La France face à l’islamisme

Notre civilisation, depuis qu’elle a perdu l’espoir
de trouver dans les sciences le sens du monde,
 est privée de tout but spirituel
(André Malraux, D’une jeunesse européenne, 1927).

La récurrence des attentats islamistes sur le sol français contre des chrétiens, des juifs, des journalistes, des enseignants ou de simples passants amène à s’interroger sur la capacité de notre pays à résister à une telle forme de violence.

L’islamisme et l’islam

S’il faut en croire certains imams modernistes, l’islamisme n’aurait rien à voir avec l’islam, religion de paix. En réalité, les croyants qui s’impliquent dans la lutte contre les infidèles sont simplement des gens qui prennent le Coran au pied de la lettre. John Stuart Mill, vers lequel il faudra revenir, explique très bien la décadence du sentiment religieux chez les chrétiens :

« Ces doctrines [celles de l’Evangile, en l’occurrence] n’ont aucune prise sur les croyants ordinaires, aucun pouvoir sur leur esprit. Ils ont un respect nourri par l’habitude pour les formules qui les expriment[i], mais il leur manque le sentiment qui va des mots aux choses signifiées et qui force l’esprit à les assimiler et à les rendre conformes à ces formules » (De la liberté, 1859, chap. 2).

Les islamistes sont tout le contraire de ces croyants ordinaires. Car, contrairement aux Evangiles qui n’enseignent que l’amour et le don de soi, le jihad[ii] est bien inscrit dans le Coran.

« Ne tuez point l’homme, car Dieu l’a défendu, sauf pour une juste cause » (sourate 17, verset 35)[iii].

« Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu et son Apôtre ont défendu, et à ceux d’entre les hommes des Ecritures qui ne professent pas la vraie religion » (9, 29).

« Les vrais croyants sont ceux qui ont cru en Dieu et à son Apôtre, et qui ne doutent plus, qui combattent de leurs biens et de leur personne dans le sentier de Dieu » (49,15).

Les musulmans installés en Occident, dont une partie se montre, à des degrés variables, tolérante envers les non-musulmans qui les entourent, se trouvent dans une contradiction insurmontable : certains désirent sincèrement s’intégrer dans les pays d’accueil, ce qui les oblige à ne pas se conformer à certains versets comme ceux que l’on vient de citer ; de l’autre, s’ils sont des musulmans sincères, ils sont obligés de les accepter puisque le Coran est considéré par les fidèles comme la parole de Dieu lui-même transmise directement à Mahomet. Prétendre, comme le font les modernistes que le Coran serait contingent, qu’il aurait été d’abord destiné à un peuple de guerriers nomades vivant au septièmes siècle après J.-C., qu’il doit être constamment réinterprété, est un argument contestable non seulement parce qu’on ne voit pas pourquoi Dieu ne se serait pas manifesté plus tard pour corriger l’enseignement délivré à Mahomet, d’autre part et surtout parce que les imams, même les plus éclairés, refusent de toucher au Coran afin d’en supprimer les passages les plus belliqueux, comme cela leur est parfois demandé.

Pour sortir de la contradiction, il faut soit accepter des accommodements avec ce qui est inscrit dans le Coran, à l’instar des « chrétiens ordinaires » décrits par Mill, soit prendre les armes contre l’Occident, celles de la parole et de l’ostentation (djellaba, voile islamique, etc.) et, dans les cas les plus extrêmes, des poignards ou des fusils d’assaut[iv].

Le modèle républicain

La France brandit l’épouvantail du multiculturalisme et se targue d’être républicaine. Il est vrai qu’elle le fut après la défaite de 1870 et jusqu’au troisième quart du XXe siècle, plus précisément jusqu’en 1976, l’année où fut décidé en compensation à l’établissement d’un visa pour les Algériens – le droit au regroupement familial, la plus grande erreur de Giscard d’Estaing pendant sa présidence selon ses dires. Même si l’histoire du regroupement familial est évidemment plus complexe[v], la mesure de 1976 n’est pas anodine car elle concerne cette fois principalement des familles algériennes porteuses d’une culture radicalement étrangère et donc a priori difficilement assimilables.

Or le modèle républicain se caractérise d’abord par sa volonté d’homogénéisation. Envoyer une armée d’instituteurs jusqu’au fin fond des campagnes ne correspond pas seulement de la part de Jules Ferry à un souci d’alphabétisation. Il s’agit à la fois d’éradiquer les langues régionales[vi], d’inculquer une morale commune (honorer le travail, respecter la propriété) et d’insuffler l’amour de la nation jusqu’au sacrifice suprême. L’Etat-nation est jacobin, nationaliste et revanchard, l’œil fixé sur la « ligne bleue des Vosges ».

