Editeur: Stéphane Hoarau

Stéphane Hoarau est docteur ès Lettres (Université Louis Lumière – Lyon 2) et artiste peintre. Sa thèse porte sur un corpus d'auteurs francophones originaires du Maghreb et de l'océan Indien (des îles de La Réunion et de Maurice).
Festival d’Almada : et si le théâtre était un langage universel ?

En 2020, alors que partout en Europe s’éteignaient une à une les manifestations culturelles estivales, la ville d’Almada au Portugal maintenait contre vents et marées son Festival International de Théâtre, sur les deux rives douces du Tage, et sous la conduite de Rodrigo Francisco, son vaillant capitaine. Si en raison de la pandémie l’adjectif “international” […] Lire plus »

Avignon 2021-4 : Caroline Guiela Nguyen, Tchekhov (IN)

Fraternité, conte fantastique   Comme l’indique le titre, cette création de Caroline Guiela Nguyen nous fait basculer dans un monde totalement imaginaire. A la suite d’une éclipse de soleil, une partie de l’humanité a disparu. Les humains restants, ceux en tout cas qu’on verra sur le plateau, sont incapables de surmonter le choc de la […] Lire plus »

Avignon 2021-3 : Lolita Monga, Eric-Emmanuel Schmitt (OFF)

Poème confiné d’outre-mer « Toi en île Mascareignes Des coins de jardin poussent dans les têtes Piments-bec-collet-queue an pousouké Ramages de grands manguiers sous les ciels de lits Corail-Antigone, refuge des mouches à merde » Ainsi débute le récital poétique de Lolita Monga, une fonkézer (poète) réunionnaise qui pratique le kabar, cette forme très particulière, traditionnelle sur […] Lire plus »

Avignon 2021-2 : Christiane Jatahy d’après Lars Van Trier, Maguy Marin d’après Thucydide (IN)

Entre chien et loup Assistant à cette mise en scène de Christiane Jatahy, on ne peut s’empêcher de penser au film de Lars Van Trier, Dogville, si on a eu la chance de le voir, ou de regretter de ne pas l’avoir vu, dans le cas contraire. Les comédiens sur le plateau constituent en effet […] Lire plus »

Avignon 2021-1 : Gérard Philippe, Sosies (OFF)

Gérard Philippe de l’autre côté du miroir de Katia Barcelo Les premiers jours en Avignon, on découvre le programme du Off, on ne sait pas encore ce que l’on a envie de voir, alors on se laisse porter par le hasard. En arpentant les rues de la ville, en passant devant tel ou tel théâtre […] Lire plus »

Une exposition Zao Wou-Ki à Aix-en-Provence

Un personnage serait perdu au fond de l’horizon blanchâtre de ce tableau qui n’est pas un paysage réel, pas plus d’ailleurs que le personnage lui-même, visible seulement aux yeux de celui qui l’imagine. Alors pourquoi ce tableau de taille modeste, aux formes indistinctes, attire-t-il autant le regard ? Est-ce par contraste avec d’autres toiles plus […] Lire plus »

Un collectionneur sous les tropiques

Bernard Hayot, président du groupe éponyme qui s’étend bien au-delà Antilles mais dont la maison mère se trouve en Martinique, a constitué une collection de plusieurs centaines d’œuvres d’artistes caribéens, ou caribéens d’origine à l’instar d’Hervé Télémaque (Haïti) ou Philippe Thomarel (Guadeloupe), avec quelques rares exceptions (comme le Chilien Roberto Matta). Car le collectionneur, également […] Lire plus »

Il était une fois… à Hollywood : l’Invitation à la réécriture

 

Avec le film Once Upon a Time… in Hollywood, présenté en compétition officielle à Cannes, en 2019, Tarantino n’est pas à sa première aventure de ce genre.

C’est son quatrième film présent en compétition à Cannes après Pulp Fiction – Palme d’Or en 1994 -, Boulevard de la mort (2007) et Inglourious Basterds (2009, prix d’interprétation masculine pour Christoph Waltz) et c’est pour la deuxième fois, après le même Inglourious…, que Tarantino se lance dans l’écriture d’une histoire alternative. Sa nature nerveuse, espiègle et extravagante le rend mécontent des issues historiques.

Aussi fait-il la nique à l’histoire pour en changer le cours.

Il était une fois… à Hollywood, c’est sa deuxième uchronie, pour employer ce terme créé par le philosophe Charles Renouvier (1815-1903), sur le modèle du mot utopie, inventé par Thomas Morus en 1516, à l’aide de ce préfixe négatif u. Renouvier remplace topos (lieu) par chronos (temps) et c’est ainsi que naît l’uchronie, une histoire qui ne se retrouve pas dans l’ordre chronologique des événements. C’est une histoire inventée, mais il faut absolument qu’elle trouve son point de départ dans une situation historique identifiée comme réelle, mais dont on modifie le déroulement, l’issue et les conséquences. Le dénouement  inventé et ludique est très fécond et, souvent, réconfortant pour l’esprit, stimulant le sens de l’histoire. Et on voit Tarantino prendre des notes, se documenter, mettre en place ces notes et, mécontent, démonter tout cet agencement pour le transformer et le faire revivre dans le septième univers.

