Auteur: Lucien-Samir Oulahbib

Docteur en sociologie, Lucien-Samir Oulahbib est chargé de cours à Lyon 3 et Paris X, et habilité à diriger des recherches en sciences politiques.

“LA PUISSANCE D’HUMANITE du néolithique aux Temps contemporains ou le génie du christianisme” par Yves Roucaute

Yves Roucaute dédicacera son livre le 19 mars à 18h au Salon du livre.

 

Il était une fois… l’incroyable Odyssée de la puissance d’humanité. Que de chemin parcouru depuis cette protohistoire qui célébrait les rituels du sacrifice humain le plus abject, parlait la langue archaïque des Maîtres de Vérité et attribuait la créativité aux forces souterraines de la nature ! Qui pourrait aujourd’hui regarder sans défaillir les fleuves de sang des pyramides aztèques ou avaler un cornet de glace devant le massacre des enfants de Talheim en 7000 avant J.-C. ? Qui applaudirait aux spectacles de ces vivants jetés aux fauves dans les arènes romaines et crierait enthousiasmé, entre deux pop-corn sucrés,  « jugula » (égorge) ? Qui accepterait la mise en esclavage d’humains, soucieux d’une bonne comptabilité de son bétail ? Qui irait en badaud, place de grève, assister aux supplices des condamnés ? Certes, l’homme ne fut pas toujours un loup pour l’homme, peut-être même ne l’était-il pas souvent, simplement, assurément, il n’était pas un homme pour l’homme.
Plus jamais cela dit aujourd’hui l’humanité, face aux guerres, plus jamais cela dit-elle face à la plus atroce des atrocités, la Shoah, plus jamais cela répète-t-elle face au Goulag, au 11 septembre et au laisser faire laisser passer des détresses dues au cynisme politique, aux crises économiques ou aux catastrophes naturelles. Plus jamais cette inhumaine humanité là.
Comment ne pas saluer les Temps contemporains ? Raison, État, Marché : les trois idoles de la modernité s’effondrent à présent sous nos yeux. « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau » chantait naguère le Gavroche de Victor Hugo. Et c’était vrai. Au lieu des idoles mortifères des fausses Lumières, la Puissance d’humanité exige à présent la paix d’humanité, la Cité de la compassion et le développement durable. Elle semble dire : « Adieu modernité, adieu préhistoire de l’humanité, Gavroche ne sera plus sacrifié. » Nous abandonnons les rives froides du scientisme,  les marécages sombres de l’étatisme, les calculs au long cours du libéralisme : la souffrance de nos frères en humanité hante enfin nos songes, l’humanisation creuse ses sillons dans les vallées de larmes de nos territoires, le sentiment d’humanité devient l’acteur central des relations internationales.
Certes, ce progrès n’appelle pas l’illusion. Que de chemin parcouru, que de chemin à parcourir encore. J’habite un monde curieux, apparemment développé, où la valeur de l’avoir mesure celle des êtres ; il y pousse de l’or sous les sabots des pousseurs de ballon et des bulles sous les moufles des artificiers de la finance quand l’ombre et le mépris médiatiques entourent découvreurs de vaccins et joueurs de particules. La menace humaine rôde, guerres asymétriques, conflits, terreurs… le risque naturel engrange la détresse avec ses catastrophes, accidents, pandémies… Il se trouve encore des petits maîtres à penser pour laisser les voisins torturer leurs enfants ou massacrer des populations sous prétexte de n’être pas eux-mêmes menacés. De nouveaux Maîtres de Vérité idolâtres prônent encore et toujours le sacrifice humain, au nom, des miséreux, des Pays les Moins Avancés, des femmes, des minorités, d’un « politiquement correct » ou d’un prétendu Dieu sans miséricorde. Et, aujourd’hui comme hier, des humains généreux comme des champs de blé et d’autres qui souffrent au point de désespérer de l’humanité, attirés par les chants des Sirènes révolutionnaires, croient trouver le salut là où se dressent déjà les potences pour les sacrifier. L’horreur est toujours là, appuyée sur l’ignorance, épaulée par l’indifférence.