Les « hussards noirs » sont porteurs d’une morale laïque, l’école de la République est en guerre contre l’école des curés dans les régions qui demeurent les plus christianisées. Cette guerre qui a lieu également au sommet de l’Etat se conclut par une victoire en demi-teinte des libres-penseurs. La loi de séparation des Eglises et de l’Etat (1905) garantit le libre exercice des cultes tout en assurant la liberté de conscience (art. 1er). Si elle précise que la République ne salarie ni ne subventionne aucun culte (art. 2), les cultes sont toujours licites. La raison n’a pas terrassé l’esprit magico-religieux, aucun « être suprême » n’a été durablement substitué au Dieu des religions du Livre.

Où en sommes-nous ?

La liberté de pensée, autre pilier de la laïcité à la française va au-delà de la liberté de conscience. Le texte fondateur, en l’occurrence, est l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».  Une formule ouverte à diverses interprétations. Il en va de même de la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui ne condamne pas seulement l’insulte et la diffamation mais réprime l’outrage aux bonnes mœurs, la provocation aux crimes et aux délits. Idem pour la loi Pleven (1972) qui instaure le délit de provocation publique à la haine raciale. Toutes ces lois fixent des bornes imprécises mais bien réelles à la liberté d’expression. L’article 11 de la Déclaration de 1789 qui la consacre n’oublie pas de mentionner l’existence de garde-fous : « La libre communication des pensées et des opinions est l’un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

L’adhésion de la France à des conventions internationales ne fait que renforcer ces limites. Par exemple, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné pour dénigrement une conférencière autrichienne qui avait parlé de pédophilie en référence à un mariage de Mahomet avec une fillette. Même si l’accusation était absurde, faisant l’impasse sur ce que pouvait signifier un tel « mariage » à l’époque de Mahomet, les attendus de la Cour condamnent explicitement des « déclarations susceptibles d’inciter à l’intolérance religieuse

La laïcité à la française[vii] est prise elle-même dans une contradiction entre deux principes : la liberté d’expression qui autorise la critique des religions et la tolérance qui l’interdit. Tout cela mâtiné d’une conviction antireligieuse du pouvoir fluctuant au gré des majorités. Des lois comme celle concernant le voile à l’école (Loi encadrant le port de signes et tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics, 2004) ou le mariage pour tous (Loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe, 2013) ont une signification clairement antireligieuse, la première en particulier car si les chrétiens peuvent toujours interdire le mariage religieux aux homosexuels, les jeunes filles musulmanes sont contraintes, elles, de se présenter tête nue à l’école. Du moins à l’école publique car la loi – effet pervers – encourage certains parents à inscrire leurs enfants dans une école confessionnelle…

Le principe de tolérance est contraire au modèle républicain tel que présenté plus haut. Il est par contre au cœur du libéralisme politique, depuis Locke[viii]. Non seulement l’Etat ne doit pas s’immiscer dans les affaires religieuses mais chaque individu doit se montrer respectueux des croyances d’autrui. Sur ce second point, c’est à Montaigne plus qu’à Locke qu’il faut se référer : « Je ne partage point cette erreur commune de juger d’un autre d’après ce que je suis… Je conçois mille bonnes manières de vivre opposées » (Les Essais, 1580).

Cependant tous les libéraux (au sens de la philosophie politique) ne défendent pas le respect des croyances d’autrui. Selon John Stuart Mill, déjà cité, il était parfaitement licite de critiquer publiquement les religions :

« Il serait bien plus nécessaire de décourager les attaques contre l’infidélité que contre la religion. Il est néanmoins évident que ni la loi ni l’autorité n’ont à se mêler de réprimer les unes ou les autres et que l’opinion seule devrait, dans chaque cas, prononcer son verdict… pour condamner tous ceux qui, d’un côté ou de l’autre de la discussion, font preuve soit de mauvaise foi, soit de malveillance ou de bigoterie (sic), soit de sentiments d’intolérance » (De la liberté, chap. 2).

En défendant mordicus la publication des caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo, en 2015 et en 2020, les gouvernements français se sont montrés milliens. Il n’empêche que de plus en plus de gens, en France, s’élèvent contre ce qu’ils considèrent au pire comme des attaques inacceptables contre les musulmans, au mieux comme d’inutiles provocations dans un contexte où la menace terroriste est toujours présente. La position officielle de la France, il est vrai, est passablement hypocrite : on peut dénigrer la religion mais pas tel ou tel fidèle individuellement. Il est pourtant clair que si je déclare telle ou telle religion imbécile, j’insulte implicitement tous ses fidèles.

