rough drawing to final sketch. 

So I convinced my parents to give me art  lessons. This was also  in 1960 or so when I was 6. The classes were in the early vening at the Park recreational center. The teacher was Elemore Morgan. I remember mixing color  like the 2 painters I had read about. I asked him how to complete a drawing and he told me the same thing I had been reading, you gradually rough-in a drawing  then refine it.  What I didn’t realize was that I was still just a child and really lacked the proper motor skills to control my hands. I also didn’t have the proper vocabulary to ask what I was thinking or wanted. 

I was frustrated, I couldn’t  draw  like Raphael. I received another 2 books on drawing. My mother was a sunday painter and she suggested that try paint paint by number sets. This was an introduction to the oil paint medium. So I forgot for the time being about drawing and started to paint with paint by number kits. 

Also in 1960 I entered the first grade and my parents bought a set of Encyclopedias. There were a lot of art projects in first grade so I was very competitive about being the best in the class, so before too long  I was the class “ artist”. 

I soon found out in the encyclopedias there was information about art and artists in them so I looked at and read as best I could each volume from A to Z to find out more about artists. 

So in 1960 after experiencing the fear of losing a parent I was introduced to drawing and painting. I started to figure out how drawings were made but could not arrive at what I saw in my head because of my limited motor skills. However I was introduced to color, how to mix colors, color relationships and how to analyze how color. I think this early exposure to color is why I’m so much of a colorist today.  I was also introduced to the history of art through the encyclopedias. 

A large variety of artists influenced me. When I first started to ask about art in 1960 the publications on contemporary art at that time were  still covering ‘the abstract’ expressionists. So I was exposed to the work of  Pollack and Kline even though I didn’t know their names at that time. I had seen library books about Picasso, and I knew who he was because an article I saw about him in an old Life magazine. 

When I was a little older I heard about the Pop artists and really liked Lichenstein’s work. Big daddy Ed Roth drew a lot of car culture imagery in the 60‘s and designed custom cars, I used to collect his rat fink keychains when I was 9 or so. 

When I was a teenager and older young adult I followed a painter, Abdul Mati Klarwein, a very detailed psychedelic painter. He painted a lot of album covers. 

By the time I got to college I was working in sculpture and the Funk artist Clayton Bailey was associated with my ceramics instructor.  Peter Voulkos and Robert Arneson were also big figures in Ceramics at the time. I was exposed to a lot of different artists in college too numerous to mention. 

After College I studied  the work of the flemish masters including Vermeer when I was learning how to paint with oil. I emulated a few local artist’s  styles as I had first hand  access to their work and saw how they utilized their mediums . They were Elemore Morgan, David Alpha and Charles Kimball. After that I arrived at my own voice. 

There are a lot of artists I feel an affinity too. Historically as well as now. I do feel when an artist arrives at his own “voice”, place where there is continuity in expression, then one only has peers. This is a loaded question because of the extreme competitive climate in the arts. I’m reluctant to name names, but I do feel part of a community of artists in correspondingly larger circles, here, in New Orleans in the South and In America. This is kind of a non-answer, I know. 

  

Elemore Morgan, ©2007 Curtis Darrah -used with permission.

  

David Alpha

  

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