C’est ainsi que nous sommes portés en 1969, à Hollywood, où nous faisons la connaissance de Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), acteur de séries télé, et sa doublure, le cascadeur Cliff Booth ( Brad Pitt – l’Oscar et le Golden Globe du meilleur second rôle masculin) qui met beaucoup de charme et de talent dans son humble travail de plus en plus méconnu, mais qui ne s’en plaint jamais. C’est qu’il supporte et affronte avec courage le monde, là où ceci ne peut lui offrir que ses limites et sa médiocrité.

L’action du film commence en février 1969, quand l’acteur Rick Dalton (personnage fictif) – ancienne star d’une série télévisée, Le Chasseur de primes, reçoit de la part d’un agent artistique, Marvin Schwarz, (Al Pacino – très bon, plein de grâce et mémorable dans un rôle fugitif) la proposition d’aller en Italie tourner des westerns spaghettis pour pouvoir changer de cap, mettre fin à une carrière un peu trop prévisible et se donner un nouveau départ dans la vie. Mais Rick Dalton est prétentieux. Nous sommes en présence du personnage principal d’une comédie, surpris dans un moment ingrat de sa vie. Il est intelligent. Il comprend très bien que sa carrière est sur le déclin et qu’il n’a d’autre issue que d’accepter la proposition de Monsieur Schwarz, mais il n’aime pas les westerns spaghettis, trop mimétiques et dépourvus de psychologie et il commence à ne plus aimer ce qu’il fait… Il entend très bien que non seulement lui est sur le déclin, il en va de même pour le goût public, le mimétisme fait rage, le monde du cinéma se trouve à un carrefour… Et, comme il a le sens du ridicule, il évite de devenir pathétique. Et alors il boit. Il boit ferme. Il boit pour pouvoir accepter sa vie, pour pouvoir oublier qu’il pourrait très bien jouer d’autres types de rôle mais que les spectateurs et surtout les producteurs se sont habitués à le voir seulement en chasseur de primes… C’est l’un des rôles les plus difficiles de Leonardo DiCaprio qu’il mène très bien à terme. C’est le tragique dans le comique et DiCaprio sait très bien garder la ligne de flottaison, sans immerger, sans trop émerger… Il est parfait.

Finalement, notre héros accepte la proposition de Schwarz. Mais le départ pour l’Italie aura lieu en été et nous avons suffisamment de temps pour explorer leur milieu de vie. Rick habite une belle villa avec piscine en Beverly Hills et il apprend avec transport qu’il est le voisin de Roman Polansky qui vient d’acheter la demeure du 10 050 Ciélo Drive au producteur de disques Terry Melcher, qui, à son tour, la tenait du comédien Cary Grant! Quel voisinage! Rick se sent ranimer.

Cliff partage une caravane avec sa chienne Brandy, à proximité d’un drive-in, pour être tout le temps près du cinéma. Il a fait la guerre au Viêt-nam et, de retour dans son pays, il n’a plus de femme, plus de maison, plus d’avenir… Le monde a changé et ce monde nouveau ne reconnaît plus ses héros et n’a que faire de Cliff. Ce dernier n’a plus que sa chienne, Brandy, qui l’aime et le comprend. Clélia Cohen, la critique de Libération, parle de <<leurs solitudes parallèles>>, celle de Cliff et celle de Rick, et du <<monde finissant qu’ils incarnent>>, où l’un n’a pour se consoler que sa chienne et l’autre, sa piscine et sa margarita.

Mais ce film, attention, il faut le regarder – comment dirais-je? – entre les lignes pour ne rien perdre, pour arriver finalement à <<rompre l’os et sucer la substantifique moelle>>. Car ce monde finissant rappelle le nôtre, également mimétique, manipulateur et manipulé, qui nous impose sa grisaille et sa monotonie. On n’a qu’à s’y adapter, qu’à le vivre… C’est ce que font les deux héros, tandis que le réalisateur, Tarantino, a déjà annoncé que c’était son avant-dernier film et qu’il tirerait sa révérence…

Le film comporte deux parties:

1 L’aventure américaine d’avant l’Italie et

2 L’aventure américaine d’après l’Italie

L’Italie est un intermezzo, un moment de passage, justement pour donner aux jeunes hippies, jonchés partout dans ce film, la possibilité de mûrir, de mieux acquérir leur contour manipulé et manipulateur. Cliff fait leur connaissance avant de partir pour l’Italie et ce sont eux qui le regagnent après l’Italie. Toutes les fois leur rendez-vous est explosif. Ils essayent d’imposer leurs règles à Cliff et celui-ci ne l’accepte pas. C’est l’individu face à une société qui ne réussit pas à le faire obéir.

