Auteur: Roger Séguéla

Né d'un père occitan et d'une mère mantovano-véronèse, Roger Séguéla a œuvré dans le privé avant d'exercer des fonctions d'élu local. Eclectique en art, il fut aussi un grand sportif, n°15 (arrière) sur les terrains de rugby. Dans ses textes retraçant ses 20 premières années passées dans le quartier populaire toulousain de Jolimont, entre 1944 et 1964, il porte un regard lucide et factuel sur la vie d'une famille ordinaire dans la France de l'immédiat après-guerre et des Trente Glorieuses.

Le Stade Toulousain, une saga familiale

Le 20ème titre de Champion de France, remporté le 15 juin 2019, m’a replongé dans les souvenirs de mon enfance sportive et rugbystique.

Cette nouvelle victoire, remportée après 7 longues années de disette, m’a procuré un immense plaisir. J’en étais venu à douter, vu mon âge, de revivre un jour un tel évènement. Aujourd’hui je peux exulter et même espérer voir un 21ème titre, vu la qualité de la gestion du club, et de cette jeune équipe.

Tous les espoirs sont permis.

Et le Stade Toulousain gagne en produisant du beau jeu, le rugby que j’aime, fait d’évitement et d’imagination, pratiqué indifféremment par les avants et les arrières….

16 juin 2019 le Stade Toulousain, Champion de France pour la vingtième fois,
sur la place du Capitole, communiant avec le peuple toulousain

La devise “Fier d’être toulousain”, peut s’appliquer totalement au monde du rugby. Il suffit de voir, dans le monde entier, l’admiration des connaisseurs, ceux qui ont pratiqué ce beau sport, pour le jeu du Stade Toulousain.

je n’ai jamais rencontré de “connaisseur” qui n’apprécie pas cette culture, car il s’agit bien d’une culture rugbystique.

Partout le logo du Stade est reconnu et apprécié.

Aller voir un match de rugby à l’étranger, en portant ce signe, vous rend respectable et respecté.

Je me souviens d’un jour, le 9 mars 2013, dans l’ ascenseur d’un grand hôtel de Dublin, où je me suis retrouvé face à M. David Mc Hugh, qui avait eu l’honneur d’arbitrer la première finale de la Coupe d’Europe, gagnée par le Stade devant Cardiff en 1996 à l’Arms Park de Cardiff, après prolongation, 21 à 18.

David Mc Hugh, voyant mon pull portant le logo du Stade, m’adressa spontanément la parole, pour me dire qu’il était fier d’avoir arbitré cette première finale de la HCup, gagnée par le Stade Toulousain!

Que faisions nous ce jour là à Dublin, dans un crachin typiquement irlandais ?

Nous étions partis, Ben, Bob, Brossier et moi, assister au match Irlande/France du tournoi de 6 nations, qui s’était soldé par un pauvre match nul 13 à 13….

Rappelons pour les profanes, que nous avions fait partie tous les 4 de la glorieuse équipe d’Hec 1964/1967. Et que nous avons tous une vénération sans borne pour le jeu du Stade!

Ce jour là, l’esprit du jeu, n’avait pas inspiré l’Équipe de France, et nous avions dû nous contenter d’un maigre brouet.

Le Grand Club Familial

Le Stade Toulousain est la référence familiale, pour nous et nos enfants.

C’est le grand club, qui nous réunit tous, et dont nous suivons les matches, les résultats, l’évolution. Et dont bien sûr nous fêtons les nombreuses victoires.

Ce ne fut  pas toujours le cas.

Mon père n’était pas un fan du Stade Toulousain.

Il était d’abord footballeur et suivait le TFC (Toulouse Football Club).

En rugby, il avait un faible pour le Jeu à XIII, et à XV, il préférait presque le TOEC (Toulouse Ouvriers Employés Club) au ST.

Il faut dire que dans notre milieu populaire, le Stade Toulousain était alors perçu comme le club de la bourgeoisie, où se retrouvaient d’abord les médecins et pharmaciens, puis l’élite économique.

Les différentes sections du ST regroupaient les gens les plus huppés de la ville.

Il y avait une barrière économique et de classe, que nous nous interdisions de franchir.

Heureusement les temps ont changé, cette distanciation sociale a progressivement disparu, et aujourd’hui, le Stade repose également sur un large socle populaire, du moins pour la Section Rugby.

Le ST est devenu l’emblème de toute une ville, on nomme souvent cette équipe “Toulouse”.

Et comme c’est une équipe qui gagne, le peuple va vers le champion.

Je pense que le foot a encore davantage de supporters, mais le TFC ne gagne rien, son dernier succès remonte à la Coupe de France 1957, il y a plus de 60 ans.

Pendant ce temps, le Stade Toulousain a accumulé les titres, Champion de France et Champion d’Europe.

20 X CHAMPION DE FRANCE

Le Stade fut 6 fois Champion avant le guerre de 40, et 14 fois après.

