Avignon 2018 (5) Molière et Laurent Gaudé – OFF

L’Ecole des femmes : Molière retrouve les tréteaux Décidément Molière a tout pour se sentir à l’aise en Avignon. Après Les Fâcheux dont nous rendions compte dans notre précédent billet, nous découvrons cette M.E.S. de L’Ecole des femmes dans le style de la commedia dell’arte. Certes, Molière ne reconnaîtrait pas exactement son texte ou plutôt il […] Lire plus »

Avignon 2018 (4) Molière, Lars Noren, Michèle Césaire – OFF

Vraiment drôles ces Fâcheux

Les farces de Molières n’ont pas toutes passé les siècles sans dommage ; leur naïveté parfois déconcerte. On n’en dira pas autant de celle-ci qui a d’abord le mérite d’être écrite en vers. Et l’on sait combien Molière, quand il s’y mettait, savait tourner l’alexandrin (au point qu’on l’a soupçonné –  sans la moindre preuve – de n’être que le prête-nom d’un Corneille…). Quoi qu’il en soit, on se régale à écouter cette langue classique.

L’argument des Fâcheux, certes, est simplissime : Eraste a un rendez-vous galant avec Orphise dans une allée d’un jardin public ; las, de vrais ou faux amis ne cessent d’apparaître qui veulent absolument l’entretenir ou obtenir quelque chose de lui et dont il ne sait, à son grand dam, se débarrasser avant qu’ils aient débité leur histoire in extenso. Toutes ces « anecdotes » (détail secondaire mais plaisant… ici seulement pour celui qui la raconte !) s’enchaînent sur un rythme effréné. A peine Eraste a-t-il pu entrapercevoir sa belle qu’il est saisi par un ou plusieurs de ces fâcheux.

Evidemment, ici plus que jamais, le texte ne suffirait pas sans le talent des comédiens, et ceux-ci n’en manquent pas et ne manquent pas d’en rajouter dans la farce. Mais l’émotion pointe parfois, en particulier lors de la mort du cerf interprété (le cerf) par un comédien qui avait campé auparavant un cheval très convaincant. Non que les autres, dans un genre moins animalier ne se montrent pas à la hauteur. Et l’on admire surtout comment les deux qui endossent successivement les personnages des fâcheux savent chaque fois se mouler dans des rôles différents.

Comme décor les mécanismes grossis d’une horloge ancienne, pour illustrer l’impatience d’Eraste.

Par les Toulousains de la « cieA ». M.E.S. Pierrot Corpel.

Automne et hiver glaçants de Lars Noren

Les amoureux du théâtre et les habitués d’Avignon en particulier connaissent Lars Noren (Suédois né en 1944) : il est rare en effet qu’il n’y ait pas une ou deux pièces de lui au programme du OFF. Ils ne seront pas déçus avec cet Automne et hiver où l’on retrouve au mieux de sa forme le spécialiste des drames familiaux, celui qui sait illustrer mieux que quiconque la formule si fameuse et, hélas, souvent si vraie d’André Gide : « Famille, je vous hais ! ».

Cette fois, nous assistons au dîner hebdomadaire d’une famille composée des deux parents, Henrik, médecin et Margareta, bibliothécaire, et de leurs deux filles déjà dans la quarantaine, Ewa, mariée qui a réussi professionnellement mais souffre de ne pouvoir avoir d’enfant et Ann, l’aînée, ex enfant surdouée, mère célibataire, qui enchaîne les petits boulots et se trouve toujours à court d’argent. C’est elle, Ann, qui mène un jeu où chacun semble condamné à reproduire éternellement le même comportement, à répéter les mêmes mots.

Le décor moderniste, entièrement blanc, longue table prolongée par une banquette posées sur un plancher de la même couleur installe tout de suite l’ambiance. Quand nous entrons dans le théâtre les quatre convives sont à table, ingurgitant une sorte de bouillon. Ils s’interrompent chaque fois que surgit une musique synthétique avec des bruits de machine. Sur cette table plusieurs bouteilles ou carafons de boissons alcooliques dont le père commence déjà à faire un usage immodéré. Les autres pourront le suivre, plus tard et plus modérément. Ann est alors de dos. Il suffira qu’elle se lève et se tourne vers nous pour que la tempête se déchaîne jusqu’à devenir un ouragan servi par une mise en scène qui ne se refuse aucun excès. Des excès qu’il serait malséant de révéler ici.