Il résulte d’un sondage IFOP commandé par Charlie Hebdo (n° 1467, 2 septembre 2020) que moins de trois Français sur cinq approuvent la publication des caricatures. Parmi les personnes se déclarant musulmanes, seules 19% les approuvent, ce qui, à vrai dire, n’est ni surprenant ni inquiétant car on ne peut pas exiger de quelqu’un qui se voit attaquer dans ses convictions qu’il s’en réjouisse : la tolérance ne va pas aussi loin. Plus inquiétante, par contre, le réponse à à la question « En général, faites-vous passer vos convictions religieuses avant les valeurs de la République ? », puisque 40% des personnes se déclarant musulmanes (73% chez les 15-24 ans) répondent positivement contre 17% de l’ensemble de la population. À en croire ce sondage, deux musulmans sur cinq et trois jeunes musulmans sur quatre se sentiraient donc offensés chaque fois qu’un maire refuse de servir des repas halal à l’école ou de réserver la piscine aux femmes à certaines heures, ou lorsque leurs yeux rencontrent une femme en tenue légère, en chair et en os ou en image.

Le libéralisme politique

Si la France n’est pas une « république » (voir supra : le modèle républicain), elle n’est pas non plus une de ces « démocraties libérales », au sens anglo-saxon, où le respect des religions est bien plus affirmé. Même dans celles-ci, pourtant, se pose la question des limites de la tolérance. On pourrait croire, puisqu’elle est la valeur cardinale des régimes politiques libéraux, qu’elle y est clairement définie ; il n’en est rien. On peut simplement observer que dans ces pays, caractérisés par le « multiculturalisme », la tolérance est presque à sens unique. Les pasteurs ou les imams peuvent tonner en chaire ou dans leurs libelles contre l’athéisme. Par contre, il est très mal vu de s’en prendre aux religions, lesquelles peuvent colporter impunément des croyances contraires aux connaissances scientifiques les plus élémentaires, comme le créationnisme ou l’existence d’un Dieu unique en trois hypostases.

Dans Libéralisme politique (1993), l’ouvrage qui développe le modèle parfait d’une démocratie libérale, John Rawls ne peut pas esquiver complètement la question. Selon lui, dans une démocratie libérale peuvent coexister des individus ayant des conceptions « compréhensives » (englobantes) du bien radicalement différentes, pourvu qu’elles soient politiquement compatibles. Grosso modo, il faut que tous les membres de la société bien ordonnée acceptent les droits de l’homme et les principes de l’Etat de droit, une sorte de noyau dur que Rawls nomme le « consensus par recoupement ». Faut-il dès lors bannir sans autre examen les religions, les sectes qui défendent des conceptions opposées sur les droits humains (concernant par exemple la place de la femme dans la société), tout en acceptant de se plier aux règles démocratiques? La réponse de Rawls mérite d’être citée in extenso.

« Diverses sectes religieuses s’opposent à la culture du monde moderne et souhaitent mener leur vie commune à l’écart de ses effets indésirables. Se pose alors le problème de l’éducation des enfants de ces sectes ainsi que des exigences que l’Etat est en droit d’imposer en ce domaine. Le libéralisme de Kant ou celui de Mill peuvent conduire à imposer des exigences conçues en vue d’encourager les valeurs de l’autonomie et de l’individualité, envisagées comme des idéaux ‘compréhensifs’. Le libéralisme politique, lui, a un but différent et des exigences moindres. Il demandera simplement que l’enseignement comporte l’étude des droits civiques et constitutionnels afin que les jeunes sachent que la liberté de conscience existe dans leur société et que l’apostasie n’est pas un crime aux yeux de la loi, tout cela afin de garantir que, lorsqu’ils deviendront adultes, leur adhésion ne sera pas basée sur l’ignorance de leurs droits fondamentaux ou sur la peur du châtiment pour des crimes qui n’existent pas. En outre, l’enseignement doit les préparer à être des membres à part entière de la société et les rendre capables d’indépendance ; il devrait aussi encourager les vertus politiques afin qu’ils soient désireux de respecter les termes équitables de la coopération sociale dans leurs relations avec le reste de la société » (Libéralisme politique, trad. fr. p. 244-243).

Comme il le remarque lui-même, Rawls défend une conception particulièrement libérale… du libéralisme. On peut regretter qu’il ne se soit pas montré plus précis. De quelles « sectes » parle-t-il ? Celle qui refuse la vaccination et pratique une lecture littérale de la Bible ou celle qui persécute les homosexuels et cache les femmes derrière un niqab ? Les offenses à la personne ne sont pas les mêmes ! Au moins, le défunt professeur de Harvard suggère-t-il que les écoles confessionnelles sont incompatibles avec le libéralisme politique, toutes celles, en tout cas, qui prônent des valeurs contraires aux droits humains et à la démocratie.