J’ai donc vécu 14 finales gagnées, et à part celle de 1947, je me souviens bien des 13 autres, de 1985 à 2019.

Le Stade fut aussi 4 fois Champion d’Europe, de 1996 à 2010.

J’ai donc eu l’insigne chance de vivre et fêter 17 titres essentiels:  ce qui est énorme sur la durée d’une vie humaine!

MA PLUS BELLE FINALE  –  1985  –  STADE TOULOUSAIN 36 TOULON 22 (A.P.)

En 1985, nous habitons au Pays Basque, terre de connaisseurs du rugby.

C’est le seul sport dont on parle, avec la pelote basque. On y suit les clubs locaux, le BO et l’Aviron, plus une multitude d’autres équipes, que nous allons voir jouer, St Jean de Luz, Le Boucau, St Vincent de Tyrosse, etc.

Mais tous les connaisseurs basco-béarnais reconnaissent la grande valeur du ST, et être toulousain  procure une certaine estime!

Nous avons vécu cette finale en famille, à la télévision. Nous venions juste d’acheter notre premier magnétoscope, le match fut enregistré et souvent repassé.

Mené 12 à 9 à la mi-temps, le Stade va égaliser 19/19 à la fin du temps règlementaire, pour l’emporter 36 à 22.

Bonneval inscrira 2 essais, Charvet 3, après une célèbre chevauchée fantastique, qui lui vaudra les compliments du président de la république, pourtant totalement incompétent en la matière.

Parmi les vainqueurs, il faut citer, Novès, Gabernet, le grand Cigagna, surnommé Matabiau pour la qualité de son tri des ballons en sortie de mêlée, Janik, Portolan, etc.

Pour le ST : 6 essais de Charvet (3), Bonneval (2), C. Portolan ; 2 pénalités et 3 tranfos de Lopez.

Pour Toulon, 2 essais de Fournier et Gallion, i transfo de Bianchi, 3 pénalités de Bianchi (2) et Cauvy

Cauvy; 1 drop  de Cauvy

Stade Toulousain: Gabernet (cap.) – Rancoule, Bonneval, Charvet, Novès – (o) Rougé-Thomas, (m) M. Lopez – Janik, Cigagna, Maset – Cadieu (Lecomte), G. Portolan (Giraud) – C. Portolan, Santamans, Breseghello.

Ce fut le premier élément fondateur familial autour du Stade Toulousain.

Tous les titres suivants occasionnèrent des réjouissances familiales.

MA PREMIERE FINALE  EN DU MANOIR – DAX/ TOULOUSE  A COLOMBES 1971

Paradoxalement, il me fallut vivre en région parisienne, nous habitions alors à Ste Geneviève des Bois, pour assister enfin à un match du Stade Toulousain.

L’occasion se présente le 8 mai 1971, le ST s’est qualifié pour la finale du Challenge Yves du Manoir. Il va affronter l’Union Sportive Dacquoise. Il me semble, que dans mes souvenirs, le ST était favori.

L’équipe était alors amenée par le grand arrière Pierre Villepreux. A l’ouverture opérait l’admirable Bérot et l’infatigable plaqueur Skrela jouait 3ème ligne.

Mais la logistique toulousaine fut mal gérée, le bus amenant l’équipe au stade de Colombes, arriva 3 quarts d’heure avant le coup d’envoi, d’où un échauffement écourté, et un mauvais départ.

Le ST ne remonta jamais ce démarrage calamiteux et l’US Dax l’emporta 18/8.

Stade Toulousain: Villepreux; Bourgarel, Charlas, Puig, Gourdy; Bérot (o), Cler (m);
Skrela, Rballo, Duvignac; Billière, Morel; Theyret, Guiter, Brousse

Ce fut aussi un match historique: MC était alors enceinte de Anne-Lise, notre fille qui devait naître le 17 octobre suivant. Anne-Lise a vécu ce match à mi-grossesse.  Elle a donc été très tôt touchée par le virus du Stade Toulousain…..

De toute la famille, c’est elle qui a vu le plus de matches, longtemps abonnée au ST, où elle va régulièrement avec les siens.

C’est elle, ma fille, qui porte le flambeau du Stade chez les Séguéla.

QUELQUES FINALES AU PARC DES PRINCES

C’est pendant la glorieuse période 94/97, où le Stade remporta 4 fois de suite le Championnat de France, que je pus assister à quelques finales, grâce à des invitations professionnelles, procurées par des collègues acheteurs chez Promodès. Et toujours avec de bonnes places, aux 22m, et pas trop haut dans la tribune!

Je me souviens, le 1er juin 1996,lors de la finale contre Brive, le Stade était mené de 3 points (10/13) à 10 minutes de la fin. Mêlée aux 22 m dans le camp briviste. La tension est à son comble. Devant moi, Cazalbou se prépare à l’introduction en mêlée. Et avec stupéfaction, je le vois échanger avec Deylaud , leurs visages sont illuminés par un large sourire. Je me dis, pas possible, ils préparent un coup!

