Plaidoyer pour la création d’une Secrétairerie d’État aux droits linguistiques en Haïti

L’épineuse « question linguistique haïtienne » –étudiée par Pradel Pompilus entre autres dans sa thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne en 1961, « La langue française en Haïti »–, fait régulièrement la « Une » dans les médias, au pays comme en outre-mer. De différentes manières, elle est mise en débat tant par de simples citoyens que par des enseignants […] Lire plus »

Théâtre : « Abeilles » de Gilles Granouillet

Le théâtre comme on l’aime. Pourtant l’histoire peut paraître banale dès qu’on essaye de la résumer sans rien en dévoiler d’essentiel. Soit une famille : le père, la mère, le fils aîné dont le métier consiste à monter des éoliennes et la fille adolescente. Le père est lui-même fils d’immigré, peut-être d’Afrique du nord, il reste marqué en […] Lire plus »

Instants / instantanés : les « Haïkus Martinique » de Michel Herland

Le signe calligraphié d’un H parcourt le petit recueil poétique « Haïkus Martinique » de Michel Herland, universitaire, économiste, essayiste, romancier, poète.

Il s’inscrit ici dans la lignée des auteurs français francophones comme P. Claudel, P. Eluard, Stéphanie Le Bail…, lesquels, séduits par la force de cette forme ultra courte de la poésie japonaise, se sont efforcés de la transcrire dans notre langue. Les difficultés de l’exercice sont multiples car il ne suffit pas en effet d’amaigrir un alexandrin trop bavard, d’enfermer un sonnet dans un tercet.

Cinq syllabes, puis sept et à nouveau cinq rythment les trois lignes de vers enrichis d’allitérations, d’assonances, de sonorités suggestives, quelques rares rimes. La versification seule pourrait faire japonisant mais ne ferait pas le haïku. Il y faut aussi toutes les richesses d’un instant évoqué.

Soleil explosé
Du bas en haut des nuées
Le ciel embrasé

Loin d’être dans une imitation servile autant que vaine, M. Herland innove. Et les puristes de ne pas tolérer et de s’indigner de certains écarts ?

Pourtant si l’on veut rester fidèle à l’esprit japonais qui prône comme vertu première l’humilité (ce que Carlos Ghosn aurait dû savoir), si l’on veut considérer l’esprit du haïku dont l’essence est la pure simplicité, l’auteur, M. Herland, nous propose un ouvrage de poésie pure, sans filtre, nue. Originale dans le sens où c’est à l’origine de sa sensation, de sa pensée que sont saisis les mots. Il les organise et scande selon la métrique traditionnelle 7, 5, 7, bien sûr, mais le scandale réside dans l’innovation même : l’usage de la photographie ! Le critique orthodoxe dira à juste titre que le haïkiste doit suggérer son paysage, son portrait, son émotion et qu’il revient au lecteur de les construire. La beauté du poème s’enrichit de la vision de l’autre de sa sensibilité ! Certes, trois fois certes, c’est au lecteur de construire son roman, ou son poème à partir du travail, du don, de l’auteur.

Il ne s’agit pourtant pas pour Michel Herland d’apporter une illustration à la défaillance d’un imaginaire. Au contraire. La rusticité d’une photographie numérique, brute ou à peine retravaillée, renforce le rituel des haïkus. Et surtout, le prétexte-support ainsi offert invite le lecteur à s’aventurer lui-même dans les bois, au bord des rivières, à la recherche de ses propres images. À un safari dans sa propre photothèque.

D’ailleurs, voici un petit jeu. Car l’esprit du haïku est souvent ludique. Et l’illustration castratrice. Avant tout, mettez un cache sur les clichés de l’auteur, après la lecture d’un poème fermez les yeux, écoutez-regardez votre image intérieure… comparez à la sienne… relisez… construisez… déconstruisez.

Vous serez tantôt en harmonie avec l’auteur, parfois en désaccord avec sa morale implicite, mais l’invitation au « partage de mots et d’images » auquel nous convie M. Herland s’opère d’autant plus aisément que sa sincérité est totale. Nous retrouvons ici, épurés, en filigrane, ses pensées, croyances, parfois même un soupçon… de l’érotisme caractéristique de ses romans.

Une dernière innovation qui mérite d’être soulignée : le dépaysement. Ni l’Asie, ni l’Europe. La nature, tropicale, luxuriante, exotique, insolite fait de cet objet-livre si simple constitue une entrée en matière attachante pour un touriste par exemple. Autant qu’une chanson douce, familière aux cœurs antillais.

