Auteur: Édouard Mokwe

Inspecteur régional de pédagogie de 2008 à 2010, Édouard Mokwe est zélateur des lettres antillaises. Il se passionne aussi de la poésie camerounaise, notamment dans son rapport avec le bilinguisme officiel camerounais (français/anglais). Il est actuellement Chargé de cours au Département de français de l’Université de Buéa, au Cameroun. Ses recherches portent sur la continuité historique, politique et culturelle des peuples noirs, du continent africain à la diaspora antillaise.

Mots et maux de jeunes à la lumière de Petit Jo, enfant des rues d’Évelyne Mpoudi Ngollé et de Toxic Island d’Ernest Pépin

Introduction

Qu’elle s’appelle émeutes urbaines ou de la faim, en Afrique ou ailleurs, la vague des soulèvements populaires enregistrés depuis 2005 a contribué à découvrir la précarité de la condition de certains jeunes. Pendant que, sur les plans socio-politique et économique une réflexion se met en place dans certains pays pour diagnostiquer les ressorts du malaise et y proposer des solutions, on assiste, sur les plans culturel et littéraire, à la naissance d’un corpus de textes révélateurs du quotidien de ces jeunes qui battent le pavé et paradent dans les rues.

Parmi ces œuvres, Petit Jo, enfant des rues (2009) de la Camerounaise Evelyne Mpoudi Ngollé et Toxic Island (2011) du Guadeloupéen Ernest Pépin apparaissent comme des témoignages esthétiques capables d’imprégner tous ceux qui sont investis d’un pouvoir de décision, d’éducation et de formation des jeunes.  Dans cet article, nous voulons modestement entreprendre, à leur intention, une randonnée dans les méandres de l’univers de ces groupes de marginaux, à travers le corpus. Notre objectif est double : d’un côté, faire cerner certains problèmes cruciaux ainsi que les solutions esquissées par les deux romanciers. D’ un autre côté, susciter, catalyser et impulser des initiatives bienveillantes des acteurs sociaux.

Pour ce faire, nous inspirant de Bernard Valette dans Esthétique du roman moderne (1993) et de Roland Bourneuf et Réal Ouellet dans L’Univers du roman (1995), nous fondons l’étude sur le postulat suivant : « Il existe une analogie suspecte entre individu réel et personnage fictif. » (Valette, 1993 :111). Mais au fait, à quoi tient la singularité de la pléiade des jeunes qui structurent le système des personnages dans les deux œuvres ? Quels messages et solutions leurs diverses situations induisent-elles ?

 

1. Du cadre de l’analyse

La jeunesse représentée ici réfère à l’ensemble des personnages dont l’âge oscille entre la dizaine et la trentaine, contrariant dans le corpus par des faits délictueux. Dans Esthétique du roman moderne (1993 :110-130), Bernard Valette appréhende ce type de personnages sous un angle  purement réaliste. Car, estime-t-il, le sens commun et la tradition du discours critique les posent comme une vérité évidente, ainsi qu’une réalité psychique calquée sur le modèle des personnes réelles ou ayant pu  réellement exister. De ce fait, les deux questions suivantes lui semblent fondamentales pour l’élaboration des postulats d’une réflexion sur tout jeune mis en scène comme force agissante dans la fiction : «  qu’aurait-il dû faire ? Aurais-je agi de la même façon à sa place ? » (1993 :110).

Sur la base de ce questionnement, son approche s’orchestre autour de trois piliers essentiels, sur lesquels repose l’orientation théorique du présent travail, à savoir : premièrement, l’inventaire, la catégorisation ou la typologie, qui ont essentiellement trait à la façon dont sont ressenties et interprétées les différentes postures des jeunes dans les œuvres. Dans ce domaine, Valette distingue, d’un côté, les supports des récits, encore appelés « agents de l’action » par Roland Bourneuf et Réal Ouellet (1995 :162). Leur fonction de protagonistes ou de meneurs de jeu leur permet de donner à l’action son « premier élan dynamique ». D’un autre côté, les « porte-parole » révèlent, traduisent ou promeuvent la vision et l’idéologie des auteurs. Tout en adoptant cette classification, nous l’adaptons ici en prenant soin d’affecter chaque catégorie de personnages à la partie appropriée de l’étude.

La démarche de Valette prend deuxièmement en compte « les marques ou indices explicites », encore appelés « qualifications différentielles » (1993 :113). Lévi-Strauss les tient  pour  un certain nombre de qualifications que ne possèdent pas, ou que possèdent à un degré moindre les autres personnages de l’œuvre. Ce sont lesdites qualifications que nous nommons très précisément « mots » dans le titre de l’article.