 

Ce livre raconte donc une histoire. À l’heure où les intellectuels de la droite païenne et de la gauche matérialiste n’ont plus rien à dire, sinon le relativisme, la fin des récits et la mort du sens, ce livre dit les valeurs universelles, l’histoire finalisée, un sens. Le sens de l’incroyable Odyssée de la puissance d’humanité depuis le néolithique, de cet incroyable progrès moral qui semble emporter l’humanité vers elle-même, vers la fraternité.
Contre toute une culture issue de la haine sociale du XIXème siècle, je l’affirme sans ambages : toute l’histoire de l’humanité, jusqu’à présent, n’a été que l’histoire de la conquête de son humanité.
La clef de cette Odyssée, ce livre la trouve dans les grandes spiritualités humanistes, judaïsme, hindouisme, bouddhisme, confucianisme, shintoïsme, Islam. Et, plus encore, dans le christianisme. S’il fut possible à l’humanité de découvrir sa propre puissance créatrice et sa liberté sans ces grandes spiritualités, seules celles-ci ont découvert en l’amour la finalité naturelle de l’humain. Et, parmi elles, seule la philosophie d’origine chrétienne a pu penser dans sa complétude la nature humaine, abattre les trois idoles de la modernité et orienter la liberté vers un œcuménisme de l’universel Aimer.
« Génie du christianisme » ? Le mot paraîtra certes osé. Pour en saisir l’impertinence, il suffit de voir les innombrables procès médiatiques des christianophobes et leur façon de traquer plus particulièrement le catholicisme ; malgré la terreur athée communiste, fasciste et national-socialiste, célébrer le matérialisme vaut encore les applaudissements, admirer la papauté les quolibets ; pour un prêtre pédophile, il faudrait brûler les églises, pour un instituteur criminel, détruirait-on l’école ? Je ne suis pas catholique, certes, mais qu’y puis-je si, à chaque découverte de l’intelligence, cette Église m’apparaît chaque jour plus admirable encore, et faudrait-il avoir honte d’une spiritualité qui célèbre malgré tant de persécutions, depuis des siècles, la puissance d’Aimer, autre nom de la puissance d’humanité ? La mode n’est pas de mon côté, je le sais, le politiquement correct moins encore, seulement la recherche de la vérité.
Croyants et non croyants, comment ne pas raconter cette philosophie chrétienne qui parvint à imposer  à Rome, pour la première fois, l’interdiction du sacrifice humain pour tous jusqu’à proscrire des jeux olympiques devenus mortifères ? Contre son prétendu obscurantisme, comment ne pas célébrer les merveilleuses Lumières du  Moyen-Âge qui nous éclairent aujourd’hui ? Celles de ces moines et de ces prêtres qui sauvèrent avec les rabbins le savoir de l’Antiquité, Aristote et Platon compris, contre les envahisseurs vikings, arabo-berbères, turkmènes, mongols…? Ces Lumières véritables qui permirent l’incroyable prolifération des sciences, techniques et arts, la physique mathématique, le retour de l’expérimentation née avec Archimède? L’invention de la gratuité de l’école pour les humbles, le développement des universités ? Devais-je raconter la sornette d’une opposition à Copernic, succomber avec Galilée, laisser croire Giordano Bruno brûler pour cause d’héliocentrisme ? Fallait-il oublier l’opposition inflexible à l’esclavage et son abolition sur la terre chrétienne de France ? Simuler une complicité avec les Grands quand la philosophie de cette Église permit la première vraie solidarité sociale, la maîtrise du pouvoir financier,  l’ébauche de la Cité de la compassion ? Mésinterpréter l’Inquisition, avancée spectaculaire du droit, détournée par les premiers étatistes modernes ? Imaginer un monde chrétien fermé quand l’Église lança les grandes explorations vers l’Asie et l’Amérique ? Devais-je même dénoncer l’ « Infâme » des constructeurs de cathédrale avec les constructeurs de guillotine quand le christianisme théorisa la guerre juste et imposa les premières paix d’humanité ?
Que d’avancées! Au lieu de la fable qui transformait la Renaissance en premier moment de la modernité, ce livre raconte la splendide réaction philosophique chrétienne de la Renaissance contre la modernité naissante et ses cultes associés de la Raison, du Marché, de l’État. Oui, le chrétien Victor Hugo n’avait pas tort de dénoncer la faute de Descartes qui ouvrit le bal sanglant de la volonté de puissance moderne, celle de Voltaire et de Rousseau, de l’obscurantisme des « Lumières » et du romantisme de la Terreur. Au lieu de célébrer les affabulations modernes, j’ai préféré retrouver l’origine judéo-chrétienne des Droits de l’Homme, le souci contemporain des devoirs et démontrer les impasses libérales des droits individuels. Me reprochera-t-on de préférer Louis XVI à Saint Just, Rome à Napoléon et même « le roi et Dieu » au tyrannique « Vox Populi, Vox Dei » ? Pourtant, qu’y puis-je si l’ignorance moderne aveugle au point de ne plus voir ceux qui étaient du côté de la puissance d’humanité ?