 

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La France soi-disant républicaine, qui s’apparente en réalité davantage à une démocratie libérale, ne parvient pas à se débarrasser des djihadistes en son sein (plusieurs centaines de djihadistes avérés ou sympathisants sont sur le point d’être libérés de prison[ix]) ; elle est incapable d’empêcher l’immigration clandestine de combattants étrangers, peine à renvoyer chez eux ceux qu’elle appréhende[x] ; surtout, l’enseignement public ne remplit plus sa mission homogénéisatrice (voir le sondage cité plus haut). Or les remèdes qui existent paraissent difficilement applicables. La France est corsetée par des règles protectrices des libertés individuelles qui empêchent tout traitement radical du terrorisme. On ne va pas regretter de vivre sous un régime d’Etat de droit mais le fait est que cela limite l’action contre les individus malfaisants… Quant à la faillite de l’enseignement public – du primaire au supérieur –  si on peut l’expliquer (la mode du pédagogisme, l’oubli des fondamentaux – lire-écrire-réciter-calculer – le recrutement et la formation des enseignants, le poids des corporatismes, la faiblesse de l’institution à l’encontre des entorses à la discipline, le refus de la sélection, la réformite des ministres successifs, etc.), on a du mal à la comprendre, car si l’on voit très bien à qui elle profite, la panne de l’ascenseur social confortant les élites déjà en place, ces dernières n’ont fomenté à notre connaissance aucun complot pour casser l’école.

A tout cela s’ajoute la doctrine officielle qui veut à tout prix disjoindre l’islam et islamisme, comme si le premier n’était pas à la racine du second. Si les libres-penseurs de la Troisième République avaient raisonné ainsi, l’Église catholique tiendrait sans doute encore le haut du pavé. A force d’acrasie, la République paraît désormais impuissante contre les périls qui la menacent.

 

 

[i] Par exemple celle-ci citée un peu plus haut par Mill : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au royaume des cieux ».

[ii] Les théologiens musulmans distinguent le « grand djihad », combat contre soi-même pour atteindre la perfection, et le « petit djihad », la guerre contre les infidèles. C’est de celui-ci dont nous parlons ici.

[iii] Nous citons le Coran dans la traduction de Kasimirski (1840).

[iv] On écartera ici les explications d’ordre sociologiques. Il y a, hélas, de nombreux malheureux qui en veulent au monde entier. Tous n’assassinent pas des innocents en criant « Allahou akbar » (Allah est le plus grand).

[v] Cf. Muriel Cohen, « Contradictions et exclusions dans la politique de regroupement familial en France (1945-1984) », Annales de Démographie historique, n° 128, 2014-2.

[vi] Selon le linguiste Alain Bentolila, au XVIIIe siècle seuls 3 des 25 millions de Français comprenaient la langue nationale.

[vii] La définition officielle, sur le site du Ministère de l’Intérieur, est la suivante : « La Laïcité repose sur trois principes : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions ».

[viii] « L’Etat, selon mes idées, est une société d’hommes instituées dans la seule vue de l’établissement, de la conservation et de l’avancement de leurs intérêts civils », (Lettre sur la tolérance, 1689).

[ix] Selon le député LR Eric Ciotti, 150 détenus condamnés pour terrorisme islamiste et 350 détenus radicalisés condamnés pour des affaires de droit commun sont libérables d’ici fin 2023.

[x] Sur ces deux points, cf. deux articles dans les Monde des 14 et 17 novembre 2020, p. 14-15.

Par Michel Herland, publié le 17/11/2020 | Commentaires (3)
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Bonnes feuilles – « Adam  Smith à Toulouse et en Occitanie »

Adam  Smith à Toulouse et en Occitanie  vient combler un vide dans  les  biographies « anglo-saxonnes » du père de l’économie classique, sur son séjour à Toulouse ou plus généralement dans le sud de la France de 1764 à 1765.

Parmi les thèmes développés dans la Richesse des Nations paru en 1776, se trouve une dénonciation de l’esclavage que l’on ne trouve pas dans ses écrits antérieurs à son voyage. Il est tentant de rapprocher cette condamnation fondée sur le non-sens économique de ce type d’exploitation de ses rencontres. En effet durant son séjour à Bagnères de Bigorre puis dans les semaines de l’été 1764 qui ont suivi, Smith a rencontré un aristocrate, le comte de Noé qui comme de nombreux propriétaire coloniaux, partageait son temps entre son domaine gascon et sa plantation de « Breda » située à Saint Domingue dans la partie devenue de nos jours Haïti et l’historiographie récente conclut que le comte de Noé était très proche de Toussaint Louverture, celui qui prendra la tête du premier mouvement indépendantiste au monde. Les pages suivantes décrivent la rencontre de Smith et de son élève le duc de Buccleugh avec le comte de Noé.