Le troisième pivot de l’approche de Valette que s’attribue l’analyse a partie liée avec la « caractérisation implicite » (1993 :115), dite encore indirecte, oblique ou externe. Elle se déduit indirectement à partir d’une compétence socioculturelle, et découle de ce que disent les  autres actants des jeunes, de même que ce que ces derniers font eux-mêmes dans les œuvres. Du fait de leur caractère globalement répréhensible, nous désignons par le terme « maux » cet ensemble de méfaits et comportements incongrus.

Le bien-fondé d’une telle visualisation de certains jeunes camerounais et guadeloupéens s’avère dès lors évident. Car, « les marques explicites », « la caractérisation implicite » et l’interprétation subséquente du déploiement des uns et des autres confèrent de la visibilité à la situation actuelle de cette frange de la population, qui se doit de faire son mea-culpa. En outre, la mise en scène de la jeunesse donne lieu à des signaux et messages utiles aux parents, aux éducateurs et à la société tout entière. Surtout que, éléments du corpus, Petit Jo, enfant des rues et Toxic Island recèlent chacun une trame  riche et fascinante.

Publiée un an après les émeutes de la faim de février 2008 au Cameroun, la première œuvre relate le parcours singulier de Joseph Dipita, éponyme du titre. En effet, parce qu’elle talonne un aventurier français qui retourne en Europe, la jeune Ekukole Marie, 17 ans, abandonne son nourrisson aux soins d’une famille d’accueil sans moyens. À son tour, cette dernière le dépose furtivement devant un hôpital. Découvert par Joseph Moussima, un infirmier de garde, l’enfant est adopté par Mbamba Siliki. L’un et l’autre s’efforcent de lui prodiguer une certaine chaleur affective.

Malheureusement, étant donné qu’ils ne réussissent pas à lui faire établir un acte de naissance, le jeune métis se voit obligé de sortir précocement du système éducatif, en classe de 6e. Il s’en révolte et décide alors de se mettre dans la rue, au marché du Mfoundi à Yaoundé. Convaincu que la société ne veut pas de lui, il s’escrime à se faire une place dans la vie autrement. Luttant contre la marginalisation et la précarité propre aux enfants de la rue, il défie la fatalité en se forgeant un avenir digne de ce nom. En fin de compte, au regard du message existentialiste dont il est porteur, ce deuxième roman d’Evelyne Mpoudi Ngollé exhale de l’espoir pour des millions d’enfants laissés-pour-compte et maltraités par la vie.

De son côté, Toxic Island offre un foisonnement de trajectoires des jeunes guadeloupéens débauchés qui écument les rues Fébrault, Trou-aux-chats, Fonds Massacre et l’Habituée à Pointe-à-Pitre. Ils sont considérés comme une « tribu des égarés », dont la vie de bohème  dévoile  divers vices consubstantiels à la modernité dans l’Ile : la drogue, la prostitution, le vol, la violence, etc.

Symbole  de  cette « faune-humaine » qui vit à la corinthienne, Ringo émerveille par ses aventures particulièrement cocasses, autant qu’il choque le lecteur par son encroûtement dans l’inconduite. Ses virées nocturnes dans les boîtes de nuit l’entraînent un jour dans les bras d’une revenante nommée Gina, décrite comme une « Néfertiti » à la vie tout aussi trépidante. Sa douceur, fascinante, envoûte tellement Ringo qu’il s’en trouve déstabilisé et aliéné, au point de voguer de lieu en lieu à sa recherche après leur idylle. Qui était-elle ? D’où venait-elle ? Était-elle un fantôme ? Faute de réponses à ces questions, la belle est finalement commuée  par le narrateur  en une figure de la modernité guadeloupéenne aux conséquences et visages pernicieux, fallacieux, captieux et insidieux.

À son 12e chapitre, le récit, qui en compte 13 comme Petit Jo, enfant des rues, prend l’allure d’une stylisation des obsèques d’Aimé Césaire, de l’élection de Barack Obama et du séisme de janvier 2010 à Haïti. Ces évènements sont montrés par l’assemblée des « soucougnans », chefs traditionnels, comme autant de préludes indicateurs des temps nouveaux. En guise de situation finale, le récit se transforme en un conte dont émane une profonde réflexion sur le statut politique des Antilles françaises aujourd’hui.

On le voit, Mpoudi Ngollé et Pépin épinglent chacun des réalités d’un groupe de marginaux dont la position problématique interpelle tous ceux qui ont voix au chapitre au sein de la communauté. À travers  les deux récits de vies et d’aventures, ils veulent à la fois offrir une leçon de conduite aux jeunes et exorciser l’indifférence parfois caractéristique des adultes à leur angoisse. Par conséquent, examinons concrètement, du point de vuede Bernard Valette, ce qui est en droit d’être pris pour « mots » dans les deux œuvres.