 

            L’Aventure américaine d’avant l’Italie

C’est la partie du film la plus descriptive, très proche de la réalité, un peu ennuyeuse donc, justement parce qu’elle veut nous porter dans l’atmosphère des années ’60.

Ainsi voit-on Rick Dalton – personnage fictif – jouer le premier rôle dans l’épisode pilote d’une série western, Lancer, réellement produite de 1968 à 1970 par CBS. Mais Rick n’oublie pas son ami, le cascadeur, et prie Randy, le producteur, d’embaucher Cliff, vu qu’il a besoin de ses services. Randy hésite pensant toujours que Cliff avait tué sa femme sur mer, lors d’une querelle, sans avoir payé pour ce meurtre, que beaucoup de personnes tenaient pour vrai, sans pouvoir le prouver. Finalement il accepte <<l’énergie que Booth apporte sur le plateau>> encore qu’il ne l’aime pas. Mais Cliff a la guigne. Et là c’est un bon moment pour Tarantino de rejoindre la vie réelle et d’évoquer un épisode cher aux cinéphiles qui s’y connaissent: sur le tournage de la série Le Frelon vert, en 1966, Bruce Lee a eu un discours arrogant qui a vraiment piqué un cascadeur à trois poils, Gene LeBell, qui a mis Lee sur le dos en un tour de main.

Rassurons-nous! Gene LeBell non plus n’a pas tué sa femme. Et puis, il faut le dire, personne de ce film n’a tué sa femme.

Mais vous rappelez-vous La Fureur du Dragon de 1972, avec Bruce Lee et Chuck Norris?

Et bien, quand j’ai vu Cliff/Brad Pitt affronter Bruce Lee, c’est à Chuck Norris et à la scène du Colisée que j’ai pensé premièrement, attendu que Chuck est lui aussi charmant, il a fait son service militaire en Corée du Sud et, de retour aux États-Unis, il a ouvert une école de karaté fréquentée par nombre de célébrités, dont l’une est présente dans ce film aussi – Steve McQueen.

C’est au manoir Playboy, acheté en 1971 par Hugh Hefner, le fondateur du magazine <<Playboy>> que Tarantino réunit et fait danser Roman Polanski, sa femme, Sharon Tate, le coiffeur Jay Sebring, son ancien amant, l’acteur Steve McQueen et d’autres. Tarantino s’intéresse plutôt aux médisances sur le compte de Polanski qu’au charme dionysiaque de ce manoir abritant, à part la piscine, un mini-zoo, une grotte, un orgue, une cave à vin, plusieurs courts de tennis et qui a vu des fêtes extravagantes et somptueuses très appréciées par Peter O’Toole, Elvis Presley, John Lennon, Leonardo DiCaprio (voilà!), Alec Baldwin, Joaquin Phoenix.

Mais revenons à notre héros, Rick Dalton/Leo DiCaprio, qui a vraiment du pain sur la planche! Il est Caleb de Coteau dans le western Lancer, où il croise  Trudi Fraser, une petite fille de 8 ans, qui devient sa partenaire. En la voyant, tout le monde a pensé à la jeune Jodie Foster qui, dès l’âge de 7 ans, tenait des rôles dans des séries western, comme Bonanza.

Pendant les pauses, lui et Trudi, qui est, naturellement, précoce, papotent. Il lui parle d’un personnage du roman qu’il lit, Tom Breezi, qui apprivoisait des chevaux sauvages, mais qui fait une chute et, après l’accident, ne peut plus monter à cheval. Sa carrière est coupée. Il devient inutile et Rick se voit dans le destin du personnage: il n’a pas souffert d’accident, mais il est possible que l’industrie du film n’ait plus besoin de ses services… Il est inquiet.

Mais son ami, Cliff, n’a pas de souci. Il répare l’antenne de télévision et, comme il est perché sur le toit de la villa de Rick, guette la propriété des époux Polanski, les voisins de Dalton. Roman n’est pas à la maison, Sharon est avec Jay, mais le paysage est troublé par l’apparition d’un personnage un peu bizarre, le visage encadré par une tignasse désordonnée et au regard déconcerté.

Mais qui est-il et qui cherchait-il?

Il est le fameux Charlie Manson, l’enfant illégitime de Kathleen Madox qui n’avait que 16 ans lorsqu’elle a accouché. Il fut voleur, proxénète pour devenir finalement le gourou d’un groupe de hippies, qu’il a baptisé La Famille qu’il n’avait jamais eue.  L’intelligence et le talent ne lui faisaient pas défaut, mais l’éducation lui manquait totalement vu que personne ne s’en était occupé. Mais parmi ses jeunes hippies, il se sentait Dieu sur terre. En prison il avait appris à jouer de la guitare. Et il compose. Dans le film, les jeunes hippies, – parmi lesquelles Pussycat, la fille de Cliff – qui ramassaient des aliments dans les poubelles de Los Angeles, chantaient des mélodies composées par Charlie. Dans la grise réalité, au procès qui a suivi aux meurtres de l’été 1969, les filles de Charlie, accusées de crimes affreux venaient en chantant les mélodies de leur gourou et en feignant l’innocence…