Bien qu’Ann soit donc le personnage principal, le père et la mère ont aussi leur partie. Seule Ewa reste le plus souvent en retrait. Les diatribes d’Ann auxquelles les autres tentent vainement de donner la réplique sont entrecoupées par des monologues qui permettent d’en apprendre davantage sur celui qui parle et sur les autres, plus précisément d’en apprendre davantage sur celui qu’il croit être et sur la manière dont il perçoit les autres. Psychologie, psychologie !

Exemple : Margareta à propos d’Ann – « Elle a arrêté l’école à douze ans – donné son congé… parce que les enfants avec de l’imagination ne peuvent supporter l’école, disait-elle […] Et maintenant, maintenant elle a l’estomac de revenir après vingt ans et de nous rendre responsables ! … De quoi ? … Si je peux poser la question ? Qu’avons-nous fait ? »

Que dire de plus sans en dire trop sinon que nous n’avions jamais vu jusqu’ici Ralf Norens poussé à un tel paroxysme. Les comédiens sont parfaits. Que les deux qui jouent les parents n’aient pas l’âge du rôle ne s’avère aucunement gênant en l’occurrence.

M.E.S. collective du « Collectif Citron – Artistes associés ».

Cyclone de Michèle Césaire

Un homme, une femme, un couple. Eternelle énigme : pourquoi ces deux-là se sont-ils mis ensemble, qu’est-ce qui les fait tenir en dépit de tout, des agacements réciproques et, surtout, de la lassitude qui finit toujours (toujours ?) par s’installer ? Et comment le nouveau locataire de l’appartement du dessus va-t-il perturber leur jeu trop bien rodé ? Tel est l’argument de cette pièce, banal certes, mais au théâtre comme dans la vie les situations ne se répètent-elles pas, toujours les mêmes ? Alors ce qui compte c’est comment c’est raconté.

Michèle Césaire, comme son nom l’indique assez, est antillaise. Elle a introduit une sœur dans sa pièce : la femme, Clara, vient également des Antilles. Quant aux deux autres, le compagnon, Horace, est clairement un « métro » – ils vivent d’ailleurs à Paris – et l’identité du troisième, Antoine, importe peu. Ici, Clara et Antoine sont interprétés par deux comédiens guyanais.

Grâce principalement à Horace, bourru et cynique, adepte d’un humour caustique, qui ne manque pourtant pas de cœur, mais également à ses deux autres personnages, Michèle Césaire a réussi son pari. La situation qui réunit un intello déclassé (Horace), une comédienne frustrée (Clara) et un apprenti peintre (Antoine) est parfaitement crédible et nous nous intéressons à ces trois-là qui sont contraints d’affronter la dure condition humaine sans y être suffisamment préparés, … comme nous tous.

La M.E.S. de William Mesguich est sobre mais efficace. Il utilise au mieux le petit espace du plateau du Théâtre des remparts, le fond de scène, derrière un rideau transparent, occupé par un porte-manteau chargé des vêtements de Clara qui apparaîtra, à la fin, dans une robe de cérémonie pour réciter un monologue de Phèdre, le rôle qu’elle a toujours venu tenir sans pouvoir jamais l’obtenir (la faute à sa couleur, pense-t-elle).

On est reconnaissant à Odile Pedro-Leal (interprète de Clara) qui a voulu que cette œuvre émouvante soit montée à nouveau. Le bon sang d’Aimé Césaire ne saurait mentir : incontestablement, sa fille Michèle sait construire une pièce de théâtre ; Cyclone le démontre suffisamment. Il faut seulement regretter qu’elle soit jouée dans un lieu à l’écart des itinéraires obligés, bien qu’intra muros, et qu’elle reste ainsi ignorée de la plupart des festivaliers. Ce billet ne sera pas inutile s’il peut en convaincre certains de pousser jusqu’à la porte Saint-Lazare.