 

2. Des mots des jeunes

L’Esthétique du roman moderne prescrit, pour l’étude d’un système de personnages, l’exploration des « signes linguistiques constitutifs de cette entité » (p. 110). Ainsi que nous l’avons évoqué plus haut s’agissant de la constellation des jeunes disgracieux impliqués ici, nous désignons par le terme « mots » cet ensemble de « signes linguistiques ». Dans cet esprit, leur examen s’articule autour de quatre éléments, à savoir : leurs noms ou  désignations, leurs prosopographies ou  portraits physiques, leurs éthopées ou portraits moraux, et la signification que tous ces aspects induisent.

Sous ce rapport, l’appellation et la caractérisation morphologique des jeunes marquent le lecteur dès l’entame de chacune des œuvres. Dans Petit Jo, enfant des rues, ils ont pour noms : Joseph Dipita, Essomba, Elé, Alain Sango et Aloga. Le premier protagoniste cité, dont le nom signifie « espoir » en langue duala, est affublé des pseudonymes « Petit Jo » et « petit métis » du fait de sa petite taille et de son allure fluette. Car, adolescent de 15 ans, il paraissait n’en avoir que douze. La figure emblématique des dévoyés dans l’œuvre qu’il représente  passe  en outre pour une piquante curiosité dans le cadre singulier de la rue parce que « métis aux cheveux trop lisses pour ne pas se faire remarquer » (p. 18). « Intellectuel  de la rue », il lit et écrit pour deux de ses compères, Essomba et Elé, fils d’une « Bayam-sellam ». En revanche, une intense animosité l’oppose au début du texte à Alain Sango, alias  « Man ». Les cinq noms énumérés véhiculent éloquemment les attaches et origines ethniques des uns et des autres. Ainsi, autant « Dipita » et « Sango » relèvent de la Région du littoral camerounais, autant « Essomba » et « Elé » trahissent une appartenance à celles du Centre et du Sud. Pour ce qui concerne « Aloga »,  il ressortit aux Bassa. On peut alors inférer, du point de vue anthroponymique, que le regard sur l’état civil des uns et des autres apporte la preuve du sang camerounais qui coule dans leurs veines.

En dehors de Petit Jo plutôt nabot, la stature morphologique des autres membres du groupe est  aussi bien puissante  que  dissuasive. Elle rehausse d’ailleurs la vitalité de leur déploiement dans la jungle du marché de Mfoundi et ses entours, puis ajoute également de la couleur aux nombreuses descriptions dans le texte. À titre d’exemple, voici, rutilant, un portrait expressif de la vélocité d’Alain Sango : « un gaillard à la stature imposante, les cheveux hirsutes et le menton carré. » (Petit Jo : 10)

Aux traits physiques énergiques, se juxtaposent, avec récurrence, ceux moraux également suggestifs de la résistance. Ainsi en est-il de la peinture suivante du personnage d’Elé, bagarreur tenace dont le tempérament contraste curieusement avec l’apparence monstrueuse : « Il était peu bavard, Elé. Mais il était loyal et honnête, et sa carrure de boxeur, son faciès de gorille laissaient  deviner sa puissance. » (Petit Jo : 11)

Dans ce même registre, et cette fois-ci dans Toxic Island, on peut dire des « marques ou indices explicites » des jeunes qui se pavanent dans la ville de Pointe-à-Pitre qu’ils sont susceptibles non seulement de les imposer aux regards du lecteur, mais, par-dessus-le marché, de les incruster fermement dans l’esprit de celui-ci. Archétypes pervers d’une société où la modernité et la publicité altèrent les mentalités, où la départementalisation ruine l’harmonie fondamentale, ils ont pour noms : Ringo, Jo le fou, Saucisson, Sonia, Pilibo, Désirée, Diana, Ti Joj. Et à l’opposé de ceux de Petit Jo, enfant des rues qui végètent dans le paupérisme, ils apparaissent quant à eux fréquemment victimes d’un excès de gâterie et de luxure. Tout d’abord, écoutons le personnage de Ringo se présenter lui-même :

 

Moi, c’est Ringo. Un nom qui m’avait été donné par ma mère, venue de la       Dominique et qui n’avait pas son pareil pour faire craquer les lits du plaisir acheté. J’ai commencé très jeune à rendre de menus services. Soudoyer une telle pour un notable au-dessus de tout soupçon. Faciliter une livraison d’herbe parfumée. Qui pourrait me blâmer ? Très tôt aussi, j’ai découvert le sucré des femmes, l’odeur de leur niche secrète. (Toxic : 8)

Apprécions ensuite les présentations combinées de Jo le fou et Saucisson par le même Ringo, narrateur pour la circonstance :

 

J’avais quelques amis, Jo le fou, une armoire à glace, un bâtiment dont le rire niais et les cris incongrus laissaient croire à une déficience mentale alors qu’il camouflait une intelligence de mangouste et surtout une témérité sans faille.