Il cherchait le producteur de disques Terry Melcher qui l’avait auditionné, mais qui, finalement, a refusé d’enregistrer ses compositions. Manson comptait toujours le faire se raviser. Heureusement, Melcher avait déménagé et, au 10 050 Ciélo Drive de Beverly Hills, Charlie ne trouve que la belle moitié de Roman Polanski qu’il dévisage sans lui en vouloir aucunement. Et il s’en va <<Au vent mauvais/ Qui l’emporte/ Deça, delà/ Pareil à la/Feuille morte.>>

Le film rejoint la réalité au moment où les filles de Charlie chantant, après avoir ramassé des vivres suffisamment comestibles dans les poubelles, se préparaient à les nettoyer un peu à la rivière qui arrose la ville avant de se rendre à l’océan:

Piller les poubelles était devenu une manière de survivre pour la Famille. Les supermarchés de Los Angeles jettent tous les jours de la nourriture parfaitement comestible, des légumes frais, des cartons d’œufs, des paquets de fromage qui ont dépassé une certaine date. Nous, les filles, étions chargées de fouiller dans leurs poubelles, de prendre la nourriture (…), de la nettoyer, d’enlever les morceaux abîmés ou pourris…

C’est ce que dit Susan Atkins, la fameuse criminelle, citée dans le livre The Garbage People (1971), écrit par John Gilmore et Ron Kenner, Susan, l’ancienne amante d’Anton LaVey – l’auteur de la Bible satanique, fondateur en 1966 de l’Église de Satan et personnage dans le film Un bébé pour Rosemary de Roman Polanski. Susan a, elle aussi, décroché un tout petit rôle dans le film de Polanski Le Bal des Vampires, où elle a joué à côté de  Sharon Tate qui y était Sarah, la belle fille des aubergistes, dont tombe amoureux Alfred, l’assistant du professeur Abronsius, interprété justement par Roman Polanski! Que voulez-vous? <<À force de parler d’amour, on devient amoureux>>!

Cliff débarque au Spahn ranch et fait la connaissance de La Famille

Après avoir nettoyé les vivres ramassés dans les poubelles, les filles regagnent le Spahn ranch. Cette ferme, qui a servi de décor à quelques épisodes de la série Bonanza, est située en plein désert, à une cinquantaine de kilomètres de Los Angeles, et a appartenu au fermier George Spahn, qui élevait des chevaux et qui louait la ferme aux réalisateurs de westerns. Dans le film il est présenté comme ayant été lui-même réalisateur.

Cliff, qui est amouraché de Pussycat (Margaret Qualley), la ramène au ranch. Ici, c’est un monde dans le monde qu’il découvre, avec ses propres lois, qui n’a pas les mêmes racines que notre société rigoureusement organisée, mais qui ne semble pas, hélas, pour autant, être  plus honnête; seulement plus sale. Cliff ne se laisse pas envoûter. Bien au contraire, il devient ombrageux. Il soupçonne les hippies d’avoir profité de la bonté et de la sénilité de Spahn, qui a plus de 70 ans et est aveugle. Il a accepté de loger Charlie et sa Famille en échange de quelques faveurs sexuelles de la part des filles. Le gourou a chargé Lynette Fromme (Dakota Fanning, qui voulait depuis longtemps travailler avec Tarantino), baptisée Squeaky, de s’en occuper. Et elle s’en occupe. <<Squeaky m’aime>>, apprécie George.

Mais pourquoi les faire changer de nom?

Charlie faisait son pouvoir pour anéantir leur passé, leur identité, leur personnalité. Dans ce groupe farouchement uniformisé, ils ne sont que des marionnettes auxquelles on peut demander n’importe quoi. À la ferme, ils ne sont plus personne. La misère et le manque d’avenir les uniformisent et alors c’est bien simple que Susan Atkins devienne Sadie, Charles Watson, Tex et Lynette Fromme, Squeaky. Ce sont des noms jetés au hasard et leurs porteurs vivent au jour le jour. Sont-ils libres?

Non, pas du tout. Ils sont affreusement manipulés.

D’abord, Cliff, qui avait filmé au ranch, s’est intéressé à George qui dormait à ce moment-là. Il dormait le jour pour pouvoir dans la soirée regarder une série avec Squeaky, dont il ne voyait rien, étant aveugle, mais c’était sa manière de passer du temps avec elle, c’était comme le prélude d’une partie de sexe. Cliff le réveille pour l’interroger sur sa vie présente. Il ne peut pas échapper à l’impression que les hippies vivent aux dépens de George. Il est méfiant et les hippies se sentent vexer. C’est qu’ils tolèrent très mal la méfiance. Et ils se vengent: Un certain Clem pique un pneu de la voiture de Cliff. Si Cliff avait été des leurs, il aurait accepté en riant cette mauvaise blague. Mais Cliff n’est pas des leurs et il ne veut aucunement l’être. Il reste un individu, quelque cher que cela puisse lui coûter. Il est très mécontent de l’état de la voiture qui n’est pas la sienne, mais l’élégante Cadillac de Rick, et les deux hommes se préparent à en découdre. Cliff casse la figure à Clem, lui demande fermement de changer la roue et puis s’en va. Mais avant l’épisode de la bataille, il a une toute petite conversation, très intéressante, avec Pussycat (personnage inventé). Elle l’accuse de ne rien comprendre à leur monde et en général. Elle dit:

