CHAMOISEAU, L’ŒUVRE AU MONDE

mardi 27 septembre 2016 par Loïc Céry

Compte rendu critique de : Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence (Seuil, 2016) _______________ Par Loïc Céry (ÉdouardGlissant.fr) La légende dit que Jean Paulhan, le « pape de l’édition française » des années vingt aux années soixante, avait coutume en recevant ses invités à son hôtel particulier non loin des Arènes de Lutèce, d’expliquer à qui voulait l’entendre, […] Lire plus »

Un microscopique éclat du Christ

Après Michel Houellebecq, Maurice G. Dantec dans art press ? Dantec fut dans les années 1990, pour une génération de jeunes lecteurs, l’auteur de cultissimes romans mêlant polars et science-fiction (la Sirène rouge, les Racines du mal, Babylon babies), et d’essais de près de mille pages (son Journal métaphysique, le Théâtre des opérations suivi du Laboratoire de catastrophe général) (1) qui provoquèrent de virulentes polémiques et qui le firent classer, avec Houellebecq et Muray notamment, dans la catégorie infamante des écrivains « réactionnaires ». Nous donnons, dans un chapeau, les raisons et les circonstances, dont sa mort, qui nous ont amenés à publier l’entretien avec lui ouvrant les pages livres de ce numéro.

Un bref historique. C’est Michel Houellebecq qui nous le rappelait récemment : Art press a été la première publication à lancer, en juillet-août 1999, le slogan : les « nouveaux réactionnaires ». L’auteur, Guy Scarpetta désignait, parmi d’autres, Muray, Houellebecq et Dantec. En 2003, après la publication du pamphlet de Daniel Lindenberg, Rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires, je reviens, pour le contredire, sur le point de vue exprimé trois ans auparavant.

Alors, « réac », « néo-réac », « archi réac », « anar de droite », « extrémiste de gauche », « fasciste », « archéocatholique », Maurice G. Dantec ? Lisons ses écrits pour décider, tout simplement. Notamment les extraits que nous publions des propos qu’il a confiés depuis le Canada, à ses deux interlocuteurs, Jean-François Sanz et Farid Lozès, via Facebook. On voit à l’écran un homme d’une cinquantaine d’années, physiquement abîmé par la maladie, l’abus des drogues, de l’alcool, des médicaments, borgne, ayant perdu de sa superbe et de son agressivité anciennes, mais ayant gardé intactes son agilité intellectuelle et son humour. Le spectacle est émouvant, de cet écrivain ayant retrouvé une surprenante énergie, évoquant ses romans en cours, débordant de projets, alors qu’il est à deux mois de succomber à une crise cardiaque.

Voici quelques extraits de son Journal (début 2000) : « On semble s’étonner, à ce qu’on me dit, qu’un homme de ma génération et de ma culture (Burroughs, Dick, Kafka, la science-fiction, le rock, l’acide lysergique) fasse désormais « propagande » pour le « christianisme, et on s’étonne plus encore de ma lecture de Bloy, de Nietzsche ou de Maistre. Certains vont jusqu’à me qualifier de « Rebatet sous acide »…

« En détruisant toute liberté, le fascisme annihile toute souveraineté / En annihilant toute souveraineté, le communisme détruit toute liberté »

« Nouvelle offensive de la racaille révisionniste de gauche […]poursuivre depuis Paris ce que le bureau de propagande de Milosevic ne parvient plus à accomplir tout seul depuis Belgrade : occulter les massacres et les génocides perpétrés depuis dix ans par ce Kim Il-Sung des Balkans… »

« Allez… un petit effort, relisez Marx au moins, les gars, car je n’oserais vous conseiller Debord, Vaneigem ou Baudrillard. Le monde n’est pas seulement une marchandise. C’est un hypermarché ».

« Vous m’avez cru posthumaniste-universitariste, que sais-je encore ? […] Je ne suis pourtant qu’un microscopique éclat du Christ ».

«…le sourire de Tyson, sa célèbre rencontre éclair qui dura une seconde chrono, tout passe comme un terrain rempli de plutonium dans une nuit d’émeutes. / Je le passe en boucle durant des heures, sans aucun problème. / Et demain j’achète un sac de sable ».