Il y avait aussi Saucisson, un obsédé sexuel qui avait tapissé sa chambre de vieux matelas pourris pour organiser de fumantes partouzes. Locks au vent, torse nu, tablette de chocolat à l’air, il avait ce qu’il fallait pour emballer les filles avides de côtoyer un bad boy, un déchiré, un fumeur d’herbe. (Toxic : 9, 10)

 

Enfin, personnage féminin, Désirée, pathétique, est à son tour montrée par Ringo :

 

Rencontrer dans la nuit froide Désirée, marchant pieds nus comme une hébétée, secouant un reste de fesses (elle qui fut splendeur !) Comme une ombre évaporée. Pire encore, demandant à qui lui faisait charité de l’emmener dans les « zones » infernales… On la défonçait, la pilonnait, lui faisait rendre sa bile et puis on la jetait comme si de rien n’était. Elle si arrogante ! Plus inerte qu’une poupée de chiffons, à jamais souillée.  (Toxic : 12)

 

En dehors des prénoms « Désirée », « Diana » ou « Sonia », poétiques et éloquemment significatifs de la dépossession dont ces personnages féminins sont frappés, on constate qu’en guise de désignation, dans les cas de Ringo et ses compères, ce sont les pseudonymes qui  tiennent la vedette.  Très fréquente dans les œuvres de fiction  antillaises, la pratique des sobriquets contribue à restituer la personnalité profondément débile de chacun. D’ailleurs, du fait des abominations dont  cette  jeunesse se rend  capable, des quartiers Fonds Massacre à l’Habituée, les témoins de ses parades ostentatoires et malsaines la prennent pour des « cerveaux fêlés ». En fait,  l’anthroponymie de la pitoyable compagnie rime avec facétie, caractère fantoche et absence d’épaisseur.  Que ce soit Ringo, Saucisson ou Jo le fou, toutes ces figures font penser à des marionnettes qui, sans repères, voguent de-ci, de-là, à la quête de l’ultime jouissance.

Plus globalement, dans l’un et l’autre texte du corpus, on ne s’étonne pas du foisonnement du registre de l’insulte, tant les apparences sont aussi  bien loqueteuses que loufoques. Plusieurs expressions et métaphores sont ainsi utilisées par Mpoudi Ngollé pour traduire la zombification, la réification et l’animalité de cette partie du peuple : « sale canard », « idiot », « voleurs », « bandits », « bâtard », « voyous » (pp. 12, 13, 21) 

En guise de bilan, rendus à travers une écriture purement réaliste et truculente, les « mots » procèdent d’un « effet de réel » (Ezquerro, 1980 :120). D’origines ethniques diverses, les noms traduisent l’idée que la délinquance peut recruter dans n’importe quelle tribu  et couche sociale de n’importe quel pays. Un réel souci du détail  anime les multiples portraits des forces agissantes, donnant ainsi  pouvoir au lecteur d’apprécier tantôt leur vigueur, tantôt leur misère. Qui plus est, il y transparaît une autre préoccupation des romanciers : dire la vérité camerounaise et guadeloupéenne au sujet de cette frange de la population sur laquelle repose  l’avenir du peuple. L’interrogation sur sa situation se fait  davantage poignante lorsqu’on s’intéresse aux maux qui la gangrènent.

 

3. Des maux des jeunes

À en croire Bernard Valette, la « caractérisation implicite » découle et dépend fondamentalement de la manière dont agit le personnage, c’est-à-dire ce qu’il fait (1993 : 115 , 120). Dans le cas des jeunes au cœur de l’analyse, cette caractérisation prend en charge aussi bien leurs actions que leurs comportements, dont la tendance contraire à la morale en fait des maux ou vices. Le corpus est riche à la fois de l’inventaire des causes profondes et des conséquences de ceux-ci.

Et déjà, au nombre des gaffes à l’actif de Man, Essomba, Elé et Aloga, on dénombre des rixes d’une violence inouïe, des coups de vol et même des braquages allant jusqu’au meurtre chez certaines victimes. Quant à Ringo, Saucisson, Ti Joj et Jo le fou, ils s’empêtrent dans la drogue, la débauche, la pornographie, l’atmosphère lascive et orgiaque des boîtes de nuit. Aussi, est-il fréquent, au détour des pages de l’une et l’autre œuvre, de tomber sur une séquence, un épisode ou un rapport pathétique. Évoquons-en deux, dont la longueur est rendue nécessaire pour une bonne circonscription.