1. Villégiature à Bagnères-de-Bigorre

Ainsi, comme le siècle le met en avant, l’un des buts des séjours dans les villes d’eaux est également la promenade. La promenade est alors une institution et possède ses règles, ses usages, ses lieux et ses codes. La promenade est le lieu de sociabilité par excellence, tous les participants y sont égaux, tout le monde salue tout le monde. Dans une ville de villégiature et principalement dans une ville de cure, personne n’est chez soi. Aucun aristocrate, qu’il soit originaire de Toulouse, de Bordeaux ou bien de la cour de Versailles, ne possède de château dans la ville. Tout le monde, tous les aristocrates résident soit à l’hôtel, soit dans une auberge, soit chez les habitants qui louent des chambres ou de petits appartements. Il faudra attendre la création des Grands Thermes ou des Thermes du Salut qui regroupent plusieurs sources pour que l’hébergement soit organisé, un siècle plus tard, autour de la cure et pour le confort thérapeutique des patients.

Smith, qui s’était plaint dans ses lettres précédentes des limites que lui imposait son logement pour recevoir et rendre les visites, est maintenant sur un parfait pied d’égalité avec les personnes qu’il peut rencontrer. Le logement n’est plus dans la vallée, un critère de discrimination sociale, et chacun partage ce confort d’été toujours un peu précaire qui sied aux lieux de vacances. Les échanges sont ainsi facilités. Pour nos voyageurs, la petite station des Pyrénées devient enfin un lieu de sociabilité partagée et fort de cette situation nouvelle, ils lient ainsi très facilement des relations avec l’ensemble des personnes en résidence dans la ville.

Mais au-delà de la simple promenade, d’autres lieux de sociabilité existent comme une concession au siècle. Nous l’avons déjà indiqué, les jeux de hasard, l’aléa du jeu et les émotions qu’ils procurent ont fait leur apparition dans tous les milieux de la société.

Les rumeurs courent d’autant plus vite que la société est restreinte, tout au plus quelques centaines de curistes, que le lieu est petit et que les personnes n’ont rien d’autre à faire que les trois activités que nous avons mentionnées et qui ponctuent la journée, les soins le matin, la promenade l’après-midi, le jeu en soirée. Il n’existe pas encore d’établissement central comme un casino unique permettant une unicité des jeux, mais plutôt plusieurs établissements indépendants se faisant concurrence. Cela permet de passer de l’un à l’autre et de limiter en toute logique, l’importance des sommes mises sur le tapis.

[…]

Le jeune duc, lui, semble avoir noué à Bagnères des liens pour son propre compte. Il faut dire qu’il va fêter ses dix-huit ans et qu’il est d’après Colbert « fort bien fait de sa personne ». Il est écossais, ce qui lui assure l’exotisme nécessaire à la séduction. Il est aussi riche et porte un nom célèbre. Si l’on ajoute que dès sa majorité, il deviendra le chef de la maison de Buccleuch, il n’est pas étonnant qu’il attire l’attention. Ce fut en particulier le cas pour la baronne de Spens qui lui adressa peu après les jours passés à Bagnères une lettre que le duc devait rapporter en Écosse et conserver soigneusement, alors que nous déplorons le peu de pièces permettant de reconstituer le voyage de nos deux héros.

Saint Sever, le 20 octobre 1764

A Milord

Milord le duc de Buccleugh

En vérité milord, vous oubliez bien vite les absens ! je m’étais flatée de trouver un peu plus de mémoire chez les anglais, mais je m’aperçois qu’ils ne différent des françois que par le propos ; vous m’aviez promis, de m’envoyer, dès que vous seriez à Nöe, une lettre de recommendation pour madame votre tante, en faveur de mes cousines ; j’ay attendu vainement l’effet de cette promesse, vous n’y avez sans doute plus pensé ; mais enfin milord ce retardement n’est point un mal irréparable, si vous avez la bonté d’écrire tout de suitte et de m’envoyer votre lettre je serais alors a temps de l’adresser, a paris a ces dames qui doivent y rester cinq ou six jours, j’espère milord, que vous bien souscrire à cet arrangement autrement, vous voyez bien que je serais en droit de dire que l’on doit encore moins compter sur les anglais, que sur les françois ; Comme j’ignore milord, le temps que vous avez resté à nöe, et plus encore, ou vous avez été en partant de ce pays lo, j’adresse ma lettre a monsieur l’abé de Colbert, et je le pris de vous le faire remetre ou vous serez : pour moy je ne bougerai pas encore d’icy.