Jacques Henric

1) Gallimard

 

Par Jacques Henric, , publié le 26/09/2016 | Comments (0)
Dans: Livres

Jacques Henric : Boxe

lundi 26 septembre 2016 par Jacques Henric

Jacques Henric : Boxe, Seuil, coll. Fiction & Cie, 228 p., 18 euros. D’où ça part l’existence, d’où ça part l’écriture ? ça part d’un combat, vieux comme le monde, d’une dissonance, d’une sensation de vide, d’une interruption, d’un fondement ou d’une substance qui se perd, d’un blanc, d’un court-circuit de la conscience, d’un handicap et d’un défi, […] Lire plus »

Maurice G. Dantec, ultra-réaliste

MAURICE G. DANTEC

ultra-réaliste

interview par Farid Lozès et Jean-François Sanz

Du 1er juin au 18 juillet 2016, la galerie du jour agnès b., à travers une exposition collective et un cycle de rencontres, a souhaité, sous le titre Un autre monde /// dans notre monde, remettre en lumière et réactualiser le réalisme fantastique, «mouvement à la fois intellectuel et pop, initié durant les années 1960 par Louis Pauwels et Jacques Bergier, à travers leur ouvrage le Matin des magiciens ». Les deux responsables de cet événement, Farid Lozès et Jean-François Sanz, dont l’ambition était de «questionner tous azimuts de nombreux secteurs de la connaissance, aux frontières de la science, de la tradition, du fantastique, de la science-fiction et in fine… du réel», ont eu l’excellente idée d’interviewer Maurice G. Dantec. L’entretien avec l’écrivain, qui vivait au Québec depuis plusieurs années, a été mené via Skype, le 2 novembre de l’an dernier. Le 25 juin, Maurice G. Dantec mourait d’une crise cardiaque à l’âge de 57 ans. Michel Houellebecq a rendu un hommage à son ami dans un texte publié dans les Inrockuptibles. Il y écrivait qu’en dépit d’un rythme de publication trop élevé, d’excès pharmaceutiques, de romans mal fichus, il y avait toujours dans ses écrits «des phrases, des paragraphes, parfois des pages entières illuminées de cette beauté cristalline qui lui appartenait, et lui appartiendra à jamais, en propre […]. Récemment, les Résidents montrait les prémices d’une résurrection romanesque». Pour les commissaires de cette exposition, cette dernière n’a réellement de sens qu’inscrite dans la durée, et ils espèrent d’autres partenaires pour réitérer l’événement en le faisant évoluer, à l’avenir, dans d’autres lieux, d’autres contextes.

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Quel est ton rapport au Matin des magiciens?

Autant le contenu de l’ouvrage est passionnant, surtout pour l’époque, autant le choix de ce titre a probablement été une erreur tactique vis-à-vis des ultra-rationalistes, qui se sont acharnés sur Pauwels et Bergier à cause du terme «magiciens». Effectivement, en ce début de 21e siècle, je serais tenté de rebaptiser ce livre le Matin des nouvelles sciences, ce qui à l’époque aurait peut-être fait fermer leurs bouches à ces ultra-rationalistes qui – je le souligne à travers l’exemple de Thomas Edison qui est assez caractéristique – basculent souvent dans un mysticisme de bazar, ou du moins de mauvais aloi. Je parle du Matin de la science car, aujourd’hui, les progrès de la science nous amènent à penser que ce dont parlaient Pauwels et Bergier, à savoir télépathie, télékinésie, précognition, désigne des pouvoirs du cerveau qui à l’époque étaient encore masqués, et qui à l’heure actuelle se démasquent progressivement, grâce aux progrès de ces nouvelles sciences.

Comment conçois-tu la notion de « réalisme fantastique » à laquelle cet ouvrage constitue une introduction ?

Ce qu’il y avait d’intéressant dans cet ouvrage, dont je recommande d’ailleurs la lecture à tout le monde, c’est que Pauwels et Bergier, par l’appellation « réalisme fantastique » faisaient aussi allusion, d’une manière que je ne pense pas innocente, à la littérature de science-fiction et d’anticipation, qui est, comme vous le savez, mon domaine de prédilection. Le réalisme fantastique, c’est précisément ce que j’appelle aujourd’hui, pour définir ma propre littérature, l’« ultra-réalisme ». En effet, il faut savoir qu’« ultra » ne signifie pas « super » ou « hyper », mais « outre », c’est-à-dire « au-delà ». Cela veut donc dire qu’il y a un au-delà du réalisme qui le contient. Et je pense que c’était ce que désignaient Pauwels et Bergier à l’époque par l’appellation « réalisme fantastique ». Ils auraient pu baptiser leur mouvement « réalisme anticipateur » par exemple, peu importe, car en l’occurrence les mots éprouvent leurs propres limites.