D’une part, le braquage qui tourne mal à Melen, chez M. Komé. Mené par les personnages d’Aloga et de Man, ce coup qui a profondément consterné les habitants de Yaoundé est  ainsi  rapporté par le narrateur :

 

Dans la chambre des enfants, ils [les malfaiteurs] avaient pris en otage la dernière-née des Komé, une fillette de cinq ans, et avaient menacé de la tuer si le père ne donnait pas immédiatement les deux millions qu’il cachait dans la maison. Celui-ci avait dû s’exécuter mais, au moment de la fuite, la fillette avait eu le malheur de reconnaître Aloga… Et ce fut le drame: Aloga avait froidement abattu la fillette que Man venait de lâcher sur le sol. Les bandits avaient sauté dans la Renault 18 volée et avaient disparu dans la nuit. (Petit Jo : 99)

 

La scène ainsi rapportée comprend des faits graves, qui font de leurs auteurs une redoutable calamité pour  la société. D’autre part, Ringo lève un pan de voile sur les bacchanales et la lubricité auxquelles il participe dans les boîtes de nuit à Pointe-à-Pitre lorsqu’il indique :

 

Je scrutais la salle, l’air de rien, une coupe de champagne à la main. Et ce que je voyais mettait le feu à mes nerfs. Imaginez ! Imaginez dans une semi pénombre des fesses roulements à billes, des broyeuses puissantes, des croupes ventousant un cavalier perdu dans le délicat « travail » d’un frottement cadencé. Imaginez les paupières qui se ferment, les corps qui s’abandonnent à des manœuvres lascives. Un bout de sein qui prend feu et devient un tison. Les hanches à l’unisson « fabriquant » l’huile d’une volupté. Le jeu des cuisses meulant une raideur soudaine, une dureté incontrôlable, mais si tellement envoûtante. Et ce bâillement d’aise de la femme s’enroulant en frissons doux. Les reins qui se creusent. Les dos qui s’arrondissent. Les défaillances discrètes. Zouk-love, Konpa. (Toxic : 14, 15)

 

À moins d’être sous la domination de l’alcool ou de la drogue, se prélasser avec une telle avidité est difficilement possible. Or, ces deux exutoires ruinent la santé et créent une dépendance dangereuse. Sous leur emprise, le jeune devient incapable de s’adonner d’une manière durable à une besogne quelconque. À côté des dérives ainsi relevées, les œuvres esquissent par ailleurs quatre causes qui dévoient et fourvoient la jeunesse.

Et d’abord, c’est l’irresponsabilité parentale[1] qui en fait des laissés-pour-compte, victimes du « je m’en fichisme » d’aventuriers apathiques qui ne mesurent guère pleinement les conséquences de leurs amourettes. Fruit d’une liaison fortuite entre un Français de passage et la jeune Ekukole Marie, Petit Jo en est une illustration, ainsi que nous  l’avons déjà indiqué.  Une lettre à lui adressée par le personnage de sœur Blandine renferme la vérité sur l’origine de ses tribulations :

 

Ta mère naturelle t’a confié à une famille pour pouvoir partir avec ton père qui rentrait en France. Malheureusement, au bout de trois mois, ta famille d’accueil n’avait encore rien reçu, ni nouvelle ni argent de tes parents. La femme est ensuite partie avec un autre homme et le pauvre monsieur a préféré te confier à l’hôpital. (Petit Jo : 141)

Le sort écœurant de Petit Jo apporte la preuve que les enfants ont besoin d’un environnement stable et de parents qui se soucient sincèrement de les éduquer, de les discipliner et de les guider avec amour. L’absence d’une telle prise en charge est susceptible de les bouleverser.

Il découle ensuite de la vérité des œuvres que si Essomba et ses congénères dévient dans les rues, c’est qu’ils cherchent à échapper à la misère, à la faim, à la promiscuité, à la précarité et même au délabrement de la maison familiale. Ils sont donc à la quête non seulement de la pitance quotidienne, mais aussi d’un abri  hospitalier. D’une famille de sept enfants, Essomba et Elé sont partis précisément de leur maison parce que « tout puait le désespoir » (p. 78). Y revenir suppose que quelque chose y a changé. Or, aucun miracle d’une mère « bayam-sellam » et d’un père désœuvré n’a pu transformer le toit en vieilles tôles ramassées ici ou là, et qui laissent ruisseler des torrents d’eau dès la première pluie.

Rébellion, indiscipline et violence, auxquelles s’ajoutent les turpitudes parentales, passent pour être d’autres explications de la perdition. La rue paraît alors leur offrir plus d’épanouissement ainsi qu’une illusion d’héroïsme. De fait, ces errements découlent parfois d’une enfance gâtée ou d’une adolescence empreinte d’un libertinage pernicieux et captieux. Le personnage d’Alain Sango, dont le toit familial n’a rien d’un carcan liberticide, se reconnaît en ce cas. Car, fils unique et choyé de Erna Sango, ce foufou s’est permis des voies de fait non seulement sur une enseignante en classe, mais malheureusement aussi sur sa propre mère.  Et ce ne sont que des revers regrettables d’un régime de gâterie en cours chez les Sango.