Production du « Grand théâtre Itinérant de Guyane (Grand T.I.G.) »

 

Avignon 2018 (3) « La reprise » de Milo Rau – IN

Une nuit d’avril 2012, à Liège, en Belgique, Ishane Jarfi, un jeune homosexuel s’est fait sauvagement assassiner par quatre hommes ordinaires (trop ordinaires !). Le metteur en scène suisse Milo Rau rappelle ce crime dans une pièce sous-titrée « Histoire(s) du théâtre (I) » qui est effectivement pour lui l’occasion, sinon d’écrire véritablement un début d’histoire de son […] Lire plus »

Avignon 2018 (2) Don Delillo adapté par Julien Gosselin – IN

On ne reprochera pas à Julien Gosselin de s’intéresser à des auteurs anodins. Après Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq en 2013, 2066 de Roberto Bolano en 2016, il s’est attaqué à l’Américain Don Delillo dont il présente une adaptation de trois romans, complétée entre la deuxième et la troisième partie, pendant le changement de […] Lire plus »

Avignon 2018 (1) « Thyeste » : Sénèque dans la cour d’honneur – IN

Thomas Joly (36 ans) est à l’instar de Julien Gosselin une nouvelle star d’Avignon. C’est lui que le directeur du festival, Olivier Py, a chargé du spectacle le plus prestigieux, celui qui ouvre véritablement le festival dans la cour d’honneur du Palais des Papes. Joly a choisi de s’attaquer à une œuvre bien oubliée du […] Lire plus »

Qu’est-ce qu’une société juste ? Retour sur la « Théorie de la justice » de Rawls

Rima Hawi, John Rawls – Itinéraire d’un libéral américain vers l’égalité sociale, Paris, Classiques Garnier, 2016, 436 p. Bien qu’on ne compte plus les publications en français consacrées à John Rawls (1921-2002), au point que ce dernier n’est pas loin d’avoir stérilisé le débat sur la justice sociale, ses trois (ou deux) principes de justice […] Lire plus »

« La Part intime » de Césaire : un essai d’Alfred Alexandre

Alfred Alexandre, Aimé Césaire – La part intime, Montréal, Mémoire d’encrier, 2014, 93 p.  « À preuve les grands fagots de mots qui dans les coins s’écroulent »[i]. Encore un exercice de Césairolâtrie ! pourrait-on craindre en ouvrant ce petit livre consacré au « père » de la « nation » martiniquaise. Heureusement, la signature de l’auteur dont on connaît les qualités […] Lire plus »

« Mektoub my love » : Kechiche se laisse aller

Un film qui s’étale sur près de trois heures, sans aucune intrigue véritable, avec des séquences qui durent jusqu’à plus soif : tout au plaisir de montrer son petit monde de Maghrébins installés sur la rive de la Méditerranée, côté français, Abdellatif Kechiche n’a pas cru devoir se retenir, quitte à user les nerfs des […] Lire plus »

(Re)découvrir Vincent Placoly

« Nous ne sommes que les personnages évanescents du rêve des ignorances » V. Placoly. La vie et la mort de Marcel Gonstran, Paris, Denoël, 1971. Nouvelle édition, Caen, Passage(s), 2016, avec une préface de Max Rustal, un avant-propos et une « lecture » de Nicolas Pien, 147 p., 14 €. Frères Volcans, Paris, La Brèche, 1983. Nouvelle édition, […] Lire plus »

« L’entre-deux » : Olivier Larizza après « L’Exil »

Ma poésie a l’air hirsute de mon yéti préféré, « Violet solitude », L’entre-deux. Qu’est-ce qu’un poète ? Une éponge qui se gonfle de sensations pour se vider aussitôt, sans chercher la rime ni la raison ? Cette définition, qui est loin de couvrir tout le champ de la poésie, devrait néanmoins convenir à Olivier Larizza qui explique […] Lire plus »