En tout cas, mon métier n’est pas d’envoyer des messages, sans quoi je me servirais d’une carte postale et d’un timbre-poste, mais de raconter des histoires, de faire des romans d’aventure, et il se trouve que le mot aventure est polysémique, comme beaucoup de mots intéressants. Le fait est qu’en tant qu’écrivain d’anticipation en devenir, quand j’ai lu cet ouvrage vers l’âge de 15 ans, au milieu des années 1970, avant la grande explosion de la punkitude et de la post-punkitude, ça a formé, informé et surformé mon goût pour la littérature fantastique et de science-fiction.

Dans le syntagme «science-fiction», il y a le mot « science », ce qui n’est bien sûr pas innocent non plus : quand Hugo Gernsback, cet écrivain et critique américain initiateur d’un nouveau genre littéraire, l’invente dans les années 1920, il ne choisit pas ce terme au hasard, mais parce qu’il a déjà bien conscience que la science est en train de modeler le 20e siècle et va probablement modeler aussi le suivant, dans lequel la plupart des écrits du genre vont se situer. Il se trouve que je produis en ce moment, pour les éditions Inculte, une grosse nivela, qui fera probablement une petite centaine de pages à l’arrivée. C’est un western technologique dont l’action se situe en 1903. Pourquoi 1903 ? Parce que c’est une année bénie : c’est l’année d’invention de la Harley-Davidson, du fusil Springfield modèle 19-03, de l’attaque du grand train postal de la Southern Pacific qui va donner naissance à Hollywood – où se situe la deuxième partie de mon roman – et donc, par extension, au premier grand western qui s’appellera précisément l’Attaque du train postal. Et cet ouvrage, qui devrait s’intituler À l’ouest du crépuscule ou le Crépuscule de l’Ouest, statue sur la fin et le début de quelque chose qui est propre au 20e et au début du 21e siècle. En effet, Hollywood, c’est aussi John Edgar Hoover, personnage historique qui a une importance narrative prépondérante dans la deuxième partie, la partie hollywoodienne de ce récit, parce qu’il est antisémite, comme beaucoup d’Américains et d’Européens à l’époque, et aussi anticommuniste. Mon héros jouera un double jeu : il travaillera à la fois pour les studios de la Edison Manufacturing Company, qui est le producteur exécutif de l’Attaque du train postal, et pour Hoover, qui est le directeur adjoint de ce qui s’appelait à l’époque, non pas le FBI, mais le Bureau of Information – son ancêtre.

En fait, ce roman, c’est l’invention du 20e siècle. C’est pourquoi il sera regroupé avec un autre court roman qui s’appellera Sprite, et qui sera, lui, un roman de piraterie qui, je dirais, «part dans l’autre sens»: au lieu d’aller vers l’Ouest, il va faire le tour du monde vers l’Est à travers une aventure flibustière qui dit en exergue qu’une des choses les plus significatives que les Aryens (je fais référence ici au peuple d’Inde du nord) ont inventée, c’était l’usage de la piraterie. Et c’est vrai encore aujourd’hui si on regarde un peu les actualités internationales. Ces deux courts romans devraient être publiés sous l’appellation Century, machines-à-écrire 2.0. Cet opus comportera une dimension science-fictionnesque puisque, peut-être pour la première fois dans la littérature, un flibustier sera mis en contact avec des extra-terrestres, et découvrira avant Mister Cook les terres australiennes (1).

Sauf erreur, c’est la première fois que tu écris des récits qui se déroulent dans le passé…

En effet, bizarrement, ce roman d’anticipation du 20e siècle qu’est À l’ouest du crépuscule est un roman que j’écris au passé, dans les deux sens du terme: de conjugaison, mais aussi de narration et de perspective. C’est bien la première fois que j’écris un récit dont l’action se déroule il y a environ un siècle. Pour ce qui est de Sprite, je remonte encore plus loin dans le passé puisque l’action se déroule il y a trois siècles, bien que, sur le plan grammatical, il soit écrit au présent. J’attaque en ce moment une nouvelle période de ma littérature, avec de nouveaux dispositifs narratifs : une littérature d’anticipation qui s’écrit au passé – même si j’ai aussi en réserve d’autres romans, à l’état de pures ébauches, dont Quasar Queens, qui sera la suite de Satellite Sisters, qui devrait paraître également aux éditions Inculte.