J’ai préféré ne plus transformer les bourreaux d’hier en sauveurs et nos sauveurs en bourreaux. Et célébrer cette nouvelle avancée chrétienne de la puissance d’humanité qui parvint à abolir l’esclavage, obtenue contre la plupart des hommes des fausses Lumières, des mercantilistes au chef des Encyclopédistes, d’Alembert.
Puis, au lieu de cautionner les manuels christianophobes, ce livre raconte la victoire du Pape Léon XIII et des chrétiens, catholiques et protestants réunis, qui sauvèrent Alfred Dreyfus. Victoire contre l’antisémitisme millénaire des conservateurs païens, adorateurs de la terre et de l’ethnie, et celui, bien plus radical, comme le remarquera amèrement l’humaniste réformiste Léon Blum, des socialistes héritiers des antisémites Georg Wilhelm Friedrich Hegel et Karl Marx, des Auguste Blanqui, inventeur des théories racistes-socialistes aryennes, et des Pierre Leroux, des Pierre-Joseph Proudhon, Alphonse Toussenel, Paul Lafargue, Louise Michel… de Jean Jaurès lui-même, qui réclama la tête de Dreyfus avant de changer de camp, expulsé de l’Assemblée nationale pour antisémitisme lors de l’affaire de Panama… Pouvais-je taire qu’ils ne sont pas chrétiens, pas même d’extrême droite, ces chefs du camp antidreyfusard ? Ce Georges Vacher de Lapouge, auteur préféré de Joseph Goebbels, athée, candidat socialiste en 1888, fondateur de la section socialiste de Montpellier du Parti Ouvrier de Jules Guesde. Ce Maurice Barrès, qui siégeait à l’extrême gauche à l’Assemblée, et, en 1893, qui se présente comme socialiste indépendant, athée, favorable à la nationalisation des biens de l’église. Socialiste révolutionnaire encore cet Edouard Drumont, catalogué de « catholique » pour l’avoir été six ans avant de quitter « l’église enjuivée », en 1886, et de rejoindre les socialistes, élu de gauche en Algérie, soutenu par la « Revue socialiste » dirigée par son admirateur, Benoît Malon. Benoît Malon ? Ce père des « intellectuels de gauche » qui écrivait: « Oui, la noble race aryenne a été traître à son passé, à ses traditions, à ses admirables acquis religieux, philosophiques et moraux, quand elle a livré son âme au dieu sémitique, à l’étroit et implacable Jéhovah. » Et elle aurait été ainsi livrée au christianisme honni…
Qui s’opposa à la guerre de 14-18 ? N’en déplaise à tous ces cinéastes  et historiens christianophobes: le Pape toujours, le Pape encore. Avec lui, tous ces pasteurs, nonnes, humbles chrétiens de la Croix Rouge, avec ces popes et ces prêtres qui ne bénissaient pas les troupes et encore moins les armes mais les humbles qui allaient à la mort dans cette guerre injuste par eux seuls condamnée.
Et la philosophie chrétienne affronta de même, sans faillir, dés l’origine le socialisme athée révolutionnaire, celui de Joseph Staline, de Benito Mussolini, inventeur du fascisme quand il est numéro 2 du parti socialiste italien, d’Adolf Hitler, fondateur du « Parti national socialiste des travailleurs allemands » dont il dessine le drapeau rouge et rédige le programme : révolution socialiste, nationalisation des grandes entreprises, suppression des revenus du capital, expropriation des grands magasins, réforme agraire avec expropriation des grands propriétaires sans indemnité…Comment taire l’héroïsme de Pie XII ?  Fallait-il s’acoquiner avec les amis du matérialiste Jean-Paul Sartre, qui, avant de célébrer Staline, Khmers rouges, Mao et le terrorisme palestinien, vivait en Allemagne, de 1933 à 1934, quand Hitler prenait le pouvoir et organisait la chasse aux Juifs, mais ne trouva pas un mot contre l’ignominie, seulement pour écrire, pendant l’occupation, Les mouches, curieuse pièce applaudie non sans raisons par la gestapo? Avec Pie XII dés 1939 ? Le catholique Charles de Gaulle, les protestants Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, les justes, les vrais croyants de toutes les grandes spiritualités et les humbles éclairés par les vraies lumières quand bien même ils croyaient ne croire en rien. Qui abattit le communisme ? Le Pape Jean-Paul II, le catholique Lech Walesa, le protestant Ronald Reagan, l’orthodoxe Soljenitsyne quand les bouffeurs de curés défilaient à Berlin aux cris de « plutôt rouges que morts », au désespoir de François Mitterrand, qui, en cet instant, devait songer à la solitude de Léon Blum dans son propre camp.
Après tant d’avancées, comment l’humanisme chrétien aurait-il pu ne pas affronter les derniers Maîtres de Vérité ? Et élaborer une théorie de l’État compassionnel et du développement durable contre le mécano sacrificiel de la justice sociale de John Dewey ou de John Rawls ? Contre la chiromancie raciste et sexiste des Pierre Bourdieu, des féministes et des derniers Mohicans néo marxistes qui voient des dominants mâles blancs chrétiens partout ? Contre le relativisme intégral, revenu de tout sauf de sa christianophobie et de sa détestation des Cités libres, des Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze qui ont caché sous leurs tapis faussement postmodernes leurs poussiéreux maîtres de cérémonie, Friedrich Nietzsche et Martin Heidegger dont la connivence métaphysique avec le nazisme ne peut être occultée?