J’y suis occupée a faire batir, au reste j’ay failli me noyer depuis j’ay eu l’honneur de vous voir ; je suis tombée dans le gave, qui est une rivière très rapide, on regarde comme un espèce de miracle que je n’y ait point rester, c’est à mr de l’Etang que j’ay l’obligation d’en être dehor. Cet accident m’a laissé beaucoup de frayeur, mais n’a pas heureusement dérangé ma santé qui est toujours bien bonne, je serér fort aise d’apprendre que la votre continue a l’etre aussi, j’ay l’honneur d’etre bien parfaittement, milord votre tès humble et très obeissante servante. 

Labarrere d’Espens.

Bien des choses je vous prie a monsieur Chmit [Smith !], j’espère qu’il voudra bien se souvenir de m’envoyer son livre. Comment se trouve monsieur le baron, ses yeux sont-ils encore séchés, un petit mot de consolation de ma part.

La famille de Spens est, faut-il y voir un hasard, une très ancienne famille d’origine écossaise qui est installée depuis quelques siècles maintenant dans la ville des Landes, Saint-Sever, où elle possède un important domaine agricole et loge dans le sombre et moyenâgeux château local. Saint-Sever est sur la rivière Adour, qui est la même que celle qui coule en torrent à Bagnères, rendant le trajet de 140 kilomètres facile et direct pour des personnes résidant dans cette plaine agricole et à l’époque fort riche.

La famille de Spens avait été envoyée en France en 1450 par le roi Stuart Jacques II d’Écosse en pleine guerre de Cent Ans pour aider les Français dans leur lutte contre l’occupant anglais. Il est alors question de limiter sa présence à la Guyenne et pas encore de reconquête du territoire au bénéfice du roi de France. Depuis 1295, en effet, les royaumes de France et d’Écosse avaient scellé une alliance dans laquelle chacun s’engageait à soutenir l’autre contre le royaume d’Angleterre. Au fil des siècles et des vicissitudes des relations entre les trois pays, le contenu politique et stratégique de l’alliance franco-écossaise s’était émoussé, mais il restait une sorte d’affection nourrie par les souvenirs du passé (comme l’Auld Alliance), confinant parfois au mythe. Dans ce sens important et durable, les échanges culturels entre la France et l’Écosse ont été continus, mais ils ont atteint leur apogée au siècle des Lumières (1).

Le roi de France Louis XI (1423-1483) avait accordé en 1474 à la famille de Spens des lettres de naturalité qui furent enregistrées le 15 août 1475, à Paris. Il est qualifié par le roi de « premier homme d’armes de France » après avoir tué dans une escarmouche l’un des ennemis du roi de France, le duc Charles le Téméraire. Plus tard le roi Charles VIII (1470-1498), par reconnaissance peut-être, fit sienne la devise des Spens : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? ». Très vite les Spens, par le jeu des mariages, vont s’enraciner en France dans la province de Guyenne. Ils constituent ainsi dès le xvie siècle la branche française des Spens qui est dorénavant connue sous le titre de Spens d’Estignols. Il demeure toujours également une branche de Spens en Écosse qui reste une puissante famille féodale des Highlands.

La jeune femme que le duc fréquente à Bagnères est issue d’une famille comportant de nombreux militaires. Son père Jean-Baptiste Cazenave de Labarrère, (1705-1775 à Dax) a été mousquetaire pendant trois ans, officier à la Martinique (1748-1753), puis à l’île de la Grenade (1753-1754), enfin à la Guadeloupe (754-1757) où il a été nommé mais ne s’est pas rendu. Il est rentré en France pour cause de mauvaise santé en 1753 et, future tradition familiale, il prend les eaux à Barèges. Pour services rendus il obtient la croix de Saint-Louis en 1754. Il est dit écuyer, seigneur de Cazalon (en Momuy), Monbet, Labastide et St-Cricq. Finalement il devient prévôt de la maréchaussée d’Auch et du Béarn en 1763, charge qu’il transmettra à son fils Jean-Gabriel qui finira guillotiné le 12 avril 1794. Jean-Baptiste Cazenave de Labarrère a épousé, peut-être en 1740 à la Martinique, Claire Françoise de Francesqui, née le 25 février 1719 à Fort-de-France (Martinique) et qui décédera le 19 pluviôse an VI à Saint-Sever, fille d’Antoine et de Marie-Anne Girardin de Champmeslé, des colons de la Martinique.