Quelle a été l’influence d’un livre comme le Matin des magiciens sur ton oeuvre, qu’il s’agisse de tes romans ou de tes essais?

Sur le plan du roman, j’ai déjà indiqué que cet ouvrage mettait à l’honneur la littérature de science-fiction, registre dans lequel j’ai choisi d’exercer mon métier. Il y a également un aspect historique: la deuxième partie du livre traite des origines occultistes du nazisme. Il a influencé ma propre pensée et beaucoup apporté sur le plan des connaissances, ce qui est fondamental, car le nazisme, d’une certaine manière, est hélas toujours d’actualité. Le national- socialisme hitlérien était une psychopathologie de masse mais qui s’appuyait sur un certain nombre de traditions, maçonniques il faut bien le dire, de laMaison de Thulé qui était une loge qui croyait en une Terre creuse notamment, ce qui fait que la SS deM. Himmler, au-delà du fait qu’elle fabriquait Auschwitz – enfin, au-delà… peut-être est-ce lié précisément… Bref, cet éleveur de volailles décadent planifiait des expéditions en Norvège pour essayer de trouver cette Terre creuse. On est dans le délire, bien sûr, mais il se trouve que l’histoire humaine est souvent faite de l’actualisation de ce type de délire, et c’est en particulier le cas en ce qui concerne le nazisme, qui aura marqué à tout jamais l’histoire humaine d’une pierre noire.

Quel est ton rapport à l’oeuvre des frères (et soeur dorénavant)Wachowski, notamment à travers les films Matrix ou Cloud Atlas ?

Matrix, à la fin des années 1990, un peu comme Alien ou Mad Max dans les années 1980, constitue pour moi une pierre angulaire du cinéma contemporain. Le film fut fondateur même, en ce qui me concerne, sur le plan littéraire. Le voirm’a «solidifié», conforté dans certaines directions que prenaientmes écrits. Je me suis dit : « Ah ! je ne suis pas tout seul !… » D’une certaine façon, on est des visionnaires, évidemment, ma littérature consiste à voir, prévoir, anticiper l’avenir, c’est une sorte de précognition. Là encore, entre fiction et réalité, les ponts sont constants. Voilà, nous ne sommes pas seuls. Nous ne sommes pas seuls dans l’univers déjà !… À ce propos, j’aimerais revenir sur une chose importante àmes yeux qui est ce que j’appelle le facteur anthropos : comme vous le savez peut-être, je suis catholique, je crois en Dieu et la foi m’aura beaucoup aidé. Le facteur anthropos, c’est le but premier du plan divin: nous ne sommes pas seuls dans l’univers, mais ce que nous apercevons parfois, ou ce qui est déjà en contact avec nous, ces artefacts qui prennent par exemple la forme de fantômes ou d’aliens de toutes sortes ne sont que les technologies qu’envoient les humains extra-terrestres, qui ont 10 000 ou même 100 000 ans d’avance sur nous. Pourquoi ? Parce que l’évolution naturelle et l’évolution divine, c’est précisément la même chose. Et le facteur anthropos, c’est précisément cela : nous ne sommes pas seuls dans l’univers car celui-ci est peuplé d’être humains, c’est lui qui est l’objectif premier du plan divin.

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Toujours en lien avec les thématiques du réalisme fantastique, que penses-tu des notions de progrès scientifique, d’interdisciplinarité et de convergence des technologies?

Tout cela est encore en train de s’esquisser mais disons qu’entre les neurosciences, les progrès de la physique quantique, et probablement son au-delà, ça parait clair : la science ne s’arrêtera pas. Le facteur anthropologique dont j’ai parlé, combiné aux nanotechnologies, qui à terme deviendront inévitablement des picotechnologies, va constituer le moteur d’une révolution sans précédent, et c’est précisément un des sujets de Quasar Queens. L’homme se sert des technologies pour son évolution, mais, réciproquement, les technologies se servent de l’homme pour leur évolution. La dialectique est vraie dans les deux sens, évidemment. L’appellation « pico », c’est le futur quasi immédiat, peut-être pas pour demain, mais pour après-demain, je ne le verrai pas de mon vivant et vous non plus, mais peut-être que la génération prochaine, ceux qui ont une dizaine d’années aujourd’hui, le verront.

Et, dans cette perspective, que penses-tu du courant transhumaniste ?