 

Il est de bon ton, pourtant, de nier l’apport chrétien à la puissance d’humanité. Il se trouve même de prétendus philosophes pour affirmer, avec un brin de condescendance, la suprématie de la philosophie antique. Comment ne pas mesurer le progrès chrétien face à l’archaïsme réactif des matérialismes épicuriens, démocritéens, stoïciens aux sources magico-religieuses ?  Face à la sophistique qui salue la libre créativité humaine mais invente le culte de la volonté de puissance et revendique déjà ces droits individuels sans obligations qui vont envahir la modernité ? Face à Socrate et Platon, effrayés par le monde de la liberté, qui méprisent ce monde et le corps, refusant l’Être au nom d’un devoir-être ?  Oui, progrès chrétien face même à l’exceptionnel Aristote, incapable, au-delà des obligations éthiques de la Cité, de penser les obligations de la morale universelle de l’Aimer.
Je le sais aussi : il est politiquement correct de dire toutes les spiritualités égales. Mais la hiérarchie est le vrai. Les grandes spiritualités qui disent l’interdiction du sacrifice humain et le respect de la dignité humaine, de l’hindouisme au bouddhisme en passant par le confucianisme ou le taoïsme sont supérieures à celles qui le nient, qui mettent les femmes sous niqab ou excisent les jeunes filles. Est supérieure encore l’admirable « aime ton prochain comme toi-même » du peuple juif. Mais le christique « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », aimez-vous de façon universelle, donnez sans contre don, jusqu’au sacrifice présente une avancée autrement significative. Et ce sacrifice christique, conjugué à l’universalisme, est la clef. La clef du chemin sur lequel nous engagent les Temps contemporains.
Cette venue du christ et son sacrifice libèrent l’intelligence, comme le nota Leo Strauss, au lieu de l’orienter vers une réflexion juridique liée aux textes sacrés, comme le firent la religion juive ou l’Islam. L’humanité chrétienne profite du pardon et du salut pour se tourner vers le grand livre du monde afin de l’étudier et le transformer. Ainsi, la créativité et ses œuvres ne sont plus des illusions, à la différence de certaines grandes sagesses asiatiques, mais le propre de la nature humaine qui doit s’accomplir. D’un autre côté, ce sacrifice donne à l’intelligence libérée une finalité, l’Aimer, qui oriente l’action : si Dieu a donné son fils pour la salut de l’humanité, qu’es-tu, toi, prêt à donner ? Et qui es-tu pour oser ne pas aider celui qui souffre ? Pour laisser Gavroche dans le ruisseau ?
Certes, il est arrivé à nombre de chrétiens de violer cette exigence d’universel Aimer mais condamne-t-on un groupement humain, nation, ethnie, cité, église, corporation… pour ceux qui en violent les règles ?  Que l’on me montre une autre spiritualité qui justifie d’engager la guerre juste non seulement pour se défendre soi-même ou les siens mais pour libérer les autres, un peuple, une minorité, un individu humain, quand il n’est plus d’autres solutions ? Car pour la philosophie chrétienne, tout humain souffrant est indistinctement un Falasha, un « exilé » de la terre d’humanité. Que l’on me montre une autre spiritualité qui sache punir sans faiblesse mais aussi tendre la main au lieu de se venger quand le criminel regrette avec sincérité son acte ? Qui est capable d’aller au-delà des intérêts, du juste même, donnant sans contre don à l’ennemi vaincu pour éviter de nourrir la haine et le conflit ?