Imaginerait-on ce professeur d’économie, du haut de sa chaire, sensible aux beautés de la nature ? C’est aussi le paysage intérieur de M. Herland que nous partageons avec ses thématiques (les riches et les pauvres, l’injustice…)

C’est petit chez lui
Mais l’herbe ne manque pas
Il s’en accommode

 

Ses obsessions (la mort, le temps qui passe)

La nuit va tomber
Le vieux bateau s’assoupit
Au fond de la baie

Ses interrogations (sur la religion, les racines, le pouvoir), sa curiosité de l’Autre, son humour aussi… ou encore son regard aigu isolant dans l’espace un détail pertinent (un chat, un rocher)

Ce chat aux grands yeux
Dans la ville abandonnée
A quoi rêve-t-il ?

 

 

Michel Herland, Haïkus Martinique, Poèmes et photographies, Fort-de-France, K-Editions, 2018, 128 p., 15 €.

 

 

 “Le silence d’entre les neiges”, poèmes de Sonia Elvireanu

Pétri dans la perte tragique de l’être aimé, ce recueil de solitude, de silence et de neiges que l’auteur fouille avec effroi jusqu’à la tombée de la nuit, ce recueil où s’entrechoquent les abîmes et roulent infiniment les galets du verbe tels des blessures, ce recueil teinté par le sang des coquelicots et les horizons (… qui) abandonnent les étoiles amoureuses dans les herbes, ce recueil d’un exil intérieur n’est pas fait que de désespérance.

La plume (et quelle plume !) d’Isabelle Poncet-Rimaud le souligne d’emblée en sa superbe préface : Il y a dans cette souffrance infinie, une certaine douceur que permet l’amour véritable, comme une berceuse secrète qui caresse l’âme au creux de l’être… Et Denis Emorine de confirmer dans sa postface : Pour Sonia, l’identité amoureuse est constitutive de son être parce que la relation privilégiée avec son mari défunt était fusionnelle.

C’est ainsi qu’une lumière soyeuse / (…) se métamorphose en fleur / répandant ses parfums telle la pulpe / savoureuse des fruits de l’été. Elvireanu fait appel au Levant, thème récurrent de ses rêves, mais également à des chevaux blancs / (…) dieux amoureux de l’Olympe et se met au pied de l’arbre de la vie. Des pommiers se font entremetteurs avec l’existence quand le trop-plein des matins vides émiette l’absence. L’arbre, seuil entre les mondes, ancre ses racines dans la glaise, enveloppe l’auteur et permet à sa nature rebelle de s’épanouir. On peut croire que la pomme miraculeuse symbolise peut-être cette relation antérieure qui ne pourrit pas (…) Seule, toujours plus éloignée / sous la gelée / (…) elle est encore sur la branche / un peu plus vieille / mais elle ne tombe pas.

Ainsi se perpétue, entre les neiges et en silence, le mystère de la mort mais aussi de la vie.

Ce livre est viscéralement lié à la nature, tout autant aux pluies noires qu’au bleu éblouissant du ciel. Fièvres et tourmente distillent leurs ravages mais les couleurs du temps dans une étoile prennent malgré tout le voile pudique d’une interrogation, peut-être d’un espoir de transcendance.

Certes, les mots restent auprès de toi, écrit avec ferveur Sonia Elvireanu. Mais avec une manière de timidité, elle ose une Prière de revenir émouvante. Finalement, le plus beau chant n’est-il dans la fidélité du souvenir, en d’autres termes, dans une rencontre perpétuelle ici esquissée ?

 

Sonia Elvireanu, Le silence d’entre les neiges. Préface d’Isabelle Poncet-Rimaud, postface de Denis Emorine, L’Harmattan, Paris, 2018

Le renouveau du mythe

Une symbolique forte, des thèmes récurrents autour de la marche du monde, de la nature. Des histoires racontées par les anciens aux plus jeunes et qui se sont transmises depuis la nuit des temps. Sous tous les cieux, la mythologie a prétendu apporter sa perspective aux questions existentielles des peuples. Gréco-romaine, aborigène, arctique, indienne, celtique, […] Lire plus »

Exposition « Pictural » : peinture actuelle en Martinique

Après l’exposition tirée du fonds de l’entreprise Renault, présentant quelques grands noms des arts plastiques du XXe siècle, la Fondation Clément a eu l’excellente idée de réunir trente-cinq artistes martiniquais toujours actifs dans une exposition collective intitulée Pictural. « Pictural » comme peinture, même si l’on n’est pas surpris de trouver des exceptions au châssis rectangulaire habituel, tant les […] Lire plus »