La balle sort, Deylaud ouvre sur sa gauche, rien de concret, sauf une nouvelle mêlée un peu plus centrale, toujours sur les 22. Il sourit toujours, Cazalbou lui passe le ballon et il adresse une merveille de petit coup de pied pour son ailier gauche, David Berty, qui s’en saisit et file à l’essai le long de la touche….Le Stade mène alors 15 à 13. Le match est gagné! Un dernier drop, et une pénalité vont  porter le score final à 20 à 13.

J’admirerai toujours le flegme, l’imagination et le plaisir de jouer de ce grand demi d’ouverture, que fut Christophe Deylaud.

Pour le Stade Toulousain: 1 essai de Berty; 2 pénalités de Castaignéde; 1 pénalité de Deylaud; 1 drop de Deylaud; 1 drop de Castaignéde
Stade Toulousain: Ougier; Ntamack (cap.), Castaignède, P. Carbonneau, Berty; Deylaud (o) (Artiguste), Cazalbou (m) (O.Carbonneau); Magnent, Dispagne, Lacroix (Castel); Belot, Miorin; Cl. Portolan, Soula, Califano.

Cette équipe était constituée d’une armada de grands joueurs, avec des 3/4 flamboyants autour du capitaine Emile Ntamack et du feu follet Castaignède, et un pack d’avant monstrueux, dont tous les noms sont évocateurs de cette grande époque, et notamment une fameuse 2ème ligne Belot/Miorin, sans oublier une première ligne d’exception, avec Califano, Soula et Cl. Portolan.

En 3éme ligne jouait l’actuel Président, Didier Lacroix.

LA  COUPE  D’EUROPE

Si nous assistâmes à notre première finale le 30 janvier 1999 à Dublin, à Lansdowne Road, MC et moi, ce fut pour vivre la défaite de Colomiers 21/6 face aux joueurs de l’Ulster, qui avaient battu le Stade Toulousain en 1/4 de finale.

En tant que directeur régional proximité de Promodès, basé à Colomiers, j’avais eu l’opportunité de sponsoriser ce sympathique club de rugby, comme je le faisais aussi pour celui de Nîmes.

C’est à Murrayfield le 7 avril 2012 que nous allions supporter le ST pour un quart de finale de la Coupe d’Europe. Les connaisseurs avaient parié sur le ST.

Stade de Murrayfield, 7 avril 2012, RS en supporter toulousain (photo MCS)

Mais un match n’est jamais gagné d’avance, et la rouerie écossaise mit à mal la machine toulousaine. La défaite fut courte 14/16 mais sans appel. Quelques semaines plus tard, le Stade remportait son 19ème titre de Champion de France. La leçon avait été retenue.

C’est à Toulouse, le 20 décembre 2015, que nous devions en famille assister à un match de poule de HCup entre le ST et l’Ulster.

2015 12 20 Stade Toulousain/Ulster  avant-match devant le bus du ST –
de gauche à droite : MC, Alexandre, Fabien, devant lui Grégoire,
Charles, RS, Anne-Lise  (photo Virginie)

Malgré le temps frais, nous avions piqueniqué dans les tribunes d’un stade annexe. A domicile, le Stade était en danger, après la lourde défaite subie à Belfast  au match aller.

Malgré ce contexte, sur la photo prise avant le match devant le bus du ST,  nous sommes tous souriants et optimistes.

Mais le père noël n’est pas passé, et comme en Ecosse, le quinze de Dussautoir devait s’incliner de deux points, 23/25, malgré l’esprit revanchard et le maillot spécial Batman, orné de la célèbre chauve souris.

LES  MATCHES DE CHAMPIONNAT DE FRANCE

Nous avons assisté à un grand nombre de matches à Toulouse, à Ernest Wallon ou au Stadium, mais aussi à l’extérieur, à Colombes pour le dernier match du Racing, à Marseille contre Toulon, et à Nîmes contre le RCNG.

Les rencontres les plus marquantes furent d’abord les ST/Agen puis les ST/Toulon.

Nous ne détaillerons pas dans cette chronique tous ces beaux matches, où notre équipe démontra toutes ses qualités.

LE  MUR  DE  SOUTIEN

La pandémie de 2020 et le confinement provoquèrent l’arrêt de tous les  matches de rugby à partir du 17 mars, mettant en danger la vie des clubs privés de ressources.

Une idée géniale fut inventée par les dirigeants du ST, ériger un mur de soutien dans l’enceinte d’Ernest Wallon, chaque brique portant le nom du donateur, aux prix de 30 et 150 €.

A ce jour, 8 juin 2020, plus de 12 000 briques ont été vendues pour un montant de 720 000 €, un magnifique résultat.

Il y en aura une à mon nom, et une à celui de ma fille, Anne-Lise, qui le mérite bien, pour le soutien sans faille qu’elle a toujours apporté au club.

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