Tel fut le grand éclaircissement préalable de saint Paul : le christianisme, s’appropriant la parole-dialogue de l’intelligence rationnelle des Grecs, célèbre la puissance créatrice humaine, l’oriente selon une morale universelle de l’Aimer et la diffuse pour tous les humains. Non pas l’appel à un droit de l’humanisme fourre-tout mais à un droit naturel, selon une triple obligation hiérarchisée par sa finalité : envers la vie et la famille, envers la nation civique, envers l’humanité.
Ainsi, je crois, ce livre révèle, dans ces Temps contemporains, la nature de l’humanité : intelligence créatrice d’un corps animé, membre d’une nation, orientée par la puissance d’Aimer.

 

Cette puissance créatrice humaine d’aimer permet de construire les paix d’humanité sur la concorde, d’instruire la croissance sur le devenir humain et de fonder les Cités de la compassion.
Avec le développement durable est écartée la folie d’une science sans conscience. Non pour sauver végétaux et minéraux mais l’humanité. La terre d’accord, la science encore, l’humain d’abord.
Avec la paix d’humanité, la philosophie morale développe, au-delà de la coopération inventée par le libéralisme, les conditions de la concorde. Il s’agit de gagner la paix au lieu de gagner la guerre, perspective stratégique christique qui s’impose pour une paix durable de l’O.N.U. à l’OTAN, de l’Union européenne aux démocraties libres sur les continents. Un sac de vivres vaut plus que chars et mitraille. Vis pacem, para pacem.
Enfin, se découvre la Cité de la compassion. Il faut des passeurs d’humanité pour retrouver le chemin de sa propre humanité. Jean Valjean sauvé par un prêtre, va sauver à son tour ; spirale de vie, spirale de paix, spirale d’amour. Gavroche trahi par le genre humain, échoue dans l’obscurantisme des révolutions nationalistes et socialistes, des conflits ethniques, des fanatismes ; spirale de mort, spirale de guerre, spirale de haine. Tel est le sens de la Cité de la compassion qui place Gavroche en position de rencontrer non le mépris des prochains, non la matraque de la police, mais l’affection de Cosette, la main de Jean Valjean. La valeur d’une Cité ne se mesure pas à sa croissance mais au soin des plus déshérités.
Tel est bien l’objectif ultime de ce livre qui gâcha mes jours et mes nuits durant trois ans et dont je ne saurais dire s’il vaut la peine qu’il a produite, qu’il m’a donnée. Ayant évité de trop nombreuses notes d’auteurs largement commentés dans mes cours, qui auraient alourdi le propos sans le démontrer comme on le voit trop souvent dans les textes de revue ou d’ouvrages qui visent à flatter des collègues au lieu de penser, ce livre a cherché à encourager l’humain à poursuivre sa quête naturelle.
Ce livre salue la puissance de la liberté pour son œuvre émancipatrice et la prospérité générale mais exige d’aller au-delà, au-delà du juste et des droits, par le pardon et la compassion, vers la fraternité, la vraie clairière de l’Être éclairée par les vraies Lumières, celle où se lit l’éloge du don sans contre don, gravé par le Christ sur la croix. Gavroche tombé à terre est sauvé. Avec lui, nous le sommes aussi. Et la puissance créatrice trouve le sens de son odyssée. Une façon de faire résonner joyeusement ensemble dans cet aimer partagé, au lieu des trois idoles de la modernité, malgré les malheurs et pour des siècles, le Requiem de Mozart, le Magnificat de Bach et l’Ave Maria de Schubert avec la musique des étoiles.