<<George n’est pas aveugle. C’est toi l’aveugle!>>

Phrase exceptionnelle, il faut en convenir! Une phrase accusatrice, la quintessance de la manipulation! Donc n’est pas aveugle celui qui est aveugle au sens propre et figuré du terme, puisqu’il ne voit rien et se laisse duper. Les aveugles sont ceux qui s’entêtent à ne pas accepter ce qu’on leur demande et on leur impose de voir et d’accepter. C’est un monde à l’envers qui ne peut pas durer. Quelque part il va crever, comme un pneu… pour avoir trop roulé et parsemé son odeur fétide. Le menteur ne va pas loin!

Mais les hippies vont évoluer…!

 

Intermezzo

Les deux amis partent pour l’Italie changer de cap et redonner du souffle à leur carrière et à leur vie. Ici, Rick Dalton travaille, parmi autres, avec Sergio Corbucci dans le film (inventé) Nebraska Jim. Il fait quatre films au complet, gagne beaucoup et gaspille presque tout ce qu’il gagne, mais c’est en Italie qu’il trouve sa moitié: Francesca. Auréolé de cette conquète, il regagne l’Amérique pour vivre l’aventure de sa vie qui prouvera bien que la vie de tous les jours peut parfois l’emporter sur le film…

 

Chez Gary Hinman

Dans la nuit du 8 au 9 août 1969, Sharon Tate, enceinte de 8 mois et demi, et ses hôtes –  Abigail Folger, la fille de Peter Folger, le Président de Folger Coffee Co, le fiancé d’Abigail, Voytek Frykovski, un scénariste polonais, ami de Roman Polanski, et Jay Sebring, le coiffeur des stars, furent massacrés par quatre membres de la bande de Charles Manson. C’est le dénouement de l’histoire réelle dont parle ce film et qui sera réécrit. Parmi les invités figurait également Ennio Morricone (1928-2020), qui dut son unique Oscar de la meilleure musique d’un film à Quentin Tarantino, en 2015, pour Les huit Salopards. Heureusement, il n’avait pu participer à cette fête qui a fini par un carnage.

Mais pourquoi ce carnage? Qu’est-ce qui le justifie?

<<Plus on lit des choses, plus on se rend compte que cette histoire est obscure>>, commente Tarantino. Il est difficile de tirer les choses au clair et pourtant il existe des événements et des arguments qui se tiennent.

Gary Hinman est un musicien et un homme généreux. Il a bon cœur, par-dessus tout. Il est polyinstrumentiste, professeur de musique et bouddhiste qui avait ramassé de l’argent pour pouvoir se payer un voyage au Japon, qu’il a projeté justement pour l’année 1969. De temps en temps, lui, comme tout le monde, touche à la drogue. En cette qualité de musicien, d’homme généreux et de consommateur de drogue, il a reçu Charlie et les siens dans sa maison de Topanga Canyon. Mais Charlie n’est pas le seul artiste de la Famille

Bobby Beausoleil, véritable chanteur, acteur et consommateur de marijuana et d’acide, a rencontré Charlie et sa harde dans un endroit au nom prédestiné – la Vallée de la Mort – où  sa voiture était tombée en panne. Ils se sont vus et se sont plu. Et Bobby les a suivis au ranch. Il connaît bien  Gary. C’est ainsi que les trois artistes se mettent à se fréquenter. Gary écoute Charlie, il arrive même à croire à sa musique et finit par promettre à Bobby de financer une session d’enregistrement au gourou. Mais, tout comme dans le cas de Terry Melcher, le gourou ne convainc pas assez et comme Gary avait besoin d’argent pour aller au Japon il se rétracte, tandis que Charlie et les siens croyaient pouvoir le convaincre…