Ah ! la vaste blague!… Comme je le dis dans un aphorisme, «transhumanisme» me fait penser à «transhumance». C’est la vaste blague de la modernité ou de la postmodernité. Des gens qui pensent que le cerveau est uniquement matière, alors que précisément, si l’on reparle du Matin des nouvelles sciences, on se rend bien compte que l’Esprit est Matière et que la Matière est Esprit. Là encore : dialectique, facteur anthropologique. Alors ces braves gens, transhumains soi-disant, qui pensent qu’en implantant simplement des nanotechs dans le cerveau, on va transformer l’espèce humaine, mon Dieu!… C’est encore de l’ultra-rationalisme qui vient flirter avec une sorte de mysticisme de bazar, qui n’a àmon avis aucun intérêt, sauf nous faire rigoler éventuellement.

TÉLÉCHARGER DIEU?

Quid de la volonté de devenir démiurge de l’homme dans tout ça, de ses efforts désespérés pour se rapprocher de Dieu, pour l’égaler ?

Comme disait Heidegger – malheureusement, c’est lui qui l’a dit… –, seul un dieu peut encore nous sauver. Bien sûr, il aurait dû dire : seul Dieu, qui est dieu, peut encore nous sauver. Alors ces gens-là, les transhumanistes, qui sont généralement des athées – ce qui n’est évidemment pas dû au hasard –, pensent qu’en faisant du bricolage on va changer la nature humaine. Je trouve ça plutôt risible…Ces histoires de télécharger la personnalité de quelqu’un dans un disque dur, par exemple, ne tiennent pas debout : chacun est unique et Dieu – qui est un dieu unique en trois personnes, de par la Sainte Trinité – est en chacun de nous. Vous voulez télécharger Dieu? Eh bien, bonne chance!…

Pourtant l’idéologie qui sous-tend la plupart de ces courants transhumanistes, comme celui représenté par l’université de la Singularité, est quand même capitaliste et ultralibérale, idéologie que tu sembles parfois défendre ou justifier dans certains de tes écrits…

En effet, je suis très partisan du capitalisme, tout le monde le sait. Il ne faut pas oublier que Marx lui-même, qui fut un libéral, ses écrits de 1844 en apportent la preuve – je renvoie ici tous les «marxistes» qui n’ont pas lu Marx à ces écrits – envisageait le capitalisme comme quelque chose qui n’était pas vraiment idéologique, mais comme la traduction directe de données concrètes qui existent dans les échanges humains commerciaux depuis la haute antiquité etmême peut-être depuis la préhistoire. Le troc, l’invention de la monnaie, etc., tout cela n’est pas idéologique, c’est un constat lucide inhérent à la manière dont se structure le développement humain. Après, c’est la modernité bourgeoise, née de cette terrible Révolution française, qui a dominé la fin du 18e siècle et puis les deux qui ont suivi, qui a fait que ces données concrètes historiques sont devenues des idéologies «dominantes», comme l’a par ailleurs été le socialisme. Quant au communisme, il n’existera que quand le christianisme sera appliqué. En effet le communisme n’a jamais réellement existé. La notion même de parti communiste est une aberration en soi, historiquement il n’y a jamais eu de communisme à proprement parler. Il y a eu des socialismes dans un seul pays, Hitler en est un exemple pathologique, et puis Staline, qui était, lui, un paranoïaque.

(1) Le projet n’a pu aboutir et lemanuscrit n’est pas publiable en l’état.

Farid Lozès est auteur, réalisateur et monteur.
Jean-François Sanz est commissaire d’exposition, réalisateur
et directeur du programme art & culture / Fonds de
dotation agnès b.

 

Par Administrateur de MF.com, , publié le 26/09/2016 | Comments (0)
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J’avais éloigné de mon propre espace d’écriture Le Spectre de Thomas Bernhard et cela fut chose prudente. Pour quiconque écrit, il est notoire que la pénétration de son territoire par un autre objet supposément-et-parfaitement-littérairement-identifié a de quoi paralyser, sinon parasiter, ses entrées et sorties en écriture. Je décidai donc de l’emporter dans une période de migration. Ce fut dans une petite valise itinérante de Bruxelles à Strasbourg, puis Toulouse, Brive-la-Gaillarde, Avignon, Paris, que je rangeai le livre de la « collection blanche avec ligne de tirets et paire de ciseaux » des éditions Tinbad.