 

 

Yves Roucaute

 

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6 Responses to ““LA PUISSANCE D’HUMANITE du néolithique aux Temps contemporains ou le génie du christianisme” par Yves Roucaute”

  1. grand_vizir dit :

    N’ironisez pas avec le calife, le temps est proche…

  2. alex dit :

    Le sultan, et aussi calife, est animé des intentions les plus pures : une société sans pauvres, sans misère, sans mendiants, sans inégalités, une société où chacun aurait selon ses besoins, n’aurait que faire de charité ou de compassion.
    En attendant (jusqu’à la fin des temps), elles sont bien nécessaires 🙂

  3. grand_vizir dit :

    Ce que le sultan veut dire – si je puis me faire son bien humble et bien respectueux interprète – c’est que la charité, la compassion sont des attitudes dont on devrait se passer dans une société bien ordonnée. Elles ne sont là que parce tout va mal, et sont ainsi terribles. Le sultan, et aussi calife, est animé des intentions les plus pures : une société sans pauvres, sans misère, sans mendiants, sans inégalités, une société où chacun aurait selon ses besoins, n’aurait que faire de charité ou de compassion. Seuls la tolérance, la justice, les droits et les devoirs, régneraient. Le calife est un sage, gloire à lui et paix sur Terre aux hommes de bonne volonté. And down with Gaddafi by the way, d’ailleurs la Libye nous appartient, pas à un clown déguisé en boubou.

  4. Jean-Claude Hubi dit :

    Qu’il y ait progrès depuis les âges farouches de l’humanité – malgré des retours et des hésitations, c’est évident. Que ces progrès aient été accompagnés par les églises, peut-être – j’ai tendance à penser qu’au contraire, ayant besoin de stabilité les églises freinent toute évolution (j’entends par églises toutes les structures dont l’humanité se dote pour gérer la société et expliquer le monde en légitimant les deux tâches par recours au transcendant).
    Je crois simplement que le progrès est dans la nature de la connaissance – c’est du Spinoza à l’état pur. Et qu’il nous faut donc améliorer la connaissance, c’est mécaniquement la source du progrès…

  5. alex dit :

    Charité, compassion, voilà des mots terribles
    🙂

  6. Selim dit :

    C’est une thèse que défend Y Roucaute, après bien d’autres. Avec certes bcp d’éloquence, mais cela reste une thèse. Le christianisme contre les Lumières, la soumission à la loi divine (fût-elle d’amour) contre le prométhéisme, les anciens contre les modernes ? Chacun tranche comme il l’entend. Il faudra à Y Roucaute des arguments bien forts pour convaincre ceux qui ne soutiennent pas spontanément sa thèse.

    Charité, compassion, voilà des mots terribles. Je préfère personnellement tolérance, justice, droit, devoir.