Voilà pourquoi le 25 juillet 1969, Bobby Beausoleil, Mary Brunner, ancienne bibliothécaire de l’Université de Berkeley, et Susan Atkins débarquent à Topanga Canyon sans nourrir nullement la pensée du meurtre, mais seulement l’idée de convaincre Gary de changer d’avis.  Pour mieux faire, ils se servent d’un revolver et d’un couteau. En se voyant menacé, Gary accepte de leur donner 150 dollars. La somme n’est pas jugée satisfaisante et les trois agresseurs, désorientés, appellent le gourou les tirer d’embarras. Charlie arrive et n’aime pas ce qu’il voit. Il  pense ne pouvoir plaquer simplement la maison, vu que Hinman pouvait se rendre à la police et les dénoncer. Hinman devait être surveillé tout le temps… et alors il se prend à le convaincre de joindre la Famille pour vivre comme un coq en pâte avec les filles… Mais Hinman n’y mord pas. Il a d’autres projets. Il a sa vie à lui. Il reste un individu, quelque cher que cela puisse lui coûter… Et il lui coûtera! Charlie perd patience et fait l’erreur de le couper au visage et de lui trancher l’oreille gauche. Une autre erreur est commise par cupidité: il force Gary de lui céder les clefs de sa Fiat. Le gourou n’a pas de sollutions et s’en va, tout en laissant les trois agresseurs se débrouiller seuls. Sinon il a voulu leur apprendre à devenir criminels… Gary n’est pas coopératif. Au bout de trois jours, Beausoleil s’emporte et le poignarde dans la poitrine et dans la tête. Gary saigne, mais ne veut pas mourir. Ce sont maintenant les filles dont il a refusé les faveurs sexuelles qui l’aide à… casser sa pipe, en l’étouffant avec un coussin. C’est ainsi qu’est fini son voyage sur ce monde. Il n’a jamais plus quitté Topanga Canyon. Sur les murs de sa maison, Beausoleil a écrit avec le sang de Gary <<Political Piggy>> et a apposé à côté une patte de panthère pour jeter la suspicion sur les Black Panthers, les membres d’un mouvement révolutionnaire afro-américain d’inspiration marxiste, constitué en Californie, en 1966. Il fallait que la suspicion tombât sur eux et non pas sur les hippies qui prêchaient, hélas, la non-violence…

Pauvre Gary Hinman! Il n’a pas eu les muscles de Cliff Booth ni de brave chienne! Il est mort pour avoir été trop bon.

C’est leur premier crime qui justifie les autres. Ils veulent faire croire que les Black Panthers s’attaquent aux blancs et surtout aux gens aisés.

Alors, le 9 août, Charles Watson, Susan Atkins, Patricia Krenwinkel et Linda Kasabian s’acheminent vers la maison des époux Polanski et tuent tous les gens qu’ils y trouvent. Linda Kasabian n’a pas participé aux meurtres, elle n’a fait que monter la garde. Dans le film elle est la jeune fille qui déguerpit en auto après avoir prétexté qu’elle avait oublié son couteau.

Le 10 août, vers une heure du matin, sont charcutés Leno LaBianca, le propriétaire d’un supermarché, et sa femme Rosemary, à leur maison de Los Angeles. Les assassins apposent toutes les fois la patte de panthère sur les murs.

Mais la police ne se laisse pas duper. Peu de jours après ces meurtres, Bobby Beausoleil est arrêté pour avoir conduit sans permis la Fiat de Gary Hinman, où les policiers ont trouvé également l’arme du crime: un couteau Bowie, mexicain! Quel toupet! Et quelle insouciance!

 

Les choses ne tiennent pas aux champs comme elles sont ordonnées en chambre

Il y a au-dessus le récit des trois débarquements meurtriers qui eurent vraiment lieu du 25 juillet au 10 août 1969. Revenons au film. Quatre jeunes gens – un mec et trois filles – sont envoyés par Charlie tuer tous les humains qu’ils puissent trouver au 10 050 Cielo Drive de Beverly Hills.

On dit qu’il avait fait très chaud le 8 août 1969. Le cinéaste met dans la bouche de Jay Sebring la remarque que << notre ami polonais apprécie que c’est la journée la plus chaude de l’année.>> Et Sharon (Margot Robbie) ne tarde pas de répondre:

<<Cela pourrait être vrai, même si c’est lui qui l’a dit.>>

C’est un peu irrévérencieux, non?

Elle laisse tout le temps l’impression qu’elle ne se doute pas du génie de son mari. Elle et le coiffeur font semblant d’être tout le temps complices. Si ce n’est que la malice de Tarantino…

Vers minuit, Charles Watson et les filles arrivent près de la villa de Polanski, mais ils se trompent sur la demeure et débarquent chez Rick Dalton qui venait de se préparer une margarita, avant de se laisser flotter sur sa piscine. Il est évident qu’il éprouve une grande satisfaction quand, prélassé sur un transat, il flotte sur sa piscine, en écoutant de la musique aux casques et en buvant de la margarita. C’est l’image du bonheur flottant au beau milieu d’une piscine! C’est pour cette piscine qu’il a travaillé et c’est elle qui le récompense de tous les mécontentements, toutes les craintes et les humiliations qu’il a vécus! Parce qu’il a vraiment bossé!

Aussi est-il fort dérangé quand les quatre avec leur bagnole font tant de bruit et de fumée devant sa résidence qu’il avait si cher payée et qu’il pensait vendre si sa situation s’empirait. Les quatre hippies reconnaissent en lui le héros de la série Le Chasseur de primes et, dans leur logique distordue et manipulatrice, ils pensent que c’est la faute à ces films où ils n’ont vu que des crimes qu’ils sont devenus ce qu’ils sont maintenant et qu’il serait très bon d’aller charcuter ceux qui ne leur avaient appris qu’à tuer!