Misty

 À Claude Dilain ancien maire de Clichy-sous-Bois In memoriam   Aaron posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant, et il confessera sur lui toutes les iniquités des enfants d’Israël et toutes les transgressions par lesquelles ils ont péché ; il les mettra sur la tête du bouc, puis il le chassera dans le […] Lire plus »

« Jusqu’à la cendre » de Claude Luezior

            Fulgurant ”JUSQU’À LA CENDRE” : ce recueil de Claude LUEZIOR, préfacé par Nicole HARDOUIN, est illustré d’une magnifique œuvre du peintre Jean-Pierre MOULIN intitulée  « Au delà du tunnel ».

Il faut savoir que l’art poétique de Claude Luezior se situe dans le domaine âpre et risqué du chercheur d’or : le poète y investigue un gisement intérieur, dont il connaît les failles et les ruissellements. Ou plutôt le jaillissement d’un magma dans lequel il fouille à mains nues. Ainsi la nuit prend-elle son incandescence. L’intériorité de l’écrivain à l’écoute des ébranlements du monde et des fissures de l’humain, provoque des turbulences dont nous avions ressenti les secousses sismiques lors du précédent ouvrage intitulé ”CLAMES”.

« JUSQU’À LA CENDRE », livre chauffé à blanc par la conscience de la finitude, brûle les flancs de la vie : conscience vive qui nous incendie, car, de fait, ses scories et leurs dévers fertilisent notre quotidien : en marge / de nos écritures / le goût acidulé / d’espaces (…) marge vierge / mais brûlante / où peut éclore / juste un graphe / de l’indicible (…) mot-clef / d’une parenthèse (p.23).

C’est un feu-témoin de nos faiblesses, un feu que l’on voit de loin. Signe des dieux en colère devant l’état spirituel du monde, cet embrasement se transmue en feu intérieur qui tourmente et épure tout poète-lecteur à l’écoute. Feu qui le torture de questions sans réponses et qui l’oblige à assembler ses mots à chaud, comme le ferait un orfèvre de l’indicible : ” éteindre en moi / ces restes d’incendie / qui ravagent ma peau / et couvent encore / les morsures/ de leurs exigences ” ( p.74).

L’homme est partagé entre cette brûlure intense de la quête poétique toujours renouvelée et le froid glacial de la solitude personnelle qui transforme le poète à la fois écorché et pyromane en mendiant de l’amour : ”décalque une fois encore / ces mots évanouis / qui nous ont fait vivre” (p.60). Par bonheur, se présentent, au jour le jour, des miracles en minuscules, comme la contemplation tranquille d’un jardin tendre, dont la pudeur est rafraîchissante : ”au cadastre de la pluie, un escargot (…) et son désir de feuille (…) Pour elle seule ; une toute petite morsure d’amour”. Sans oublier, en embuscade : une épaule / peuplée de tendresse / pour trébucher / parfois (…) une épaule / qui respire / au gré d’un sein / tout juste issu / du paradis / (…) son épaule fertile / nourrissant / mes carences ( p.56 ).

Cette profonde partition pourrait avoir été écrite par un Berlioz pour la partie scandée en vers puissants : ”violence / fracassée / que distillent / encore / les millénaires” (p.21) et par un Mozart pour une partie en prose, gravée en italique, plus coulée, plus légère : “atteint de folie pure, le voici qui traduit le verbe en vin” ( p.40).

 

Claude Luezior, Jusqu’à la cendre, Librairie-galerie Racine, Paris, 2018, 15 €.

Le bar de la plage – 15, 16 et 17

Episode 15 Nocturnes exquises  Mer lisse, clapotis timides et insistants, lumières tremblantes des lampions d’occasion.  La musique chaloupe, les filles se déhanchent, la nuit enveloppe dans ses moiteurs les vivants désarmés. Bienvenue au bar de la plage version Buena Vista Social Club ! Leslie avait lu dans un magazine britannique le récit des bouleversantes et renversantes […] Lire plus »

Dessiner le jazz

Sylvie Chalaye et Pierre Letessier (dir.), Dessiner [le] jazz, Caen, Passage(s), 2018, 12 €. Introduction par Sylvie Chalaye Quand un standard de jazz comme Singing in the Rain est détourné en Sinkin’ in the Bathtub, le premier cartoon de la Warner Bros Pictures, humour, caricature et stéréotype ne sont pas loin… Mais qu’entend-on du geste […] Lire plus »