Enfin, des crises sociales multiformes font un lit pour d’autres marginaux. Par exemple, dans Toxic Island, la constellation des fanfarons doit sa déperdition, entre autres, à la  disparition de certaines valeurs morales fondamentales, à savoir : l’amour de la vertu et la haine du mal. Le personnage de Ringo le traduit ainsi :

 

À peine la vie avait-elle recommencé à tourner qu’une vague de violence déferla sur l’archipel. Personne n’y comprenait rien et tout le monde se lamentait. Un oncle fut accusé de viol de mineures, sa nièce et ses filles âgées de dix à quinze ans. Mais qu’est-ce qui se passe ? Où allons-nous ? C’est ainsi que les peuples se suicident !  (Toxic : 64, 65)

 

Dans ce contexte, convaincu de ce que l’art africain est une encyclopédie des facettes de vie (E. Mveng, 1980 :7), nombre d’autres romanciers appréhendent l’impudicité et le déficit d’exemplarité parentale en question comme une grave entrave à la volonté  de certains jeunes d’adhérer aux normes morales. Rappelons-en rapidement trois cas notables et dévastateurs  rencontrés dans nos lectures.

Et pour commencer, le premier cas : le personnage de Kouli, un des éléments axiaux du système  des actants dans Texaco (1992)  du Martiniquais Patrick Chamoiseau, se jette sur sa  propre fille pour abuser d’elle un soir qu’il est sous l’emprise corruptrice de l’alcool. L’incident consterne évidemment toute la famille qui s’en trouve traumatisée. S’agissant du second cas, monstre d’égoïsme dans Les Chauves-souris (1980) de Bernard Nanga, Robert Bilanga  entreprend de ravir Arlette Manda, la fiancée  de Roger, son fils. En lui procurant des sommes d’argent équivalentes à plusieurs mois de son modeste salaire d’institutrice, il persuade la jeune femme de perdre le fils pour gagner au change le père. Malheureusement, Arlette se voit impitoyablement abandonnée par le grand séducteur d’Eborzel lorsqu’elle lui annonce qu’elle est enceinte de ses œuvres.  Au bout du compte, bouleversée,  l’institutrice finit par  trouver la mort des suites d’avortement. Quant à Roger Bilanga, inconsolable devant cette tragédie instiguée par son père, il tente de se suicider par overdose de valium et de nivaquine. Enfin, dans Sous la cendre le feu (1993) d’Evelyne Mpoudi Ngollé, les vilenies du personnage de Djibril sont autant  choquantes que celles de Kouli et de Robert Bilanga mentionnées plus haut. Car un soir, précipitamment rentrée de voyage, Mina, sa femme, le  surprend en flagrant délit d’adultère sur le lit conjugal avec sa petite sœur Essèbè. Décontenancée, elle sombre dans une grave dépression nerveuse. Et son malaise, autant que les turpitudes de Djibril, affecteront durablement leur progéniture. Voilà quelques tableaux des dérives andragogiques qui ruinent la moralité de la jeunesse et plombent la mémoire collective.

Vecteurs de dégradation et d’effondrement, ces déviances exposent et vouent la jeunesse au dérèglement, à  la maladie, la violence, l’alcoolisme, l’emprisonnement, la vindicte populaire, la démence et la mort. Pourtant, une nation ne peut se développer que si  elle possède des gens forts et valides, qui peuvent travailler dans les champs, les chantiers, les administrations et les autres services sociaux. Il y a donc là  une grave entrave à  l’émergence envisagée. Aussi, pour y remédier, le corpus met-il en exergue de précieux messages délivrés par des personnages porte-parole.

 

4. Une bouteille à la mer

En plus de fonctionner comme agents de l’action, certains jeunes s’érigent, au fil des pages, en « possibles intérieurs » que les romanciers ont transformés en une existence indépendante (Massis, 1927 :36). Ils apparaissent ainsi comme une somme d’expériences vécues ou projetés, un « amalgame des observations et des virtualités des auteurs. » (Bourneuf et Ouellet, 1972 :174). Dès lors, des sentences aux observations, ils profèrent des messages qui font d’eux des porte-parole.

À ce titre, Alain Sango dit qu’il a besoin de l’exemplarité, non seulement de son père, mais aussi de tous les adultes pour se forger de bons principes de vie. De cette manière, il réussira à se faire une place digne dans la société. Alors, il  sermonne  son père qu’il a surpris un soir avec Adèle, sa fiancée :

 

Comment feras-tu pour arranger ? Le mensonge dans lequel nous vivons ici ? L’hypocrisie qui fait que vous, les adultes, vous criez à la morale alors que vous êtes les plus immoraux ? Je suis écœuré, tout simplement !  (Petit Jo : 136)

 

Les questions soulevées par Alain condamnent tout parent encroûté dans l’inconduite à se raviser pour ne pas déstabiliser sa descendance. Avec force, elles étayent l’idée que les jeunes sont  plus sensibles à ce qu’ils voient qu’à ce qu’ils entendent. Aussi, en étant un exemple, un ami, un bon interlocuteur, un enseignant et un protecteur, le parent aidera-t-il son enfant à être équilibré et responsable. Réitérons-le, l’exemplarité du parent peut devenir un précieux rempart  pour son fils face à la tentation corruptrice et l’adversité. À la vérité, elle impacte incontestablement sur la volonté sincère de certains jeunes de se conformer aux normes morales et sociales. C’est donc  une excellente impulsion susceptible de favoriser  la réformation d’un  hurluberlu.