Très vite, j’ai compris que j’abordais soir après soir du bel ouvrage. Il y avait là une matière de mots, une manière de traiter la matière des mots, d’une poigne que ne pourrait, en aucun cas, renier – fût-il dans ses périodes des plus sarcastiques – le spectre de T.B., voire T.B. lui-même. Je fus empoignée donc, comme l’impose cette lecture.

Dans ce soliloque ou monologue, partiellement adressé à Herman Herrmann (sans l’avoir relu, il me semble que dans le Neveu, le bâtiment des phtisiques porte ce nom ? À vérifier dans les matériaux accumulés par le narrateur… car je n’ai pas le Neveu de Wittgenstein sous la main à l’instant), il est d’évidence que le lecteur côtoie une sainte colère.

L’adjectif « sainte » dans ce cas est parfaitement adapté, aussi bien à la colère qui chasse du temple, les éditeurs marchands, les consommateurs des grandes surfaces dédiées à la culture et tout individu qui n’aurait pas assez de force pour affronter la hauteur de voix, le style imprécatoire du narrateur, qu’au contenu mystique du propos. Le myste en l’occurrence a sacrifié, dès le moment où il découvre la littérature comme chemin, voie, quête, à son caractère absolu : l’épreuve vitale que représente le désir d’écrire, l’audace qu’il faut pour accomplir le rite de l’écriture, dès lors que tout a été dit, écrit auparavant par certains et entre autres par T.B.

Ce texte participe nécessairement de l’incantation tant pas le rythme que par le déploiement des mots qui s’approchent, par la répétition, l’accumulation, la réitération, de leur juste acception en même temps qu’ils ouvrent les significations, en creusent la profondeur. Dès lors le lecteur est pris, sinon prisonnier du monologue. On ne peut plus échapper à la violence du désespoir, à la hantise de la mort, à la question du sens dans « ce rêve diurne qu’on appelle l’existence ». En cela nous côtoyons plusieurs fantômes : T.B., bien sûr, qui irrigue le phrasé du narrateur, mais Kafka, Pascal, Beckett, Péguy et ceux qui nous appartiennent en propre dans le quotidien de nos lâchetés, les ombres des enfances mortes, des amours inachevés, des œuvres inaccomplies, du temps perdu. Et l’on sait bien que lorsqu’un écrivain intitule son texte le Temps retrouvé, c’est pour confronter son lecteur au bal des spectres ricanants et désespérés, un peu avant d’en mourir lui-même à côté des piles de cahiers, de feuillets, d’ajoutages en paperoles.

Confrontée à la richesse de ce texte, je peux l’ouvrir au hasard d’une page, pour y découvrir quelques versets. Il sera là question d’en épuiser la poésie, ce « genre » si particulier où les mots condensent avec économie ou ornementation – c’est selon – la puissance littéraire. Je peux aussi le refermer et garder en moi des images, des séquences, des voix – j’oserais dire romanesques si ce terme ne faisait pas bondir son auteur et Thomas Bernhard venir me hanter ­– en cela que cet objet littéraire peut, sinon être identifié, susciter en moi, les mêmes émotions que m’ont offertes les pages des romans fondateurs de mon amour de la littérature, de Tristan et Yseult à Anna Karénine, de Lumière d’août à Vie et Destin.

La force du livre se trouve ainsi dans un double mouvement qui parle à la raison, interroge le concept, bouleverse le cœur. À ce titre, je suis assurée d’y découvrir par la dénonciation des faux-semblants, de la bêtise, de la cuistrerie ou la célébration des maîtres es littérature dont Thomas Bernhard incarne le grand courage, le regard d’un homme qui mène « cette enquête infinie, interminable sur le monde » qui vous tuerait normalement un être normalement constitué mais qui dans le texte et par le texte propose au contraire un inventaire lyrique de notre humaine condition. Dès lors la sainte colère trouve sa justification page après page, pour donner, redonner à la lectrice que je suis, à la femme que je suis, à l’écrivain que je veux être, la conviction qu’il est indispensable pour « l’être vital » d’assumer le désir d’écrire conjointement, continûment reliée à la source vive des écrivains, confrérie révélée, assumée, défiée, dans ce livre de Cyril Huot.

 

Mireille Diaz-Florian

Par Mireille Diaz-Florian, , publié le 31/08/2016 | Commentaires (3)
Dans: Livres

“À la recherche de l’enfance perdue, joies et blessures, l’Algérie” : nouvelle parution d’Alain Pebrocq-Favier aux Éditions Edilivre

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