Françoise avait des frères dont l’un, Jean-Gabriel, prévôt de maréchaussée à Auch, périt sur l’échafaud à Dax pendant la Révolution au terme d’une mission, bon exemple de noble éclairé rallié à la Révolution en 1789 et finalement broyé par la Révolution. Ce frère nous livre un indice supplémentaire du réseautage des élites à la fin de l’Ancien Régime : il était en effet le procureur fondé de Paul-Marie-Arnaud de Lavie, chevalier, seigneur comte de Belhade et autres lieux, fils d’un président à mortier du Parlement de Bordeaux dont nous verrons la contribution à l’économie politique dans ce qui suit.

Pour sa part, notre épistolière, peut-être née elle-même à La Martinique, a épousé en 1759 Joseph, baron de Spens d’Estignol. Son mari est né à Saint-Sever en 1729. Il est capitaine commandant du régiment d’Auvergne qui a été fortement engagé durant la guerre de Sept Ans sur les fronts d’Allemagne et des Pays-Bas, et reste donc très éloigné du château d’Onnès. Il semble que l’éloignement du mari ait renforcé le rôle de la baronne qui « fait bâtir ». Le jeune duc avait fait la promesse d’une recommandation auprès de sa tante à Paris pour les cousines de Mme de Spens.

Peut-on aller plus loin et déduire de la sauvegarde de cette lettre que la baronne ait provoqué quelques émois chez le duc ou son tuteur qu’elle ne manque pas de mentionner dans sa lettre ? Ou encore le baron Secondat de Montesquieu dont les yeux font l’objet d’une allusion quelque peu équivoque ? En tous les cas, la rapidité avec laquelle elle se remariera à peine plus d’un an après le décès du baron de Spens avec un autre militaire d’ailleurs semble indiquer qu’il s’agissait d’une personne séduisante. Fort habilement elle fait transmettre la lettre par l’abbé Colbert dans l’ignorance où elle est des étapes du voyage du duc. Après Bagnères, il va en effet séjourner, en compagnie de Smith et de l’abbé Colbert, sur les terres de leur nouvel ami le comte Louis-Pantaléon de Noé (1728-1816), une autre de ces personnalités du xviiie siècle comme son père dont la vie se déroule de part et d’autre de l’Atlantique.

 

2. Le comte de Noé

La lettre de la baronne nous indique ainsi que dans leur périple vers leur second séjour dans la ville de Bordeaux, nos voyageurs vont faire halte dans le magnifique château de l’Isle-de-Noé. Louis-Pantaléon, comte de Noé, a passé toute son enfance dans les Caraïbes. Il est l’héritier, par sa mère, de plusieurs plantations de la célèbre famille des Bréda. Il est un grand propriétaire d’esclaves dans la partie de Saint-Domingue que l’on appelle Haïti, dans la partie toujours appelée de nos jours Cap aux Français. Après une enfance heureuse dans la plantation où règne le système de l’esclavage, il est envoyé en France pour recevoir une éducation digne de son rang. Puis le comte Louis-Pantaléon choisit de commencer sa vie par une carrière militaire, il combat les Anglais dans le cadre de la guerre qui vient de s’achever. Il s’illustre en particulier dans des combats qui ont lieu sur le territoire européen, et non pas sur les mers comme on serait en droit de le penser pour un homme originaire des colonies d’outre-mer. Il est certain que le comte possède, par son existence, une vision du monde probablement plus globale que n’aurait un aristocrate du Languedoc n’ayant jamais quitté sa province. Jean-Louis Donnadieu dans son ouvrage nous indique que sa carrière vient de connaître une inflexion définitive pour sa vie :

La bataille de Minden (1er août 1759) va constituer un tournant dans sa vie militaire. Durant cet affrontement perdu par les troupes françaises, il est très sérieusement blessé d’un coup de feu au bras droit. Son cheval est tué sous lui. La chute aurait-elle contribué à aggraver encore la blessure qui vient de lui brûler le bras ? Ce qui est sûr c’est que le cavalier en reste « estropié » ; toutefois ses papiers militaires ne précisent pas quelle est la gravité des séquelles sinon du handicap dont il va désormais souffrir. (2)

Le comte de Noé rejoindra définitivement, après une longue période de soins et une très longue convalescence, son île natale, Haïti, durant le second semestre 1769 où il va mener une grande carrière de colon. C’est dans sa plantation que travaille un cocher du nom de Toussaint Louverture. Il existera entre les deux une complicité qui débutera par l’affranchissement de l’esclave et culminera dans une lettre qui est à l’origine de l’ouvrage de Jean-Louis Donnadieu. Cette lettre très détaillée montre la complexité des relations qui ont pu exister entre les différents protagonistes de ce drame colonial que fut le système de l’esclavage, dénoncé à de multiples reprises par Adam Smith pour son inefficacité économique. Cette lettre est également l’illustration des interrogations morales qu’un homme comme le comte de Noé a pu former au cours de ses séjours en Europe et ses longues conversations avec les hommes de qualité qu’il y a rencontrés, au nombre desquels on peut bien sûr inscrire le philosophe de Glasgow comme le baron de Secondat.

