Editeur: Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig est ancien journaliste à Libération (1980-1985) puis au « Monde » (1985-2001). Luc Rosenzweig est spécialiste de politique internationale, et a notamment été correspondant du « Monde » en Allemagne au moment de la chute du mur de Berlin, et à l’OTAN pendant les guerres de Yougoslavie. Il est l'auteur d'une biographie d’Ariel Sharon, parue aux éditions Perrin à l’automne 2006, et de la "Lettre à mes amis propalestiniens", La Martinière, 2005.
L’amoureuse de Lacan ou Lacan l’amoureux

Un caillou riant au soleil   Catherine Millot La vie avec Lacan Gallimard   Des livres sur Lacan, sur ses écrits, sur ses théories, sur sa pensée, il est probable qu’on puisse en remplir des bibliothèques. Devraient s’ajouter, sur les rayonnages, les vies de Lacan, dont l’incontournable biographie d’Elisabeth Roudinesco, en plus des abondants témoignages […] Lire plus »

Pierre Jourde, cet “écrivain-boxeur”

Des mots et des poings   Pierre Jourde Géographie intérieure Grasset   De Pierre Jourde, je ne connaissais qu’un livre et une photo. Le livre : son pamphlet, la Littérature sans estomac, paru en 2002, écrit en collaboration avec Éric Naulleau. La photo : son portrait, toujours le même, publié dans la presse et qui continue d’ouvrir […] Lire plus »

Antoine de Saint-Exupéry: le philosophe de l’action

Saint-Exupéry et la philosophie de l’action   Comme Joseph Conrad en Angleterre ou Ernst Hemingway en Amérique, Antoine de Saint-Exupéry est l’un de ces écrivains qui puisent le matériau de leurs œuvres directement dans la vie. Ces trois auteurs ont un point commun : le fait d’être des hommes d’action avant d’être des hommes de […] Lire plus »

« La France d’antan » en cartes postales

Les éditions HC (pour Hervé Chopin) se sont fait une spécialité des livres illustrés de cartes postales anciennes consacrés aux villes ou aux provinces françaises. Elles nous offrent maintenant, suivant le même principe, un très copieux ouvrage (448 pages, près de 900 cartes postales) qui présente la France en général au tournant du XXe siècle. […] Lire plus »

Alexandre Leupin, Proust en bref, éditions Furor 2015

  Il y eut Flaubert et son idéal d’un roman impersonnel; puis vient Proust, où le sujet, l’expression personnelle, font retour.  Mais voyons bien le caractère élégiaque, crépusculaire, de cette “égophanie”. Comme le montre avec vigueur Alexandre Leupin dans les pages liminaires de son Proust en bref, celle-ci marque le terme d’une longue aventure, qui […] Lire plus »

Le terrorisme religieux

                      « Allah est venu à eux par où ils ne s’y attendaient point et a lancé la terreur dans leurs cœurs » (Coran, 59-2, verset cité par Daech dans le communiqué revendiquant les attentats du 13 novembre 2015). Terrorisme ? Encore faut-il s’entendre sur la définition. Proposons celle-ci : toute action qui vise délibérément des civils anonymes, […] Lire plus »

Proust en bref: bonnes feuilles

blancheToute révélation, toute résurrection, ces moments infimes où toute une vie bascule, est un punctum qui vise l’éternité. De fait, toute la Recherche s’origine d’un punctum,  le travail de Proust ayant consisté à transformer inlassablement la piqûre de la contingence en nécessité de Loi et de Vie. Arrivé au fond de l’Enfer de sa dissolution dans les plaisirs de l’amour, de l’amitié, de la contemplation esthétique, s’ouvre l’échappée vers le Paradis de l’œuvre à faire; cent ans de jouissances répétitives, cent ans de recherche, et soudain, par contingence, s’ouvre la porte : « Mais c’est quelquefois au moment où tout nous semble perdu que l’avertissement arrive qui peut nous sauver, on a frappé à toutes les portes qui ne donnent sur rien, et la seule par où on peut entrer et qu’on aurait cherchée en vain pendant cent ans, on y heurte sans le savoir, et elle s’ouvre. » (TR, 173) Peu importe que, comme Proust l’a avoué dans une de ses lettres, que ce point crucial soit un composite de plusieurs moments : c’est précisément le travail de l’art que de cristalliser  en un seul moment ce qui dans la vie prit sans doute du temps et se répéta sous différentes formes. Les portes du paradis et du salut s’ouvrent parfois par hasard : ce qui n’est point contingent, c’est l’obstination que met notre volonté à essayer de les découvrir.

Le récit de cette obstination se donne à lire, au passé, dans l’ample phrasé proustien, qui est l’élégie de l’atomisation et du singulier (du sujet judéo-chrétien). La magie du flux narratif est faite de la détresse, de l’éparpillement et des discontinuités contingentes du Moi et de la Vie. Lente déréliction, où le chagrin succède à l’allégresse, la jalousie, cette « passion de la vérité » (CS 269) à l’amour, où la perte se profile toujours comme future de la jouissance, où la possession est incomplète, l’amitié vide, où les œuvres d’art n’inspirent rien qui rédimerait la vie, où les tentatives d’écrire sombrent dans la procrastination, où même les moments les plus ravissants (les délicieux réveils d’Albertine dans La Prisonnière, par exemple) sont destinés à la disparition. Le passé récitatif est un long glas traversé par moments de jubilations fugaces.  L’amour, l’amitié, la mondanité s’y révèlent comme autant de figures que la déception, au cours du temps, a vidées de leur sens. Le récit est la poussière évanescente du détail infini, poursuivi avec une attention qui relève de la névrose obsessionnelle ; il suffit pour le saisir de constater l’énergie que met le narrateur jaloux à traquer et à faire la collection de tous les petits faits qui confirmeraient son soupçon : « La jalousie est aussi un démon qui ne peut être exorcisé, et revient toujours incarner une nouvelle forme. » (P, 95) Certes, la névrose obsessionnelle, dans le foisonnement du détail,  s’attache tout aussi bien à cet envers de la jalousie qu’est l’amour (l’amour de la littérature et des êtres tout ensemble).

Mais la déconvenue est aussi la clé et la cause inverse d’une très ferme espérance : amour et amitié, désir, certes éternellement désappointés, tout s’est reporté sur les morts (la grand-mère, Albertine), mais surtout s’est transfiguré dans l’art et le livre en train de se faire; les objets d’amour et d’amitié se transsubstantient dans l’œuvre pour révéler le sens même de la vie, et sa joyeuse essence.

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Par Alexandre Leupin, publié le 29/09/2015 | Comments (0)
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