Marguerite Duras, Le subissement de l’homme

Duras

Si une femme a envie de subir un homme qu’elle le fasse. Le seul féminisme, et il n’est pas militant, c’est de laisser les femmes à elles-mêmes libres -to be what they are -.Si elles sont dans cet instinct qu’elles ont de soumission, de subissement de l’homme, qu’elles le vivent. J’ai subi des hommes qui avaient sur moi ce pouvoir de possession, c’était ces hommes là, ces amants là que je recherchais, les hommes qui pleurent de désir, qui sont habités par une pulsion de mort et qui sont dangereux et qui frappent les femmes sur leur demande. Les femmes qui veulent ça, je les reconnais dans les rues, dans les cafés, dans les rues – lorsqu’elle sont avec leurs amants, à une certaine absence commune de leurs regards. Il avait chez les femmes des siècles avant nous une sorte d’instinct de dépossession. Les femmes disaient “se donner à leurs amants”. C’est cette dépossession que les femmes donnent à leurs amants. La possession de la femme par l’homme, c’est cette dépossession.

Version corrigée d’un entretien avec Susan D. Cohen, été 1982. On en trouve la reproduction dans l’Album Duras, Bibliothèque de la Pléiade, 2014.

 

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