Jean-Louis Donnadieu n’est pas précis sur les séjours du comte entre Paris, Bordeaux et Noé de la fin de la guerre de Sept Ans jusqu’à son retour dans ses plantations au premier trimestre de 1769. Toutefois sa présence à Bagnères est probable puisque d’une part le comte est présent en Guyenne dans ces mois précis et d’autre part sa blessure est tout à fait compatible avec des soins à base d’eau minérale et de boues chaudes à Bagnères-de-Bigorre (voire dans la station voisine de Barèges qui possède depuis des années un établissement thermal spécialement destiné aux militaires blessés).

Par la lettre de la baronne de Spens adressée au jeune duc au château de Noé, nous savons que la halte de Noé suit la rencontre dans la ville thermale. Ainsi peut-on envisager les longues conversations entre Smith et le comte de Noé sur les îles et le système colonial, conversations auxquelles se joint volontiers le baron de Secondat qui n’est pas dans ce cas le dernier à exposer des arguments. La passion du baron durant ces années porte en effet sur l’agriculture, sur les nouvelles techniques de labourage ainsi que sur les premiers outillages agricoles qui naissent sous le marteau des forgerons des villages et des moulins sidérurgiques de Dordogne ou des Landes. Le baron de Secondat se passionne également pour les véritables filières d’élevage qui sont en train de naître un peu partout dans le sud de la France, sous la contrainte des épizooties qui déciment les formes traditionnelles de production. En Gascogne, mais également en Languedoc, on connaît le succès du maïs, cette nouvelle céréale qui est introduite depuis quelques années et qui contribue à la fois à l’alimentation pour la volaille mais également à celle des hommes. Les résidus du maïs fournissent également un excellent combustible et une paille de qualité pour la garniture des matelas. Cependant, d’une pensée tournée vers la nature et le monde agricole, la pensée du baron va s’orienter de plus en plus vers les questions économiques et politiques qui en découlent directement. On peut également noter, si l’on en croit les correspondances de l’abbé Colbert, la présence de la famille Riquet à Bagnères-de-Bigorre.

Le séjour à Bagnères-de-Bigorre peut apparaître dans un premier temps comme une simple visite touristique dans une ville où règne un climat de loisirs, d’oisiveté et de repos. Pour nos voyageurs le passage à Bagnères marque un tournant. Avant cette virée à Bagnères, Smith avait eu du mal à lier connaissance avec les personnes qu’il avait pour mission de rencontrer et de faire rencontrer au duc, mais grâce à ce séjour dans une ville, où d’une certaine façon la villégiature favorise les rencontres, il a pu se constituer un premier réseau de connaissances. Ce réseau est d’autant plus important qu’il compte en son sein des personnes parmi les plus importantes du Languedoc et de la Guyenne. Nous avons mentionné, Jean-Baptiste de Secondat, la famille Riquet, le comte de Noé, le prince de Monaco, la baronne de Spens ainsi que probablement d’autres personnages importants dont il n’est pas fait mention dans les divers courriers que nous avons examinés.

Mais rien ne vaut le témoignage direct de Smith. Dans sa lettre du 21 octobre 1764, il commente de manière succincte mais très positive son séjour. 

[…] Notre expédition à Bordeaux, et une autre que nous avons réalisée depuis à Bagnères, a eu pour effet un grand changement sur le duc. Il commence maintenant à se familiariser avec la société française et je me flatte que je passerai le reste du temps que nous allons encore vivre ensemble, non seulement dans la paix et le contentement, mais dans la gaieté et l’amusement. […]

 

Alain Alcouffe et Philippe Massot-Bordenave : Adam Smith à Toulouse et en Occitanie, Toulouse, Privat, 2018, p. 274-275, 278-281, 282-286.

 

(1) Dawson, Deirdre & Morère, Pierre, Scotland and France in the Enlightment, Lewisburg (PA), Bucknell Un. Press, 2004, p. 13.

(2) Jean-Louis Donnadieu, Un grand seigneur et ses esclaves : le comte de Noé entre Antilles et Gascogne, 1728-1816, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2009, p. 58.

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