En outre, l’esprit de solidarité et la compassion sont postulés par la jeunesse comme autant de pierres précieuses qui contribueront à son intégration sociale harmonieuse. Au nom de ces vertus cardinales, Petit Jo, devenu grand, tend la main à Man, son ami d’enfance, qui vient d’être élargi après des années d’emprisonnement. En signe de gratitude, Man  rappelle  la nécessité d’une telle bienveillance pour tout jeune lorsqu’il déclare à son ami :

Je te suis très reconnaissant de m’avoir invité. Quand j’ai reçu ta lettre, je me suis senti rassuré de savoir que quelqu’un m’ouvrirait sa porte. Quelqu’un était prêt à recevoir un ancien prisonnier ; un marginal comme moi. Merci, Petit Jo. Tu as du cœur. (Petit Jo : 146)

 

C’est aux parents, à l’école et à la société d’inculquer ces valeurs fondamentales à la jeunesse. Et à la liste des solutions ainsi envisagées par ces paumés eux-mêmes, d’autres palliatifs non moins efficients également évoqués se trouvent être : l’adoption, dont bénéficie aimablement Petit Jo dans la famille d’Essomba et Elé ; la crainte de Dieu recommandée par Jo le fou ; la modération et le discernement dans la jouissance des fleurs de la modernité. La remise en question des dérives de cette modernité ressort d’ailleurs du dialogue suivant entre les personnages de Ringo et de Gina, dont l’objectif serait d’en appeler au discernement de chacun, quant à ce qu’il doit adopter et rejeter parmi les produits de la civilisation actuelle :

 

                          -Tu es contre la modernité ?

                         -Je ne suis contre rien du tout. Seulement… j’ai l’impression parfois

                         que  nous faisons fausse route, que nous avons perdu notre chemin.    

                          Avant c’était peut-être mieux !

                         -Avant, il y avait la misère !

                        – Oui, mais nous étions davantage nous-mêmes ! C’est ce que je pense !  (Toxic : 28,29)

Pour être capitalisées, les réflexions ainsi formulées engagent à une démarche herméneutique appropriée. Car, elles sont capables de faire passer les jeunes de la marge au centre de la société, et de la délinquance à la normalité. Elles traduisent la pensée des romanciers (Bourneuf et Ouellet, 1972 :175) visant la socialisation de ce groupe en quête de repères, dès lors que la littérature africaine n’est guère un art désincarné, mais plutôt éminemment fonctionnel, au service de l’homme et de la vie. Pour interpréter cet engagement de Mpoudi Ngollé et de Pépin, qui font tous deux carrière dans l’éducation,  il convient donc de rappeler succinctement, à la conscience de chacun, quelques dispositions locales et internationales des lois qui  encadrent la prise en charge de la jeunesse.

Premièrement, la loi n°98/004 du 14 avril 1998 d’orientation de l’éducation au Cameroun retrace, en sa page 3,  les missions et les objectifs  des éducateurs et de l’État vis-à-vis  de la jeunesse. Aux articles 4 et 7, elle établit que l’éducation a pour mission générale la formation de l’enfant  en vue de  son épanouissement intellectuel, physique, civique et moral et de son insertion harmonieuse dans la société, en prenant en compte les facteurs économiques, socio-culturels, politiques  et moraux.  L’État garantit à tous l’égalité de chances d’accès  à  l’éducation sans discrimination de sexe, d’opinions politique, philosophique et religieuse, d’origine sociale, culturelle, linguistique ou géographique.

Deuxièmement, dans le cadre des Objectifs de Développement pour le  Millénaire, et pour un monde digne des enfants, 189 États Membres des  Nations Unies ont entrepris, en mai 2002, de  réduire l’extrême pauvreté et la faim, et aussi d’assurer l’éducation primaire  pour tous en donnant à tous les enfants les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires. De plus, en guise de stratégies pour promouvoir une existence meilleure et saine, ils ont résolu de formuler des politiques et des programmes visant à réduire la violence et les suicides chez les enfants et les adolescents, ainsi qu’à prévenir la consommation de stupéfiants, de substances psychotropes et inhalées, sauf pour des raisons médicales.

Troisièmement, dans la Convention 182, sur les pires formes de travail des enfants, de 1999, l’Organisation Internationale du Travail proscrit, à l’ article 3, l’utilisation, le recrutement ou l’offre d’un enfant à des fins de prostitution, de production de matériel ou de spectacles pornographiques, d’activités illicites, notamment pour la production et le trafic  de stupéfiants. Entrée en vigueur le 19 novembre 2000, elle encourage les États à des actions concrètes, urgentes. Nul doute qu’en bénéficiant concrètement de ces diverses dispositions, Aloga, Jo le fou et les autres n’en mèneront qu’une vie  digne de ce nom.