<<La société actuelle déresponsabilise totalement les gens>>, commente Tarantino et se prépare à donner la réplique à cette société.

Rick et sa femme étaient très facile à charcuter, comme des cochons. Heureusement, dans la maison de Rick se trouve ce soir, après une fête au restaurant, Cliff. Celui-ci sort promener sa chienne. De retour à la maison, Brandy la Brave sent l’approche des criminels, mais attend la commande de son maître pour entrer en action. Cliff identifie les jeunes hippies. Brandy attaque Watson, le plus dangereux, et le fait sortir du jeu. La plus agressive, Susan Atkins, se précipite sur lui, mais Cliff qui avait la boîte de conserve pour chien en main la lui jette en pleine figure. Blessée à la tête, Atkins est attaquée par la chienne qui la mord au visage et le sang l’aveugle. Elle était déjà aveuglée par sa cruauté et la manipulation exercée par son gourou. Maintenant, elle l’est encore une fois par son propre sang qui a jailli abondamment de son propre corps là où elle espérait le faire jaillir des autres. Tel est pris qui croyait prendre. Cela arrive…

Mais Krenwinkel continue le combat et poignarde Cliff à la jambe. Il a juste la force de lui fracasser la tête contre les murs et s’évanouit.

Que voulez-vous? On ne peut guérir le mal que par le mal. C’est l’idée centrale de la catharsis. Aussi tout pharmakon est-il poison autant que remède. La fin du film nous donne de la satisfaction, attendu que nous éprouvons du soulagement et du plaisir, là où nous nous préparions à ne ressentir que de l’effroi et de la pitié.

Bien qu’aveuglée par son propre sang et par la fureur, Atkins ne rend pas les armes. Son instinct criminel la conduit, le revolver à la main, dans la piscine où elle flaire la présence d’une potentielle victime, Rick, qui n’a aucune idée de ce qui se passe dans sa maison, vu qu’il écoute de la musique, les casques sur les oreilles. Ce moment est énormément comique. Rick est fichtrement dérangé par la présence de cette folle qui crie à tue-tête, en tirant des coups de feu aux quatre vents. Mais il s’en remet et se rappelle qu’il garde encore dans le dépôt un lance-flammes, utilisé sur le tournage d’un film où il brûlait des nazis. Et il s’en sert encore une fois pour brûler Atkins et échapper à ses grognements affreux avant qu’elle ne réussisse à écrire sur un mur, avec du sang, <<Pig>>.

À la satisfaction du cinéphile répond le bonheur du héros qui apprend de la bouche de Jay Sebring qu’il est un fan de la série Le Chasseur de primes.

Qui plus est, la Compagnie Red Apple qui fut fondée en 1862 embauche le comédien Rick Dalton pour faire la réclame aux cigarettes Red Apple, que Jake Cahill, le chasseur de primes, fumait. Enfin, Rick est toujours mécontent, s’énerve, mais… la nave va

Et vogue le navire, mais seulement grâce à un homme qui a essayé de rester un individu et un bon ami, quelque cher que cela pût lui coûter.

 

Par Eléonora Fojica, publié le 14/04/2021 | Comments (0)
Dans: Critiques, Périples des Arts | Format: ,
Le (dé)plaisir – un numéro de « Recherches en Esthétique »

La revue annuelle Recherches en Esthétique consacre ses numéros successifs à des thèmes destinés à intéresser les spécialistes et les amateurs avertis, soit, pour les quatre dernières livraisons, les rapports de l’art respectivement au hasard, à l’action, au détournement, à l’assemblage[i]. Le numéro 26 qui vient de paraître vise un public plus large. Car il […] Lire plus »

Théâtre : « Hugo – l’exil, la rage, le rêve »

Alors que la plupart des théâtres sont fermés dans le monde pour cause de Covid, la Martinique fait exception. Pour combien de temps, nul ne le sait, mais l’on a pu voir en ce mois de janvier un montage de textes de Victor Hugo commenté et interprété par Paul Fructus. Le maintien de cette pièce au programme du Théâtre municipal n’était pas gagné d’avance et pas seulement à cause de la Covid, Victor Hugo étant devenu la cible des activistes martiniquais (les mêmes qui ont fracassé la statue du Schœlcher, le père de l’abolition de l’esclavage en 1948 !)[i]. Ainsi, le 26 juillet dernier, ont-ils entrepris d’enlever les plaques indiquant la rue Victor Hugo à Fort-de-France.

L’affaire avait commencé à l’occasion des épreuves du baccalauréat, en 2019, lorsqu’une jeune fille de bonne famille martiniquaise a refusé de traiter le sujet (portant sur Hernani) au prétexte que Victor Hugo était présenté dans les programmes scolaires sous un jour uniquement favorable, oubliant son « racisme ». Accusation absurde[ii] s’il en est mais qui s’inscrivait parfaitement dans la vague du mouvement « décolonial » et qui a marqué certains esprits en Martinique, si bien qu’on pouvait se demander si les représentations de Hugo – l’exil, la rage, le rêve ne seraient pas perturbées. Il n’en fut rien, fort heureusement.

Et tant mieux car tout le spectacle démontre la générosité de Hugo, son souci des plus pauvres et des laissés-pour-compte. Qui n’a lu ses grands romans, Les Misérables, Notre-Dame de Paris ? Est-il encore besoin, après ça, d’ajouter quelque chose pour sa défense ? Poser la question, c’est y répondre, bien sûr.

Il n’y a pas d’extrait de ces romans dans le spectacle de Fructus mais de tant d’autres textes, violents ou tendres, deux sentiments, soit dit en passant, qui sont inhérents à toute révolte sociale.

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère (discours à l’Assemblée nationale, 9 juillet 1849).

Ce qui se dit en prose se dit aussi bien en vers :

Où vont ces enfants dont pas un seul ne rit
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
(Les Contemplations, « Melancholia »).

Chez Hugo la compassion se mêle à l’admiration. Voir le personnage de Gavroche ou ce jeune héros évoqué dans l’Année terrible, le moment le plus émouvant du spectacle, selon nous :

Sur une barricade, au milieu des pavés
Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes…

Il faudrait citer ce passage intégralement. Il se termine ainsi : La mort stupide eut honte et l’officier fit grâce.

Hugo croyait au progrès. Il l’a dit, en vers encore, dans un long poème, Une rougeur au zénith, qui date de 1875, à soixante-dix ans passé.

Nous avons ce rayon, l’idéal ; nous avons
Ce qu’avaient autrefois les pâles esclavons,
Les juifs, les huguenots et les noirs, l’espérance.
[…]
Au zénith, une flamme informe, le destin,
Le progrès, la confuse ébauche de la vie,
La lampe des penseurs d’un jour pâle suivie…

Le Hugo au cœur débordant d’amour, est tout aussi présent dans les choix de Fructus.

Amour des femmes : La belle fille heureuse, effarée et sauvage, / Ses cheveux dans les yeux, et riant au travers (Les Contemplations, XXI)

Amour pour Léopoldine, la fille trop tôt disparue : Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe / Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur (ibid., XIV)

Amour pour les petits-enfants : J’en ai deux ; Georges et Jeanne ; et je prends l’un pour guide / Et l’autre pour lumière, et j’accours à leur voix (L’Art d’être grand-père).

L’amour de Victor Hugo ne s’étendait cependant pas à tout le genre humain. Il n’en avait pas une goutte pour « Badinguet », l’empereur Napoléon III qui l’avait contraint à l’exil :

Il trousse sa moustache en croc et la caresse,
Sans que sous les soufflets sa face disparaisse
Sans que, d’un coup de pied l’arrachant à Saint-Cloud,
On le jette au ruisseau, dût-on salir l’égout !
(Les Châtiments).

La satire, l’anticléricarisme (y compris quand ils se teintent d’humour) font aussi partie de la panoplie de Victor Hugo. Tout cela est évoqué dans la pièce magistralement interprétée par un Fructus qui remplit à lui tout seul l’espace, déclame comme pas deux et qui, de surcroît, avec sa moustache et sa barbe blanche n’est pas sans ressembler quelque peu aux photos du vieil Hugo. Quant à ses commentaires, ils ne déparent pas avec les mots d’Hugo. On peut en juger par sa présentation du « prince des poètes ».

[Victor Hugo] : « Un équipage armé jusqu’aux dents de cris de révolte et d’amour. Et voici en figure de proue : Hugo le dandy, la coqueluche de ces dames. Au bastingage : Hugo l’incendiaire, pyromane du Second Empire. Au mât de misaine : Hugo l’ami des noirs et du bas peuple. Et tout là-haut, à la vigie, Hugo l’exilé ».

Le comédien est accompagné par une musicienne, Marie-Claire Dupuy, à divers instruments. Quoique ses interventions n’apparaissent pas toujours indispensables, son jeu au vibraphone retient l’attention. On apprécie, quoi qu’il en soit, que les instruments ne soient pas amplifiés et tout autant que Paul Fructus ne soit pas affublé d’un de ces horribles micros d’oreille qui servent de béquille à trop de comédiens aujourd’hui. Lui n’en a pas besoin !

 

PS : Le texte de la pièce est disponible auprès de la compagnie « Le temps de dire » (letempsdedire@orange.fr).

 

[i] Cf. https://mondesfrancophones.com/espaces/politiques/anatomie-du-vandalisme-martiniquais/

Schœlcher fracassé

[ii] La jeune personne se fonde sur le discours de V. Hugo lors d’un banquet commémorant l’abolition de l’esclavage (en 1879). Un discours dans lequel V. Hugo prend très clairement parti en faveur de la colonisation de l’Afrique, ce qui est certes condamnable – surtout a posteriori, quand on sait comment les choses se sont passées – mais n’est en aucune façon – sauf, bien sûr, pour les soi-disant « éveillés » (woke) – une profession de foi raciste.