 

Conclusion

À tout prendre, ce regard sur la condition problématique de certains jeunes Camerounais et Guadeloupéens montre nettement que l’art négro-africain traduit et actualise la vie  des peuples noirs, tant du passé que dans leur être et leur devenir. Les romans abordés ici comportent donc un poignant message de bienveillance et de sollicitude pour la jeunesse, et le piteux tableau des groupes de  marginaux interpelle la conscience de tous. Car, pour l’heure, pour ces jeunes, mondialisation et modernité se conjuguent avec crises multiformes. Pour la mémoire collective, et au cœur de l’œuvre, le narrateur de Toxic Island synthétise et décrit, en ce tableau  éloquent et suggestif, leur malaise, leur drame et  leur vie misérable :

 

Vie difficile où le chômage jetait sur les trottoirs et dans la rue des bandes de jeunes de plus en plus déments.  Ils rugissaient en vain et se donnaient des airs méchants mais au fond d’eux ils criaient au secours malgré leur torse nu. Echec scolaire ! Braquage en série ! Perdus à tout jamais, ils allaient de la rue à la prison, de la prison à la rue en passant par le tribunal correctionnel. […] Voilà où nous en sommes arrivés. Les parents ont peur de leurs enfants !  (Toxic : 39, 53)

 

Alors, de la rue Fébrault et du  marché du Mfoundi,  éloquentes métonymies  de plusieurs autres  lieux, agglomérations ou banlieues d’ici et d’ailleurs, Ringo, Pilibo, Jo le fou, Ti Joj, Alain Sango, Essomba,  Aloga et Elé restent autant de bombes à retardement au  sein de la communauté. À travers leurs réflexions et leurs actes, ils veulent faire apprécier le tragique de leur situation et les dédales de leur précarité. Aussi, dans la mesure de ses dons et de ses avoirs, chacun se doit-il de leur tendre la main pour désamorcer la bombe.

 

Bibliographie

Bénac, Henri, Guide des idées littéraires, Paris, Hachette, 1988.

Bourneuf, Roland et Réal Ouellet, L’Univers du roman, Paris, PUF, 1995.

Cormeau, Nelly, Physiologie du roman, Paris, Nizet, 1966.

Essomba, Joseph-Marie, L’Art africain et son message, Yaoundé, CLE, 1985.

Ezquerro, Milagros, Théorie et fiction, Montpellier, CERS, 1980.

Loi n°98/004 du 14 avril 1998 d’orientation de l’éducation au Cameroun.

Mpoudi Ngollé, Évelyne, Sous la   cendre le feu, Paris, L’Harmattan, 1993.

–       Petit Jo, enfant des rues, Paris, Hâtier/Edicef, 2009.

Organisation Internationale du Travail, Conventions 138, 182 et 184 de l’OIT,

IPEC-WACAP/Cameroun.

Mongo, Pabé, Père inconnu, Dakar, NEA/EDICEF, 1985.

Mveng, Engelbert, L’Art et l’artisanat africains, Yaoundé, CLE, 1980.

Nanga, Bernard, Les Chauves-souris, Paris, Présence Africaine, 1980.

Pépin, Ernest, Toxic Island, Paris, Gallimard, 2011.

Pineau, Gisèle, Les Colères du Volcan, Paris, Ed. Dapper, 2011.

Unicef,  Un  monde  digne  des  enfants-Objectifs  de  développement  pour  le  millénaire ;  la Convention relative aux droits de l’enfant, juillet 2002.

Valette, Bernard, Esthétique du roman moderne, Paris, Nathan, 1993.

 

 

 

 

 


[1] Dans son récit intitulé Père inconnu (1985), l’écrivain camerounais Pabé Mongo aborde cette question essentielle. Une jeune fille de 16 ans, dont  le plus grand rêve était de se voir accompagner sur le chemin de l’école  par son père, qu’il n’avait jamais vu, y raconte sa vie. Privée d’affection, elle se laissera séduire pour se retrouver dans la même situation que sa mère 16 ans plus tôt. L’écrivain interpelle, à travers cette histoire touchante, ces adultes irresponsables qui exigent de  leurs propres enfants le courage et le sérieux dont ils n’ont jamais été capables.

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4 Responses to “Mots et maux de jeunes à la lumière de Petit Jo, enfant des rues d’Évelyne Mpoudi Ngollé et de Toxic Island d’Ernest Pépin”

  1. Akim Sirigou dit :

    exposé sur petit jo chap 4 grand mere

  2. Salut! Lisez pour le savoir.

  3. Ngaradé Ndolebe vidal dit :

    Salut!svp aidez moi un peu. J’ai travail qui consiste à rélèver l’influence chez les auteurs.Alors existe t-il une influence entre Evelyne Mpoudi Ngollé et Guillaume Nana?